««« Indépendance : pour ou contre?

CLAUDE MORIN

La Révolution tranquille et nous

Bruno Deshaies

11-4-2002





« Le sol de la culture présente plusieurs strates.
En profondeur, on heurte un socle de siècles ;
à la surface, le vent de l’actualité
agite une poussière d’événements. »
(Frégault, Chronique..., RÉF., p. 59.)

Au moment où le mouvement indépendantiste reprend de la vigueur contre les sirènes du partenariat de tout acabit, voilà que nous éclate au visage encore une fois, une fois de trop, l’histoire sordide de Claude Morin et de la GRC.

Les quotidiens Le Soleil d’Alain Dubuc à Québec et La Presse d’André Pratte, nous ont abreuvés en fin de semaine dernière de deux pleines pages d’extraits de la biographie de Jacques Parizeau par Pierre Duchesne. Nous avons eu droit à tous les commérages des souverainistes d’hier sur la question. Y passent en revue les Boivin (bon à toutes les sauces), les Bédard (le pontife du PQ), les Vaugeois (défenseur de la culture, mais surtout de ses intérêts), les Morin (le plus compétent bien sûr), les Beaudouin (personne dévouée, indispensable et aveugle), les Lagacé (trop loquace), les Lévesque (adoré et brouillon) et l’imperturbable Bernard (le saint du PQ) qui nous veulent tous du bien et qui tentent, tous à leurs façons, de nous raconter l’histoire inénarrable d’une personne qui ne serait pas agent double et qui faisait tout cela pour la bonne cause tout en étant indirectement cautionnée par l’inconscience du premier ministre du Québec qui en parlait comme étant des « folies à Morin ». On aurait pu préparer le lancement du livre sur Parizeau avec d’autres extraits que ceux-là.

Comme des badauds, nous assistons maintenant et béatement au feu de joie qui nous est présenté. Nous sommes tous là à faire des commentaires entre nous. La clameur se répand. Il y a un bruit assourdissant de paroles toujours plus inutiles les unes que les autres. Tout le Québec s’occupe à jaser de GRC, de Morin, des menteurs, des agents doubles, sans s’apercevoir qu’il faut mettre fin au travail de ceux qui soufflent du vent afin de soulever la tempête.

Cette histoire n’est pas grosse, elle est grossière. C’est une leçon. Les indépendantistes doivent maintenant apprendre à occuper leurs loisirs à faire autre chose qu’à se raconter des histoires de bobards concernant Claude Morin et la GRC. Nous n’avons pas besoin de ces petits événements de la chronique policière pour savoir que le Canada-Anglais n’hésitera pas à prendre tous les moyens pour défendre son unité nationale avec ou sans un Canadien français comme premier ministre du Canada.

Un bon cours d’histoire à la place du bavardage autour de Morin et la GRC

Un bon cours d’histoire sur les deux nationalismes au Canada par Maurice Séguin vous en convaincra assurément. Surtout, cessez de déclarer continuellement que ce livre est difficile à lire. Commencez par vous demander si vous la connaissez vraiment votre histoire. Admettez avec humilité que votre connaissance de l’histoire du Canada est une histoire issue de la tradition LaFontaine-Étienne Parent, donc une histoire qui accepte l’annexion du Canada français au Canada anglais, tandis que l’inverse ne sera jamais vrai.

(N.B. Ce logo pourrait servir de bannière à tous ceux qui le désirent.)


Pour tous ceux qui voudraient devenir les nouveaux étudiants-internautes de Maurice Séguin, l’« Avertissement aux étudiants » qu’il donnait en 1963 au début de son cours télévisé mérite d’être signalé. Voici ce qu’il recommandait à ses télé-étudiants : « Je vous conseille, chers télé-étudiants, d'écouter d'abord ; de prendre le moins de notes possible – quelques trente lignes par cours suffiront amplement ; et après l'émission, durant la semaine, si vous en avez le temps, RÉFLÉCHISSEZ, MÉDITEZ. Rien ne sert de se tuer à prendre des notes si c'est là un obstacle à l'intelligence du cours. » Il ajoutait une autre condition pour s’assurer une bonne compréhension de son enseignement. Il annonçait aux télé-étudiants que « chacune des dix-huit émissions est absolument nécessaire à la compréhension de l'ensemble ». Il ajoutait aussi : « Manquer plus de deux cours, c'est risquer de ne rien comprendre. » Commencez par lire Histoire de deux nationalismes au Canada dans cet état d’esprit et votre vision du Canada et du Québec sera changée profondément. Bien plus, des histoires à la Claude Morin n’auront plus beaucoup d’importance à vos yeux.

