««« Indépendance : pour ou contre?

L’ENSEIGNEMENT DE L’HISTOIRE AU QUÉBEC

6. C’est quoi l’histoire ? C’est quoi l’histoire nationale ?

Bruno Deshaies
16-03-2000


L’Histoire de la Province de Québec (41 vol.) de Robert Rumilly, l’Histoire du Canada français depuis la découverte (4 vol.) du chanoine Lionel Groulx, l’Histoire Populaire du Québec (4 vol.) de Jacques Lacoursière, l’Histoire de deux nationalismes au Canada de Maurice Séguin et l’Histoire du Canada de F.-X. Garneau sont des livres d’histoire. C’est une lapalissade ! Pourtant, nous convenons aisément que Rumilly, Groulx, Lacoursière, Séguin et Garneau n’ont pas fait l’histoire de la même façon. En outre, les objets d’études de l’un et de l’autre ne sont pas complètement identiques. Pourtant, qu’est-ce qui fait qu’on dise que telle histoire est événementielle, panoramique, chrétienne, nationaliste, passéiste, passionnante, objective, subjective, biaisée, partiale, etc. ? D’où les questions : c’est quoi l’histoire ? Qu’est-ce que l’histoire ? Quel est l’objet de l’histoire ?

L’objet de l’histoire

Qu’est-ce qui dans le passé des hommes (mot pris dans un sens épicène) est digne d’intérêt ? Il y a très, très longtemps, Hérodote dans la Préface à son Enquête, écrivait : « Hérodote d’Halicarnasse présente ici les résultats de son enquête, afin que le temps n’abolisse pas les travaux des hommes et que les grands exploits accomplis soit par les Grecs, soit par les Barbares, ne tombent pas dans l’oubli ; et il donne en particulier la raison du conflit qui mit ces deux peuples aux prises. » (1) Ainsi, le premier historien de tous les temps nous dit que lui, comme historien, il veut offrir « les résultats de son enquête », soit de ses recherches, afin de faire comprendre ce qui ne devrait pas tomber « dans l’oubli ». Mais qu’est-ce qui ne doit pas tomber dans l’oubli ? Qu’est-ce qui est digne d’intérêt dans l’histoire, pour nous, les vivants ?

Il est trop simple de dire que l’histoire, c’est le passé. L’objet de l’histoire est aussi vaste que l’histoire de l’humanité, mais cette humanité vit aussi de son présent et de ses aspirations, de son devenir. Aussi, l’histoire est essentiellement l’histoire des hommes dans le temps (2) ; elle est donc cette connaissance par l’homme de sa propre évolution historique. L’Homme et le Temps constitue l’une des composantes majeures des sciences humaines. La dialectique du Temps instaure une aventure où le Présent actualise à la fois le Passé et l’Avenir. Le temps historique est impalpable, pourtant il nous étreint quoiqu’on en pense et quoiqu’on en dise. Au sens le plus profond, l’objet de l’histoire, c’est ça. Concrètement, c’est beaucoup plus terre à terre. Les chicanes entre les spécialistes de l’histoire, on dit aujourd’hui les professionnels de l’histoire, concernent tout autant leurs conceptions de l’histoire que leurs objets historiques découpés dans le réel historique.

L’objet du « national » historique

On le dit, on le répète à qui mieux mieux, l’objet de la science est une construction de l’esprit. A fortiori pour l’objet du « national » de l’histoire du Québec. Levons immédiatement une ambiguïté profonde, depuis des décennies, chez la classe dirigeante du Québec concernant l’objet « national ». Notamment, depuis le Père Georges-Henri Lévesque, la confusion règne en maître au sujet des rapports entre le NATIONAL et le SOCIAL. Par exemple, tous les discours de Michel Chartrand sont imprégnés de cette confusion. En ce sens, Chartrand, l’homme et le syndicaliste, est avant tout un ardent défenseur de la justice sociale. Ce qui est bien en soi. Et, à un âge avancé, il continue le même combat qu’il a toujours mené avec sa femme Simone.

Les combats, dans une société, contre les injustices de toutes sortes, c’est une chose ; en revanche, la lutte pour une existence collective autonome, souveraine et indépendante, est une autre chose. Bien sûr, comme tout le monde sait, il n’est pas toujours facile de séparer la vie sociale de la vie nationale, mais il n’est certainement pas approprié de confondre les deux surtout lorsque le combat met en cause des nations qui veulent parvenir à l’exercice de la plénitude de leurs pouvoirs collectifs. C’est le cas du Québec dont la trajectoire historique remonte à l’histoire et à la vie d’une société française en Nouvelle-France, c’est-à-dire un siècle et demi avant la Conquête britannique de 1760.

