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««« Indépendance du Québec - 158
«La Révolution de velours» EN GÉORGIE
Des problèmes multiples dont celui du séparatisme et de l’unité géorgienne
Bruno Deshaies 27.11.2003
ANNEXE - L’Académie de l’indépendance
«Madame demande :
Qu’est-ce qui peut venir
après l’indépendance ?
C’est l’indépendance, Madaaaaaame !»
(Pastiche de Sacha Guitry)
«Les contacts [entre les cultures] peuvent être pacifiques
(échanges commerciaux et artistiques, notamment),
mais ils sont plus souvent conflictuels. »
(«Les composantes de l’identité
d'un groupe ethnique»
(Dans COLISÉE, 30 avril 2003.
Voir RÉF. no 1)
La Géorgie, pays natal de Staline, est redevenue une république indépendante après l’effondrement de l’URSS en 1991. Aujourd’hui, la Géorgie continue de vivre dans l’ombre de la Russie tout en étant, depuis 1993, partie prenante de la Communauté des États indépendants (CÉI). Depuis, les États-Unis exercent une influence grandissante dans cette région du Caucase (région pétrolifère s’il en est une au monde). La géopolitique de la Géorgie devient plus compliquée de jour en jour (elle l’était aussi hier, de manière analogue pour les Québécois). N’est-ce pas une donne que les Québécois-Français connaissent assez bien ? Malheureusement, ils ne parviennent pas à saisir toutes les conséquences en rapport avec l’objectif de l’indépendance du Québec. En lieu et place, ils préfèrent «rêver bleu».
Après la chute du régime soviétique, la politique ultra-nationaliste du premier président de la Géorgie indépendante, Zviad Gamsakhourdia, a provoqué des conflits armés avec les minorités du pays (Ossctes du Sud et Abkhazes). Il a été renversé en mars 1992 par l'opposition, qui a fait appel à Édouard Chevarnadzé pour solliciter le poste de président du pays en octobre.
À la suite de ces événements, une nouvelle Constitution est adoptée. Elle prévoit le mandat du président de la République élu au suffrage universel direct pour une durée de cinq ans. En outre, elle lui attribue les fonctions de chef de l’État et de gouvernement parce que le poste de premier ministre n’existe pas. En conséquence, les ministres sont placés sous l'autorité directe du président. De ce fait, le président devient le principal garant de la cohésion nationale.
Géorgie 1993-2003
Dix ans plus tard, de nombreux problèmes politiques, sociaux, économiques et nationaux érodent le pouvoir du président Édouard Chevarnadze (voir RÉF. no 2). Les élections du 2 novembre dernier n’ont fait que mettre le feu aux poudres. Pourquoi ? À première vue, la cause immédiate réside dans les nombreuses irrégularités électorales.
Les boîtes de scrutin transparentes qui ont servi pour les élections législatives
du 2 novembre en Géorgie ont été prêtées par l’Arménie à la suite d’un arrangement avec l’OSCE. (Photo Urdur Gunnarsdottir/OSCE)
Source
Est-ce une explication suffisante ? Il existe aussi des causes lointaines et plus profondes. L’élection du 2 novembre n’a fait que mettre en évidence une situation qui ne s’est guère améliorée en dix ans. En fait, le président Édouard Chevarnadze a échoué quant à la solution de deux problèmes majeurs. Le premier, il n’a pas réussi à éradiquer la corruption du pouvoir étatique et des apparatchiks ; le second, il n’a pas réussi à réunifier le pays (voir NOTE no 1). De plus, la région est sur haute surveillance russe et américaine concernant les approvisionnements en pétrole tant à l’interne qu’à l’externe. Au fond, en ce moment, il est difficile de vivre en Géorgie – pays pris entre le marteau et l’enclume. Dans ce cas, l’enclume, c’est la Russie et le marteau, ce sont les Occidentaux (États-Unis et Union européenne). N’est-ce pas que nous devrions comprendre une telle situation comme Québécois-Français ? Mais non ! Chez nous, ce n’est pas pareil ! Le « rêve bleu », ne l’oubliez pas !
