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««« Indépendance : pour ou contre?
Linternaute peut remarquer que Lefebvre aborde, en premier lieu, le passé, le présent, puis le passé et le présent de lhistoire nationale. Bref, quel est le contenu dun enseignement possible de lhistoire nationale ? Les rapports entre lhistoire et lélève du secondaire soulèvent des problèmes de compréhension qui sont incontournables. Les professeurs du secondaire le savent très bien. La question consiste à découvrir comment une histoire du présent national « à travers les réalités contemporaines » peut rejoindre le jeune de 16-17 ans et linciter à se questionner, à chercher, à comprendre et à saisir ce qui se passe réellement. Si lhistoire nationale est une « science des hommes [d'ici] dans le temps », cette histoire comporte des obligations en termes de programme denseignement. En outre, il ne faut pas négliger la question de lévaluation de cet enseignement et de lenseignant dans cet apprentissage de lhistoire nationale.
Quelques auteurs au colloque admettent, implicitement ou explicitement, cette interprétation. Desmond Morton nous le confirme en ces termes : « Si je visais un objectif « national », cétait celui dexpliquer les Canadiens à leurs concitoyens et en particulier, les Québécois aux anglophones multiculturels que jai rencontrés chaque année à Mississauga. » (3) Brian Young va dans le même sens : « Alors quailleurs au Canada, on consacre de moins en moins de temps à lenseignement de lhistoire, au Québec, lhistoire sera enseignée dans toutes les classes du primaire et du secondaire. » (4) Quant à Gérard Bouchard, il ne demande pas moins que « la réécriture de lhistoire nationale au Québec ». Lui aussi pose le problème en tant quenseignement. Il écrit : « Durant les dernières années, plusieurs voix se sont élevées au Québec pour attirer lattention soit sur ce quon a appelé la crise de la mémoire collective, soit sur les graves lacunes de lenseignement de lhistoire aux niveaux primaire, secondaire et collégial. » (6) Bruno Deshaies a présenté à cette occasion une communication sur les « Choix éducatifs et enseignement de lhistoire nationale. » Son texte na pas été publié dans les Actes du Colloque parce quil traitait, explicitement, de lenseignement de lhistoire nationale ! (7)
Dans sa communication au colloque de 1998, Gérard Bouchard sinterroge sur les questions suivantes :
Quest-ce que lhistoire nationale ?
Il fait suivre ses interrogations d « une proposition » qui est une sorte de programme de recherches qui constituerait « un parcours historiographique renouvelé » (8) en histoire du Québec. Tous ces détours, finalement, pour en arriver à lidée de lutte contre l « amnésie collective » (9) ou encore pour se demander que « sil est vrai que la science historique tire ses prémisses de lactuel, comment peut-elle projeter dans le passé une cohésion collective qui ne se trouve pas dans le présent ? » (10)
Le raisonnement de Gérard Bouchard porte essentiellement sur lhistoire du Québec comme histoire nationale où la nation serait réaménagée « dans un contexte de diversité ». (11) « Le défi consiste désormais, écrit-il, à fonder la cohésion collective le plus loin possible de lethnicité, hors de lunanimité idéologique et de lhomogénéité culturelle, dans le respect des croyances et des différences de toutes sortes. » (12) Dans cet esprit, « lhistoire nationale doit être réinventée elle aussi ». (13) En gros, il faut faire passer lhistoire nationale du concept dhomogénéité au concept de diversité. Mais alors, pourquoi lun des deux concepts serait-il meilleur, plus noble, plus moral ou plus neutre que lautre ? Ni hier ni aujourdhui ni demain, il ne semble quaucune société ne puisse vivre sans un certain type d « unité » malgré la nécessité du respect de la « diversité » ? En outre, il ne suffit pas quune histoire nationale « soit critique et quelle sappuie sur des procédés dobjectivation » (13) pour quelle devienne obligatoirement crédible. La science historique comme toutes les sciences a ses limites.
1. UNE FONCTION IDENTITAIRE,
il devient donc très difficile daccorder ces quatre fonctions entre elles sans quelles entrent carrément en contradiction interne. Par exemple, la simple question de lintégration sociale, comment pourrait-elle ne pas comporter une certaine dose de discrimination ou dexclusion (doù lopposition entre la fonction identitaire et la fonction socioculturelle). Ou encore, comment une vision comparatiste pourrait saccorder avec la promotion de valeurs de civilisation et des choix de société ? Est-ce que lhistoire doit se charger du combat national ou est-ce que lhistoire, comme science ou connaissance, doit nous faire comprendre autant que faire se peut la complexité du réel ? Mais si lhistoire nationale se veut être une éducation nationale, cest-à-dire un enseignement et une formation, il faudrait être clair là-dessus. Et si, au surplus, on considère la nation non pas comme donné, mais comme processus, et que lon conçoive que « la nation est à refaire » ou que la nation est une construction, il est certainement légitime de se demander jusquoù pourrait aller notre vision du présent pour comprendre le passé et justifier les voies de lavenir. Cet enseignement-là ne serait-il pas plus contraignant que tout ce que lon veut bien condamner sous légide de lhomogénéité culturelle ? Lanarchisme nest pas plus endurable que lunanimisme !
(30)
Bruno Deshaies
Québec, 1er mars 2000
NOTES
(1) Une histoire nationale pour l'élève du secondaire, Montréal, Guérin, 1978, 146 p. (Cahier no 6). Voir : http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/didactique/civique.html
(2) Voir le Programme général du 66e Congrès de lACFAS, Québec, 11 au 15 mai 1998, p. 92.
(3) « Lhistoire nationale est-elle possible au Canada ? » in À propos de lhistoire nationale sous la direction de Robert Comeau et Bernard Dionne, Sillery, Éditions du Septentrion, 1998, p. 80.
(4) « Léducation à la citoyenneté et lhistorien professionnel : quelques hypothèses », in Ibid., p. 57.
(5) Ibid. p. 115-141. Voir le même texte dans La nation québécoise au futur et au passé, Montréal, VLB Éditeur, 1999, p. 83-141 (collection « Balises »).
(6) Ibid., p. 115.
(7) Texte censuré par les responsables du Colloque et par lÉditeur du Septentrion. Voir la communication sur Le Rond-Point des sciences humaines à la page : http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/conferences/acfas98.html
(8) Voir note 5, Ibid., p. 135 ou Ibid., p. 127.
(9) Ibid,, p. 141, n. 29 et Ibid,, p. 150, n. 53.
(10) Ibid,, p. 140 et Ibid,, p. 140.
(11) Ibid,, p. 121 et Ibid,, p. 98.
(12) Ibid,, p. 121-122 et Ibid,, p. 98.
(13) Ibid,, p. 122 et Ibid,, p. 99.
(14) Ibid,, p. 124-125 et Ibid,, p. 105-106
(15) Journées disciplinaires dhistoire et de géographie à Strasbourg, les 24 et 24 mars 1998 (rapport de synthèse). La lecture de ce rapport de synthèse montre lampleur des difficultés que soulève tout enseignement qui se voudrait utile, éducatif et formateur. On peut y lire ceci : « La citoyenneté européenne ne va pas de soi. Dans les 100 000 questionnaires lycéens de lAcadémie de Versailles par exemple, « le mot Europe napparaît ni en positif ni en négatif ». Signe de méconnaissance ou de banalisation de la réalité européenne ? Quelle que puisse être la réponse, aucune nest propre à satisfaire. »
(16) Oeuvres I, Paris, Gallimard, 1957, p. 1144 (coll. « Bibliothèque de la Pléiade »).
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