Le « national » de la société canadienne dans l’histoire du Québec

Le « national » de la société canadienne dans l’histoire du Québec, ce n’est pas uniquement les 92 Résolutions, la révolte des Patriotes, la lutte contre le régime corrompu de Duplessis (ou le régime Taschereau), l’influence de l’Église catholique ou les réminiscences de choses passées pour faire belle figure autour de sujets à la mode (par ex. : l’histoire des femmes, l’histoire des petites nations, l’histoire des populations « neuves », l’histoire « populaire » des Canadiens français, l’histoire comparée, etc.). Le « national » de la société canadienne dans l’histoire du Québec, c’est beaucoup plus que cela. Si, comme le pense Maurice Séguin, « la dimension nationale ne peut être niée » dans les rapports entre le social et le national, alors il faut en tirer les conséquences. Dans ce cas, soutient Séguin, « le NATIONAL se rapporte[e] aux relations avec les autres collectivités » et « le SOCIAL, de l’autre côté, concern[e] surtout le sort des personnes et la répartition des biens à l'intérieur d'une société ». Ce qui fait que « tout ne peut se réduire à des conflits sociaux en éliminant l'histoire des affrontements nationaux ».

Le « national » historique des Québécois Français

Le « national » historique des Québécois Français évoque une histoire continue qui commence avec les explorations de Jacques Cartier et Samuel de Champlain dont les tenants et les aboutissants convergent finalement sur le conflit entre deux colonisations en Amérique du Nord et l’élimination de la France comme Métropole du Canada et de la Nouvelle-France, en 1760. (3) Après le Traité de Paris, en 1763, l’Angleterre devient la nouvelle Métropole du Canada français. Cette nouvelle Métropole britannique contrôle les Treize Colonies anglaises et crée deux autres colonies, la grande Nova Scotia et la Province of Quebec, qui devient la 15e Colonie britannique en Amérique du Nord, puis un protectorat britannique au Sud des Grands lacs, soit l’Indian Country. (4)

Après le changement d’Empire, le Canada français demeure, mais au sein d’un DEUXIÈME Canada qui amorce sa trajectoire historique en Amérique du Nord. (5) La cohabitation du Canada-Français et du Canada-Anglais provoquera au cours des deux siècles à venir le phénomène de la survivance canadienne-française. Progressivement, cette survivance a donné naissance à une nation au sens sociologique, culturelle surtout, qui a souvent eu le sentiment d’être « le jouet d’une contradiction étrange » (cf. le « Mémoire des Canadiens de 1814 »). En cours de route, cette nation a défendu pendant des générations la langue française, entre autres, et c’est pourquoi la Loi 101 signifie pour les Québécois Français plus qu’un symbole, mais l’affirmation même de leur identité. Ne pas comprendre cette donne, c’est faire fausse route quant à la trajectoire que souhaite poursuive la société québécoise.

Le « national » du Québec Français est différent et distinct du « national » canadian

Toute l’idéologie de l’unité canadienne, fédéraliste, pluriculturaliste, communautariste, pluraliste, canadianiste et le reste, entretient l’affrontement entre les deux nations « mères » du Canada contemporain. Sur cette incompréhension, la synthèse de John Saul tend à défendre l’unité sociologique de l’histoire canadienne. Il écrit dans Le Devoir [22-23 février et 1er mars 2000], à l’occasion de sa réplique à Gérard Bouchard : « Quant à moi, je crois que nous faisons partie d’une collectivité qui, à certains égards, a plus de 400 ans d’expérience, dont plus de 150 ans d’expérience à l’intérieur de ses structures actuelles. Je crois qu’on peut identifier les grandes trajectoires historiques qui traversent ces siècles. Et ces trajectoires nous parlent de nos forces et de nos faiblesses ; de ce qui marche pour nous et de ce qui ne marche pas. Dans mes Réflexions, j’ai voulu, entre autres, proposer des interprétations de ces trajectoires. » En réalité, son idéologie unanimiste l’aveugle. Il cherche à tout prix à mettre ensemble deux peuples qu’il voit inexorablement comme des « frères siamois ». Il juge l’interprétation historique de l’École de Montréal selon les règles de l’apagogie. (6) Dans ce cas, la cause profonde de l’erreur chez Saul réside dans le mode d’organisation de sa conception de l’histoire du Canada. Partant, il a de la difficulté à comprendre la réaction de l’autre qui lui paraît, bien évidemment, inacceptable et même anormale.

