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Le miroir adéquiste
Michel David
Le Devoir jeudi 7 novembre 2002
Chaque année, le Conseil de l'unité canadienne (CUC), par l'entremise de son Centre de recherche et d'information sur le Canada (CRIC), consacre une petite fortune à la commandite d'un sondage coast to coast particulièrement élaboré, qui se veut une série de «portraits» de la nation. Canadienne, il va sans dire. Le CUC n'a évidemment rien d'un organisme neutre, ce qui ne signifie pas nécessairement que ses sondages ne sont pas crédibles. Disons plutôt que les commanditaires ne sont pas totalement désintéressés.
Le CUC avait donné un coup de sonde particulièrement opportun au début de 1995, précisément au moment où le gouvernement Parizeau lançait ses commissions itinérantes sur la souveraineté, qui devait ouvrir la voie au référendum. Trois instituts de sondage s'étaient alors partagé un échantillon de 10 011 personnes. Le sondage «le plus grand et le plus précis de l'histoire du Québec», avait claironné celui qui apparaissait alors comme le véritable président du comité du NON, Michel Bélanger.
L'objectif était clairement de dénoncer l'«astuce» de Jacques Parizeau, que le camp fédéraliste accusait de semer la confusion dans l'esprit des électeurs. Ainsi, en demandant aux personnes interrogées si elles étaient en faveur ou non de «la loi adoptée par l'Assemblée déclarant la souveraineté du Québec», le OUI obtenait 46 % des intentions de vote. Avec une question «dure» portant sur la séparation, il retombait aux 40 % de 1980. On connaît la suite : loin de la durcir, M. Parizeau avait encore adouci sa question et le OUI avait atteint un sommet de 49,4 % le jour du référendum.
On peut facilement comprendre l'exaspération des militants péquistes à l'idée que les impôts qu'ils paient à Ottawa contribuent à financer ce genre d'opération, alors que le premier ministre Landry refuse toujours d'investir le moindre sou en provenance des fonds publics dans un Conseil de la souveraineté, mais ceci est une autre question.
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Cette fois-ci, la grande conclusion du sondage du CUC est que la polarisation entre fédéralistes et souverainistes serait chose du passé. Près de six francophones sur dix (58 %) disent n'être ni fédéralistes ni souverainistes, ou encore «entre les deux», cette position acrobatique étant particulièrement le fait des 18-44 ans, que le professeur Maurice Pinard, de l'université McGill, l'expert-sondeur du CUC, appelle la «génération Dumont».
Mieux encore, il apparaît que l'ADQ est «un miroir presque parfait du Québec», dans la mesure où ses partisans voteraient exactement comme l'ensemble des Québécois si la question de 1995 faisait l'objet d'un nouveau référendum : NON, 60 %; OUI, 40 %. En comparaison, le PLQ semble dangereusement marginal avec ses 92 % de NON. Dans le cas du PQ, la surprise serait plutôt que le quart (23 %) de ses partisans voteraient NON.
Selon M. Pinard, l'appui à la souveraineté, que 56 % des Québécois estiment être une «idée dépassée», pourrait même continuer à décliner si l'ADQ devait encore se renforcer. Autrement dit, le parti de Mario Dumont pourrait même devenir une sorte de catalyseur de l'unité nationale.
De là à suggérer que les électeurs fédéralistes, désireux d'en finir avec ce débat, auraient intérêt à voter pour l'ADQ, il y a un pas que M. Pinard n'a pas franchi, mais les libéraux de Jean Charest, qui ont toujours été de loyaux soldats du CUC, devraient peut-être se poser des questions.
Il faut pourtant bien constater que les libéraux ne sont pas au diapason de la majorité. Dans l'esprit de 55 % des Québécois, le Québec n'est pas traité «avec le respect qu'il mérite» au sein du Canada. Alors que 77 % des péquistes et 62 % des adéquistes sont de cet avis, les partisans libéraux se disent satisfaits du traitement qu'il reçoit. Toutes les envolées nationalistes de M. Charest ne pourront rien y changer.
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Il y a pourtant un point qui semble faire perdre son latin même à un expert du CUC. Comment expliquer que la souveraineté recueille malgré tout 42 % des intentions de vote ? Plusieurs souverainistes y verront la preuve qu'il suffirait d'en parler davantage pour raviver la flamme. M. Pinard suggère plutôt que la perspective de l'élection d'un gouvernement adéquiste pourrait avoir eu pour effet de diminuer la crainte d'un référendum. Décidément, l'ADQ semble avoir des vertus magiques, étant capable de provoquer à la fois la chose et son contraire !
Le sondage du CUC révèle une tendance nouvelle dans l'électorat. En l'espace d'un an, la proportion des Québécois qui estiment que les pouvoirs des provinces devraient être augmentés est passée de 43 % à 58 %. Le phénomène n'est pas unique au Québec, mais il est nettement plus marqué qu'ailleurs au pays, comme si on revenait à une forme plus traditionnelle de nationalisme.
Dans ce cas, l'ADQ pourrait bien se révéler un miroir aux alouettes. Au moment où les Québécois réclament plus de pouvoirs, Mario Dumont vient d'expédier sur les tablettes sa «proposition de paix constitutionnelle», dont c'était principalement l'objet.
À l'heure où la commission Romanow s'apprête à lancer un débat majeur sur les services de santé, c'est au gouvernement provincial que les Québécois disent faire le plus confiance pour protéger les programmes qui leur tiennent à coeur. Pour le gouvernement Landry, il y a peut-être là une ouverture. Bien mince, direz-vous, mais il n'a vraiment pas les moyens de faire la fine bouche.
mdavid@ledevoir.com
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