ANNEXE - L’Académie de l’indépendance
«La souveraineté, ça ne peut pas être
le fruit de raisins de la colère.
Ce sera plutôt
le fruit des raisins de la passion».
(Gérald Larose. dimanche
26 octobre 2003.
Voir RÉF. no 2.)
«Chacun contribue à la construction
du pays à sa façon.»
(Conseil de la souveraineté du Québec,
« Notes sur le logotype ».)
Le fouillis conceptuel dans lequel les Québécois sont plongés au sujet de la souveraineté du Québec offre aux adversaires de l’indépendance du Québec toutes les chances voulues pour combattre une telle idée. C’est pourquoi nous considérons que le premier obstacle à la souveraineté du Québec, ce sont les souverainistes québécois eux-mêmes. Cela dit, il est incontestable que le partenaire canadian est tout particulièrement vigilant en vue de maintenir, soutenir et défendre l’unité canadienne.
L’espérance de cinq ans pour parvenir à l’indépendance du Québec, c’est tout bonnement de la démagogie. Cette ritournelle est maintenant usée. Son emploi est infantilisant. Cette démagogie fait justement partie de ce discours sur le rêve, sur nos rêves ou sur notre capacité à voler de nos propres ailes. Or, on nous répète sans cesse que nous avons la capacité. Alors pourquoi ne volons-nous pas déjà de nos propres ailes ? (Voir NOTE no 1.)
Le Conseil de la souveraineté du Québec a été créé en décembre 2002. Il se situe dans le prolongement du Parti québécois et du Bloc québécois qui le financent. Dix mois plus tard, son Président annonce : « Ça y est ! Le Conseil de la souveraineté a lancé sa première activité publique en tenant, le dimanche 26 octobre, sa première conférence de presse. » Le Conseil a commencé à sa façon !
Que pouvons-nous décoder de cette conférence de presse qui vient de nous dévoiler le logotype du Conseil et son slogan ? Chacun à sa façon peut y voir ce qu’il veut bien voir.
Les symboles du Conseil de la souveraineté du Québec
Commençons par le logotype.
Il est bien normal que chacun d’entre nous prenne un instant pour se faire une idée. Ne perdez pas votre temps. Des notes ont été publiées pour que nous puissions comprendre le message. On nous annonce dans le communiqué que « la forme de la fleur de lys [...] éclate de couleurs, ce qui lui procure une jeunesse certaine. Chacune des couleurs n'a pas de signification particulière. C'est leur accumulation, leur juxtaposition, qui donne à cette fleur de lys tout son sens. » Et quel est ce sens ? « Ces couleurs représentent la diversité de la société québécoise : jeunes, personnes plus âgées, Québécoises et Québécois d'immigration ancienne ou plus récente, pluralisme idéologique, occupations diverses, etc. Chacun contribue à la construction du pays à sa façon. » (Voir NOTE no 2.) En soi, dans l’absolu et hors du monde, nous pouvons tous applaudir joyeusement.
Si c’est bien vrai, j’imagine que Pierre Elliott Trudeau a contribué à sa façon à la construction du pays. J’imagine aussi que Robert Bourassa a fait son possible (à sa façon) à la construction du Québec à faire. Je suppose que tous les chroniqueurs du site Vigile.net participent à leurs façons individuelles à la construction de la nation québécoise. J’imagine... car on nous dit en plus que « le Conseil de la souveraineté est un organisme souple : tout n'y est pas déterminé à l'avance et il y a place à l'initiative. Les couleurs qui débordent du contour en témoignent. » Vous n’y aviez pas pensé, n’est-ce pas ? Tout est « à sa façon ». Et même plus : « Enfin, un espace demeure à combler, tout en haut de la fleur de lys. C'est le travail qui reste, après tous les efforts déjà consentis, pour qu'advienne enfin le pays du Québec. » (Voir NOTE no 2.) L’artiste qui a conçu ce logotype a très bien illustré le discours insoutenable des « souverainistes » bon chic bon genre de la nation québécoise.
