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Sondage SOM - RADIO-CANADA -

Quel gâchis!

Des commentaires - août 2002




Peut-on impunément se déclarer souverainiste tout en se cantonnant au fil des ans dans la pratique d'un fédéralisme servile ? Peut-on impunément tout confondre, national et social, et réduire la base naturellement large de la souveraineté à ceux qui se reconnaissent dans une forme prétentieuse et partisane de social-démocratie provinciale ? La souveraineté politique n'est pas un projet social. Il faut le dire haut et fort, la souveraineté c'est la condition préalable qui permet à un peuple d'agir pour lui-même, d'être maître de sa destinée. Le Parti québécois a réduit l'appui à la souveraineté à ceux qui se reconnaissent dans sa gestion provinciale particulière, négligeant les appuis potentiels provenant d'autres horizons politiques. Il a plus que jamais divisé la nation sur des lignes socio-économiques dont la nature et les ambitions demeurent strictement provinciales. Quel gâchis!

Le dernier sondage annonce peut-être un verdict populaire très sévère à l'endroit d'un parti qui, à force de chercher toujours les consensus mous, n'aura réussi qu'à se faire des ennemis partout. Ce parti aura vu ses plus fidèles appuis le déserter en masse, en particulier depuis le référendum de 1995. Le mot «trahison» a été employé plus d'une fois pour désigner le collaborationnisme bon teint qui caractérise ses politiques. Chose certaine, l'indifférence qu'a réussi à créer ce parti sur ce qui demeure en dépit de tout une grande cause le rattrappe maintenant. Il faut espérer que pour la suite des choses on retiendra qu'on ne peut être à la fois fédéraliste et souverainiste. Il aurait fallu que le PQ se branche et prenne acte en temps utile de la radicalisation fédéraliste et y réponde adéquatement. Il ne l'a pas fait. Il a préféré la soumission drapé dans un provincialisme hautain et, du même coup, il a renoncé à tout geste, voire à toute initiative gouvernementale ayant pour objet et pour objectif de libération nationale. Il a délaissé ce qui compte vraiment pour s'attacher à l'accessoire, il en paie aujourd'hui le prix.

Gilles Verrier

EN COMPLÉMENT I

Selon un sondage et Radio-Canada, le PQ serait à 18% d'intentions de vote. Un nadir historique.

À mon sens, cela n'a rien d'étonnant :

+ usure du pouvoir

+ pas de répit véritable au niveau de la fiscalité

+ rien pour les familles (si ce n'est ces garderies à 5$ ou congés de maternité : rien pour les familles arriérées dans lesquelles les femmes (ou même les pères) restent à la maison pour éléver leurs jeunes enfants -- pas de fiscalité famille, toujours une fiscalité individuelle)

+ rien pour le français

+ pas un mot sur la souveraineté (sauf pour amuser les militants aux congrès)

+ généreuses ententes avec les Cris et Montagnais (des centaines de millions de dollars tout de suite, plus des redevances éternelles), une vraie priorité

+ impression de magouilles et de "fausse écoute" (fusion forcée des municipalité (pour angliciser Montréal), commission sur la langue française bidon et aux mesures appliquées soigneusement sélectionnées (plus d'anglais au primaire!))

+ impression de simple gouvernement efficace provincial (pourquoi ne pas élire un autre gouvernement qui s'entendra mieux avec le fédéral, puisque celui-ci a des difficultés dès qu'il s'agit d'obtenir quelque chose du fédéral ?)

+ impression de médiocrité et de dissensions étouffées (le second influant sur le premier)

P.A

EN COMPLÉMENT II

La social-démocratie inhibe les chances du Québec de devenir indépendant

Lalande, Claude
Le Soleil
Carrefour des lecteurs
samedi 17 août 2002, p. D4



Québec - Normand Breault, dans LE SOLEIL du 15 août, exprime son point vue sur ce que devrait être la société québécoise dans la perspective de la réalisation de la souveraineté. Il favorise clairement la social-démocratie.

Si je suis tout à fait d’accord avec la réalisation de la souveraineté, je me vois forcé, objectivement, de m’opposer au projet de société social-démocrate qui, selon lui, doit la précéder. En admettant, toutefois, qu’il soit encore temps de réussir l’indépendance. Il y a plus d’un an, j’écrivais un article sur la question. En voici quelques extraits que j’estime encore pertinent de publier en réponse à celui de M. Brault.

