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«« Réforme électorale et parlementaire
Le pouvoir aux
citoyens!
André Pratte
La Presse Le mardi 25 juin 2002
Les Québécois, on le dit et
le répète, en ont marre des politiciens et de la politique. Mais peuvent-ils
faire autre chose que bouder et bougonner?
Voici que se présente une occasion d'agir, de
changer le système politique pour qu'il corresponde à leurs attentes. Les
Québécois doivent la saisir.
Il s'agit de la consultation lancée la
semaine dernière par le ministre responsable de la Réforme des institutions
démocratiques, Jean-Pierre Charbonneau. Cette consultation, qui doit mener aux
«états généraux de la gouvernance démocratique», permettra aux électeurs de
faire valoir leurs vues sur une grande variété de sujets, allant des principes
mêmes du système politique (parlementaire britannique ou présidentiel) au mode
de scrutin (majoritaire ou proportionnel), en passant par le pouvoir des
régions.
Lorsque M. Charbonneau avait d'abord évoqué ce projet, nous
avions exprimé de fortes réserves, estimant qu'il embrassait beaucoup trop large
et que son action risquait de détourner l'attention du gouvernement de problèmes
plus importants. Ces craintes restent présentes, et sont accentuées par le
moment choisi pour lancer ce débat: en fin de mandat, alors que la partisanerie
est nécessairement exacerbée.
Ceci dit, le ministre a bien fait ses
devoirs. Plutôt que de lancer le gouvernement dans des réformes précipitées et à
la pièce, il a choisi non seulement de lancer un vaste débat public, mais d'en
favoriser la cohérence en publiant un document («Le pouvoir aux citoyens et aux
citoyennes») dont la qualité pédagogique doit être notée (on en trouvera copie
au www.mce.gouv.qc.ca).
Notre scepticisme tient aussi de la conviction
que la réforme des institutions, même si elle était radicale, ne viendrait pas à
bout des faiblesses de fond du système, qui relèvent plus de la culture
politique (la prépondérance de la langue de bois, par exemple) que des
structures. Ceci dit, la consultation est lancée, et les citoyens ont le de-voir
d'y participer, massivement et intelligemment.
* * *
À prime
abord, nous ne sommes pas favorables à des bouleversements structurels qui
accapareraient la machine gouvernementale pendant des années, sans produire de
résultats probants. Ainsi de l'éventuel passage à un régime présidentiel. Rien
n'indique que la démocratie est plus vibrante dans les pays où un tel système
est en place.
L'introduction d'un élément de proportionnalité dans le
mode de scrutin est sans doute devenue inévitable, de crainte que les effets
pervers du système actuel ne minent définitivement sa crédibilité. Si des
élections générales avaient lieu demain, les Québécois pourraient se retrouver
avec un gouvernement majoritaire adéquiste, et un Parti québécois rayé de la
carte. Or, cela ne correspond sans doute pas aux attentes des citoyens. Par
contre, un scrutin proportionnel aboutirait à la formation d'un gouvernement
minoritaire. Est-ce que veulent les Québécois? On voit que les mesures
envisagées par M. Charbonneau auraient des effets très concrets, auxquels il
faut prendre le temps de réfléchir.
La tenue des élections à date fixe, à
tous les quatre ans, serait un changement simple et heureux. Cette mesure
mettrait un terme aux jeux stratégiques qui, quel que soit le parti au pouvoir,
nuisent à la qualité de la gouverne et de la démocratie.
* * *
Le
gouvernement prévoit la tenue des états généraux au début de 2003, puis la
formulation de propositions qui seraient soumises à la population à l'occasion
des prochaines élections générales. L'exercice sera donc, d'une façon ou d'une
autre, soumis au calendrier électoral. Si des élections surviennent dès
l'automne, ce qui s'impose selon nous, le prochain gouvernement devra poursuivre
la démarche amorcée par Jean-Pierre Charbonneau.
La montée de l'Action
démocratique satisfera peut-être quelque temps le goût de changement des
Québécois. Mais cet appétit est plus profond, portant notamment sur l'état de la
démocratie elle-même. Les partis politiques doivent se décider à y
répondre.
Quant aux électeurs, ils doivent transformer le goût du
changement en volonté. M. Charbonneau offre le «pouvoir aux citoyens». C'est à
eux de le prendre.
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