Rien ne va plus. Au logotype, le Conseil de la souveraineté du Québec lui a accolé un slogan. Un slogan très particulariste et individualiste. Ce sera la souveraineté « à ma façon » ! Bien sûr, si c’est la mienne, ce sera certainement la bonne. Si ce n’est pas la mienne, ce sera la sienne, « à sa façon », et ainsi de suite... Jusqu’où la suite ira-t-elle ? Les membres de ce Conseil sont-ils en train de reconstituer une Tour de Babel québécoise, la nôtre, à notre façon ?
Google a recherché "façon" dans les pages en langue française. Un total d'environ 4,000,000 pages. Recherche effectuée en 0.51 secondes.
Le mot façon n’est pas particulièrement un mot simple. Dans le dictionnaire Le Robert en six volumes, on trouve trois colonnes bien tassées juste pour ce mot (voir NOTE no 3). Les amateurs de sémantique pourront s’en donner à cœur joie. La polysémie de ce mot est troublante. Étymologiquement, c’est la même racine latine, factio, pour façon, c’est-à-dire « action de faire », mais aussi faction au sens « parti politique » qui découle aussi de la racine latine commune facere (« faire »). C’est donc dire qu’il va s’en faire des affaires sur la souveraineté ! Qui voudrait être à leur place ? De toute façon, personne n’aura à s’en faire. « On peut s'approprier ce slogan d'une manière aussi bien individuelle que collective, annonce le communiqué. Celles et ceux qui habitent le Québec depuis plusieurs générations, francophones en majorité, et les personnes d'immigration récente peuvent partager l'objectif d'un Québec souverain, même si le fondement de leur engagement peut différer. » (Voir NOTE no 2.)
Afin de corroborer le logotype, le président Gérald Larose a déclaré qu’« il fallait en conséquence un slogan susceptible de refléter cette caractéristique du Conseil de la souveraineté du Québec, qui consiste à rassembler ces sensibilités diverses réunies autour d'un objectif partagé » : « faire du Québec un pays souverain ». Remarquez que ni le mot État ni le mot nation ni le concept d’État-Nation et encore moins le mot indépendance ne sont utilisés par le Conseil de la souveraineté du Québec pour nommer l’objectif que les Québécois-Français poursuivent depuis des générations.
Le programme d’action du Conseil de la souveraineté du Québec
Les « Activités du conseil de la souveraineté du Québec » viennent donc de débuter le 26 octobre. Elles seront suivies le 9 novembre par un premier forum national du Conseil de la souveraineté du Québec sur le thème : À l’heure du Québec. Le 17 novembre, le Conseil planifie le début des soirées-débats en présence d’invités particuliers. La première soirée aura comme thème : Peut-on enterrer la souveraineté du Québec ? Une autre soirée-débat est prévue pour le 1er décembre. Ce débat pourrait porter sur le thème : Comment arrêter le saccage avant l'indépendance. En conférence de presse, M. Larose a affirmé : « Ce qu'on remet aujourd'hui en question, c'est l'État lui-même, ce qui ne peut être que très dangereux pour le Québec, étant donné sa position objective sur le continent nord-américain. » (Voir RÉF. no 2.) Voilà un ensemble de thèmes qui est très peu enthousiasmant.
En plus, le Conseil prévoit créer « la Toile du Conseil, regroupant des personnes en faveur de la souveraineté partout sur le territoire » (voir RÉF. no 2) et un Réseau des amies et amis du Conseil de la souveraineté du Québec (voir NOTE no 4). En outre, il « doit dévoiler sous peu le nom des personnes membres de quinze commissions d'experts qui auront comme mandat d'intervenir publiquement, en leur propre nom et selon leur expertise, pour faire valoir les avantages de la souveraineté et pour dénoncer toute tentative de diminution des pouvoirs de l'État québécois » (voir RÉF. no 2).
