|
Le sophisme de la proportionnelle
Michel Gauthier
Le Droit Le mardi 26 février 2002
Éditorial - Le débat sur la représentation proportionnelle à l'Assemblée nationale du Québec ne s'est jamais éteint. Au contraire, le feu a toujours été entretenu et le Mouvement démocratie nouvelle (MDN), fort d'une réunion qui a regroupé 300 personnes, en fin de semaine, réclame de nouveau que soit modifié le mode de scrutin québécois.
Les Claude Ryan, Pierre F. Côté et Monique Richard, ex-chef du Parti libéral, ex-directeur général des élections et présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), sont venus à tour de rôle insister sur la nécessité d'instaurer le scrutin proportionnel.
Qu'il nous soit permis de douter d'une telle nécessité.
Pour deux raisons.
Tout d'abord, cela demeure une vue de l'esprit que d'affirmer que la démocratie québécoise ait souffert de la stricte application de la règle de la majorité électorale. Les seuls à en souffrir sont les partis politiques qui, à l'occasion, se retrouvent dans l'opposition tout en ayant obtenu le plus de voix au scrutin populaire, ou qui obtiennent un nombre de députés nettement inférieur à leur pourcentage des voix.
Mais la plus importante des raisons demeure la stabilité électorale. Le système actuel a ceci d'efficace qu'il force un tiers parti à faire ses preuves avant d'obtenir véritablement la confiance de la population et une place équitable à l'Assemblée nationale. Qu'on prenne pour exemple le Parti québécois qui, à ses débuts, a souffert à cause de la règle de la majorité.
Aujourd'hui, c'est à son tour d'en profiter et les résultats de la dernière élection générale le démontrent bien. À moins d'être simplement partisan ou de s'accrocher à un débat théorique, on peut très bien vivre avec cette situation.
Aujourd'hui, c'est l'ADQ de Mario Dumont, comme le PQ du début des années 70, qui écope. Et puis? La population québécoise n'a toujours pas indiqué qu'elle considérait M. Dumont comme une réelle alternative politique.
Le principal défaut du système électoral québécois a été corrigé lorsque la carte électorale fut révisée afin d'équilibrer le poids démographique de chaque circonscription.
Ce que certains appellent la dictature de la majorité se veut dans les faits le fondement principal de la démocratie. On vote pour un candidat et celui qui obtient le plus de voix est élu pour représenter l'ensemble des électeurs.
Le MDN verse dans le sophisme quand ses organisateurs parlent de «sabotage officiel et extrêmement pernicieux des fondements de la démocratie politique». En réalité, la proportionnelle tend plutôt vers l'anarchie en épousant la logique de «toutes les tendances» et en niant le principe de délégation de pouvoirs de l'électeur vers l'élu. Parce que la véritable démocratie, c'est en bout de ligne la confiance manifestée par cette délégation de pouvoir et le leadership que doit ensuite assumer le chef du parti porté au pouvoir.
Le Parti québécois a épuré notre système politique de ses défauts les plus apparents. À ce moment-ci, il n'affiche aucun empressement, et on comprend pourquoi, à lancer les travaux de la Commission sur la réforme du mode de scrutin. Les libéraux, eux aussi pour des raisons qu'on comprend, dénoncent plutôt la lenteur des travaux. Dans les deux cas, l'intérêt immédiat relève strictement de la partisanerie politique.
On comprendra donc que le besoin d'une réforme du mode de scrutin est à ce moment-ci un exercice sans utilité réelle.
|