Claude Morin, prisonnier de la Révolution tranquille

En 1994, dans notre compte rendu du livre Les choses comme elles étaient. Une autobiographie politique (Québec, Éd. Boréal, 1994, 495 p.) de Claude Morin, nous écrivions ce qui suit :
« Lorsqu'un peuple veut secouer le joug d'un régime constitutionnel dans lequel il est partie prenante pour accéder à sa souveraineté et à son indépendance, il ne fait plus un combat dans le régime, mais sur le régime. Cette nuance est capitale en terme de compréhension des gestes et des actions à entreprendre, politiquement, par les politiciennes et les politiciens qui défendent une telle cause. Puisqu'on change de registre, il ne suffit plus de combattre l'assimilation par le fédéralisme, de condamner les intrusions illégales du fédéral, de se plaindre d'être la vache à lait du Canada, de protester contre le fardeau des dédoublements et des chevauchements ou, encore, d'éliminer la « comitose » fédérale-provinciale et « les millions des canons » (voir les p. 274-284). Ce point me paraît bien compris par Claude Morin. Cependant, son interprétation du régime constitutionnel de 1867 me laisse songeur et encore plus son jugement sur « Vive le Québec libre ! » de de Gaulle qu'il assimile à « un écho comme celui du Big Bang encore perceptible sous les voûtes de l'univers ; il renseigne plus sur le passé qu'il ne préfigure l'avenir (p. 412). »
On aura beau supputer toutes les intentions de Claude Morin qu’on en viendra toujours au fait qu’il participe au débat dans le régime et qu’il est prisonnier idéologiquement de la Révolution tranquille. Il est membre du PQ comme il a été fonctionnaire sous le gouvernement libéral de Jean Lesage ou comme il a été à l’université comme professeur. C’est toujours le même homme. Son « autobiographie politique » ne vient que confirmer ses prétentions politiques qu’il entend placer au-dessus de tous soupçons. Il est assez intelligent pour savoir que « l'autocritique est un art difficile » et que « la technique d'enquête autobiographique s'y oppose radicalement ».

1967 : « Vive le Québec libre ! »

Il y a une autre tempête politique dont on a beaucoup parlé, mais qui avec le temps s’est estompée. Cette histoire nous a été racontée, entre autres, par la revue Paris Match sous le titre « L’affaire du Canada » (5 août 1967, no 956). Il s’agit du célèbre discours de de Gaulle, le 24 juillet 1967, au balcon de l’Hôtel de ville de Montréal où il prononce les mots « Vive le Québec libre ! »

Charles de Gaulle à Montréal le 24 juillet 1967
Source : http://membres.lycos.fr/equipe56/image/montreal.jpg


En soirée, un dîner est offert par le général et Mme de Gaulle au pavillon français de l’Expo de Montréal. C’est à cette occasion, selon la revue Paris Match, que le général prend la décision « de rompre et de partir ». Mais après le dîner, le général se montre très affable. Avec beaucoup d’amabilité, « le général passe dans les groupes et serre des mains ». L’important, à ce moment-là, ce sont les propos tenus par deux personnalités du Québec qui devraient attirer notre attention.

Voici comment Paris Match rapporte leurs propos à cette occasion.

C’est le moment que choisit René Lévesque, brillant Canadien français, ancien ministre des Ressources naturelles du Québec dans le gouvernement Lesage, qui précédait Johnson, pour dire :
« Je ne sais pas ce qui a pris au général : il ne s’est pas rendu compte qu’il avait ranimé une querelle qui était presque éteinte, et qu’en même temps il a ravivé un sentiment xénophobe autant anti-anglais qu’anti-français. Ne sait-il pas qu’au fond, si nous avons l’âme française, nous vivons à l’américaine, dans un contexte économique américain, et que nos lois, nos cadres sont anglais ? »
Lévesque est poli, mais furieux. Même réaction chez un député de l’opposition, Yves Michaud, pourtant francophone.
« De Gaulle a eu tort, dit-il, sur plusieurs points. Il a ranimé le sentiment séparatiste dont personne, sauf une infime minorité, ne veut. Il a donné son soutien inconditionnel à Daniel Johnson [père], ce qui est une erreur politique dont Johnson, désormais, souffrira. Et enfin il a pris parti, ce qui, vous verrez, rendra tous les Canadiens, qu’ils soient anglais ou français, complètement furieux. »
Une fois rendu à Paris, le général se dit déçu de la presse française. Il déclare à son entourage : « Tout ce qui grouille, grenouille et scribouille n'a que peu d'importance. » Et en rapport avec l’événement de Montréal, il précise :
« Des plaisantins, ces messieurs qui me prêtent je ne sais quelle escalade dans mes propos. Il n’y a eu qu’une escalade : l’escalade de l’enthousiasme des Canadiens français toujours plus haut chaque jour, chaque heure, chaque minute... »

Le visage assombrit.

