«« Réforme électorale et parlementaire

Une nouvelle démocratie à l'horizon?

Nicole Dorin

La Tribune Le jeudi 20 février 2003


Éditorial - "Comment peut-on penser qu'il s'agit d'un projet dépassé? Le pouvoir aux citoyens est toujours aussi nécessaire, d'autant plus qu'ils sont déçus. Ils n'ont pas voix au chapitre. Le gouvernement gouverne au-dessus de la tête du monde", dit André Larocque, sous-ministre sur la réforme des institutions démocratiques, poste qu'il occupait auprès de René Lévesque, et il poursuit: "On reprend-là où le dossier a été suspendu... près des gens".

La grogne et la morosité montent au Québec depuis un certain nombre d'années. La population a l'impression depuis longtemps que son seul pouvoir, elle l'exerce tous les quatre ans quand elle garde ou met dehors ceux et celles qui la gouvernent. Ce pouvoir lui est apparu petit à petit bien ténu d'autant que les effets de la mondialisation sont venus accroître son sentiment d'impuissance face à des forces économiques, dont elle sent les effets sans pouvoir en identifier clairement la provenance et le visage.

À plusieurs reprises dans le passé, les gouvernements ont pensé, sans y donner suite, à modifier sinon le régime parlementaire au complet, tout au moins certains aspects. Cependant, aucun des partis au pouvoir n'a fait de démarches sérieuses pour y parvenir, ne pouvant peut-être pas en mesurer tous les effets possibles pour l'ensemble du Québec et pour le parti au pouvoir.

Cette fois-ci, le Parti québécois semble bien décidé à aller au bout de sa démarche et dans ce sens il reçoit l'appui de l'Action démocratique qui par la voie de son porte-parole en la matière, Éric Caire, candidat de l'ADQ dans La Peltrie, qui estime que ce que le PQ propose correspond plus ou moins à leur programme. Le PQ autant que l'ADQ estime que la population est prête pour un changement.

Le week-end prochain se tiendront à Québec les états généraux sur la réforme des institutions démocratiques. En septembre, les membres de la commission sur cette réforme, présidée par Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins, avaient sillonné le Québec et s'étaient arrêtés à Sherbrooke. L'objectif de cette rencontre était de permettre à la population de s'exprimer sur les changements souhaités. Plus ou moins une centaine de personnes avaient participé à l'exercice.

En fin de semaine prochaine, la Commission fera part des constats exprimés suite à ces consultations et environ 1000 citoyens et citoyennes et une centaine de représentants et représentantes d'organismes nationaux (syndicats, associations diverses) délibéreront en vue de suggérer des orientations au comité directeur sur les changements les plus importants et appropriés à apporter à notre système politique. Les personnes présentes ont été choisies parmi les 2000 qui ont participé à l'une ou l'autre des 27 audiences dans 20 villes du Québec et parmi les 2508 qui ont répondu au questionnaire du Secrétariat à la réforme des institutions démocratiques.

Aujourd'hui, les choses changent vite, si vite que les élections tous les quatre ans ne permettent pas aux citoyens et aux citoyennes de s'exprimer sur des enjeux majeurs qui les concernent au premier chef. La population souhaite avoir prise sur les décisions qui influenceront sa vie. Elle ne veut pas que ce pouvoir soit concentré entre les mains de quelques personnes.

Notre système a certes des avantages. Selon Jean Herman Guay, professeur en sciences politiques à l'Université de Sherbrooke, "il est connu, il est simple, il permet une forte identification entre le citoyen et le député à cause de la proximité géographique, il donne au parti gagnant une solide majorité surtout en chambre et un gouvernement robuste et stable". Il comporte aussi des inconvénients, poursuit M. Guay: "Il peut y avoir un écart important par rapport au suffrage obtenu, les petits partis sont absents de la scène électorale, il est aussi plus difficile d'y faire circuler des idées émergentes et nouvelles".

Plusieurs questions se posent: Voulons-nous que le premier ministre soit élu au suffrage universel comme aux États-Unis et en France plutôt que simplement choisi par les représentants et représentantes d'un parti comme ici? Souhaitons-nous que les députés aient plus de pouvoir plutôt que celui-ci soit concentré dans les mains de quelques ministres quand ce n'est pas dans celle du premier ministre? Voulons-nous, par une formule comme la proportionnelle mixte et/ou régionale, permettre un meilleur reflet de la réalité? Voulons-nous avoir des droits d'intervention entre les élections? Sur quels sujets et selon quelles règles? Que pensons-nous au sujet de la fameuse ligne de parti et de ses contraintes? Le vote à 16 ans, prématuré, peut-être? Comment les femmes pourront-elles être mieux représentées?

Nous voulons sortir de la morosité politique, faisons-en notre affaire. Lisons, réfléchissons, discutons et agissons.