Avec tous ces instruments de communication, le Conseil de la souveraineté du Québec se dit prêt à « prendre davantage d'espace sur la place publique pour faire la promotion du projet qui lui tient à cœur : la souveraineté du Québec. » Pour M. Larose, cette souveraineté ne se réalisera pas grâce à des « conditions gagnantes », qui ont placé « cette question dans un état d'attentisme et de prudence », mais plutôt en regroupant « les forces vives de la société civile québécoise autour de l'objectif de la souveraineté » (voir RÉF. no 2). Le Conseil est tellement conscient de l’importance et du rôle majeur de la société civile québécoise qu’il se croit obligé d’en mettre beaucoup pour assurer la mobilisation nécessaire en vue d’atteindre la souveraineté.
Réaction d’une militante indépendantiste
En rapport avec toute cette artillerie « souverainiste » du Conseil de la souveraineté du Québec, une personne d’expérience qui connaît bien le milieu des souverainistes et des péquistes s’exprimait très sereinement et sans équivoque en ces termes : « Les péquistes sont forts sur les incantations larmoyantes lorsqu'ils évoquent le pays. Ces séances [forums et soirées-débats] leur permettront de se parler entre eux, de vibrer ensemble chaque fois que quelqu'un prononcera le mot « souveraineté ». Plus le mot sera prononcé souvent, plus les émotions deviendront fortes, et ceci, aussi sûrement que le taureau fonce vers le chiffon rouge. Et après, chacun s'en retournera chez soi, en remerciant les dirigeants du parti d'avoir créé un organisme qui leur donnera autant de plaisir. »
Cette personne sait bien que l’objectif des souverainistes est ambigu. D’un côté, vous lisez ces affirmations tel qu’il faut « faire du Québec un pays souverain » et, de l’autre, vous apprenez que l’objectif du Conseil de la souveraineté du Québec, « c'est de devenir l'instrument du mouvement social tourné vers le progrès de la nation québécoise » (voir RÉF. no 2). En bref, la réforme nationale, d’un bord, et la réforme sociale, de l’autre. Toujours le même dilemme dans lequel les souverainistes ne parviennent pas à s’extirper. Si un jour la souveraineté était placée clairement du côté du national, on cesserait de parler pour parler de la nation québécoise, du pays à faire ou de faire du Québec un pays, du saccage de l’État québécois, ainsi que de tous les postulats théoriques et historiques du Conseil de la souveraineté du Québec qui constituent aussi la norme de la poésie souverainiste.
La souveraineté un jour... dans cinq ans, mais laquelle ?
Les souverainistes trébuchent sur le concept même de souveraineté. Ils le prononcent tellement souvent qu’ils croient que la souveraineté apparaîtra par enchantement et uniquement par le jeu démocratique électoral ou référendaire. Mais, au juste, que savons-nous réellement de la souveraineté ? La conférence de presse du 26 octobre nous annonce avant tout que le Conseil de la souveraineté du Québec « est prêt à passer à l'action » (voir RÉF. no 2). Mais sur quoi est-il prêt à passer à l’action ? Il y a une piste que nous pouvons suivre. Elle se trouve à la page Internet intitulée : « La souveraineté, c’est quoi ? (voir RÉF. no 1.) »
D’entrée de jeu, soulignons que ce texte ne mentionne aucune fois le mot « indépendance », mais il fait référence au mot « souveraineté » dix-sept fois et réfère à celui de « pays », onze fois. Le plus important ne consiste pas uniquement à compter, mais à saisir les raisons qui ont poussé les auteurs de ce texte à ignorer le concept d’indépendance pour une nation au sens intégral du terme.
