«« SONDAGES

Sondage Crop – La Presse

Le PQ remonte la pente

Denis Lessard

La Presse Le samedi 15 février 2003


Comme un missile tout à coup apparu sur l'écran radar des sondeurs, le Parti québécois connaît une remontée-surprise dans les intentions de vote.

Personne ne se risque plus à prédire l'issue des prochaines élections générales, mais au point de vue des intentions de vote, de la popularité des chefs et de la satisfaction à l'endroit du gouvernement, le baromètre vient de virer au beau pour le premier ministre Bernard Landry.

«Ça va être rock and roll, ce sera une des campagnes électorales les plus intéressantes de l'histoire récente du Québec», prédit Claude Gauthier, spécialiste de CROP, avec devant lui les données encore toute chaudes de la plus récente enquête commandée par La Presse.

Avec des résultats aussi serrés, les trois partis sont carrément à égalité, et personne ne peut plus prédire lequel a le plus de chances d'emporter les prochaines élections, prévient-il.

Ce sondage, réalisé auprès de 802 personnes du 6 au 13 février, révèle bien des surprises. On observe que le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec ont également profité de la baisse de 18 à 12% du nombre d'indécis.

Avant répartition, les partis de Bernard Landry et de Mario Dumont sont carrément ex aequo avec 30% des appuis, et le PLQ de Jean Charest suit de près, avec 27%.

Par rapport au mois précédent, le PQ gagne quatre points, l'ADQ, cinq et le PLQ descend de trois points. Quand on répartit proportionnellement les indécis, péquistes et adéquistes restent à égalité, à 34%, suivis du PLQ a 31%, son score le plus faible depuis septembre 2002.

La remontée du parti de Bernard Landry apparaît plus clairement quand on regarde de plus près les intentions de vote. Le PQ prend une petite avance sur l'ADQ, gagnant cinq points chez les francophones, à 35%. L'ADQ suit à 33% alors que le PLQ traîne la patte à 19%, une baisse de quatre points sur l'enquête CROP de la mi-janvier.

Autre facteur réconfortant pour Bernard Landry, la satisfaction à l'endroit du gouvernement a augmenté depuis l'enquête précédente. Désormais, 43% des gens se disent satisfaits du gouvernement, une augmentation de sept points sur les 36% de la précédente enquête. Depuis les problèmes liés au lobbying, il y a un an, le gouvernement Landry n'avait pas dépassé les 40% d'électeurs satisfaits. Il avait même connu un plancher de 30% en juin.

Cette question sur la satisfaction laisse 8% des gens indécis, quatre points de moins qu'à la mi-janvier. Les insatisfaits, qui comptaient pour 56% des répondants, ont glissé à 54%. Plus on est âgé, moins on est satisfait du gouvernement Landry.

Selon M. Gauthier, certains éléments permettent d'expliquer l'embellie constatée pour le Parti québécois. Le sondage a été réalisé au lendemain du dernier conseil national du PQ où le premier ministre Landry a promis la semaine de quatre jour aux jeunes familles, un argument massue auprès des électeurs.

Aussi, M. Landry a adopté un profil bas à la récente conférence des premiers ministres sur la santé. Il n'a pas caché sa déception devant le manque d'argent d'Ottawa, mais son ton ne s'est pas démarqué du mécontentement général des provinces, ce qui a fait recette auprès de l'électorat, croit M. Gauthier.

À Montréal, l'ADQ a toujours des problèmes, avec 21% des appuis contre 26% au PQ et 39% au PLQ. Dans la grande région métropolitaine, en dehors de Montréal, la situation se renverse, l'ADQ domine avec 35%, suivi du PQ avec 31%, et du PLQ avec 21%.

Élément important du sondage, le vote péquiste paraît le plus solide. Ainsi, 53% des supporters du PQ disent que leur choix est définitif, et 48% de ceux qui appuient le PLQ pensent de même. En revanche, seulement 40% des électeurs adéquistes estiment que leur choix est irrévocable. Dans l'ensemble, plus d'un électeur sur deux pense qu'il pourrait encore changer d'idée.

