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Sondage Léger Marketing-Le Devoir-TVA-The Globe and Mail -
L'ADQ formerait un gouvernement majoritaire 11 points d'avance sur le PLQ, 15 sur le PQ; 59 % des Québécois veulent des élections cet automne
Josée Boileau LE DEVOIR Le jeudi 5 septembre 2002
L'Action démocratique du Québec jouit d'un appui tel chez les francophones que ce parti formerait un gouvernement majoritaire si des élections se tenaient aujourd'hui au Québec, selon un sondage Léger Marketing-Le Devoir-TVA-The Globe and Mail, dont nous publions une première tranche aujourd'hui.
Après répartition des indécis, l'ADQ recueille 40 % de l'ensemble des suffrages, contre 29 % pour le Parti libéral du Québec et 25 % pour le Parti québécois. Chez les francophones, l'appui à l'ADQ grimpe toutefois à 46 %, contre 29 % pour le PQ et 20 % pour le PLQ.
Cet écart de 17 points entre l'ADQ et le PQ est énorme. Assez pour affirmer que l'équipe de Mario Dumont pourrait constituer un gouvernement majoritaire puisque 85 comtés sur les 125 du Québec ont un électorat francophone, explique le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger.
Le sondage, mené entre le 27 août et le 1er septembre auprès de 1010 répondants, pour une marge d'erreur maximale de 3,1 %, 19 fois sur 20, confirme donc l'engouement pour l'ADQ, inexistant en février et qui va croissant depuis le printemps.
Il révèle aussi que la majorité des Québécois n'a qu'un souhait : aller voter là, tout de suite, dès cet automne. Ils sont 59 % à le réclamer, dont 70 % de libéraux et 72 % d'adéquistes. «C'est une première depuis l'élection de Lucien Bouchard en 1998, constate Jean-Marc Léger. Fondamentalement, les électeurs n'aiment pas les élections. Mais là, ils sont mécontents et ils aimeraient le dire dans les urnes !»
On constatera sans surprise qu'une majorité de péquistes (56 %) préfère, elle, retarder l'échéance. C'est pourtant pour les libéraux que l'avenir est le plus menaçant, analyse M. Léger à la lumière des données. «Au printemps, l'ADQ avait gagné des points à même l'électorat du Parti québécois. Cette fois, il va chercher les nationalistes libéraux», dit-il.
En février dernier, 38 % des répondants prévoyaient voter pour le PQ. Ils n'étaient plus que 26 % en mai. À 25 % d'appuis aujourd'hui, la situation semble toutefois s'être stabilisée. Et c'est maintenant aux dépens des partisans du PLQ que le parti de Mario Dumont fait des gains. Le PLQ perd six points d'appui chez les francophones, sept chez les non-francophones, et c'est à l'ADQ que la situation profite.
Si ses 29 % d'appuis actuels devaient rester les mêmes lors d'élections, jamais le PLQ n'aurait connu un score aussi bas «depuis le début du siècle» dernier, souligne Jean-Marc Léger. Et il s'agit d'un véritable revirement : en effet, en février, le Parti libéral était en tête avec 45 % des intentions de vote, et il l'était encore en mai avec 35 %. L'ADQ, qui le talonnait à cette date avec 32 % d'appuis, le devance maintenant de 11 points.
«Pour les libéraux, avoir perdu six points d'appui entre mai et août, c'est comme s'ils étaient en chute libre car le vote pour le changement aurait normalement dû aller au Parti libéral», analyse Jean-Marc Léger.
Le sondeur reste quand même prudent dans ses prédictions. Non, l'ADQ ne reverra pas de sitôt un appui à 11 % comme il en enregistrait il y a six mois. Non, il ne s'effondrera pas aussi vite qu'il est monté. «Maintenant, l'ADQ existe !», s'exclame M. Léger. Mais l'appui massif qu'il recueille est fragile, et il ne lui sera pas facile de se maintenir à 40 %. «Les gens ne votent pas pour l'ADQ mais contre les deux autres partis», note-t-il.
Car la motivation des électeurs séduits par l'ADQ est limpide : ils sont mécontents des autres partis, disent-ils à 55 %. Seuls 22 % des partisans adéquistes disent voter ADQ en raison de son chef, Mario Dumont. Le programme de l'ADQ, lui, ne motive que 17 % des répondants adéquistes.
Les gens interrogés sont d'ailleurs très insatisfaits, soit à 60 %, du gouvernement péquiste, soit le plus bas score jamais obtenu par le gouvernement de Bernard Landry. Seuls 38 % des électeurs sont satisfaits, contre 54 % en décembre dernier. La baisse de satisfaction est flagrante chez les francophones. En décembre, elle s'élevait à 59 %. Huit mois plus tard, elle n'est plus qu'à 39 %.
Et ramener la souveraineté à l'avant-plan ne semble pas être la panacée rêvée pour le Parti québécois : 61 % des répondants (56 % des francophones) s'opposent à la souveraineté, contre 33 % (39 % des francophones) qui lui sont favorables. Pour mieux répondre à la réalité politique actuelle, on a toutefois choisi, chez Léger Marketing, de ne pas interroger les gens au sujet de leur appui à une souveraineté assortie d'un partenariat avec le reste du Canada.
«Depuis le référendum de 1995, on posait toujours cette question, explique Jean-Marc Léger. Cette fois, on a décidé d'être plus précis puisque l'offre de partenariat n'existe pas. On a donc seulement demandé si les gens auraient plus tendance à voter pour ou contre la souveraineté du Québec, ce qui fait qu'on n'a pas de comparatif avec des sondages antérieurs.»
Néanmoins, les résultats du sondage témoignent de l'humeur populaire. L'ADQ, qui se fait discrète sur la question nationale, séduit donc cet électorat pour lequel la souveraineté ne fait pas partie des préoccupations, note Jean-Marc Léger.
La montée spectaculaire de l'ADQ a par ailleurs son impact sur le fonctionnement des maisons de sondage. Ainsi, pour ce sondage, Léger Marketing a tenu compte de la nouvelle course à trois partis en répartissant les 5 % d'indécis de façon proportionnelle aux intentions de vote. Il les distribue donc à 34 % à l'ADQ, à 24 % au PLQ et à 21 % au PQ, soit le pourcentage que chacun de ces partis a obtenu avant répartition des indécis. Traditionnellement, les votes indécis étaient attribués aux deux tiers au Parti libéral.
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