Pour y voir clair, il importe de découvrir le substrat de cette pensée souverainiste. Autrement dit, quelles sont les normes des souverainistes ? Généralement, les souverainistes affirment que
« les Québécoises et les Québécois forment incontestablement un peuple, une nation ». Ce à quoi même un Jean Charest ne s’oppose pas. Ils soutiennent que cette « nation moderne démocratique » est « porteuse d’une identité bien spécifique en Amérique ». N’est-ce pas le même discours global chez les libéraux du Québec ? Les souverainistes prétendent que cet état social « est en filiation directe avec la volonté d’autonomie et de souveraineté qui a inspiré et dynamisé le peuple québécois depuis plus de quatre décennies ». Cette affirmation est partiellement vraie. La Révolution tranquille a été le produit du Parti libéral du Québec sous la gouverne de Jean Lesage en 1960. Il était pourtant un fédéraliste et combien d’autres avec lui. Le Québec moderne est sorti de ce courant de pensée politique tournée principalement sur les réformes de la société québécoise. La fierté d’être Québécois n’est pas étrangère à cette ébullition ou cette accélération de l’histoire.
Il est bien évident qu’il n’est pas faux d’affirmer que le Québec possède « désormais les attributs et les atouts nécessaires à l’émergence d’un véritable pays ». Partant, les souverainistes tirent la conclusion que « le Québec doit franchir la dernière étape qui lui permettra de retirer tous les avantages inhérents à un tel statut ». Cette question du statut du « véritable pays », qu’est-ce que cela veut dire ? L’objectif est noble, mais il entretient trop facilement la confusion autour de la notion d’un « gouvernement souverain » (consulter la NOTE no 5.). Malgré certaines affirmations solennelles dans le genre que voici : « [...] Chez tous les peuples de ce monde : l’autonomie politique et la souveraineté représentent des incontournables pour affirmer leur identité nationale, maîtriser pleinement leur développement économique et social, ainsi que pour assurer l’égalité et la liberté dans leurs rapports avec les autres nations. »
OU :
La souveraineté : « C’est une question de maturité et de fierté, une idée qui relève du droit et du besoin fondamental d’administrer ses propres affaires. »
OU encore :
« La souveraineté pour la nation québécoise, c’est la capacité de se retrouver sur le même pied que les autres nations du monde et de transiger avec elles, sans tutelle, sans intermédiaire. »
MAIS,
« Actuellement, le Québec ne dispose que d’une partie des pouvoirs qui lui sont nécessaires pour assurer pleinement ses responsabilités en matière de développement. »
POURTANT,
« Toute nation libre se gouverne elle-même, selon la Loi fondamentale que se sont donnée ses citoyens et ses citoyennes et non sous la tutelle d’une constitution imposée. »
Enfin, on a éventé la mèche ! Comme on a vu, le Conseil de la souveraineté du Québec est tellement frileux qu'il n'ose même pas utiliser le mot « indépendance » dans son texte. Il parle surtout du pays ou de nation libre. Il parle bien évidemment de souveraineté. Peut-on se demander c’est quoi le pays ? Le Conseil de la souveraineté du Québec aura à choisir un jour. Mais il ne choisit pas. Il cherche encore une constitution, mais il ne sait pas laquelle serait la bonne. Qu’est-ce à dire qu’une « nation libre se gouverne elle-même » ? Et en plus, qu’elle se gouverne « selon la Loi fondamentale que se sont donnée ses citoyens et ses citoyennes » ? Et pourquoi mêler tout ça à « la tutelle d’une constitution imposée » ? Est-ce à dire qu'une constitution renégociée avec le Canada-Anglais pourrait donner l'égalité politique aux Québécois et un pays pour le Québec ? Nous n'en savons rien. Nous pouvons toutefois nous interroger. Il faut réfléchir sérieusement avant de s'en aller dans ce débat et dans cette direction.
Est-ce la plus large autonomie possible ?
À notre avis, les membres du Conseil ont beaucoup de difficulté à apprivoiser le concept d'indépendance. Nous en avons la preuve avec cette question qui amorce le document : « Quoi de plus légitime en effet, se demande le Conseil, que cette aspiration universelle des peuples à gérer leurs affaires avec la plus large autonomie possible ? » Ces mots vagues ouvrent la porte à des débats stériles sur l’expression de « la plus large autonomie possible ». On veut bien comprendre que la souveraineté peut être une question de cœur et une question de raison. Cependant, il ne suffit plus de la promouvoir, elle doit être affirmée et défendue.
