ANNEXE - L’Académie de l’indépendance
« La formule fédérale, pour souple qu'elle soit,
comporte néanmoins des limites intrinsèques,
de sorte qu'il est des demandes québécoises
qui ne pourront jamais être satisfaites
dans le cadre fédératif canadien. »
Benoît Pelletier (1997), cité par Michel David
dans Le Devoir, 15 mai 2003.
Parmi les événements de l’actualité politique, le directeur de VIGILE, monsieur Bernard Frappier, a regroupé une liste impressionnante de documents et d’articles qui remontent à un texte de Lise Bissonnette du 7 mars 1997 à l’époque de Daniel Johnson, fils, et chef de l’Opposition à Québec (« Le PLQ en mal de crédibilité »). À ce moment-là, l’histoire du parti libéral entre dans une période sombre. Un nouveau chef du parti, Jean Charest, aura la lourde tâche de travailler à sa reconstruction et à lui donner des assises libérales nouvelles. Pierre O’Neill signe le 30 avril 1999 un article intitulé : « Refaire à neuf le Parti libéral du Québec ».
Un nouveau parti libéral
La commission politique du parti obtient le mandat de tout revoir. Jean Charest vient de perde ses élections. Le journaliste note : « Quelques mois de remise en question postélectorale auront suffi à M. Charest pour comprendre qu'il fallait dépoussiérer et moderniser l'appareil. La série de consultations qu'il a menées, à l'intérieur comme à l'extérieur du parti, lui ont permis de conclure que le programme libéral manque de prise au sein de l'électorat. » En politicien aguerri et en vieux routier de la politique, Jean Charest ne veut pas lâcher. Malgré des pressions très fortes, les libéraux se résignent à le conserver à la tête du parti après son échec aux élections québécoises devant Lucien Bouchard.
Source : http://www.vigile.net/ds-souv/index-plq-fed.html
La réunion au Mount Royal Club à Montréal au début d’avril 2000 avait rassemblé des personnalités parmi les libéraux notoires. Il fallait que l’« effet Charest » se fasse sentir autrement que par une défaite électorale. Si le Canada-Anglais a dû mettre de l’eau dans son vin à cette occasion, il n’en restait pas moins à Jean Charest de baliser encore mieux ses orientations politiques officielles et officieuses. Pour les nationalistes québécois-français, le pronostic de Robert Laplante ne s’est pas réalisé. « Jean Charest passera. L'étoile de ses recruteurs locaux finira par pâlir. Le peuple du Québec s'affranchira d'eux comme il s'affranchira du Canada. Les hommes de paille ne pèsent pas lourd devant la volonté démocratique. Les urnes leur donneront la mesure de la détermination populaire. »
(Dans « Le chef de paille », L’Action nationale, 10 avril 2000.) Les élections du 14 avril 2003 nous ont démontré le contraire.
Aujourd’hui, un gouvernement libéral détient le pouvoir à Québec. « Le Charest nouveau » serait né vers la fin de l’année 2002. Malgré le fait que la revue L’Actualité ait fait passer Jean Charest de « Chef en sursis » en juin 2000 et que les sondages l’enterraient, la même revue découvre deux ans plus tard « que le chef du PLQ se redresse et se fait le champion des intérêts du Québec. » (Extrait cité par Michel David, Le Devoir, 2 et 3 novembre 2002.) Michel David fait remarquer que « Jean Charest doit se pincer pour s'assurer qu'il ne rêve pas. Après Pierre Bourgault, qui s'est extasié sur le « nouveau Jean Charest », c'est au tour du magazine L'Actualité de lui découvrir, dans son numéro du 1er novembre [2002], « un sens des responsabilités sociales et de l'État qui pourrait secouer l'opinion ». On lui a trouvé le regard assuré, l'oeil clair et une froide détermination. » L’idée de « réinventer le Québec » n’était plus aussi stupide qu’on aurait pu l’imaginer. Après le mépris, l’indignation et tous les sarcasmes, les condamnations et les critiques ad hominem, quelqu’un peut-il nous dire aujourd’hui pourquoi le PLQ sous la direction de Jean Charest a pu gagner les élections le 14 avril 2003 ?
En voulant pousser trop loin la rupture avec la tradition historique du parti libéral du Québec, Jean Charest risquait de s’aliéner la population québécoise. En soi, l’idée de « réinventer le Québec » n’était pas l’hérésie que les intellectuels appréhendaient, mais Jean Charest devait à tout prix se départir d’un certain nombre d’idées conservatrices qu’il avait acquises au sein du parti conservateur fédéral. De conservateur à Ottawa à libéral à Québec, le passage obligé ne pouvait se faire sans quelques tiraillements.