Le second choix des électeurs adéquistes va tout autant au PQ qu'au PLQ. Les libéraux, comme les péquistes, sont davantage tentés par l'ADQ s'ils devaient faire un second choix.

Un élément important de la psychologie des électeurs a aussi changé, favorisant encore le Parti québécois. Quand on leur demande quel parti va gagner les prochaines élections, 32% des gens croient possible un troisième mandat péquiste, un revirement important, car en novembre, seulement 18% croyaient possible une victoire du PQ.

Presque autant de gens (29%) croient en une victoire libérale. En revanche, alors que l'automne dernier, 33% des gens croyaient que Mario Dumont deviendrait premier ministre, seulement 16% des électeurs jugeaient ce scénario encore possible en février.

Les adéquistes sont ceux qui sont le moins certains de «voter pour le gagnant», 38% d'entre eux pensent que l'ADQ va gagner, tandis que 62% des péquistes et 59% des libéraux croient que leur parti l'emportera.

La marge d'erreur du sondage est limitée à 3,5 points, 19 fois sur 20.




Un sondage Crop - La Presse

Un duel Landry-Dumont

Denis Lessard
La Presse Le samedi 15 février 2003

Mauvaise nouvelle pour le leader libéral, Jean Charest: le prochain «combat des chefs» aux élections risque d'être un duel entre Bernard Landry et Mario Dumont.

La maison CROP a vérifié la perception des électeurs à l'endroit des trois chefs au chapitre de l'honnêteté, de la compétence, de l'empathie, de la sincérité et du leadership.

Et sous aucun de ces aspects, Jean Charest n'arrive premier dans le coeur des Québécois. «Il peut s'encourager avec le fait qu'il est relativement stable, mais en revanche, M. Charest ne se distingue sous aucun aspect», résume le spécialiste de CROP.

Le premier ministre Landry a subitement pris les devants au chapitre de la confiance des électeurs. «Cette remontée de Landry est la grande surprise du sondage. Cela correspond probablement à la «présence différente» qu'on perçoit de lui depuis le début de l'année», avance M. Gauthier.
Souveraineté en hausse

Denis Lessard

Personne ne souhaite parler du dossier constitutionnel, mais l'appui à la souveraineté est en hausse. Le dernier CROP montre une augmentation qui laisse bien perplexe l'analyste de la maison de sondage.

On constate que la souveraineté qui récoltait 38% d'appuis, en obtient désormais 43% et 6% sont indécis.

À la mi-janvier, 11% étaient indécis. Conséquence peut-être de l'affrontement bien modeste entre Ottawa et les provinces lors de la dernière conférence fédérale-provinciale, le OUI a repris du poil de la bête, mais est encore bien loin de la victoire référendaire.

En répartissant les indécis selon la formule la plus généralement acceptée -le tiers seulement sont attribués au camp souverainiste- on observe que le NON l'aurait emporté à 55% contre 45% avec la même question qu'il y a sept ans.



Quand on leur demande à quel «chef on fait le plus confiance pour diriger le Québec», Bernard Landry récolte 32% des appuis, une augmentation importante par rapport aux 20% qu'il avait recueillis la dernière fois que CROP avait posé cette question pour LaPresse, à la fin novembre 2002. La question, il faut le dire, laisse désormais 19% d'indécis, bien moins que les 32% de novembre dernier.

Par rapport à novembre, la «confiance» à l'endroit de Jean Charest et de Mario Dumont n'a pratiquement pas changé: M. Dumont obtient 29% d'appuis comme premier ministre tandis que M. Charest ferme la marche à 20%.

Quant aux intentions de vote, Bernard Landry est celui qui a le plus d'ascendant sur ses supporters: 76% des péquistes estiment qu'il serait le meilleur homme, tandis que 74% des adéquistes réservent leur confiance à Mario Dumont. Jean Charest, lui, récolte l'appui de 63% des libéraux.