Le scénario proposé par le Conseil vise à récupérer tous nos impôts et à contrer l’invasion du pouvoir fédéral dans de nombreux champs d’activités collectifs parce que les grands pouvoirs sont à Ottawa. Ma foi ! Ce n’est pas une nouveauté. Les grands pouvoirs relèvent du gouvernement central depuis 1867 et même avant par la force de domination politique des Britanniques.
« Actuellement, nous dit le Conseil, le Québec ne dispose que d’une partie des pouvoirs qui lui sont nécessaires pour assurer pleinement ses responsabilités en matière de développement. » Est-ce seulement son développement ? Puis, le Conseil ajoute : « La seule façon d’assurer la continuité et la prospérité culturelle de la nation québécoise, dont la langue française est l’élément fondamental, c’est de faire en sorte qu’elle devienne majoritaire dans son propre pays, qu’elle accède à la souveraineté. » Et finalement, « la souveraineté pour la nation québécoise, c’est la capacité de se retrouver sur le même pied que les autres nations du monde et de transiger avec elles, sans tutelle, sans intermédiaire ». Quel indépendantiste n’applaudirait-il pas à cette affirmation si ce n’est que le mot capacité signifierait autre chose que quelqu’un qui nous en donne le droit ? Or, le droit à l’indépendance qui est la capacité elle-même d’agir-par-soi est bien plus et beaucoup mieux que d’assumer seulement son développement ou de défendre la langue française ou de contrer les offensives du gouvernement central sur la direction des compétences provinciales ou de protester continuellement contre la Charte canadienne des droits et des libertés ou d’accuser le gouvernement fédéral de s’accaparer de « tous les nouveaux secteurs d’activité dont le développement scientifique a permis l’émergence d’un océan à l’autre : aéronautique, radiodiffusion, télédiffusion, câblo-diffusion, énergie nucléaire, etc. » La centralisation continue dans d’autres domaines comme la santé, l’éducation et les municipalités après l’impôt sur le revenu. Nous savons tout cela.
Comment affirmer et défendre l’indépendance du Québec
Ce que nous devons connaître, c’est comment il faut affirmer et défendre l’indépendance du Québec. En ce moment, ce qui nous est proposé par le Conseil de la souveraineté du Québec est nettement insuffisant qualitativement et quantitativement. Après tout, cette question de l’indépendance du Québec n’est pas un débat récent dans le paysage politique québécois et canadien. Nous avons tout de même appris quelque chose de trois référendums en vingt-trois ans et de l’histoire générale du Québec depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Nous serions bien dupes de nous imaginer aujourd’hui que nous pourrions infléchir facilement la trajectoire historique du Canada avec des protestations ad hoc ou des menaces qui ne dépassent guère les revendications de minorités nationales.
Est-ce suffisant d’affirmer que « nous avons besoin du rapport de force que procure la souveraineté pour consolider et faire prospérer notre identité culturelle en terre d’Amérique » ? Pourquoi l’affirmation et la défense de la culture du Québec-Français ne protégeraient-elles pas l’identité culturelle du Québec ? Ne serait-il pas préférable de considérer que l’indépendance bien comprise résolve ce problème ? Pourquoi la nation québécoise qui est considérée comme inclusive ne serait-elle pas déjà majoritaire « dans son propre pays » ? Faut-il démontrer qu’il y ait plus de Québécois-Français que de Québécois anglophones ou allophones ? Que faut-il faire si l’on admet, comme le Conseil, que
– « L’existence en Amérique du Nord d’une nation de langue française de plus de sept millions d’habitants est un phénomène unique et fascinant » ?
– « Le Québec est le seul territoire d’Amérique où la langue et la culture française reposent encore sur des assises suffisamment solides pour ne pas régresser » ?