Michel Vastel a su décrire cette situation dans son article : « Charest : « rouge blanchi à l'eau de Javel. » (Le Soleil, mercredi 14 août 2002). Il raconte sa promenade dans le comté de Vimont avec un autre « rouge blanchi à l'eau de Javel » qui voulait que son chef « parle beaucoup plus de ce qu'a fait le PLQ », car « les jeunes de moins de 30 ans pensent que c'est le PQ qui a créé l'assurance-maladie ». « Et combien se souviennent seulement, note Vastel, que les grands acquis de la social-démocratie québécoise (assurance-hospitalisation, médicaments gratuits aux aînés, aide juridique, syndicalisme agricole – sont l'œuvre de Robert Bourassa ? » Le chef du PLQ a du faire son mea culpa. « Pour savoir où on va, il faut savoir d'où on vient », a-t-il dit aux jeunes libéraux. C'est tout un progrès pour ce chef qui, en juin, ne pensait jamais à se réclamer de Bourassa parce qu'il « n'a pas travaillé avec lui » et qu'il est « encore trop tôt pour évaluer son héritage » ! Devant les jeunes libéraux réunis en congrès, le chef du PLQ déclare : « Ces temps-ci, il y en a qui disent que c’est un vieux parti. Pourtant, il a fallu, un jour, des gens épris de justice pour donner le droit de vote aux femmes, pour créer une charte des droits et libertés. Il a fallu des visionnaires pour nationaliser l’électricité et mettre sur pied l’assurance-maladie. C’étaient des libéraux. Cette société porte notre signature. (Voir NOTE no 1.) »
Le fédéralisme canadien à l’épreuve
L’histoire du Québec porte une autre signature qui est celle de son acceptation du fédéralisme canadien. Cette acceptation remonte à LaFontaine au moment de l’Union et cette posture politique a été confirmée par la création de
la Confédération canadienne en 1867 avec certaines conditions posées par Sir George-Étienne Cartier. La principale condition consistait à transformer l’Union en une fédération dans laquelle le Québec aurait des compétences constitutionnelles reconnues. Les négociations ont finalement donné lieu à la rédaction de l’article 92 de la constitution qui a constitué la base des compétences des gouvernements provinciaux. Cent trente-six ans plus tard, ce sont toujours les mêmes conditions fondamentales qui s’appliquent aux règles de fonctionnement du fédéralisme canadien. Donc, rien n’a essentiellement changé.
Depuis une quarantaine d’années, les Québécois se sont donné l’illusion que la fédération canadienne avait évolué. Ce n’est pas la fédération comme telle qui s’est transformée, mais les manières de faire fonctionner le fédéralisme canadian/canadien. Croyant que cette évolution se traduirait par des pouvoirs accrus aux provinces, c’est plutôt le contraire qui s’est passé. Les fédéralistes et les autonomistes péquistes ont beau s’imaginer que tout cela dépend du pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral, il n’en reste pas moins que tous les gouvernements provinciaux sont, depuis la Confédération, des gouvernements subventionnés. Le problème fondamental consiste à établir un équilibre entre les grandes priorités politiques du gouvernement canadian et les besoins des gouvernements provinciaux pour satisfaire les demandes de la société et de la population canadiennes. En ce sens, en effet, le fédéralisme canadien est affecté par les mécanismes de fonctionnement de la fédération. Cette question occupe la presque totalité des débats. Cependant, le fond du fond reste caché : soit la nature même de la centralisation qui est l’essence même de la constitution canadienne de 1867. Les comportements centralisateurs du gouvernement fédéral canadien ne sont que l’effet pervers de la nature centralisatrice incluse dans la constitution canadienne dès sa création.
Peut-il y avoir une surprise dans le comportement du parti libéral du Québec au sujet de l’approche du gouvernement Charest concernant l’union canadienne ? Il faut être bien naïf parmi les souverainistes et les nationalistes traditionalistes d’exiger du gouvernement libéral à Québec de s’attaquer à la réforme constitutionnelle du Canada. Il faut ne pas savoir quoi faire de son temps pour discuter ad nauseam du problème de la position politique du gouvernement Charest en rapport avec la fédération canadienne. Sa position est connue. Le travail de son ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes consiste principalement à mettre en place des mécanismes de fonctionnement pour la fédération canadienne. C’est uniquement dans cette perspective qu’on peut comprendre cette création d’un Conseil de la fédération.