Qualités

CROP a poussé la curiosité jusqu'à vérifier quels aspects de la personnalité des trois chefs rejoignent davantage l'électorat. Quand on leur demande d'associer certaines qualités aux noms des chefs, «ce qui ressort clairement, c'est que M. Charest n'arrive premier sous aucun item», résume Claude Gauthier.

Les gens accordent beaucoup d'importance à la compétence et au leadership, estime M. Gauthier, ce qui peut expliquer en partie le fait que le premier ministre, premier sous ces deux aspects, récolte finalement davantage de «confiance» que des adversaires auprès des électeurs.

Ainsi, quand on demande «auquel des trois principaux leaders politiques du Québec associez-vous le qualificatif» de «compétence», 43% optent pour Bernard Landry, tandis que 19% choisissent Jean Charest et 16% seulement Mario Dumont.

Au chapitre du «leadership», Bernard Landry a encore une avance, bien que mince, sur Mario Dumont avec 34% des appuis contre 31%. Jean Charest est vu comme un homme de leadership par 17% des électeurs.

Mario Dumont occupe toutefois le haut du pavé sous d'autres aspects. Ainsi, 34% des gens voient en lui le chef le plus «honnête», un test où Bernard Landry suit loin derrière avec 24% et où Jean Charest ferme la marche avec 15%.

L'empathie est encore un angle où Mario Dumont coiffe ses adversaires, et de loin. Ainsi, 49% des électeurs jugent qu'il est le plus «proche des gens», là où Bernard Landry ne recueille que 19% d'appuis et Jean Charest, 15%.

Le chef de l'ADQ est aussi vu comme le plus «sincère», avec 34% des répondants contre 25% pour le premier ministre et 17% pour le chef libéral.




Sondage CROP-LE SOLEIL-La Presse

De bonnes nouvelles pour le PQ

Mylène Moisan
Le Soleil Le samedi 15 février 2003

Le PQ a plusieurs raisons de se réjouir du dernier coup de sonde de CROP. Pour la première fois depuis des lunes, les Québécois sont plus nombreux à le voir former le prochain gouvernement, sans compter Bernard Landry, qui redevient l'homme de la situation.

C'est ce que révèle le dernier sondage CROP effectué pour le compte du SOLEIL et de La Presse, la semaine dernière, auprès de quelque 800 Québécois. Selon l'humeur du moment, le Parti québécois regagne ses lettres de noblesse. « Il y a deux ou trois mois, je vous aurais dit que le PQ allait à l'abattoir s'il déclenchait des élections. Ce n'est plus le cas aujourd'hui », commente Claude Gauthier, vice-président de la firme de sondage CROP.

Au chapitre des intentions de vote, la lutte est extrêmement serrée. Les électeurs sont maintenant également divisés entre le PQ et l'ADQ, qui récoltent chacun 34 % des intentions de votes, après répartition des indécis. Le Parti libéral ferme la marche avec 31 %. Avant répartition des 12 % d'indécis, l'ADQ et le PQ récoltent 30 % des intentions, trois points de plus que les libéraux.

Toutefois, le fossé se creuse à la question « quel parti va remporter les prochaines élections ? » Seulement 16 % des personnes interrogées croient que l'équipe de Mario Dumont formera le gouvernement, contre 32 % pour la formation de Bernard Landry et 29 % pour le Parti libéral. « Il faut remonter très très loin pour voir ça », rappelle M. Gauthier. À titre d'exemple, en octobre dernier, 33 % des gens sondés voyaient l'ADQ au pouvoir, 26 % le parti libéral et 18 % le Parti québécois.

De plus, l'actuel gouvernement fait un bond significatif sur la question du taux de satisfaction, ralliant l'opinion de 43 % des personnes interrogées. Il faut remonter à la fin janvier 2002 pour trouver un résultat supérieur, avec 45 %. Bien loin des 30 % obtenus à la fin de juin dernier, alors que l'ADQ récoltait la faveur populaire pour la première fois.