– « [...] Le Québec soit clairement identifié comme une terre de langue et de culture françaises et que son gouvernement puisse assurer à cette langue et à cette culture toute la protection et les ressources essentielles à leur plein épanouissement » ?
En effet, que faut-il faire ? Est-ce suffisant de se faire dire que le Conseil de la souveraineté du Québec « a pour mandat d’informer la population du Québec des fondements et des avantages de se donner un pays » ?
Si les souverainistes, à la fin de 2003, ne sont rendus qu’à ces balbutiements, il y a de quoi être découragé. Sans aucun doute, il y a quelque chose qui cloche quelque part. Au secours !
Après quarante ans de transformations au Québec, où en sommes-nous ? Nous en sommes toujours au stade des revendications nationales et sociales. Pour les revendications sociales, elles sont normales dans n’importe quelle société avec ou sans l’indépendance. Pour les revendications nationales, elles demeurent dans l’ordre établi et elles ne semblent même pas dépasser le stade des revendications de réformes fédéralistes avec les idées d’association, de partenariat ou de confédéralisme. Pourquoi serions-nous surpris de constater qu’une ex-ministre péquiste soit embauchée par une Chaire de recherche du Canada sur la Mondialisation, la Citoyenneté et la Démocratie dans le cadre d’enquêtes et de débats visant l’amélioration des processus de fonctionnement des fédérations dans le monde ?
Après tout cela, nous faire miroiter l’accession à l’indépendance dans 5 ans, c’est une supercherie inqualifiable, à moins de croire que le ciel peut nous tomber sur la tête. Pourquoi pas dans 50 ou 500 ans ? Ce serait peut-être plus réaliste.
Au fond, la meilleure façon de ne jamais faire l’indépendance, c’est justement de la faire chacun « à sa façon ». C’est déjà commencé. Dans ce cas, il serait préférable de s’inscrire à
LA LIGUE POUR
L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC.
Hugo Saint-Hilaire
Président de la Ligue pour l’Indépendance du Québec
TRIBUNE LIBRE jeudi 9 octobre 2003
Au moins là, le principe d’indépendance est clairement indiqué (voir ANNEXE).
Bruno Deshaies
Une réaction vous démange, écrivez à :
bd@rond-point.qc.ca
RÉFÉRENCES :
(1) CONSEIL DE LA SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC (2003), « La souveraineté, c’est quoi ? Il faut maintenir résolument le cap sur la souveraineté. »
(2) Geneviève OTIS-DIONNE (2003), « Conseil de la souveraineté : l'heure de l'action est venue »
Le Devoir lundi 27 octobre 2003
NOTES :
(1) Bruno Deshaies, « VOLER DE SES PROPRES AILES. – Pierre Bourgault (1934-2003). » Vigile. net, Chronique du jeudi 26 juin 2003.
(2) Conseil de la souveraineté du Québec, « Notes sur le logotype du Conseil de la souveraineté du Québec. »
(3) Tome 2 (1960), p. 1880-1881. Vois aussi Albert Dauzat, Dictionnaire étymologique de la langue française, 10e éd., Paris, Larousse, 1954, p. 310 et 311. De plus, ne pourrions-nous pas faire un rapprochement avec la chanson de Frank Sinatra, My Way qui a été traduite en français par l’expression Comme d’habitude ?
(4) « Je participe À ma façon. » Le Réseau des amies et amis du Conseil de la souveraineté du Québec « est un regroupement de personnes qui partagent la même volonté de faire du Québec un pays souverain et qui désirent poser un geste concret pour y parvenir en accordant un appui financier au Conseil de la souveraineté du Québec. En versant une contribution de 20 $ ou plus, les donateurs et donatrices aident le Conseil à financer des activités de promotion de la souveraineté dans les régions du Québec. (Formulaire d'inscription) »
(5) Bruno Deshaies, « SOUVERAINISME, dites-vous ? Une conception restrictive et une vision de minoritaire de l’indépendance. » Vigile. net, Chronique du jeudi 17 janvier 2003.
ANNEXE - L’Académie de l’indépendance