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Lassés des querelles constitutionnelles,
les Québécois rejettent les étiquettes

CRIC

5 novembre 2002


Ottawa, le 5 novembre, 2002 -- Fatigués par des décennies de querelles sur le statut de leur province au sein du Canada, la plupart des Québécois refusent d’être classés parmi les souverainistes ou les fédéralistes.

Vingt-huit pour cent d’entre eux déclarent n’être ni souverainistes ni fédéralistes, et 27 % se disent « entre les deux » : au total, 55 % de répondants refusent d’opter pour l’un ou l’autre camp.

Cette tendance est particulièrement marquée dans la tranche d’âge des 18 à 44 ans, où 63 % affirment qu’ils ne sont ni souverainistes ni fédéralistes; chez les Québécois de 45 ans et plus, la proportion est de 48 %.

Peu de Québécois déclarent leur allégeance : ils sont 25 % seulement du côté fédéraliste, et 18 % du côté souverainiste.

Voilà l’une des conclusions de l’édition 2002 de Portraits du Canada, le sondage d’opinion annuel mené par le Centre de recherche et d’information sur le Canada (CRIC).

(Pour de l’information complémentaire sur la méthodologie, le nombre de personnes sondées et la marge d’erreur, consulter le communiqué intitulé « Information générale et méthodologie ».)

On a posé la question suivante aux répondants : « Vous considérez-vous surtout comme un fédéraliste, surtout comme un souverainiste, comme quelqu’un qui est entre les deux ou comme quelqu’un qui n’est ni l’un ni l’autre ? »

Parmi les Québécois francophones, 58 % ont refusé d’être étiquetés, la moitié disant se trouver entre les deux options et l’autre moitié affirmant n’être ni fédéraliste ni souverainiste.

Vingt et un pour cent se définissent comme souverainistes et 19 % comme fédéralistes.

La montée de l’ADQ

Ces conclusions, qui reflètent une certaine lassitude à propos du débat constitutionnel, expliquent en partie la popularité de l’ADQ, passée de la troisième à la première place dans les sondages en 2002.

Alors que les fédéralistes sont enclins à soutenir le Parti libéral du Québec et les souverainistes, le PQ, les répondants qui se situent entre les deux options ou déclarent n’être ni pour l’une ni pour l’autre penchent en général pour l’ADQ. Soixante-six pour cent des partisans de l’ADQ refusent de se déclarer souverainistes ou fédéralistes, comparativement à 50 % des péquistes et 41 % des libéraux.

Cette tendance se manifeste à un moment où les Québécois semblent de moins en moins préoccupés par la souveraineté.

La souveraineté en baisse

Au cours des trois dernières années, le pourcentage de Québécois pour qui la souveraineté du Québec est une idée dépassée a augmenté, passant de 51 % à 56 %. Simultanément, l’idée que le Québec deviendra probablement un jour un pays indépendant perd du terrain. En 1998 et 1999, quelque 39 % des répondants étaient de cet avis, alors que leur proportion s’établit désormais à 21 %.

Même parmi les Québécois qui voteraient « oui » dans un référendum sur la souveraineté, seule une minorité (44 %) estime que le gouvernement du Québec devrait faire de la souveraineté un objectif prioritaire.

En outre, parmi les partisans éventuels du OUI, 54 % pensent que la souveraineté ne devrait pas constituer une priorité gouvernementale.

Maintien de l’appui à la souveraineté-partenariat

Pourtant, depuis 1998, l’appui à la souveraineté assortie d’une offre de partenariat avec les autres provinces canadiennes est demeuré stable, à environ 41 ou 42 %. Après répartition des indécis au prorata des réponses, Portrait du Canada évalue les forces du OUI à 41 % et celles du NON à 59 %.

La lassitude constitutionnelle n’est d’ailleurs pas le seul élément à jouer en faveur de l’ADQ.

Le pourcentage de Québécois prêts à accepter l’intervention du secteur privé dans la prestation des soins de santé augmente rapidement. L’an dernier, 38 % y étaient favorables ; la proportion est aujourd’hui de 49 % (voir autre communiqué ci-joint). Chez les adéquistes, elle est de 66 %, chiffre qui tombe à 44 % chez les libéraux et à 39 % chez les péquistes.

En revanche, le taux d’imposition unique proposé par l’ADQ recueille l’appui d’une minorité de Québécois seulement (37 %) ; 59 % des répondants s’y opposent. Parmi les adéquistes, l’appui à cette mesure est minoritaire. À 41 %, il n’est guère plus élevé que chez les partisans libéraux (39 %) et les partisans du PQ (35 %). Il se peut que l’insatisfaction à l’endroit des dirigeants et des partis politiques joue également en faveur de l’ADQ. Soixante pour cent des Québécois font peu, voire pas du tout confiance aux dirigeants politiques. Parmi les partisans de l’ADQ, la proportion grimpe à 69 %.

Pour les deux tiers des répondants, les partis traditionnels sont de plus en plus « déconnectés » des préoccupations de l’électeur moyen. Chez les adéquistes, ce pourcentage atteint 76 %.

Les jeux sont loin d’être faits

D’aucuns soutiennent que la popularité croissante de l’ADQ, généralement considérée comme un parti à tendance conservatrice, montre que les Québécois sont en train de se détourner de l’approche étatiste chère à la province depuis la Révolution tranquille. Rien n’est moins sûr. En effet, 44 % des répondants se déclarent en faveur, mais 48 % opposés, à une réduction du rôle du gouvernement provincial et à un accroissement de celui de l’entreprise privée.

De surcroît, si les Québécois sont plus enclins que les autres Canadiens à appuyer l’intervention accrue du secteur privé dans les soins de santé, ils sont également plus favorables à l’idée d’affecter les excédents budgétaires aux programmes sociaux, et à l’idée de consacrer plus de crédits à l’aide aux régions pauvres. D’autre part, les Québécois sont aussi nombreux que les autres Canadiens à vouloir d’un important appareil d’État offrant beaucoup de services, et sont moins nombreux à trouver négatif l’impact des gouvernements sur la vie des gens (voir autre communiqué).

« Dans l’ensemble, déclare Andrew Parkin, directeur adjoint à la recherche au CRIC, rien ne permet de conclure à un changement profond, à un virage général à droite chez les Québécois. Mais il est clair qu’ils en ont assez du débat constitutionnel et, de même, que le débat passionné qui a cours au Québec au sujet de la santé a donné naissance à de nouveaux courants d’opinion sur cette question. »

On peut consulter les résultats détaillés du sondage, accompagnés de graphiques, d’une description de la méthodologie et de tableaux complémentaires, sur le site du CRIC (www.cric.ca).

Pour renseignements, communiquer avec :

Andrew Parkin, directeur adjoint du CRIC (Recherche)
Tél. : (613) 247-8686, poste 227. Téléavertisseur : (613) 560-6121.
Courriel : aparkin@cucweb.ca
Peter Cowan, porte-parole du CRIC
Tél. : (514) 843-4124, poste 225. Courriel : pcowan@cucweb.ca