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Le Québec est prêt pour une révision de son mode de scrutin, soutient le Directeur général des
élections, Marcel Blanchet.
Au sortir de «l'exercice très difficile» qu'est la confection de la nouvelle carte électorale, qui sera
déposée mardi à l'Assemblée nationale, M. Blanchet estime que la consultation réclamée par le
Mouvement pour une démocratie nouvelle doit être prise en considération. Le système actuel
entraîne des distorsions, comme ce fut le cas en 1998, où la majorité des électeurs n'avaient
pas voté en faveur du parti qui a par la suite formé le gouvernement.
«On pense que le temps est venu de faire une réflexion profonde sur le mode de
représentation. La question se pose, et j'espère qu'il y aura un débat là-dessus», a déclaré hier
au Devoir le Directeur général des élections (DGE) après avoir déposé son rapport sur la
faisabilité d'instaurer une carte d'électeur numérisée avec photo. Le DGE croit qu'il s'agit d'une
idée prématurée dont les coûts d'instauration sont prohibitifs.
Quant à la nouvelle délimitation des 125 circonscriptions du Québec, elle a nécessité deux
projets et deux périodes d'audiences publiques tant les critiques ont été véhémentes. À
quelques jours du dépôt de la carte électorale, les critiques fusent encore de toute part. À
Laval, entre autres, les politiciens de diverses allégeances ont fait front commun pour
revendiquer la création d'une sixième circonscription compte tenu de la croissance de la
population, alors qu'en Gaspésie, où l'on note un dépeuplement, les quatre circonscriptions
seront maintenues, devenant ainsi zone d'exception. Au delà du simple critère du nombre, le
DGE doit tenir compte de la représentation effective, soit l'accès réel des électeurs à leur
député et, inversement, l'accès du député à ses électeurs.
«La loi laisse beaucoup de souplesse et de marge de manoeuvre à la Commission de la
représentation. Les possibilités sont tellement larges que lorsqu'on applique les critères prévus
par la loi, ils peuvent être interprétés de façon différente ou revêtir une importance différente
selon que l'on vive en milieu urbain ou rural. Ça crée beaucoup de critiques et de distorsions au
chapitre du nombre d'électeurs par circonscription», reconnaît sans ambages M. Blanchet. Cette
différence de la valeur du vote des électeurs joue en faveur d'une réforme du mode de scrutin,
croit le DGE.
Avant lui, le DGE Pierre-F. Côté avait pris position en faveur de l'introduction d'une formule de
proportionnelle territoriale. Aujourd'hui à la retraite, M. Côté milite au sein du Mouvement pour
une démocratie nouvelle, tout comme plus d'une centaine de personnalités publiques dont
Claude Charron, Claude Ryan, Marc Laviolette et Françoise David.
La semaine dernière, le premier ministre Bernard Landry s'est montré ouvert à l'idée d'instaurer
une consultation sur la question et d'ainsi peut-être compléter la réforme électorale amorcée il
y a 25 ans par René Lévesque.
Carte d'électeur: un projet prématuré
Pour ce qui est de la carte d'électeur réclamée à hauts cris par des militants du Parti québécois,
notamment à la suite de la fraude électorale dans Anjou en 1998, le DGE s'est montré
tranchant. Le projet est jugé prématuré car aucun avantage significatif n'a pu être dégagé.
Les prochaines élections générales au Québec auront vraisemblablement lieu sans carte
d'électeur en raison de ses coûts prohibitifs. Le DGE a étudié deux scénarios où les coûts
d'implantation prévus étaient de 290 millions dans un cas et de 150 millions dans l'autre. À
cela s'ajouterait la mise à jour de la carte d'électeur, soit des frais récurrents de 30 millions sur
une période de quatre ans, sans compter les coûts de la tenue d'un scrutin (en 1998, la facture
s'est élevée à 50 millions).
Le ministre responsable de la réforme électorale, Guy Chevrette, pense qu'il sera «difficile dans
les circonstances actuelles, voire impossible», de tenir le prochain scrutin général avec une carte
d'électeur. Très étonné de ce que pourrait coûter une carte d'électeur numérisée avec photo, M.
Chevrette refuse toutefois d'y voir une fin de non-recevoir de la part du DGE. Il s'accroche plutôt
au bien-fondé de l'exercice actuel d'identification obligatoire des électeurs, qui a permis
«d'atténuer beaucoup de problèmes» lors des élections partielles et municipales, a-t-il
convenu. Le DGE Marcel Blanchet qualifie cette mesure de «pas de géant».
De plus, M. Blanchet souligne que l'intégrité du processus électoral repose d'abord et avant tout
sur la liste électorale. «Il faut établir un juste équilibre entre le plus large accès possible à
l'exercice du droit de vote et les contrôles exercés lors des élections», dit le DGE.
Si Guy Chevrette reconnaît l'absence de solutions alternatives, il entend continuer à se battre
pour «renforcer le vote», notamment au nom des militants péquistes qui doivent travailler dans
les bureaux de scrutin lors de situations controversées. Le ministre Chevrette songe
notamment au système de carte en France, moins coûteux puisqu'il ne comporte pas de photo.
«On fait face à une difficile réalité, mais je n'abandonne pas l'idée de rendre le vote plus
sécuritaire», affirme-t-il.
Avec la collaboration de Mario Cloutier
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