« Il n’a jamais été dans ma volonté de pousser à je ne sais quel séparatisme. Mais si j’ai rendu irréversible le fait canadien français, tant mieux : j’aurai du moins aidé de braves gens qui sont sans beaucoup de défense et sans beaucoup de défenseurs... »
N’est-ce pas encore la même situation quelque trente-cinq ans plus tard ?

L’interprétation Jean-Paul L’Allier

Par exemple, la version des événements donnée, trente ans après, par Jean-Paul L'Allier, maire de Québec et ancien ministre libéral, dans son texte publié sous le titre «Le “pèlerinage aux sources”» fait peu de cas des réactions de Lévesque et Michaud. Pour ces deux hommes, « de Gaulle a servi de puissant accélérateur à la réflexion et à l'action ». Mais il prend soin immédiatement après d’écrire : « Au total, quel que soit le sens profond que de Gaulle ait voulu donner à ses paroles et à son intervention, elles ont toujours été interprétées comme une façon de rendre légitimes les aspirations d'un peuple francophone en Amérique du Nord et elles ont fortement contribué à atténuer, jusqu'à le faire disparaître chez certains, le sentiment d'infériorité qu'il y avait à n'être que « Canadien français » en Amérique. » À chacun de nous d’en juger.

« La Révolution tranquille [...]. Fragile et indestructible comme l’espoir. » (Frégault)

Comme toujours, il y a des livres qui passent inaperçus. Il serait grand temps de rappeler la publication par Guy Frégault de sa Chronique des années perdues (Montréal, Leméac, 1976, 253 p.). Un an avant sa mort, l’ex-sous-ministre des Affaires culturelles du Québec revoit les événements qui ont marqué les premiers pas du gouvernement du Québec dans l’élaboration d’une prise en main de la culture française au Québec ou par rapport à lui.

Guy Frégault, le premier sous-ministre des Affaires culturelles sous l’autorité du ministre Georges-Émile Lapalme dans le gouvernement de Jean Lesage, connaît bien les débuts des relations franco-québécoises et surtout l’esprit qui aurait dû présider à l’ouverture du Québec sur le monde. En amorçant sa Chronique, Frégault écrit : « Je crois que la Révolution tranquille méritera des historiens. Quand ce sera possible. En attendant, quel bel objet de chronique ! (p. 10) » Prudence de l’historien d’abord, sensibilité de l’observateur informé et attentif tout autant. Dès l’Avertissement, il montre ses intentions. Il écrit :
Il ne s’agit pas, on le verra, de chanter la gloire d’une période écoulée, encore moins d’accréditer un mythe. Ce serait facile : on est béant après les mythes. Ils consolent, ils inspirent ; ce n’est pas sans raison qu’il naît ou renaît toujours quelque fable, drogue dont les vapeurs font oublier jusqu’au réveil nos impuissances et nos remords. Des fables, les faibles que nous sommes en entretiennent trop. Il s’est quand même trouvé un moment où, chargés comme toujours du fardeau de notre histoire, environnés comme jamais du brouillard de nos illusions, pas plus intrépides que d’ordinaire et pas moins prompts que d’habitude à suivre une mode, mais la tête un peu plus haute et le cœur battant en peu plus fort, nous nous sommes offert le luxe de faire un pas en avant, d’innover à notre mesure, de créer. C’est cet instant que j’ai voulu retrouver. (p. 11) » (Mots mis en gras par nous.)
Ainsi, par rapport aux relations France-Québec, Frégault résume sa pensée et montre à quel point l’événement est majeur dans notre histoire. (Noter qu’on n’est pas ici dans les petites affaires intergouvernementales de Claude Morin et des intrigants du pouvoir.) Frégault écrit :

