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«« Réforme électorale et parlementaire
La boîte de Pandore
Michel David
Le Devoir Le jeudi 25 avril 2002
On ne peut certainement pas accuser le ministre délégué aux Affaires
intergouvernementales, Jean-Pierre Charbonneau, de manquer d'imagination. S'il y
a un reproche qu'on peut lui faire, c'est plutôt de vouloir prendre de trop
grosses bouchées. Son ambitieux projet de réforme des institutions n'est pas
dépourvu d'intérêt, mais le résultat le plus sûr serait sans doute de renvoyer
celle du mode de scrutin aux calendes grecques.
M. Charbonneau semble
enfin vouloir se satisfaire d'horizons plus modestes et plus réalistes dans les
circonstances. Par exemple, faire adopter d'ici les prochaines élections
générales une loi qui permettrait la tenue de référendums sur divers sujets si
un nombre suffisant de citoyens l'exigent, comme Le Devoir en faisait état dans
son édition d'hier.
Le projet n'est pas nouveau. Le nouveau sous-ministre
de M. Charbonneau, André Larocque, le traîne dans ses valises depuis la fin des
années 70 et a tenté de le vendre à chacun de ses patrons successifs, la version
la plus achevée étant celle que Mario Dumont a présentée à l'Assemblée nationale
le 9 mai 2000.
En reprenant l'idée à son compte, M. Charbonneau a fait
valoir que «ça pourrait permettre aux citoyens de sentir qu'ils vont avoir, dans
les années qui viennent, un meilleur pouvoir dans le processus de changements et
de décisionsde la société».
Il est évidemment très difficile de s'opposer
à la vertu, mais il faudrait bien s'assurer qu'une loi comme celle-là réglerait
plus de problèmes qu'elle n'en créerait. Comme l'a si bien dit M. Charbonneau
lui-même, il faut «bien cerner les problématiques que ça peut
supposer».
***
Il est tout à fait défendable de vouloir donner à
la population la possibilité de déclencher la tenue de référendums sur des
sujets qui la préoccupent, que ce soit le virage à droite, l'élimination des
appareils de loterie vidéo ou encore l'emplacement du futur CHUM, mais il faut
dès lors accepter que des groupes de pression se prévalent de ce pouvoir
d'initiative pour faire triompher leurs vues.
Dans une entrevue au
Devoir, le président d'Alliance Québec, Brent Tyler, a indiqué sans détour qu'il
en profiterait pour demander aux Québécois de se prononcer sur les conditions
d'accès à l'école anglaise, le bilinguisme dans l'affichage commercial ou même
l'adhésion à la Constitution de 1982.
En ce qui concerne l'accès à
l'école, il y a pratiquement unanimité au sein de la communauté anglophone sur
le critère de la langue maternelle, comme le recommandait le rapport Chambers,
ou, mieux encore, sur celui du libre choix. Alliance Québec n'aurait aucune
difficulté à rassembler les signatures requises.
Si on en croit les
sondages, une majorité de francophones pourrait très bien se prononcer dans le
même sens à l'occasion d'un référendum, même s'il est évident que les
restrictions imposées par la loi 101 ont contribué plus que toute autre
disposition à la francisation du Québec depuis 25 ans.
Par souci de bonne
entente, il n'est pas impensable non plus que la population se prononce en
faveur du bilinguisme intégral dans l'affichage commercial ou même - pourquoi
pas? - dans l'affichage public, sans égard à la «nette prédominance» du
français.
Même si le gouvernement n'était pas légalement tenu de
respecter le verdict référendaire, il serait politiquement très difficile de
faire autrement. Surtout s'il était issu du PLQ, qui subirait alors d'énormes
pressions de sa clientèle anglophone.
M. Charbonneau veut donner à la
population le pouvoir de «forcer le jeu» si un gouvernement n'est pas disposé à
aller aussi loin qu'elle le souhaite, mais cela peut aller aussi bien dans un
sens que dans l'autre.
***
Le projet comporte aussi des avantages.
Dans l'immédiat, ce serait une façon d'évacuer la délicate question de la tenue
d'un éventuel référendum sur la souveraineté sans l'exclure absolument. M.
Landry pourrait s'engager à ce qu'il n'y ait pas de référendum durant le
prochain mandat, à moins que la population ne l'exige.
Si la conjoncture
s'y prête, le PQ trouvera facilement les 500 000 signatures prévues au projet de
l'ADQ. Remarquez qu'il serait peut-être préférable de prévoir un million de
signatures si on ne veut pas risquer de perdre le contrôle de l'opération aux
mains de souverainistes plus pressés.
Au moment où le PQ a toutes les
chances de perdre le pouvoir, ce pouvoir d'initiative offrirait surtout
certaines garanties à caractère défensif en empêchant un gouvernement libéral de
profiter de la lassitude de la population pour signer la Constitution en douce,
sans la consulter formellement.
Soit, une nouvelle ronde de négociations
ne paraît pas imminente, mais qui sait ce que réserve l'avenir? Alors que Robert
Bourassa avait présenté les dispositions de l'Accord du lac Meech comme des
conditions «minimales», Jean Charest n'a jamais voulu présenter les propositions
du rapport Pelletier comme un tout non négociable. Il s'agit plutôt d'une
position de départ.
Contrairement à des provinces comme l'Alberta et la
Colombie-Britannique, le Québec n'a pas de loi qui impose la tenue d'un
référendum en cas de modification à la Constitution. Jean Charest ne l'a pas
exclu, mais il ne s'y pas engagé non plus.
Quand on ouvre la boîte de
Pandore, n'importe quoi peut en sortir. Tant qu'à y être, on peut toujours
imaginer l'ADQ parrainer une pétition réclamant la tenue d'un référendum sur
l'imposition d'un moratoire de dix ou même vingt ans sur la tenue d'un
référendum sur la souveraineté. On peut parier que le OUI
l'emporterait.
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