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Pressé de toutes parts de modifier en profondeur le mode de
scrutin au Québec pour introduire le vote proportionnel, le
gouvernement Landry se dit ouvert à la réflexion. Avec des
réserves.
«J'ai étudié ou enseigné dans des pays à scrutin proportionnel et
j'ai pu voir de près la qualité démocratique que ça peut donner.
Cependant, dans un régime parlementaire britannique, si le
gouvernement n'a pas la majorité en tout temps sur une question
importante, il tombe. Alors, comment est-ce qu'on concilie
cela?» a demandé le premier ministre Bernard Landry.
Il répondait alors à une question par le chef de l'Action
démocratique, Mario Dumont, en Chambre, mardi. Plus tôt dans
la journée, une coalition de 125 personnalités issues des milieux
politiques, syndicaux, étudiants et autres tenait à Montréal une
conférence de presse réclamant la tenue d'un débat public et
d'une commission parlementaire avec pour objectif de modifier le
système actuel, dit uninominal à un tour.
Au nombre de ces personnalités, on retrouve Claude Ryan,
Claude Charron, Jean Allaire et le président de la CSN, Marc
Laviolette. Selon eux, la formule du vote uninominal à un tour tel que nous la connaissons est non seulement
non représentative des nouveaux courants d'expression populaire, mais provoque le désengagement des
citoyens qui boudent leur devoir au moment de la tenue des élections.
«On commet un crime contre la démocratie de façon consciente. On doit, au contraire, pouvoir matérialiser la
présence des voix de tous à l'Assemblée nationale, tonne Marc Laviolette. Le Québec sera-t-il le dernier à
fermer la lumière sur ce système dépassé», ajoute-t-il en référence au fait que seuls le Royaume-Uni, les
États-Unis et le Canada utilisent encore ce mode de scrutin.
Claude Ryan: «Un principe fondamental veut que chaque personne ait un droit de vote égal à une autre
personne. Et il est important que ce principe soit respecté. Le mode de scrutin québécois est une des rares
institutions à ne pas avoir fait l'objet d'une réforme majeure.»
Claude Charron: «Certains groupes n'ont pas le droit de parole qu'ils méritent à l'Assemblée nationale. Il est
temps que le Québec passe d'une société en noir et blanc à une société en couleurs.»
Andrée Mayer-Périard, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) fait quant à elle
le constat que les jeunes sont à la fois informés, politisés ET qu'ils vont de moins en moins voter. «C'est
grave.»
Le scrutin majoritaire uninominal se traduit par des situations comme celle des élections provinciales de
1998 alors qu'avec une majorité de 40000 voix dans l'ensemble du Québec, le Parti libéral s'est retrouvé
dans l'opposition avec seulement 48 sièges, contre 71 au PQ.
Le Parti québécois, qui avait fait élire seulement 7 puis 6 députés à l'Assemblée nationale en 1970 et 1973
avait pourtant reçu l'appui de 23 et de 30% des électeurs. En 1998, l'Action démocratique, avec 11,8% des
voix n'a fait élire que son chef, Mario Dumont.
Il n'y a pas si longtemps, le premier ministre souhaitait qu'une réforme soit entreprise uniquement après
l'accession du Québec à la souveraineté. Mardi, ses propos étaient nuancés.
«Moi je suis partisan de la proportionnelle, a-t-il dit. Je l'ai toujours été (...) Nous allons attaquer de front la
question et par un moyen ou l'autre -commission parlementaire, commission parlementaire élargie ou autre-
parce qu'on prend en sérieuse considération la pétition multipartisane qui nous est soumise, nous allons au
nom de notre société essayer de vider cette question de la proportionnelle et arriver à un meilleur régime de
représentation démocratique.»
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