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Sondage Léger Marketing-Le Devoir-TVA-The Globe and Mail -
La foi en Super Mario
L'ADQ n'a pas d'équipe pour prendre les commandes de l'État. Les électeurs n'y voient pas de problème. Pour l'instant!
Josée Boileau
LE DEVOIR vendredi 6 septembre 2002
Qu'est-ce qui plaît tant chez Mario Dumont? Un peu son côté près des gens, son honnêteté, sa vision de l'avenir. Mais sa principale qualité, c'est d'être un politicien de la nouvelle génération. C'est du moins l'avis de 40 % des répondants à un sondage Léger Marketing-Le Devoir-TVA-The Globe and Mail, mené entre le 27 août et le 1er septembre.
Les gens voient bien, à 61 %, que Mario Dumont n'a pas d'équipe suffisamment solide pour gouverner. Même la moitié des partisans adéquistes (53 %) le reconnaissent. Mais ce n'est pas un handicap. Car les Québécois ont un argument-massue : un gouvernement Dumont ne peut pas faire pire que les autres, disent 71 % des répondants (dont 75 % de francophones, 64 % de libéraux et 59 % de péquistes).
Et puis, l'Action démocratique du Québec peut apporter un changement bénéfique pour le Québec, croient les deux tiers (67 %) des Québécois. Il n'y a pas que les adéquistes qui le disent : plus de la moitié (52 %) des partisans du Parti québécois et du Parti libéral sont du même avis !
Jean-Marc Léger croit néanmoins que l'équipe et le programme de l'ADQ sont le talon d'Achille de Mario Dumont. «Protégez Mario Dumont de ses amis !», lance-t-il.
Car si haut soit le parti dans les sondages, il est clair que les adversaires de l'ADQ vont chercher la gaffe. Pas tant de la part de Mario Dumont, si populaire qu'il en est inatteignable, note M. Léger. Mais il y a ses candidats, ses organisateurs. Et tous les partis ont des failles qui peuvent être exploitées.
Par ailleurs, le décalage est grand entre un électorat centriste, qui répond à 54 % que l'ADQ n'est pas un parti trop à droite, et le programme du parti. «L'ADQ va finir par vivre des problèmes existentiels, dit Jean-Marc Léger. Ou il change son programme pour se rapprocher des électeurs, et il aura l'air opportuniste. Ou il le maintient, et il risque de ne pas répondre aux attentes de la population.»
Ces questions ne se posent pas maintenant, reconnaît le sondeur, car le programme du parti reste largement méconnu. Pas plus qu'il n'est inquiétant pour Mario Dumont de voir que seulement 3 % des gens disent que la compétence est sa principale qualité. «Dans ce sondage, ce n'était pas encore un enjeu, dit le sondeur. Mais ça va le devenir maintenant qu'on voit qu'il est susceptible de gouverner. On entre dans une deuxième phase de réflexion à l'égard de Mario Dumont.»
Le Parti québécois peut au moins se consoler du fait que 68 % des répondants, dont 58 % de libéraux, jugent qu'il a eu le courage de faire des réformes. Mais 68 % des Québécois perçoivent le PQ comme un parti divisé. Ils croient aussi, à 65 %, qu'il devrait promettre de ne pas tenir de référendum. Et puis, de toutes façons, il a fait son temps, tranchent 62 % des répondants.
«Les gens sont satisfaits de la gérance générale du gouvernement mais ils veulent passer à autre chose. Ils ont le goût d'une bouffée d'air frais», dit Jean-Marc Léger.
Et la bouffée ne vient pas du côté libéral. Aux yeux des gens sondés, les libéraux n'incarnent ni le changement (à 70 %), ni les régions (à 63 %), ni une économie prospère (à 58 %). «Et ça, c'est un gros changement, commente M. Léger. La prospérité économique est associée depuis des décennies au Parti libéral. Aujourd'hui, le Parti québécois occupe ce terrain.»