Les nationalistes québécois ont sauté sur cette notion de Conseil de la fédération comme un chien saute sur un os. Tous s’évertuent à nous faire comprendre qu’il y a probablement péril en la demeure ou que c’est probablement la fin des haricots. C’est se méprendre énormément sur les comportements politiques des Québécois et des gouvernements du Québec. Il a toujours été, depuis des générations, que si les intérêts du Québec pouvaient être sérieusement mis en jeu, tant le gouvernement fédéral que le gouvernement au pouvoir à Québec auraient à réfléchir sur l’attitude politique qu’ils adopteraient selon les points chauds à résoudre. Tel est le cas en ce moment au sujet, par exemple, du déséquilibre fiscal. Les intéressé(e)s à cette question pourraient lire l’article de Michel David, « Le cauchemar canadien » dans Le Devoir, samedi 28 juin 2003. « Malgré tous ses efforts, fait remarquer Michel David, M. Parizeau n'avait pas réussi à empêcher ce qu'il appelait la « tenaille fédérale » de se refermer. Dans son esprit, l'étranglement financier du Québec se voulait en effet le complément de la « nuit des longs couteaux ». » Mais tout cela, c’est de l’histoire !
Écrire autrement ce qu’on pense fondamentalement de l’indépendance
Si les Québécois-Français ne tirent pas de leçons des événements entourant la souveraineté, la constitution et le fédéralisme canadien, si les nationalistes autonomistes, les péquistes et les souverainistes sont incapables d’adopter une posture politique conséquente en cette matière et si, en plus, les indépendantistes sont incapables de s’unir froidement pour affirmer et défendre les fondements de l’indépendance du Québec, il faudra bien conclure un bon matin comme certains péquistes souverainistes et aussi d’autres comme eux parmi nos chercheurs universitaires et nos élites dans différents domaines de l’activité humaine que nous sommes, comme Québécois-Français, « pas si mal que ça au Canada après tout ».
Si tel était le cas, il est bien naturel de penser que tout citoyen normal et ordinaire qui ne « mange » pas de la politique en se levant chaque matin peut considérer que son appartenance au Canada, avec ou sans partenariat ou association quelconque, demeure une « prison en or » dont il peut facilement se satisfaire et même de se contenter.
Dans le cas contraire, tout citoyen normal et ordinaire qui croit à l’indépendance du Québec et qui sait ce à quoi peuvent correspondre les fondements de l’indépendance du Québec, ne réagira pas de la même manière. Pour ce citoyen ou cette citoyenne, le fédéralisme constitue une privation fondamentale de sa liberté collective avec celle de ses concitoyens et concitoyennes. Partant, la seule manière de résoudre la difficulté consiste à affirmer et à défendre l’indépendance du Québec. Dans ce cas, tout le dossier qui se trouve sur le site de VIGILE ne répond pas à ses besoins. L’indépendantiste est instruit des conflits inhérents à toute organisation fédérative, mais il ne peut travailler à la cause de l’indépendance du Québec avec de telles idées. Il s’agit toujours de l’exercice du ton plaintif des revendications de groupes minoritaires dans n’importe quelle société. Cette difficulté, le ministre libéral Benoît Pelletier l’a déjà anticipée (voir la citation en exergue).
Au lieu de continuer à tirer à boulets rouges sur Jean Charest ou Jean Chrétien et demain sur Paul Martin et encore sur Stéphane Dion (pour quelques mois encore) afin de satisfaire nos pulsions primaires de Québécois-Français frustrés, un changement de registre s’impose dans cette lutte nationale. Pourquoi ne serait-il pas préférable de dire en quoi l’indépendance est ce qu’elle est et surtout ce qu’elle offre comme « agir-par-soi » sans système de péréquation, de conseil de fédération, de relations intergouvernementales pancanadiennes et tout le reste dans la santé, l’éducation, l’émigration, le commerce, les échanges internationaux, etc. Bref, sans un gouvernement supérieur interposé.
Écrire autrement ce qu’on pense fondamentalement de l’indépendance serait le commencement de l’affirmation et de la défense de l’indépendance. En dehors de cette orientation, il y a peu d’avenir pour un Québec-Français à moyen et long terme. Dans l’immédiat, les Québécois-Français peuvent se contenter de ce qu’ils possèdent, rien de plus et, progressivement, toujours en moins. L’espoir n’existe en ce moment que dans un changement radical de notre pensée de l’indépendance du Québec.
Que les Québécois-Français se mettent à l’étude le plus rapidement possible sur les fondements de l’indépendance. Ça presse ! (Voir l’ANNEXE.)
Bruno Deshaies
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NOTE :
(1) « Je vous convie à réinventer le Québec ! » Allocution de monsieur Jean Charest, chef du Parti libéral du Québec, lors de la clôture du congrès-jeunes de la Commission Jeunesse du Parti libéral du Québec, le 11 août 2002, à Trois-Rivières (UQTR).
ANNEXE - L’Académie de l’indépendance