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Il est assez paradoxal de penser que c'est grâce à un mode de scrutin que René Lévesque
avait lui-même qualifié de «politiquement infect» qu'on peut célébrer aujourd'hui le 25e
anniversaire de la victoire péquiste du 15 novembre 1976.
Claude Charron racontait cette semaine qu'il n'en était pas revenu, à l'époque, d'avoir pris le
pouvoir avec 71 sièges sur 110 tout en recueillant seulement 41 % des voix. Remarquez qu'il
ne s'en était pas plaint, y voyant sans doute un juste retour des choses après les résultats
crève-coeur de 1970 et 1973.
Si le Québec avait eu un mode de scrutin à la proportionnelle, on peut toujours imaginer que
le PQ aurait conclu une alliance avec l'Union nationale, qui avait créé toute une surprise avec
ses 18 %, mais il aurait fallu faire une croix sur la loi 101, carrément incompatible avec le
«libre choix» que préconisait l'UN. Sans parler du référendum sur la souveraineté-association, à
laquelle Rodrigue Biron ne s'était pas encore converti.
Après une pareille aubaine, il n'est pas difficile de comprendre que le PQ n'a jamais voulu
abandonner le système uninominal à un tour par la suite, même si le message inaugural du 9
novembre 1981 promettait de le réformer, comme le programme du PQ le prévoit toujours, 20
ans plus tard.
Il devient presque oiseux de refaire le procès du système actuel et de vanter les mérites de la proportionnelle tant le consensus est large. Le premier ministre Landry a lui-même déclaré à l'Assemblée nationale mardi qu'il a toujours été un partisan de ce mode de représentation, expliquant qu'il avait eu l'occasion de constater, ailleurs dans le monde, «la qualité démocratique que ça peut donner». Libéraux et péquistes ont cependant fait la preuve qu'à moins d'être pratiquement forcés par l'opinion publique, comme cela s'est produit - non sans difficulté - en Nouvelle-Zélande, l'opportunisme politique et la procrastination constituent la règle en cette matière. Or la population ne semble pas habitée d'un très grand sentiment d'urgence. M. Landry a promis d'attaquer la question de front, s'empressant toutefois d'ajouter qu'une «action censée» suppose une «réflexion préalable». Compte tenu de ses considérations sur les exigences de la stabilité dans un régime parlementaire de type britannique et de la proximité des prochaines élections générales, l'exercice a toutes les chances de contribuer à enrichir une collection de voeux pieux déjà très riche. Il est vrai que le passage à un mode de représentation proportionnelle, peu en importe le degré, nécessiterait un sérieux changement de culture, notamment l'assouplissement de la sacro-sainte «ligne de parti», mais personne n'a jamais proposé de transposer au Québec le modèle italien ou israélien. Les députés devront également se faire à l'idée que certaines vedettes pourraient être élues et devenir ministres du seul fait que leur nom figure sur une liste alors que d'autres devraient traverser l'épreuve d'une campagne électorale avant d'aller moisir sur les banquettes arrière. Dans un milieu où les frustrations sont à la mesure des ambitions, ce n'est pas nécessairement évident.
M. Charest répète sans arrêt qu'il ne croit plus aux sondages, ce qui ne l'empêche pas d'en commander, mais il faut bien constater que la ferveur de sa croisade pour réformer le mode de scrutin a été inversement proportionnelle à l'augmentation des intentions de vote dont son parti est crédité. C'est précisément ce qui devrait inciter le premier ministre à accélérer les choses. L'expérience des 30 dernières années a démontré que les libéraux ne font pas les choses à moitié. Quand ils remportent la victoire, c'est un véritable balayage.Au lendemain des prochaines élections, le PQ pourrait très bien se retrouver avec 25 députés. Faute d'agir par vertu, l'intérêt peut être un excellent motif. Si le gouvernement Lévesque s'était décidé à modifier le mode de scrutin après les élections de 1981, son parti aurait pu éviter le désastre de 1985. Le ministre responsable de la réforme électorale, Guy Chevrette, estime, comme l'a déjà dit M. Landry, qu'un mode de représentation proportionnelle siérait mieux à un Québec souverain. Et pourquoi donc? Absolument rien dans la Constitution canadienne n'interdirait au Québec d'affirmer ainsi son «caractère distinct» et de profiter dès maintenant de cette «qualité démocratique» que le premier ministre trouve si admirable ailleurs.
Mieux encore, un mode de scrutin comportant un élément de proportionnelle ouvrirait
d'intéressantes perspectives dans la mesure où elle pourrait permettre de «dépéquiciser» la
souveraineté. Certains au PQ rêvent secrètement, peut-être en couleur, d'un gouvernement de
coalition où quelques ministères pourraient être offerts à l'Action démocratique. Cela suppose
toutefois que l'ADQ cesse d'être le parti d'un seul homme. Au point où en est le projet
souverainiste, pourquoi pas?
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