«La conséquence, poursuit le sondeur, c'est que
72 % des gens pensent que Jean Charest n'a pas réussi à s'affirmer comme chef du Parti libéral, et que 61 % des libéraux disent la même chose.»
Les grands slogans comme «Réinventer le Québec» n'y changeront pas grand-chose, croit le sondeur. «C'est un concept plutôt large à l'heure où Mario Dumont offre aux électeurs une vision très pragmatique du Québec.» Et c'est ce que les Québécois entendent par «nouvelle génération». Ce n'est pas une question d'âge, ni une question d'image mais d'approche, indique Jean-Marc Léger.
Certes, les électeurs de 25 à 54 ans voteraient davantage adéquiste, à plus de 42 %, que les plus jeunes -- qui se répartissent également entre les trois partis -- et les 55 ans et plus, portés vers les libéraux.
Mais l'approche pragmatique de l'ADQ plaît largement, tant aux hommes qu'aux femmes, peu importe leurs revenus, leur scolarité, ou la région où ils résident. «L'ADQ performe partout. Ses appuis sont bien répartis à travers le Québec», constate Jean-Marc Léger.
Pour le sondeur, la situation tient en une image : pour le moment, le Québec célèbre ses fiançailles avec Mario Dumont. Mais passera-t-il au mariage ?
Sondage Léger Marketing-Le Devoir-TVA-The Globe and Mail
Dumont, chef rêvé - Charest, chef largué
Le chef adéquiste, plus populaire que Bouchard à son meilleur; - Même les libéraux préfèrent Dumont à Charest
Josée Boileau
LE DEVOIR vendredi 6 septembre 2002
Il ne peut y avoir plus grande opposition: Mario Dumont, comme chef de l'Action démocratique du Québec, satisfait 80 % des Québécois. Jean Charest, à la tête du Parti libéral du Québec, en déçoit 60 %. Même les libéraux sont plus satisfaits de Mario Dumont comme chef de son parti (à 69 %) qu'ils ne le sont de M. Charest à la tête du leur (57 % d'appuis)!
Ces données, tirées de la deuxième tranche du sondage Léger Marketing-Le Devoir-TVA-The Globe and Mail, démontrent que, si la popularité de Mario Dumont ne se dément pas, celle de Jean Charest ne cesse de perdre des plumes. Le sondage a été mené entre le 27 août et le 1er septembre auprès de 1010 répondants, pour une marge d'erreur maximale de 3,1 %, 19 fois sur 20.
«Une satisfaction de 80 % à l'égard de Mario Dumont, et de 84 % des francophones, c'est plus élevé que Lucien Bouchard à son meilleur !», fait remarquer le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger.
Cette dynamique politique, absolument inusitée au Québec, transcende les partis, poursuit le sondeur. Normalement, les partisans d'un parti se montrent largement insatisfaits des performances de l'adversaire. Mario Dumont, lui, réussit bien aux yeux de 69 % des libéraux et de 80 % des péquistes. Chez les adéquistes, c'est le délire : 95 % sont contents de leur chef. En fait, le taux de satisfaction de 80 % affiché par l'ensemble des répondants à l'égard de Mario Dumont, chef de parti, est le double du taux enregistré par le premier ministre péquiste Bernard Landry (40 %). Surtout, il est presque trois fois plus élevé que celui de 32 % exprimé à l'égard du chef libéral Jean Charest.
Il s'ensuit que les Québécois voient très bien Mario Dumont en premier ministre : 43 % des répondants croient qu'il serait meilleur que MM. Charest ou Landry. À lui seul, Mario Dumont fait même mieux que ses deux adversaires réunis, qui ont chacun 20 % d'appuis.
L'écart est encore plus grand chez les francophones, puisque 48 % d'entre eux considèrent qu'il est le meilleur premier ministre possible pour le Québec. Bernard Landry suit loin derrière avec 23 % d'appuis et Jean Charest ferme la marche avec 14 %.
Bernard Landry peut toutefois se consoler en se disant qu'avec un taux de satisfaction de 40 % pour sa performance comme premier ministre, il est plus populaire que son gouvernement (qui enregistre un taux de 38 %). «Il n'est pas un boulet pour son parti et ses appuis se sont stabilisés depuis ce printemps», note Jean-Marc Léger.
