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Dumont et l'ADQ bons premiers

Mario Dumont davantage que l'Action démocratique aurait littéralement balayé le Québec si des élections générales avaient eu lieu cette semaine.

Denis Lessard
La Presse Le samedi 7 septembre 2002




Les libéraux devraient ronger leur frein dans l'Opposition avec un chef mal aimé des Québécois et les troupes péquistes seraient carrément décimées, ramenées à une poignée de députés.

C'est le constat fait par la maison CROP dans un sondage réalisé pour La Presse et Le Soleil auprès de 606 personnes, du 27 au 30 août 2002, une enquête dont la marge d'erreur n'est que de 4 points de pourcentage en plus ou en moins 19 fois sur 20..

Comme l'ensemble des sondages récents, CROP voit une victoire éclatante de l'Action démocratique de Mario Dumont. Mais le sondage va plus loin en démontrant que la jeunesse du chef et l'inexpérience du parti ne sont pas, pour les électeurs, des obstacles à son élection.

Surtout, affront à Jean Charest qui comptait marquer des points avec cette formule, l'ADQ est perçue, de loin, comme le parti le plus apte à «gérer le changement» au Québec. Bernard Landry en prend aussi pour son rhume, M. Dumont étant désormais perçu comme un chef plus «compétent» que le premier ministre dans la gestion des affaires publiques.

Si des élections avaient eu lieu la semaine dernière, l'Action démocratique aurait obtenu 40% des suffrages, contre 31% au Parti libéral et 28% au Parti québécois après répartition proportionnelle des 12% d'indécis. Bien que le score de l'ADQ avant répartition des indécis, 35%, représente un repli de deux points sur son score de juin, CROP estime que «la fièvre qui favorise l'ADQ depuis le printemps dernier ne semble pas en voie de se résorber».

Le score du parti de Mario Dumont auprès des francophones permet de dire qu'il balaierait littéralement la province, estime Claude Gauthier de CROP. L'ADQ recueille 48% des appuis des francophones qui décident du résultat de la majorité des circonscriptions.

Loin derrière, le PQ obtient l'appui d'un francophone sur trois (33%), tandis que le Parti libéral ferme la marche avec seulement un francophone sur cinq (19%). L'appui à l'Action démocratique tend à descendre avec l'âge, une tendance inverse à que qu'on retrouve au PLQ où 57% des plus de 55 ans entendent voter pour Jean Charest.

Autre élément encourageant pour Mario Dumont, son parti reste le choix privilégié de la plupart des gens qui se disent prêts à changer d'allégeance.

Ainsi, 50 % des répondants considèrent que leur choix est définitif; 47% des sympathisants libéraux et 53 des péquistes disent qu'ils peuvent encore changer d'opinion comme 49% des adéquistes. Mais quand on leur demande d'identifier un second choix, trois libéraux «fragiles» sur quatre optent pour l'ADQ comme 64% des péquistes. Les adéquistes susceptibles de changer d'allégeance vont, eux, davantage au PQ (53%) qu'au PLQ (35%).

Conscient que l'ADQ était portée par la volonté de changement de l'électorat, Jean Charest soulignait il y a quelques jours que son parti serait le plus apte à «gérer le changement». Or les électeurs voient les choses d'un autre oeil. Quand on leur demande précisément qui serait le plus «apte à gérer le changement», 46% des répondants, et 51% des francophones, choisissent l'ADQ, 23% le PLQ et 18% le PQ.

Mais c'est Mario Dumont plus que l'ADQ qui a la cote auprès des électeurs. Quand on leur demande si le chef de l'Action démocratique est, à 32 ans, «trop jeune» pour devenir premier ministre, pas moins de 72% des gens disent que non.

Si M. Dumont devait remporter les prochaines élections, qui auront lieu au plus tard à l'automne 2003, il aurait alors 33 ans, ce qui en ferait le plus jeune premier ministre de l'histoire du Québec. Robert Bourassa détient pour le moment ce titre, lui qui a été élu à l'âge de 36 ans en 1970.