La coopération franco-québécoise est une chance historique, la plus grande sinon la seule que ce siècle nous ait offerte. Une communauté culturelle ne saurait vaincre le sous-développement sans exemple, sans appui et sans partenaire. Quels qu’en soient les avantages immédiats et tangibles, la coopération vaut peut-être moins par ce qu’elle apporte que par ce qu’elle enseigne. Pour les Québécois, recevoir sans être tenus de faire chaque fois leur soumission ; donner en échange sans que leur contribution en devienne un tribut ; collaborer, dans la réciprocité, à une œuvre commune de civilisation, sans en même temps, perdre en pouvoirs de décision ce qu’ils peuvent gagner en bénéfices ; travailler en liaison étroite avec un État qui a su s’accomplir sans s’édifier sur leur dos ; pratiquer des méthodes qui ne leur sont pas imposées et acquérir ainsi une expérience qui ne leur est pas dictée ; voir plus loin que l’enclos provincial sans avoir à compromettre leur patrie ou à en détourner les yeux ; agir par eux-mêmes, en somme, avec le soutien d’un autre qui est plus grand qu’eux sans les écraser, c’était et c’est toujours la formule, la seule formule propice à la réorganisation de leur vie collective ou, plus justement encore, me semble-t-il, à l’organisation de leur renaissance (p. 89).
(Mots mis en gras par nous.)



L’espoir qui est né avec Georges-Émile Lapalme risque de s’estomper, car celui-ci annonce son départ. Il sera remplacé. Un nouveau ministre est nommé. C’est Pierre Laporte. Heureusement pour Guy Frégault, il se situe dans la « continuité » (p. 141-157). Vient ensuite le « livre blanc » préparé principalement par Guy Frégault (p. 159-192) pour le nouveau ministre. « ... [L]es rédacteurs du livre blanc, écrit-il, s’appliquaient à préciser les responsabilités particulières du gouvernement québécois en matière de culture. Je sais combien ils ont été attentifs à peser tous les mots du passage suivant :

Le rôle que doit remplir le gouvernement du Québec dans le domaine de la culture, s’il est fondamentalement identique à celui que tout État moderne est appelé à jouer, demande toutefois à être précisé en raison des conditions sociologiques particulières qui, en milieu nord-américain, en commandent l’exécution. Le Québec est le foyer national, le point d’appui d’un peuple prématurément coupé de ses sources. Ce peuple, de plus, se trouve réduit, de nos jours, au point de vue numérique, à un groupe extrêmement restreint : il ne forme effectivement que 3 % environ de l’immense masse anglophone du continent. Parce qu’il a été si longtemps isolé et qu’il n’est plus qu’une minorité de plus en plus intégrée du point de vue commercial et industriel à l’ensemble de ce continent, le peuple canadien-français est tenu de faire preuve d’une énergie et d’une ténacité qui ne se dément jamais. La tâche de restauration est, dans l’immédiat, d’une telle ampleur qu’elle exige l’intervention ferme et éclairée du seul gouvernement où ce peuple soit majoritairement représenté, le gouvernement du Québec. Il s’agit, en effet, de la préservation, dans une optique dynamique, d’une identité culturelle, et cette œuvre ne peut être entreprise que par le gouvernement dans lequel le peuple se reconnaît pleinement. Ce gouvernement, c’est celui du Québec (p. 166-167).
(Mots mis en gras par nous.)



Comprenons-nous mieux qu’après trente-sept ans « si nous sommes minoritaires en Amérique, nous le sommes aussi au Canada. Nous pouvons avoir le nombre au Québec, la présence du groupe anglophone y constitue tout de même plus qu’une enclave et la présence fédérale, plus que celle d’une autorité voisine. (p. 167) » La conclusion peut-elle encore nous surprendre aujourd’hui ?

« ... Un livre blanc [...] qui déborde des meilleures intentions »

Quelques réticences se manifestent même après tant d’années. À l’occasion des audiences de la Commission des biens culturels concernant les maisons anciennes du Québec, en juin 2001, Pierre de Bellefeuille dépose au nom des Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec un mémoire où il est écrit : « L’année suivante, en novembre 1965, son successeur Pierre Laporte publie un livre blanc qui est principalement l’oeuvre du sous-ministre Guy Frégault et qui déborde des meilleures intentions. Mais sept mois plus tard, des élections générales portent l’Union nationale de Daniel Johnson au pouvoir. Le livre blanc repose en paix. » En 2001, « le gouvernement va-t-il laisser le rapport Arpin dormir du sommeil du juste sur une tablette, aux côtés du livre blanc de Pierre Laporte et du livre vert de Jean-Paul L’Allier, ou va-t-il s’inspirer de l’étude qu’il a lui-même commandée pour assurer la protection de la maison Notman, de l’ancien hôpital et des arbres centenaires ? »