Le « national » du Québec Français vu par certains Québécois

L’histoire nationale au Québec est pavée d’embûches. Il y a les vraies embûches, celles de l’histoire en tant que passé, mais il y a celles qui dépendent, surtout, de nos perceptions. Dans la communication de Gilles Bourque intitulée « La nation, l’histoire et la communauté politique » et publiée dans les Actes du Colloque À propos de l’histoire nationale, nous flottons dans les perceptions. (7) Le plus intriguant dans l’affaire, c’est que la communication porte plus sur une mise en garde contre l’usage du concept d’histoire nationale. Les objections avancées sont diverses. En gros, Bourque reprend de nombreux lieux communs. Voici quelques perles de son argumentaire.

« À l’heure de la mondialisation et de l’érosion des pouvoirs de l’État-nation, il est non seulement nécessaire mais urgent de nous interroger sur la pertinence de l’histoire nationale. » (p. 37)
« Il faut en effet nous demander si cette propension, devenue presque naturelle, à cibler le cadre national ne risque pas de nous condamner à la cécité face à l'essentiel des processus de transformation des rapports sociaux en cette fin de siècle. » (p. 37)
«La complexification interne des sociétés occidentales, aussi bien que l’érosion des pouvoirs de l’État-nation, sous l’effet de la mondialisation, nous impose de repenser aussi bien la nature que l’importance relative de l’histoire nationale. » (p. 40)
« [...] L’histoire nationale doit abandonner sa perspective jacobine. Elle doit plutôt chercher à rendre compte de l’affirmation d’une citoyenneté multiforme et pluraliste.» (p. 41-42)
Etc., etc.

Nous pourrions ajouter d’autres citations de cette nature. Elles confirmeraient toutes ce courant idéologique qui s’oppose à l’idée du « national » comme trop exclusif, abusivement « jacobin », exagérément ethnique et insuffisamment tournée sur « les transformations profondes qui s’affirment dans les sociétés occidentales » (p. 41). Dans ce cas, pourquoi pas une histoire surpranationale ? Celle-ci « devrait d’abord et avant tout, selon Bourque, être attentive aux relations économiques, politiques, sociales et culturelles qui se développent au sein d’un espace mondial autonomisé ». (p. 42)

Mais puisque le Colloque portait sur la nature de l’histoire nationale, Bourque s’interroge en conclusion : « Est-ce à dire que l’histoire nationale deviendrait totalement obsolète ? » (p. 42) Il répond : « L’histoire nationale reste donc utile et nécessaire à condition, bien sûr, qu’elle s’ouvre à la pluralité sociale et culturelle, en même temps qu’elle prenne conscience que, dorénavant, les objets qu’elle analyse obéissent aussi à des déterminations qui dépassent le cadre qu’elle s’est donné. » (p. 43)

Au fond, nos universitaires-spécialistes-de-la-question-nationale nous demandent de cacher ce « national » qu’on ne devrait pas voir. Ils sont tellement obnubilés par les théories de la citoyenneté, du pluralisme, de la déviance des nationalismes, de l’obsession du phénomène ethnico-culturel, des collectivités égalitaires et tout le reste. Ils récusent la « pertinence » de l’histoire nationale qu’ils veulent tout simplement assimiler à une sociologie des groupes humains encadrés dans un territoire « national » ! Ils s’inquiètent maladivement de l’existence des États-Nations. « En somme, écrit Bourque, l'histoire nationale ne devrait être confondue ni avec l'histoire ethnique ni même avec l'histoire de la nation si l'on fait référence par là à un groupe naturel [c’est quoi sociologiquement, historiquement, politiquement ?] qui préexisterait aux rapports sociaux. Il importe donc de bien saisir ce que l'on doit entendre par le concept d'histoire nationale. » (p. 38-/39) (8) D’où cette profession de foi : « Je crois donc, dit Bourque, en la nécessité du développement d’une histoire supranationale. » (p. 42) À cet égard, je lui retournerais deux questions. La première, qu’est-ce que l’histoire supranationale ? la seconde, pourquoi l’histoire supranationale ? Pour ne pas noyer le poisson, revenons à l’histoire du Québec.