En Ontario, Bob Rae a accédé à ces fonctions à l'âge de 42 ans en 1990, tandis qu'à Ottawa, Brian Mulroney, élu premier ministre à 45 ans, figure parmi les plus jeunes chefs du gouvernement canadien.

Au Canada, la palme de la jeunesse revient toutefois à Bernard Lord, premier ministre du Nouveau-Brunswick, élu à ce poste en 1999, à l'âge de 33 ans.

En revanche, CROP observe que 40% des gens estiment que l'ADQ est trop «inexpérimentée» pour former le gouvernement, contre 50% qui croient le contraire.

«Jusqu'ici, c'est beaucoup plus la personnalité de son chef que l'expérience et la notoriété de son équipe qui soutient la popularité de l'ADQ dans l'opinion publique», constate Claude Gauthier.

Aussi, l'Action démocratique reste une réalité assez vague pour l'ensemble des électeurs; quand on leur demande quel aspect du programme du parti de Mario Dumont leur plaît le moins, 39% des gens ne sont pas capable d'identifier un élément.




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Mario Dumont: le chouchou

Le grand perdant: Jean Charest, que 32% des répondants désignent comme le principal irritant au Parti libéral.

Denis Lessard
La Presse Le samedi 7 septembre 2002




Le Parti libéral du Québec éprouve de sérieuses difficultés auprès des électeurs francophones. Et le chef, Jean Charest, est la principale cause de la défaveur qu'y connaît son parti.

Dans sa plus récente enquête réalisée pour La Presse et Le Soleil, la maison CROP constate que pas moins de 32% des électeurs identifient «le chef du parti» quand on leur demande ce qu'ils aiment «le moins» au Parti libéral du Québec.

Par comparaison, le programme économique du PLQ, ses engagements sociaux ou sa plate forme constitutionnelle soulèvent bien moins de désapprobation, entre 11 et 15%.

Chez les francophones c'est 35% des répondants qui identifient Jean Charest comme la principale source de la défaveur du PLQ, un problème aussi constaté par 14% des gens qui ont l'intention de voter PLQ.

Le constat devient encore plus douloureux pour M. Charest quand on demande aux gens à quel chef ils font «le plus confiance» pour diriger le Québec.

M. Charest arrive troisième avec 23% d'appuis, juste derrière Bernard Landry (25%) et loin de Mario Dumont (34%). Chez les francophones, le tableau est plus sombre pour le chef libéral qui n'a la confiance que de 14% des répondants, comparativement à 39% pour M. Dumont et 29% pour M. Landry.

Selon Claude Gauthier, de CROP, il faut retenir que depuis le printemps, alors qu'ils étaient au coude à coude, la cote des chefs a passablement évolué; l'étoile de M. Dumont a monté, celle de M. Landry s'est modestement améliorée, alors que celle de M. Charest a perdu des plumes.

Quand il est question du principal irritant face au PQ ou à l'ADQ, Bernard Landry et Mario Dumont font bien meilleure figure que Jean Charest. Ainsi, seulement 9% des répondants identifient M. Landry comme principale source de mécontentement envers le Parti québécois. Chez les francophones, c'est 11%.

En revanche, là où le bat blesse au PQ c'est quand on aborde la question constitutionnelle. Pas moins de 24% des gens identifient la position du PQ dans ce dossier comme l'élément qu'ils apprécient le moins dans ce parti. Le programme économique et l'agenda social du gouvernement suscitent moins de réprobation avec 18 et 19% de défaveur.

Pour l'Action démocratique, ce qui frappe c'est la proportion importante de gens qui n'ont pas de récrimination précise à formuler (37%), ce qui fait dire à CROP que les gens n'ont qu'une connaissance vague de ce que propose le parti de Mario Dumont. Seulement 5% des gens disent que Mario Dumont est ce qu'ils aiment le moins à l'ADQ - seulement 3% des francophones. Mais 17% des gens n'approuvent guère sa position constitutionnelle -18% des adéquistes y voient le principal problème de leur parti.