Frégault a bien anticipé tout cela dans sa Chronique des années perdues. Il écrit : « Reflet de la société qui l’a crée, le ministère des Affaires culturelles connaît des époques d’activité créatrice lorsqu’il est présent au monde. Son horizon se rétrécit-il ? il devient une administration comme une autre. Une de plus. (p. 215) » Mais sa réflexion va beaucoup plus loin. « Le Québec, écrit-il, ne peut se développer dans l’isolement. Replié sur lui-même, il ne sait que s’agiter dans l’aridité, ruminer ses illusions et ses déceptions, prendre ses taupinières pour des montagnes, verser dans un indigénisme à la fois stérile et prétentieux. Il lui faut de l’air – Daniel Johnson [père] disait « de l’oxygène ». Il a besoin de larges horizons : ceux de sa culture, internationale comme sa langue. Se coupe-t-il de l’univers culturel auquel il appartient ? il se dessèche et se diminue. (p. 215) »
(Les passages en gras sont de nous.)

Écrivant cette Chronique en 1976, Frégault fait remarquer au sujet de la Révolution tranquille « qu’elle est finie depuis longtemps » et qu’il doit « tenir la Révolution tranquille pour ce qu’elle fut : une mutation exceptionnelle, apparemment née d’un hasard improbable, mais, en réalité, créée, un peu mystérieusement, dans la patience d’une longue et obscure attente, et fragile. Fragile et indestructible comme l’espoir. (p. 157) »

La complexité de ce regard sur la Révolution tranquille ne peut être sous-estimée. C’est l’année du livre blanc de Pierre Laporte (1965). Ce n’est pas parce qu’on veut bien récupérer la Révolution tranquille 40 ans plus tard qu’elle peut renaître de ses cendres avec le même esprit et le même enthousiasme. L’objectif a été raté en 1970, puis en 1980, puis en 1995 et il continue son cheminement vers d’autres objectifs usurpateurs de notre propre reconnaissance pour notre propre renaissance.

L’espoir renaîtra un jour... si un coup de barre est donné

À moins d’un immense coup de barre, la partie est perdue. Les Québécois-Français peuvent se considérer d’ores et déjà comme une communauté culturelle minoritaire au sein du Québec d’abord et du Canada, bien entendu, mais seulement à titre de citoyen canadien. Ils ne peuvent exister aux yeux des Canadians que comme une minorité culturelle tout comme les autres minorités linguistiques hors Québec ou comme province, mais « une province comme les autres ». Déjà, parmi l’élite intellectuelle québécoise, cette idée est acceptée, voire approuvée.

L’espoir renaîtra un jour lorsqu’on cessera de bâtir des châteaux de cartes en Espagne, c’est-à-dire de s’inventer un pays imaginaire uniquement dans notre esprit. L’espoir renaîtra quand on en finira avec nos discussions stériles sur des concepts de philosophie, de science politique et de sociologie en des termes abstraits et souvent abscons par rapport à la société québécoise. L’espoir renaîtra quand on fera de l’histoire véritable plutôt que de la téléologie en histoire. L’espoir renaîtra si l’on veut bien penser en présence des faits et admettre objectivement les rapports de force pour conduire l’action vers l’indépendance sans compromis ni compromission. L’espoir renaîtra le jour où le peuple sera au même diapason que leurs élites. L’espoir renaîtra quand on en aura fini avec la Révolution tranquille et que l’objectif de l’indépendance du Québec l’aura remplacée. L’espoir renaîtra quand on en aura fini avec les discours incohérents et décousus sur la souveraineté autant par les péquistes que les bloquistes et que le peuple leur montrera la porte de sortie sans condition ou d’entrée avec des conditions précises à accepter. Le violon du « bon gouvernement » ne suffit plus.

Pour le moment, qu’avons-nous à faire avec toutes les salades sur Claude Morin ou de lui dans un tel contexte déprimant ? Je vous le demande. Laissons les morts enterrer les morts !

(30)

Bruno Deshaies
Québec, 10 avril 2002

RÉFÉRENCES :

Bruno DESHAIES, « Guy Frégault, historien et fonctionnaire », Bulletin de la SPHQ, XVI (mars 1978), 2 : 7-8.

Guy FRÉGAULT, Chronique des années perdues, Montréal, Leméac, 1976, 253 p.

Noël VALLERAND, « Guy Frégault, haut fonctionnaire », dans Guy Frégault (1918-1977), Actes du colloque tenu au Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’Université d’Ottawa le 7 novembre 1980, recueillis et présentés par Pierre Savard, Montréal, Éditions Bellarmin, 1981, p. 83-91. L’auteur a aussi été un sous-ministre au ministère des Affaires culturelles du Québec.



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