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«« Réforme électorale et parlementaire
Demeurer une province, c'est choisir l'impuissance
Pierre Croteau
LE DEVOIR Le jeudi 19 décembre 2002
Lettres: Le politologue Christian Dufour publiait dans Le Devoir du 10 décembre un extrait de son mémoire sur la nocivité de la réforme envisagée des institutions représentatives dans la province du Québec.
En voulant rappeler l'importance des institutions politiques pour le développement d'un peuple, le professeur Dufour évoque bizarrement le «déclin de la France depuis deux siècles» (sic), déclin qui tiendrait selon lui en partie à sa difficulté à se doter d'institutions politiques durables.
Pas besoin de regarder bien loin pour voir que ce n'est pas sérieux -- contrairement au reste de l'article.
Avec son immuable système de gouvernement «de type Westminster», avec les institutions mêmes que le professeur Dufour chérit, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne a vu son influence et son prestige dans le monde décliner deux fois plus vite que ceux de la France.
Peut-être que la durabilité des institutions politiques et le prétendu déclin n'ont rien à voir entre eux.
Mais c'est de l'exact contraire d'un déclin qu'il faudrait parler.
Avec raison, nos contemporains français et britanniques n'envient pas le sort des sujets de Louis XV et de Victoria. C'est sans doute parce que l'espérance de vie et le niveau de vie du peuple en France et dans les îles Britanniques ont beaucoup progressé depuis et n'ont jamais été aussi élevés que maintenant.
La leçon à tirer de l'expérience, c'est peut-être que le développement économique, social et culturel d'un peuple va souvent de pair avec la prise en charge de son propre sort, peu importe la forme particulière que prend la démocratie. La possible bienveillance des autres peuples ou celle des maîtres et monarques de jadis a rarement rapporté autant de progrès à un peuple que son propre gouvernement.
La nation québécoise devrait se prendre en main politiquement.
Dans le monde tel qu'il est, le meilleur moyen pour un peuple de 7,4 millions de personnes de maîtriser le plus possible son avenir collectif au lieu de le subir en bougonnant, c'est de profiter des possibilités d'un État souverain au lieu de se contenter des miettes de liberté d'une province.
Québec, le 11 décembre 2002
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