Mario premier

CROP a disséqué la perception qu'a la population des chefs des trois principaux partis, pour observer que M. Dumont est perçu non seulement comme le plus sincère, mais aussi comme le plus compétent.

Ce constat sera durement ressenti au Parti québécois où, jusqu'ici, on misait beaucoup sur l'image de compétence de M. Landry observée dans les sondages internes.

Quand on leur demande de noter sur une échelle de 1 à 10 la «compétence» des trois chefs de parti, M. Dumont obtient la meilleure note avec 5,9 suivi de Bernard Landry avec 5,2 et Jean Charest avec 4,8%.

Quand on interroge les francophones, la compétence de Mario Dumont grimpe à 6,1, celle de Bernard Landry à 5,4, mais celle de Jean Charest descend à 4,5.

Mario Dumont fait son meilleur score chez les moins de 35 ans, avec 6,3, tout comme Bernard Landry avec 5,4, tandis que M. Charest obtient 5, sa meilleure note, chez les plus de 55 ans.

Selon M. Gauthier, ce score est d'autant plus surprenant pour M. Dumont qu'il n'a jamais exercé le pouvoir, que sa «compétence» n'a pas été testée, comparativement par exemple à celle de M. Landry.

CROP a aussi jaugé l'impression de «sincérité» des trois leaders, un test où l'emporte encore Mario Dumont avec une note de 6,4, contre 5,1 pour Bernard Landry et 4,9 pour Jean Charest.




Sondage CROP—La Presse—Le SOLEIL

Un désir de changement

Louis Tanguay
Collaboration spéciale André Pichette
Le Soleil Le samedi 7 septembre 2002




Menacé d'un balayage adéquiste qui ne lui laisserait qu'une « poignée de circonscriptions » si une élection avait lieu maintenant, le Parti québécois (PQ) est durement frappé par le désir de changement des électeurs qui ne semble pas se résorber depuis le printemps.

C'est ce qui se dégage d'une analyse du dernier sondage CROP—La Presse—LE SOLEIL qui montre, comme les résultats des deux autres coups de sonde dévoilés cette semaine, que l'électorat continue de favoriser le parti de Mario Dumont.

Après une répartition des indécis, l'Action démocratique du Québec (ADQ) se retrouve avec 40 % des intentions de vote, 9 points devant les libéraux et à 12 points de plus que le PQ.

Le vice-président de CROP, Claude Gauthier, fait cependant remarquer que, en province et chez les francophones, le score de l'ADQ s'élève à 48 %.

Donc, selon lui, « il n'est pas difficile d'imaginer un balayage de l'ADQ dans les circonscriptions francophones », ce qui laisserait « une poignée de députés au parti de Bernard Landry et un peu plus à Jean Charest à cause des sièges qui peuvent être considérés comme garantis automatiquement au Parti libéral du Québec ».

L'expert rappelle que, même si le comportement des électeurs peut changer dans une élection générale, le précédent a été créé quand des châteaux forts du PQ ont été emportés par l'ADQ aux dernières partielles de juin.

« Et, au Québec, quand les gens n'ont plus peur du changement, ils changent. »

Puisque dans la population, on parle beaucoup d'un désir de changement, le sondeur a posé pour la première fois une question pour savoir quel parti est jugé « le plus apte à gérer le changement au Québec ».

Les sondés ont choisi l'ADQ dans une proportion de 46 %, soit deux fois plus que les 23 % du PLQ qui ne devance le Parti québécois que par cinq points.

On pouvait, dit M. Gauthier, s'attendre à ce résultat de 18 % pour un parti à son deuxième mandat. Mais ce qui peut inquiéter les stratèges de cette formation, c'est que 29 % des personnes interrogées qui disent vouloir voter pour le PQ considèrent que Mario Dumont incarne le changement. Même chose pour 19 % de celles qui destinent leur vote aux libéraux.

