«« SCRUTIN - PROPORTIONNELLE

MONTREAL (PC 18.8.2002) - Le ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Jean-Pierre Charbonneau, s'est dit favorable, personnellement, à ce que le Québec adopte le mode de scrutin proportionnel. Le ministre a prononcé un discours à ce sujet, samedi, devant les jeunes péquistes réunis à Québec.

M. Charbonneau a indiqué que le gouvernement péquiste a pris les devants, en amorçant pour la première fois un débat sur la question. Il précise que le gouvernement n'a pas encore pris position et indique qu'il irréaliste de croire qu'un changement de cette profondeur est possible pour la prochaine élection générale.

Selon lui, le Parti québécois ne serait pas perdant en adoptant ce mode de scrutin.

M. Charbonneau a estimé que le PQ pourrait profiter d'un changement dans la façon de faire la politique, puisque jusqu'ici, dans le cadre actuel des choses, il a échoué son premier objectif de faire du Québec un pays.

Pourquoi ne pas avoir dit...

Jacques Bergeron
TRIBUNE LIBRE 18.8.2002


Monsieur,

J'ai lu avec une certaine surprise, (mais en était-ce vraiment une, si on se souvient de vos déclarations à votre retour «lorsque vous déclariez que finalement l'indépendance n'était pas si importante que ça) votre prise de position en faveur du vote proportionnel tout en soutenant que le Parti Québécois ne serait pas perdant et que de toute façon il lui avait été incapable de donner un pays au Québec.

Je trouve effrayant de lire pareille déclaration sur «l'internet» ce matin, déclaration en plus faite devant les jeunes du PQ. N'aurait-il pas été plus indiqué [de dire] que notre combat pour notre idéal n'était pas terminé, mais que vous recherchiez des éléments pour y arriver Il aurait été plus juste de soutenir qu'il était urgent que le Québec se donne les outils pour faire son indépendance plutôt que de soutenir l'insoutenbale, soit le vote proportionnel tout en admettant votre incapacité et celle de votre parti, le mien aussi, à répondre aux attentes du peuple du Québec de se donner l'indépendance.

Pourquoi ne pas avoir une fois soutenu que si le Québec n'était pas indépendant, c'est qu'il s'était fait voler ce droit par plus de 100,000 votes illégaux.

Pourquoi ne pas avoir dit aux jeunes du PQ, que si le Québec n'était pas indépendant c'est parce que le gouvernement d'Ottawa avait faussé le jeu de la citoyenneté.

Pourquoi ne pas avoir dit aux jeunes du PQ, que si on avait eu une carte d'électeur, accompagnée d'une carte de citoyenneté et d'une signature exprimant le vote exercé, le Québec serait aujourd'hui un pays indépendant «capable de participer au bonheur de son peuple et de celui du monde dans le concert des nations libres».

Pourquoi ne pas avoir dit à nos jeunes, ceux que vous appelez les jeunes du Parti Québécois, qu'il est plus important de légitimer la présence des députés à «l'Assemblée nationale du Québec» que d'adopter le vote à la proportionnelle qui ne saurait répondre à l'exercice de la démocratie?

Pourquoi ne pas leur avoir dit que seule une élection à deux tours dans laquelle les deux candidat-e-s ayant obtenu le plus grand nombre de votes au premier tour, pourraient avoir droit au deuxième tour et qu'il en ressortirait un-e élu-e ayant au moins 50% plus un vote des votes exprimés, ce qui justifierait sa présence à l'Assemblée nationale dans le respect de la démocratie?

Pourquoi ne pas leur avoir dit que des pays comme la France et l'Italie ont abandonné ce mode de scrutin qui permettait à des partis extrémistes, de droite ou de gauche, d'être présents dans les parlements alors que le nombre de votes reçus de leurs électeurs ne légitimait pas leur présence?

Pourquoi ne pas leur avoir dit que dans les pays anglo-saxons, en donnant les États-Unis d'Amérique et l'Angleterre comme exemples, que ces pays n'avaient aucun-e élu-e pouvant prétendre avoir été élu démocratiquement puisque moins de 50% des électeurs exerçaient leur droit de vote?

Pourquoi M. le Ministre vous entêtez-vous à donner au Québec le vote à la proportionnelle qui n'apportera rien de plus et rien de mieux à la démocratie du Québec mais qui au contraire pourrait donner des armes à ses ennemis? Si vous tenez autant que vous le prétendez à la démocratie, acceptez qu'un parti n'ayant pas un-e élu-e à l'Assemblée nationale, mais ayant obtenu au moins 5% du vote exprimé, puisse y déléguer une personne de son choix. Ce sera déjà reconnaître une certaine forme de proportionnelle sans pour autant nuire à la démocratie puisque l'ensemble des élu-e-s l'auront été sous le principe du vote à deux tours, tel qu'exprimé ci-avant dans mon propos que je vous fais parvenir.

Je m'en voudrais en terminant de ne pas vous exprimer ma déception de voir que vous avez abandonné l'idée de donner un «pays Indépendant de langue française» à votre peuple. Dès lors que vous adoptez cette façon de penser, comme la plupart des indépendantistes, je crois que votre présence dans notre parti, le Parti Québécois, n'est plus souhaitée.

Jacques Bergeron,

Article faisant suite à la déclaration du ministre devant l'assemblée des jeunes du Parti Québécois, le 17 août dernier, hier en l'occurrence.