«« Réforme électorale et parlementaire

Le politologue Christian Dufour dénonce la réforme Charbonneau

NORMAN DELISLE



QUEBEC (PC 9.12.2002) - Vouloir modifier le système politique québécois dans le sens proposé par le ministre Jean-Pierre Charbonneau serait "suicidaire", estime le politologue Christian Dufour. Dans un texte transmis à la commission parlementaire des Institutions, et dont la Presse Canadienne a obtenu copie, M. Dufour critique sévèrement les points de vue tirés du document du ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Jean-Pierre Charbonneau.

Ce document, intitulé "Le pouvoir aux citoyens et aux citoyennes", sert de base aux discussions entourant la réforme des institutions parlementaires québécoises. Il vante besaucoup le système présidentiel américain.

Le professeur Dufour juge que le document Charbonneau "est injuste à l'égard d'institutions politiques qui ont historiquement bien servi le Québec et méritent mieux".

Nos institutions québécoises "combinent les avantages de la démocratie et d'un gouvernement fort", note M. Dufour. Notre Assemblée nationale, qui a célébré son 200e anniversaire en 1992, " se rattache à la plus ancienne tradition démocratique des temps modernes".

Par exemple, le principe de la responsabilité ministérielle "oblige les membres du gouvernement à rendre publiquement des comptes devant la Chambre élue, contrairement au système américain où des ministres, non élus et choisis par le président, ne répondent qu'à lui".

C'est grâce à notre système politique que des réformes structurantes comme la Révolution tranquille ont pu être menées. Le document Charbonneau "diffuse une vision inexacte, tout en rose, du système américain", poursuit M. Dufour. Il ne parle pas des lobbies omnipotents aux Etats-Unis. Il ne mentionne pas la santé démocratique de notre système électoral, qui favorise une participation qui dépasse les 80 pour cent.

Vouloir appliquer un système à l'américaine "au seul gouvernement contrôlé par une majorité francophone en Amérique du Nord serait suicidaire", affirme le professeur Dufour.

On parle d'abandonner le mode de scrutin uninominal à un tour qui a toujours été utilisé au Québec. "Il a fait ses preuves depuis 1792. De plus, ce mode de scrutin favorise la majorité francophone et compense le fait que le Canada considère cette majorité comme une minorité depuis 1982", écrit le politologue.

Enfin, M. Dufour signale que la démocratie québécoise "est bien vivante". Il y a notamment une "cruciale alternance politique", qui fait en sorte qu'aucun parti politique n'a pu gagner trois élections consécutives depuis plus de 50 ans.

Notre système "repose sur un lien direct entre le député et ceux qui l'ont élu. En cinquième année de mandat, il serait irresponsable que le gouvernement du Parti québécois essaie d'engager l'avenir sur un sujet aussi important que nos institutions à partir d'une base si fragile, conclut le professeur Dufour. On pave la voie à l'affaiblissement de la seule majorité francophone en Amérique du Nord".