Scrutin proportionnel

Scrutin proportionnel et hypocrisie des partis

Michel Morin
La Tribune Le vendredi 16 novembre 2001


Éditorial - Cela doit bien faire une décennie que tous les politiciens en parlent. Et le réclament.

Mais comme les hommes et les femmes politiques n'en sont pas à leur premier souhait relégué aux oubliettes, le sujet n'est toujours qu'un sombre projet qui continue de trotter dans la tête des bien-pensants.

Et pourtant, les exemples démontrant le bien-fondé d'une réforme du mode de scrutin sont légion. Il suffit de remonter à la dernière élection provinciale: le Parti libéral a obtenu plus de votes que le Parti québécois mais, compte tenu de la concentration du vote libéral dans quelques comtés, il n'a pas obtenu la victoire. Le même phénomène a également eu cours à plusieurs reprises dans le passé politique du Québec. En 1966 et en 1944, raconte l'histoire, le parti qui avait obtenu le plus de votes n'a pas formé le gouvernement.

Dans les mois suivant sa victoire en 1976, René Lévesque s'était pourtant engagé à réformer le mode de scrutin. Et tous les premiers ministres ou les chefs de parti qui lui ont succédé en sont venus au même constat: le mode de scrutin uninominal à un tour actuellement en vigueur ne cadre plus. Mais que s'est-il passé depuis et que se passe-t-il encore pour que les principaux partis politiques du Québec refusent de souscrire au mode de scrutin proportionnel? Poser la question, c'est y répondre.

Ni le Parti québécois, ni le Parti libéral n'ont jamais osé aller de l'avant parce que leurs dirigeants savent que, tÙt ou tard, l'actuel mode de scrutin finira par les avantager. Le mode uninominal à un tour, avec toutes les distorsions qu'il entraîne, devient le meilleur rempart qui soit pour une formation politique qui s'accroche au pouvoir. Dans le même sens, il permet à un parti d'enlever la victoire en dépit du fait que la pluralité des votes va à l'adversaire. En clair, c'est le mode idéal pour qui veut rester au pouvoir le plus longtemps possible.

Et cette logique électoraliste n'est pas l'apanage d'une seule et même formation. À cet égard, libéraux et péquistes s'entendent comme larrons en foire. Tous les partis qui remportent la victoire grâce à l'actuel mode de scrutin lui trouvent alors une foule de vertus. Étonnamment, ils le décriaient avant de goûter enfin au pouvoir...

Qui plus est, le mode de scrutin proportionnel que le Québec doit épouser sans plus attendre, permettrait à des tiers partis ou à tout le moins à des courants de pensée différents d'être représentés à l'Assemblée nationale. En toute honnêteté, il n'est pas logique que l'Action démocratique n'ait réussi qu'à faire élire son chef en dépit de l'obtention de 11,8 % des voix en 1998.

Depuis les dernières années, la société québécoise a connu des bouleversements sociaux et démographiques importants. Au point où l'expression Québécois de souche fait maintenant partie du vocabulaire quotidien. C'est dire à quel point les choses ont changé et continuent de changer. Or, il se trouve chez l'électorat jeune et moins jeune des militants et militantes qui ne croient plus aux partis traditionnels incarnés par le PQ et le PLQ.

À titre d'exemple, le RAP, ou Regroupement pour une alternative politique, ne peut espérer faire élire un ou quelques députés si le mode actuel de scrutin n'est pas réformé. Ce qu'il faut en fait, c'est adopter un mode de scrutin capable de traduire en sièges de députés un pourcentage assez élevé de votes exprimés en faveur de l'un et l'autre des partis en présence.

Malheureusement, le mode uninominal à un tour ne le permet pas. Et heureusement, les péquistes, les libéraux et les adéquistes sont d'accord pour passer au mode proportionnel. Et même devant une telle unanimité, les choses ne changent pas. Allez comprendre pourquoi.