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, quelque 100 États sont devenus souverains. Parmi ceux qui ont eu à lutter pour le devenir, quelques-uns ont dû recourir à la violence. D’autres ont choisi la voie politique et ont forcé la négociation. Dans aucun de ces cas cependant, il a été question de la mise en place d’un régime social-démocrate avant la réalisation de l’indépendance.

Lorsque le moment arrive de réaliser une étape aussi importante pour un peuple, celle de l’indépendance, contre laquelle s’arc-boute l’État colonisateur ou centralisateur, toutes les forces vives du pays qui veut naître doivent s’unir.

Le Québec ne respecte pas cette règle. Il a choisi de réaliser la social-démocratie avant de parvenir à la souveraineté. Pour cette raison, il n’y arrivera probablement jamais, à moins qu’il réussisse à créer un modèle d’accession à la souveraineté pour un peuple bourgeois, riche et prospère. Le défi est de taille.

Question de choix

Le gouvernement québécois a fait le choix, entre autres, de se mettre au service de la population, de répondre toujours plus et mieux à ses demandes, maintes fois élevées au point de vue des exigences par des groupes de pressions à large auditoire électoral, fortement nantis ou détenant d’importants pouvoirs financiers. De ce fait, le gouvernement a indirectement pavé la voie à la consommation (et même à la surconsommation) par le biais d’une gestion des affaires de l’État toujours plus soucieuse de plaire à l’électorat, profondément engagée sur la voie du matérialisme, du mieux-être, de la consommation et du confort.

Or, pour réaliser l’indépendance, dans le contexte actuel d’affrontement Québec-Canada, la population doit, au contraire, se mettre au service de son gouvernement, s’inscrire dans sa démarche souverainiste et consentir à payer le prix inévitable de l’accession à la souveraineté.

La social-démocratie québécoise a permis à la majorité de la population de se sentir confortable dans un environnement de consommation intense. La perspective hédoniste d’une consommation toujours croissante, qu’autorise le modèle ploutocratique de la social-démocratie québécoise, a mené trop des nôtres à ne plus se préoccuper de la normalité politique qui sied à tout peuple : la souveraineté. Des caractéristiques de la social-démocratie à la québécoise ont piégé son promoteur souverainiste qui ne réussit plus à convaincre la population du bien-fondé de son option.

Confort

Enfouie dans le confort que lui procure la consommation à grande échelle de biens et de services, une majorité de la population du Québec estime que l’indépendance ne vaut pas le prix de l’accès plus rapide aux soins de santé et à la gratuité scolaire ou, encore, du plaisir de posséder une deuxième voiture, un VTT ou une motoneige.

Ceci dit, peut-on blâmer les gouvernements successifs, depuis la Révolution tranquille, d’avoir favorisé le mieux-être du consommateur québécois ? Certainement pas.

EN COMPLÉMENT III

"Les raisons fortes"

Dans le livre "Les raisons fortes", Gilles Gagné et Simon Langlois en arrivent à la même conclusion. Les deux sociologues ont étudié et analysé à fond les sondages qui ont précédé le référendum de 1995 et ceux, comparables de 1999 à 2001, tous faits par la firme Léger marketing.

En découpant les échantillons par tranches d'âge et d'activité (par rapport à l'emploi), les auteurs démontrent que le projet a été porté par les 18-65 ans francophones avec emplois ou aux études et que le déclin de l'option, assez faible si ont compare les sondages seulement, et non les résultats du référendum, est dû à une diminution de l'attrait parmi ce groupe (18-65). Dans les autres groupes de l'échantillon, l'attrait de la souveraineté a augmenté !

Les auteurs en arrivent à la conclusion que le mouvement souverainiste, en prenant le pouvoir et en gouvernant, a mis en place des conditions qui ont permis tant à la population qu'aux gouvernants de se satisfaire de leur situation. Ils posent la question: "Le mouvement souverainiste n'aurait-il pas accouché d'une République des satisfaits?" (p. 137).

Je ne me sens plus menacé, on passe à autre chose, dirait-on.

Benoît St-Denis

Un livre à lire :

Les raisons fortes
Nature et signification de l'appui à la souveraineté du Québec
Gilles Gagné – Simon Langlois
Les Presses de l'Université de Montréal, 2002
24,95 $