M. Gauthier ne cache pas que la question du changement a été introduite pour tester le succès du vocabulaire du PLQ qui se propose pour « gérer le changement ».

Les réponses indiquent clairement que ce discours ne passe pas encore la rampe.

À la question du chef de parti qui serait « le meilleur premier ministre », Jean Charest, qui était en tête en avril avec 29 %, se retrouve maintenant à la queue avec 23 %, derrière Mario Dumont (34 %) et Bernard Landry (25 %).

Cette évaluation se confirme quand, appelés à apprécier sur une échelle de 1 à 10 la sincérité et la compétence des trois hommes, les sondés les classent dans le même ordre.

Le chef libéral remporte aussi avec 32 % la palme de ce que les gens aiment le moins dans chaque parti. La politique constitutionnelle des péquistes suit avec 24 %.

Même quand CROP demande si Mario Dumont n'est pas trop jeune pour devenir premier ministre, 72 % des personnes sondées disent que non. Mais 40 % pensent que son parti est trop inexpérimenté pour exercer le pouvoir.

Autrement dit, conclut M. Gauthier, c'est beaucoup plus la personnalité de M. Dumont que l'expérience et la notoriété de son équipe qui soutient la popularité de l'ADQ.




sondage crop/la presse/le soleil

Légère remontée du PQ

Bernard Landry, qui ne devance Jean Charest que par un point dans les sondages, s'apprête à prendre un pari risqué...

Denis Lessard
La Presse Le samedi 7 septembre 2002




Rare éclaircie dans le ciel du gouvernement péquiste: la satisfaction à l'endroit du gouvernement Landry paraît avoir augmenté par rapport à l'été dernier.

Fin août, 37% des gens se disaient satisfaits du gouvernement du Québec, comparativement à 30% en juin. Dans la même foulée, les «insatisfaits» du travail du gouvernement chutaient de 64 à 57%. Six pour cent des gens n'avaient pas d'opinion.

Cette remontée constitue la première embellie pour le gouvernement péquiste depuis le début de l'année. Le taux de satisfaction, qui oscillait autour de 46% en début d'année, avait chuté rapidement à 30% après les démissions percutantes de Guy Chevrette et de Jacques Brassard, les reportage sur le lobbyisme et les défaites aux partielles d'avril et en juin.

Souveraineté, peut-être; référendum, pas sûr

Le chef du Parti québécois fera toutefois un pari risqué ce week-end si, comme prévu, il engage son parti à tenir un référendum sur la souveraineté au cours d'un prochain mandat.

Selon le spécialiste de CROP, Claude Gauthier, cette orientation peut s'expliquer par une lecture rapide des sondages, mais bien des questions se posent dès qu'on examine les chiffres de plus près.

D'abord, quand on demande aux gens ce qu'ils aiment le moins au Parti québécois, une personne sur quatre (24%) montre du doigt l'option souverainiste.

La souveraineté obtient depuis deux ans un score d'environ 40% (39% dans le dernier CROP), une diminution peu significative par rapport aux 42% observés depuis le début de 2002. Chez les francophones, la souveraineté obtient 46% d'appuis, bien davantage que le PQ lui-même, qui plafonne à 33%.

Les adéquistes ne sont pas plus souverainistes que la population en général, constate CROP.

Les militants péquistes croient qu'ils pourront faire passer la cote de leur parti de 28 à 40% s'ils font le plein de ces souverainistes, mais, selon M. Gauthier, il ne faut pas croire que les gens qui appuient la souveraineté sont pour autant en faveur de la tenue d'un référendum.

«D'un point de vue partisan, cette position peut se justifier», estime M. Gauthier, soulignant que les stratèges péquistes pouvaient espérer ainsi «galvaniser les troupes».

Mais d'autres sondages montrent que même les gens qui soutiennent le PQ ne souhaitent pas que le gouvernement tienne de référendum. «Il y a là un pari», résume l'analyste de CROP.