Déclassant Mario Dumont, le premier ministre apparaît cette fois comme le chef auquel les gens font davantage confiance pour diriger le Québec. En novembre dernier, M. Landry était ex æquo avec Jean Charest, avec un score de 20 %. La performance du chef libéral n'a pas bougé d'un iota, celle de M. Dumont a grimpé d'un point, atteignant 29 %.

Autre sujet de réjouissance, le vote péquiste est le plus figé, alors que celui de l'ADQ est le plus volatile. « C'est la première fois qu'il y a une différence aussi marquée dans la fermeté des intentions de vote », précise M. Gauthier. L'appui à l'indépendance du Québec — à partir de la question posée en 1995 — a aussi fait quelques gains, passant de 38 % à 43 % avant la répartition des indécis. Fait intéressant, 21 % des gens qui disent appuyer le PQ voteraient non à un référendum.

Au sujet de la perception des chefs politiques, Jean Charest arrive dernier, n'arrivant pas à s'imposer sur aucune des qualités retenues par les sondeurs. Ainsi, M. Landry coiffe ses adversaires au chapitre de la compétence et du leadership, alors que M. Dumont remporte la faveur comme étant honnête, sincère et proche des gens. M. Gauthier observe que, « quel que soit l'angle choisi, M. Charest ne brille pas ».

Le chef libéral peut néanmoins se rassurer en constatant que plus de la moitié (58 %) des Québécois estiment que la santé sera le principal enjeu de la prochaine campagne électorale. Depuis quelques temps, le chef libéral fait flèches de tout bois sur cette question, qu'il présente comme la priorité numéro un des Québécois. « M. Charest vise le bon clou, confirme M. Gauthier. Mais, pour des raisons que je ne m'explique pas, il y a une crédibilité qu'il n'a pas, même s'il a le bon thème et qu'il est dans un bon véhicule, le Parti libéral, qui a fait ses preuves. »

Du côté de l'ADQ, le dernier sondage laisse entrevoir une certaine stagnation des intentions de votes. Depuis le début de l'année, le score de l'équipe de Mario Dumont oscille autour des 30 %, alors qu'il se situait autour des 40 % entre juin et décembre.

Pour toutes ces raisons, M. Gauthier croit que M. Landry ne devrait pas trop tarder avant de déclencher les élections, question de « profiter de la stagnation et même de la baisse du vote adéquiste et du fait que les libéraux ne décollent pas ». Selon le sondeur, le Parti québécois ne peut pas se payer le luxe d'un retour en chambre.

Le sondage a été effectué entre les 6 et 13 février, alors que l'actualité politique a surtout été occupée par la conférence des premiers ministres à Ottawa, d'où M. Landry est revenu avec 800 millions $ pour la santé. Du côté de l'ADQ, on a procédé à l'annonce de quelques porte-parole nationaux, dont Pierre Bourque pour le développement économique.

Selon le sondage CROP, les deux tiers des répondants estiment que le premier ministre n'a pas obtenu suffisamment d'argent d'Ottawa alors que 18 % jugent la récolte suffisante. Fait étonnant, 1 % des partisans libéraux et autant d'adéquistes estiment que le fédéral a été trop généreux envers le Québec.

Pour ce qui est de la nomination de Pierre Bourque comme candidat adéquiste, le sondage laisse bien peu d'espoirs pour un effet boule de neige. Seulement 4 % des personnes interrogées disent que l'ancien maire de Montréal est un argument massue pour les convaincre de voter ADQ, alors que plus de 80 % restent plutôt ou très indifférents à la nouvelle recrue.

Les libéraux, de leur côté, se sont fait entendre à la commission parlementaire sur Loto-Québec, où ils n'ont pas manqué de rappeler les allégations de conflits d'intérêts qui pesaient sur le président de la société d'État, Gaétan Frigon. Ce dernier a remis sa démission jeudi.