Histoire du Québec et histoire nationale

La question de l’enseignement de l’histoire nationale au Québec entraîne avec elle une autre question : qu’est-ce que l’histoire du Québec ? La mise en garde de Bourque est formulée comme suit :

« [...] il n’est pas rare que l’histoire du Québec finisse par être confondue avec celle de l’histoire des Canadiens français du Québec durant la période 1840-1960. À l’inverse, mais exactement dans le même sens, la sociologie a commencé par penser les Canadiens français du Québec comme si le groupe ethnique (ou la race, ou la nation) s’instituait sur ses propres bases. Or ni l’histoire ni la sociologie des Canadiens français ne peuvent être assimilées à l’histoire nationale et à la sociologie du Québec. » (p. 38)

Ce raisonnement est surtout fondée sur l’idée qu’ « il faut surtout se prémunir contre une histoire ethnique qui se pense comme une histoire nationale ». (p. 38) Or quand les Canadiens-Français étaient démographiquement majoritaires au Canada après la Conquête et même après 1840, peut-on dire que ce groupement humain n’était qu’une ethnie, lui qui avait accueilli en son sein des Brown, des Johnson, des Bitner, des Garnow, des Morrow et autres et encore d’autres personnes, plus tard, immigrés et autres, jusqu’à nos jours ? Les Canadiens ont toujours été très conscients de la présence des Anglais ou des Américains au Canada. Ils le sont encore aujourd’hui, mais les Anglo-Canadiens ont fait une lutte sans merci pour établir leur autorité comme groupe conquérant. Malgré tout, ils font partie de la société québécoise comme minorité linguistique qui exerce son influence sur toute la société québécoise.

Dans cette société québécoise, que cela plaise ou pas, il y a des Québécois-Français majoritaires qui, culturellement, désirent vivre collectivement puisqu’ils sont ce qu’ils sont et qu’ils ont bâti ce Québec d’aujourd’hui, avec d’autres bien sûr, comme société provincialisée, évidemment, qui ne répond pas aux aspirations collectives de cette société annexée. Le Québec-Français, s’il est une nation, il l’est premièrement au sens du mot nation en tant que nation, au sens sociologique, qui cherche à devenir une nation au sens étatique, juridique. c’est-à-dire un État-Nation.

Il serait urgent de dissiper les peurs ou les anticipations farfelues sur l’État-Nation et le Politique. Dans la conclusion de ma thèse de doctorat portant sur l’Évolution des États du Québec et de l’Ontario entre 1867 et 1871 (9), il est écrit :

« L'étude globale d'une société est en soi trop complexe pour qu'on puisse l'aborder dans son ensemble. Aussi, avons-nous opté pour le « primat de la politique » au sens où l'explique Raymond Aron dans Démocratie et totalitarisme. « Il ne s'agit, écrit-il, à aucun degré d'un primat causal. » Toutefois l'influence qu'exerce la politique sur l'ensemble de la collectivité affecte les caractéristiques essentielles de la vie collective. Cela est dû en grande partie au fait que le pouvoir organisateur de la société édicte les normes à suivre pour l'ensemble du corps social. S'il n'est pas contesté fondamentalement, il arrive que l'autorité et la légitimité se confondent et assurent finalement la cohésion de l'État ; même que le style de la vie en commun tout entier en est modifié. »

Il nous semble que tous les projets visant à vouloir réécrire l’histoire nationale au Québec en niant la présence des Canadiens-Français ou en occultant l’État ou le politique, sous prétexte que la nation est un agglomérat d’individus ayant des caractéristiques personnelles irréductibles parce que ce sont des « moi » multiples, c’est nier l’idée de société même et, partant, toute compréhension du concept de nation. Dans la conclusion de ma communication à l’Université Mount Allison (Sackville, NB), j’ai soutenu ce qui suit :

Les Québécois sont conviés à faire leur histoire plutôt qu'à la réécrire en vain dans leur imaginaire collectif ou de se la faire raconter par tous les défenseurs bien pensants de l'unité canadienne ainsi que par des libéraux d'esprit qui prêchent l'humanitarisme à condition d'être fédéralistes et de pratiquer un nationalisme positif sans trop se prendre au sérieux. Cependant, ces derniers savent très bien, ironiquement, que la loi du plus fort est toujours la meilleure.

En cette fin de siècle, il nous semble que le temps est peut-être venu de reconnaître la pensée de Maurice Séguin et de ne pas continuer à lui faire subir l'affront que les scientifiques ont réservé à Gregor Mendel au sujet de ses découvertes concernant le phénomène de l'hérédité. Cinquante ans, c'est long ! Déjà, pour Séguin, nous comptons cinquante-trois ans !

En terminant, nous invitons les spécialistes en sciences humaines et surtout les historiens à jeter un regard objectif sur Les Normes et sur l'Histoire de deux nationalismes au Canada par Maurice Séguin afin de mieux saisir les nouvelles convergences préparant une situation en devenir dont nous devons nous assurer qu'elles répondent aux véritables aspirations des Québécois. Le Canada Anglais ne peut écrire seul l'Histoire.

