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««« Indépendance : pour ou contre?
Lallusion au « poids du passé » fait certainement référence à lhistoire du Québec, du Canada, du Canada-Français et de la colonisation française en Nouvelle-France. Cela dit, ce « poids du passé » que peut-il signifier pour « ce Nous collectif » aujourdhui ? De quelle histoire sabreuve-t-on pour connaître le présent des Québécoises et des Québécois. Quand on pense aux Français, est-ce quon pense à des individus pris nominalement ou, plutôt, à la collectivité française qui sexprime à lintérieur de la nation et de lÉtat français ? Pour le Québécois qui est aussi Canadien, est-ce la même analogie quentre être Français et Européen ou entre être Corse et Français ou encore être Breton et Français ?
Mémoire et histoire
On dirait au Québec que la mémoire est dun côté et lhistoire de lautre. La mémoire rappelle aux Canadiens-Français leur descendance de la France ; la mémoire rappelle aux Canadiens-Anglais leur appartenance au monde britannique ; la mémoire pour les autochtones rappelle leur possession du sol ; la mémoire pour les groupes multiculturels les relie à leurs pays dorigine ; la mémoire pour les Juifs les maintient sur leurs fondements religieux ; finalement, toutes ces mémoires ne semblent pas se reconnaître à lintérieur du Québec, pourtant elles semblent toutes se rallier à lÉtat canadien. Lhistoire suit des voies divergentes qui rendent presque impossible une conception unifiée du Québec par rapport à son passé, son présent et son avenir. Pourtant, le peuple québécois est constitué des tous ces gens qui ont façonné et qui façonnent au jour le jour le Québec daujourdhui. Lhistoire de tous ces gens ne peut être que lhistoire de la diversité des identités prises séparément, mais de lidentité québécoise. Cest là où le bât blesse !
Le sentiment identitaire québécois
Le sentiment identitaire québécois ne peut pas être une mosaïque : il est québécois ou il ne lest pas ! Être même et autre, en même temps, relèvent de la quadrature du cercle, cest de la schizophrénie. Et la population du Québec ne peut sortir de ce dilemme sans quitter les schèmes dinterprétation historique qui nous font nous ignorer nous-mêmes pour nous-mêmes. (**) Cette transformation de la pensée des Québécois Français ne peut être nulle autre que la renonciation définitive de la tradition lafontainiste depuis lacceptation de lUnion de 1840. La mémoire des Québécois Français leur fait accepter lannexion et lhistoire a réalisé sur eux leur annexion dans le Grand Canada. Si la volonté et la liberté existent dans lhistoire, elles peuvent transformer la situation. Lirréparable dhier pourrait, demain, devenir réparable. Un Québec Français pour des Québécois Français, dans lunité québécoise, serait possible. De cette manière, une nouvelle mémoire, plus dynamique, pourrait enfin naître qui ne serait plus celle de la survivance, de la soumission, de la subordination, de lannexion et finalement de lassimilation. (***)
Peut-être quun jour les Québécois Français pourront dire deux-mêmes ce que lhistorien français Alphonse Dupront a pu dire des Français ; « Ainsi les Français désormais eux-mêmes. » Et plus loin : « Aujourdhui la dissociation est accomplie entre mythe et réalité. La France est dans le monde, mais distincte de lui. » (****) Cest la fin du processus de formation dune nation qui atteint la plénitude de son identité. La mémoire se confond avec lhistoire et lhistoire surveille la mémoire pour quelle ne délire pas.
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Bruno Deshaies
NOTES
(*) 66e Congrès de lAcfas, Université Laval du 11 au 15 mai 1998, Colloque 509 du Programme général, p. 188-189.
(**) Voir « Lire Séguin » par François Robichaud. http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/lire-seguin.html « Le bilan qu'a dressé Maurice Séguin, écrit François Robichaud, n'a peut-être rien de consolant, et s'en formaliser est compréhensible. Quoi qu'il en soit, toute situation offre la possibilité, sinon d'une solution objective, du moins d'une mise en valeur subjective, d'une libération par l'esprit ; qui comprend la vraie nature de l'oppression essentielle échappera par là même aux servitudes psychologiques qui en procèdent, ce qui est déjà beaucoup. »
(***) Nous recommandons à tous ceux qui se penchent sur la question nationale au Québec de lire attentivement cette page de lhistorien Maurice Séguin. http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/seguin/assimilation.html
(****) Dans « Du sentiment national », in La France et les Français, sous la direction de Michel François, Paris, Gallimard, 1972, p. 1448 et 1471, coll. « Bibliothèque de la Pléiade ». Cest le premier texte qui ouvre la section intitulée : « La France et le monde » sous le grand titre : « Unité de la nation française ».
Bruno Deshaies a été, durant près de huit ans, le directeur de la Division de lenseignement des sciences de lhomme à la Direction générale de lenseignement élémentaire et secondaire (DGEES), entre 1969 et 1977, au ministère de lÉducation du Québec. Préalablement, il a enseigné lhistoire et la didactique de lhistoire à lÉcole normale Jacques-Cartier et lhistoire au baccalauréat des adultes à lUniversité de Montréal ainsi quau baccalauréat des HEC durant les années 1960. Il a participé à la création de lUQAM et à son département dhistoire dans les années 1967 à 1969. Après quoi, il a surtout oeuvré au sein du ministère de lÉducation. Il a été chargé de cours à lUniversité Laval et à lUQAC. Durant de nombreuses années, il a enseigné à lUQAC la didactique des sciences humaines au primaire et lhistoire de léducation au Québec. Il a publié chez Beauchemin, en 1992, Méthodologie de la recherche en sciences humaines (qui a été traduit en portugais par lInstituto Piaget à Lisbonne) et Histoire de deux nationalismes au Canada de Maurice Séguin chez Guérin, en 1997. En collaboration, il a aussi publié Comment rédiger un rapport de recherche (1964/1974) chez Leméac. Il est présentement le directeur du site Internet : « Le Rond-Point des sciences humaines » (cf. http://www.rond-point.qc.ca ).
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