«« proportionnel et scrutin à deux tours

Pour un scrutin à deux tours

Une nation se forge avec des outils

Il n'est pas trop tard pour instituer ce système, et vite

Denis Griesmar
AGQ 16.9.01




Quos vult perdere, Jupiter dementat
"Ceux qu'il veut perdre, Jupiter les rend fous".

Un observateur extérieur serait effaré de voir à quel point les partisans Québécois se déchirent alors qu'ils sont d'accord sur l'essentiel.

Certes, on peut, ou non, faire confiance au Parti québécois. On peut trouver qu'il a raté des occasions importantes de faire avancer la cause, et qu'il continue de le faire. On peut estimer que la volonté d'indépendance doit s'accompagner d'un projet de société, lequel risque d'être réduit à néant par la ZLEA. Inversement, on peut également dire que, dans l'état actuel des choses, le PQ est un outil dont on ne peut faire l'économie.

Mais l'essentiel est bien la volonté d'exister, et de persévérer dans l'être. Si l'on admet cette prémisse, comment ne pas voir qu'il faut y subordonner toute autre considération politique ?

Mais existe-t-il un outil pour cela ?

Face au risque de retour du PLQ, il ne faut pas faire la politique du pire.

Certains pensent que la réponse appropriée à une situation telle que nous avons vu dans Mercier consiste à établir le vote proportionnel. Mais cette arme risque de se retourner ensuite contre les autorités québécoises, en les empêchant de gouverner au moment où le pays aura besoin d'une direction claire, comme le démontre l'exemple des divers pays qui l'ont adoptée.

Or, il existe un autre moyen.

Celui-ci consiste à établir le vote *préférentiel*. Notre hypothèse est que l'électeur moyen, disons, M. Lafleur, électeur du PQ, s'il n'avait le choix qu'entre la gauche et le parti libéral, choisirait tout de même en majorité la gauche, car souverainiste comme lui. M. Labranche, lui, électeur de gauche (type RAP), aimerait bien voter pour un candidat de sa tendance, mais, dans sa circonscription, seuls sont en lice le PQ et le PLQ. Il choisira tout de même le PQ.

En pratique, comment procéder ?

En établissant le *scrutin à deux tours*, tel qu'il existe en France, où règne cet adage : "Au premier tour, on choisit, au second tour, on élimine". C'est la façon de faire qui, même en cas de présence d'un parti qui menace la cohésion nationale, permet de dégager une majorité de gouvernement. Il convient donc dans ce cas que chacune des deux tendances souverainistes annonce clairement sa volonté de se *désister*, dans chaque circonscription, en faveur du candidat souverainiste le mieux placé pour le second tour.

Est élu au premier tour tout candidat recueillant plus de 50% des suffrages exprimés.

Si dans une circonscription donnée, aucun candidat n'obtient la majorité absolue (50% des voix + 1) au premier tour, un second tour est organisé la semaine suivante.

Est élu au second tour le candidat ayant obtenu le plus grand nombre de voix (majorité relative, en anglais "plurality").

Certes, cette façon de procéder n'est pas dans la tradition britannnnique. Et alors ? Faut-il donc se tirer une balle dans le pied, pour le plaisir de respecter un système politique qui ne mérite pas de l'être ?

Nous aurions là, non une porte de sortie, mais une porte d'entrée dans la souveraineté.

[...]

Le scrutin à deux tours est un outil beaucoup plus fort que la proportionnelle pour créer du consensus autour de l'essentiel. On ne s'engueule pas comme du poisson pourri quand on sait qu'on va appeler à se désister pour l'autre au deuxième tour. En Europe, et notamment en France, nous avons une grande expérience de tous les systèmes, et le résultat est très clair. Et, bien qu'au Québec, par manque d'expérience, ils ne s'en rendent pas encore compte, les partis ont intérêt à ce système. Il est temps d'accoucher les esprits, et vite.
[..]

Je crois qu'il faut insister : si j'ai proposé un système de scrutin à deux tours, c'est parce que c'est un forceps permettant d'accoucher de la souveraineté. Je suis déçu de voir que la discussion dévie encore une fois vers la proportionnelle, qui ne sera jamais proposée spontanément par un parti dominant. L'unanimisme ne viendra pas non plus par incantation.

Il n'est pas trop tard pour instituer ce système, et vite. Dans de nombreux pays, les délais avant l'élection n'ont pas été plus grands. D'autre part, il faudrait faire faire des simulations. A quoi servent les étudiants en sciences politiques et en statistiques (et les instituts de sondage) ? Je parle ici simplement de technique, pour ne pas entrer dans d'autres controverses. Mais il est temps de faire un peu de maïeutique à la Socrate. En vue de l'action.

Salut et Fraternité.

D.G., 20.9.01



Le mode de scrutin à deux tours

Denis Griesmar - AGQ 7.1.02



Regardez et comparez bien, en vous aidant par exemple d'un bon manuel, du type de celui de Maurice Duverger, "Institutions politiques et Droit constitutionnel", Presses Universitaires de France : le meilleur système est le scrutin à deux tours, qui ne désavantagerait aucunement un parti dominant comme le PQ, et qui permettrait d'atténuer une éventuelle division des souverainistes. Il aboutit, par le biais des désistements, à créer une sorte de vote préférentiel, et de cette manière reflète mieux la volonté des électeurs. Sur le plan pratique, il y a donc une bonne chance de convaincre le PQ de l'adopter.

Répétons ici la base du mécanisme : Au premier tour on choisit, au second tour on élimine. Exemple : même si je trouve le PQ pas assez à gauche, et si j'ai envie de le sanctionner au premier tour, je voterai pour lui au second, plutôt que de voir passer un libéral. Ceci, afin d'éviter la répétition de ce qui s'est passé lors de l'élection partielle dans Mercier.

Le système à deux tours est un outil pour obliger les souverainistes à s'entendre (on ne s'engueule pas comme du poisson pourri lorsqu'on va appeler, pour le second tour, à se désister en faveur d'un des deux candidats restés en lice).

Inversement, le système proportionnel n'incite à aucune "discipline républicaine", chaque parti restant assis sur son "coffre" de voix et en disposant à sa guise, pas forcément dans un sens unitaire.

Ce sont là des concepts bien connus en France, mais malheureusement les Québécois n'ont pas l'expérience historique d'un autre système que le système britannique. L'intelligence consiste à savoir tirer parti de l'expérience des autres, afin de ne pas perdre son temps et gaspiller ses énergies. Or, pour des raisons démographiques, et étant donné l'écrasante dominance du monde anglo-saxon, le Québec n'a pas de temps à perdre ! L'indépendance d'abord ! Ensuite, chacun s'orientera selon ses préférences. Puisse chacun le comprendre vite !