(30)

Bruno Deshaies
Québec, 15 mars 2000

NOTES

(1) Dans Historiens grecs, tome I : Hérodote, Thucydide, Introduction par J. de Romilly, Paris, Gallimard, 1954, p. 51-52 (coll. « Bibliothèque de la Pléiade »). Pour mieux comprendre, lire Henri-Irénée Marrou, « Qu’est-ce que l’histoire ? », in L’histoire et ses méthodes sous la direction de Charles Samaran, Paris, Gallimard, 1951, p. 3-33 (coll. « Bibliothèque de la Pléiade »).

(2) Dans cet esprit se trouve le livre incontournable de Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou métier de l’historien, 5e éd., Paris, A. Colin, 1964, xvii + 111 p. (coll. « Cahiers des Annales », no 3). Édition récente : Broché, 1998, 159 pages, Armand Colin, ISBN 2200016948

Descriptif de la maison Armand Colin : [Marc Bloch] Cofondateur, en 1929, de la revue Annales, le grand historien Marc Bloch fut une des victimes de Klaus Barbie. Fusillé le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain), près de Lyon, il laissait inachevé un ouvrage de méthodologie, Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien - sous-titré dans son plan le plus ancien ou Comment et pourquoi travaille un historien -, qui fut publié en 1949 par Lucien Febvre.

Avec la publication de cette nouvelle édition de l'ouvrage posthume de Marc Bloch, son fils aimé, Etienne Bloch, nous livre aujourd'hui le texte dans son intégralité et sans modification aucune. En effet, Lucien Febvre n'avait pu disposer, au lendemain de la guerre, de tous les manuscrits et avait, par ailleurs, procédé à quelques remaniements.

C'est dire combien cette édition est capitale : on y découvrira l'oeuvre dans sa forme intégrale, le travail d'un historien affirmant l'intérêt de l'histoire, légitimant une science historique, définissant des pratiques, des objectifs, une éthique, son " métier ".

On y redécouvrira aussi la modernité de cette réflexion, du regard porté sur l'histoire, cette "science en marche", cette " science des hommes dans le temps ", grâce auquel se fonde l'espoir que " les sociétés consentiront enfin à organiser rationnellement, avec leur mémoire, leur connaissance d'elles-mêmes ". (Voir http://www.bol.fr/cec/cstage)

(3) Guy Frégault, « La colonisation du Canada au XVIIIe siècle », dans Les Cahiers de l’Académie canadiene-française : 2. Histoire, Montréal, 1957, p. 51-81. Un texte fondamental si l’on veut comprendre la Conquête.

(4) Gilles Ritchot, « La portée critique d'une nouvelle géographie régionale structurale : un retour sur l'Histoire du Québec selon Maurice Séguin (1918-1977) », in Les Cahiers de géographie du Québec, vol. 42, no 117, déc. 1998. Malheureusement, l’article n’est pas en ligne sur le site. (Voir Le Rond-Point des sciences humaines pour un aperçu des conclusions de l’auteur. Cf. http://www.rond-point.qc.ca/revues/cgq/default.htm

(5) Voir Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Leçon II : Début du Canada-Anglais, 1763-1774, Montréal, Guérin, 1997, p. 31-57 (coll. « Bibliothèque d’histoire » sous la direction d’André Lefebvre).

(6) Selon le Larousse : (Logique) « Raisonnement qui a recours à l’absurdité d’une proposition pour démontrer la vérité d’une autre proposition. »

(7) Dans À propos de l’histoire nationale, Sillery, Éd. du Septentrion, 1998, p. 37-43. (8) Bourque s’appuie sur Dominique Schnapper, La communauté des citoyens. Sur l’idée moderne de nation, Paris, Gallimard, 1994. Pour plus d’informations sur ce livre, voir http://www.rond-point.qc.ca/suggestions/retour.html

Ceux qui se questionnent sur la nation, ethnique ou civique, pourraient réfléchir sur cette phrase de madame Schnapper : « L'histoire a connu des guerres, des tyrannies, des xénophobies et des génocides bien avant la naissance politique des nations modernes. (p. 2 de l’édition américaine) »

(9) Montréal, Université de Montréal, Département d’histoire, mars 1973, xii + 462 p. + 4 cartes + 4 tableaux hors-textes. Voir le sommaire de la thèse sur la page Internet suivante : http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/constitution.html

(10) Coll. « Idées », no 88, Paris, Gallimard, 1965, p. 33.