Mais pour Jean Charest, la situation empire : il a encore perdu des plumes cet été, même auprès de ses partisans. En fait, 62 % des francophones, 48 % des non-francophones et plus du tiers des libéraux se disent insatisfaits de la performance de M. Charest comme chef du PLQ. Seuls 57 % des libéraux s'en disent satisfaits, alors que 76 % des péquistes et, on l'a vu plus haut, 95 % des adéquistes sont contents de leur chef.
Pourtant, près de la moitié des répondants (49 %) veulent que M. Charest reste à la tête du PLQ, et 70 % des partisans libéraux sont de cet avis. C'est faute de remplaçant crédible, note Jean-Marc Léger. «Si Jean Charest est encore là, c'est qu'il n'y a pas de Paul Martin qui lui souffle dans le dos», résume-t-il.
S'il partait, certains opteraient pour la ministre fédérale Liza Frulla, d'autres pour son collègue Pierre Pettigrew ou le député du PLQ Pierre Paradis. Mais avec 17 % d'appuis pour la première et 14 % pour chacun des deux autres, il n'y a pas là d'engouement généralisé.
En fait, 28 % des Québécois, et 34 % des libéraux !, ont été incapables de se prononcer sur un remplaçant éventuel à Jean Charest. Même les répondants péquistes et adéquistes étaient moins hésitants que les partisans du PLQ à trouver un nouveau chef pour le Parti libéral !
Dans la même veine, la moitié des répondants croient que Bernard Landry doit rester chef du PQ. Mais s'il part, les électeurs voient mieux qui pourrait lui succéder. La ministre Pauline Marois domine largement le peloton, avec 34 % d'appuis dans la population -- 38 % chez les francophones et 44 % chez les péquistes. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et le ministre québécois de la Santé, François Legault, suivent avec 16 % et 14 % d'appuis. Seuls 14 % des répondants ne se sont pas prononcés.
Le sondage Léger Marketing envoie toutefois des messages de prudence à l'ADQ. Si 46 % des répondants souhaitent que ce parti forme le prochain gouvernement, on en trouve toutefois presque autant, 44 %, qui ne le veulent pas. Cet écart de deux points est faible, comparativement aux 10 points qui divisaient les deux camps en juin.
Il y a là un début de réflexion, note M. Léger. Ainsi, en juin, 58 % des francophones souhaitaient un gouvernement adéquiste. Deux mois plus tard, la proportion a baissé à 51 %. «Individuellement, les gens veulent voter ADQ pour se défouler, dit le sondeur. Avec cette question, on mesure ce que les gens souhaitent pour la collectivité.»
D'ailleurs, les partisans du Parti québécois semblent se ressaisir un peu. En juin, 39 % voulaient un gouvernement adéquiste. Fin août, ils ne sont plus que 27 % à avoir cette opinion.
Il y a néanmoins clairement une lutte à trois qui se joue. Et c'est là un phénomène unique dans l'histoire du Québec, rappelle Jean-Marc Léger. Ce qui rend tout à fait plausible l'hypothèse d'un gouvernement minoritaire. Car, dit le sondeur, il faut faire la différence entre l'humeur exprimée dans les sondages -- ce sondage-ci prévoyant, comme on l'a vu hier, un gouvernement majoritaire adéquiste -- et le comportement d'un électeur le jour du vote.
Léger Marketing a donc demandé aux gens quelle alliance ils privilégieraient si aucun des trois partis n'obtenait une majorité de sièges. Une coalition ADQ-PQ, répondent 41 % des gens, dont 64 % de péquistes et 53 % d'adéquistes. Faire travailler ensemble PLQ et ADQ plaît davantage aux libéraux, à 62 %, mais obtient tout de même l'appui de 37 % de l'ensemble des répondants. Avec 11 % des suffrages, l'alliance PQ-PLQ apparaît, quant à elle, impensable.
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