|
«« Réforme électorale et parlementaire
La grande illusion
Jean-Marc Salvet
Le Soleil Le samedi 22 février 2003
Éditorial - Ne nous berçons pas d'illusions : la réforme de nos institutions démocratiques ne fera pas tomber le cynisme ambiant. La « crise de la citoyenneté » n'est pas liée à nos institutions politiques ou à notre mode de scrutin. La méfiance envers la classe politique existe aussi dans les États dotés d'un système parlementaire différent du nôtre. Elle existe également dans ceux où l'on vote à la proportionnelle.
Il n'y a pas de système parfait. Le régime parlementaire de type britannique que l'on connaît au Québec comporte des avantages et des inconvénients. Les autres modèles aussi.
Ne nous leurrons donc pas sur l'effet qu'aurait chez nous l'adoption d'un régime de type présidentiel. On ne voit pas en quoi le taux de participation aux présidentielles américaines peut faire rêver qui que ce soit. Ne nous méprenons pas non plus sur les vertus de l'introduction d'éléments de proportionnalité lors des scrutins. Allez demander aux Allemands ce qu'ils pensent de leurs dirigeants politiques...
La crise de confiance est partout la même, quels que soient le système parlementaire et le mode de scrutin.
Pourquoi ce débat aujourd'hui ? Parce que près de 1000 délégués participent en ce moment à Québec aux « États généraux sur la réforme des institutions démocratiques ». C'est l'épilogue d'un processus amorcé voici plusieurs mois.
L'ancien président du mouvement Desjardins, Claude Béland, qui a piloté ce navire, prête évidemment beaucoup de vertus aux propositions de remodelage. Peut-être un peu trop. « S'il fallait qu'on ne donne pas suite à la volonté des citoyens, le mépris d'une grande partie de la population à l'endroit des institutions serait encore plus profond », a-t-il indiqué cette semaine.
Même si, comme nous le croyons, Claude Béland se méprend sur les causes de ce mépris, cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas toucher aux institutions. Cela signifie qu'il faut le faire pour de bonnes raisons. On s'évitera ainsi de cruelles désillusions. À nos yeux, les meilleurs arguments en faveur d'une réforme concernent tout simplement l'évolution normale des choses et l'équité entre les partis. Ces arguments sont suffisants pour faire un bon bout de chemin.
Nous avons déjà écrit que plusieurs propositions emportent d'emblée notre adhésion. C'est le cas de la levée de la stricte discipline de parti, de l'idée de tenir des élections à date fixe, de l'instauration du droit d'initiative populaire (en autant qu'il soit sérieusement balisé) et de l'introduction d'une formule proportionnelle lors des élections générales.
Mais d'où vient le peu d'enthousiasme devant ces questions — hors les cercles d'initiés ? Probablement du fait que bien peu de gens estiment que ce débat est une priorité. En fait, il captive les passionnés et semble laisser indifférents bon nombre de citoyens. Malgré la bonne volonté qui anime les États généraux, on peut donc craindre que tout ce remue-ménage mette du temps à dépasser le stade du remue-méninges.
|