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Pourquoi autant d'écart entre les sondages?

CROP et Léger Marketing « à l'aise » avec leurs résultats

MARIE-CLAUDE GIRARD
La Presse 14 mars 2003


DEUX SONDAGES, une même période, deux résultats forts différents sur l'avance du Parti québécois dans les intentions de vote. Comment expliquer que le sondage CROP La Presse publié hier donne neuf points d'avance au PQ, alors qu'un sondage Léger Marketing le place à égalité avec le Parti libéral ?

« C'est très sain qu'il y ait des différences. Je suis très contente que la campagne ait commencé comme ça, commente Claire Durand, professeur de sociologie à l'Université de Montréal. Peut-être que les gens vont être un peu plus méfiants. Ils auront moins tendance à penser que c'est réglé. » La spécialiste de l'analyse de sondage croit que la réponse se trouve peut-être dans le fameux « une fois sur 20 » de fiabilité des sondages.

« Une fois sur 20, il y a une différence significative. Si je présume que les deux sondages ont été réalisés dans les normes de l'art, le résultat qu'on a là n'est pas un résultat exceptionnel. S'il (l'écart) se maintenait pendant plusieurs sondages, on pourrait se demander s'il y a un biais systématique d'une firme ou de l'autre. Mais un sondage ne fait pas le printemps. » En général, depuis janvier, les deux firmes ont des résultats similaires, souligne-t-elle.

« Ayez foi dans les sondages quand ils s'écartent un peu les uns des autres. Si vous vous retrouvez au Québec dans une situation où les sondages sont toujours semblables, cela voudrait dire qu'il y a peut-être quelqu'un qui joue avec les chiffres ! »

« C'est quand même étonnant et inquiétant. Je me pose des questions sur la fiabilité des résultats quand je vois des écarts comme cela », laisse au contraire tomber André Blais, professeur de sciences politiques à l'Université de Montréal. II doute qu'on puisse expliquer ces écarts par les marges d'erreurs maximales, le « plus ou moins 3 points de pourcentage 19 fois sur 20 ». « Ce n'est pas impossible, mais c'est très improbable. Cela suggère plutôt qu'il y a eu un problème avec un ou l'autre des sondages, ou les deux, ou qu'il y a énormément de volatilité dans les intentions de vote. »

Avant répartition des indécis, le sondage CROP donne 38% des voix au PQ, 29 % au PLQ et 21% à l'ADQ. Le sondage Léger Marketing accorde 31% au PQ, 31% au PLQ et 19% à l'ADQ. Le premier a été réalisé du 4 au 11 mars, le second du 7 au 11 mars. Les refus/indécis sont de 8% chez CROP, et de 11% chez Léger.

De leur côté, les sondeurs disent tous deux avoir pleine confiance en leurs propres résultats...

Sondeurs confiants

« On voit les mêmes tendances. Oui, on voit une montée du PQ, mais jamais aussi forte que ce que CROP a montré. On n'a pas vu de descente du Parti libéral. Alors que pour l'ADQ, on se rejoint», constate Jean-Marc Léger, de Léger Marketing, qui a réalisé le sondage pour Le Journal de Montréal et The Gazette. « Sur les autres questions, sur les chefs les plus populaires, ironiquement, on arrive aux mêmes résultats dans la marge d'erreur.» M. Léger ne croit pas possible que le PQ ait monté aussi rapidement dans l'opinion publique.

Tout à fait à l'aise avec les résultats de son sondage, Claude Gauthier, vice-président de CROP, rappelle que « la progression du PQ n'est pas arrivée comme ça du jour au lendemain. On l'a vu progresser dans nos sondages à CROP. Le Parti libéral fait certains gains avec la chute de l'ADQ, mais ils sont moins importants que ceux du Parti québécois. » En ce sens, il ne croit pas être tombé sur le cas sur 20 de résultats bizarres.

« Depuis novembre ou décembre, on observe que la satisfaction à l'égard du PQ augmente d'un point ou deux à chaque sondage. Il semble y avoir une logique avec une augmentation des intentions de vote. Ce n'est pas tout à fait aberrant ! On a toutes les raisons de croire que le travail est bien fait. »

M. Gauthier juge lui aussi « possible mais peu probable » que les écarts entre les deux sondages s'expliquent par les marges d'erreur maximales. Pour les sondages politiques, on fait plusieurs appels pour essayer de joindre les répondants. « Si on ne rappelle pas les gens dans un sondage, on peut avoir un biais parce qu'on ne va joindre que les gens facilement accessibles. » Par ailleurs, le libellé et l'ordre des questions peuvent aussi influer sur les résultats et expliquer certaines différences entre les sondages.

Un petit conseil ? « Si d'un sondage à l'autre, un parti ne bouge pas de plus de trois points, on peut penser que c'est seulement une variation due au hasard. Et il faut se dire qu'entre le PQ et le PLQ, il faut une différence de plus de six points pour qu'il y ait vraiment une différence » en nombre de députés élus, prévient Mme Durand.

Vases communicants

« Depuis le 1er mai, plus il y avait d'adéquistes et moins il y avait de péquistes et l'inverse. On avait l'impression que ces deux-là s'échangeaient des votes. Et plus il y avait de discrets et moins il y avait de libéraux et d'adéquistes et inversement », note Mme Durand. « Depuis janvier, c'est un peu spécial, ce qui se passe. II y a une chute de l'ADQ qui est constatée par tous les sondages et elle semble aller avec une remontée des deux autres partis, plutôt que juste avec le PQ. »