Géorgie, 24 novembre 2003
Les choses sont différentes en Géorgie. L’opposition parlementaire descend dans la rue. C’est la « révolution de velours » qui commence (voir NOTE no 2).
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Manifestation de protestataires qui appuient l’opposition à Tbilissi après les élections législatives du 2 novembre 2003. (Photo OSCE/Cliff Volpe) Source
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Le président Bruce Georges de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE et la Présidente par intérim de la Géorgie, madame Nino Burjanadze, en conférence de presse à Tbilissi le 24 novembre 2003. (Photo OSCE) Source
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Devant les protestations à Tiblissi, capitale de la Géorgie, le président Chevardnadze a remis sa démission le 23 novembre 2003. Depuis lors, il a été prévu des élections qui se tiendront dans les 45 jours prochains. (Photo OSCE. Organisation for security and co-opération in Europe / Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.) Source
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À l’annonce du départ de Chevardnadze, les manifestants ont hurlé leur joie. Les grandes artères ont été envahies de voitures klaxonnant de toutes leurs forces et décorées de drapeaux. Aux carrefours, des gens sortaient des immeubles pour saluer et remercier les manifestants. Des soldats courent dans leurs treillis en agitant les drapeaux du mouvement de l’un des chefs de l’opposition, Mikhadl Saakachvili. Agence Reuters Source
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Tbilissi -- Édouard Chevardnadze, accusé de n'avoir pas su libérer son pays du lourd héritage soviétique et de la corruption, a réussi sa sortie avec les honneurs, mais son départ laisse les jeunes réformateurs de l'opposition devant un défi difficile à relever. Et certains problèmes, tel celui du séparatisme, toujours présent dans ce pays multiethnique, pourraient même s'aggraver. (AFP – « Les renards passent, les problèmes demeurent. » Phrase mise en gras par nous.
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Ces événements récents en Géorgie se passent vraiment très loin de nous. Chez nous, ce ne serait pas pareil et ça ne se passerait pas de la même manière. Nous, la démocratie, ça nous connaît ! Vu de très loin, on peut dire à peu près n’importe quoi. Pourtant, cette ancienne république de l’URSS redevenue indépendante inquiète les grandes puissances et surtout Washington et Moscou.
À l’ère du Grand élargissement de l’Europe des « Quinze + dix » et des conflits à l’Est, de nombreuses questions se posent tant à Washington qu’à Moscou ou à Bruxelles. Cependant, bien au-delà du cours événementiel de la situation, il y a des « forces profondes » qui mériteraient un peu plus notre attention en tant que Québécois. C’est la raison pour laquelle nous aimerions citer un texte qui a été préparé par le Comité de liaison pour la solidarité avec l’Europe de l’Est (cf. COLISÉE, RÉF. no 1).
Culture et groupes ethniques
Les responsables de ce site Internet ont entrepris une analyse de « thèmes transversaux » dont l’un porte, entre autres, sur les nationalismes. Six sujets ont été étudiés, mais c’est celui concernant « Les composantes de l’identité d’un groupe ethnique » qui a retenu notre attention. Pour bien circonscrire le problème, nous indiquons d’abord les six sujets retenus en ce moment.
Thèmes transversaux
Nationalismes
A - Les composantes de l’identité d’un groupe ethnique
B - Le rôle de la religion dans la structuration de l'identité culturelle
C - Le choc des cultures : de l'accueil de l'autre au conflit ethnique
D - Quelques définitions
E - Intégrisme et fanatisme
F - Quels remèdes ?
Peuples sans État d’Europe continentale
Société
Nous suggérons la lecture du premier texte qui est consacré aux « composantes de l’identité des groupes ethniques ». La portée de cette analyse peut nous ouvrir l’esprit à une compréhension du sort qui guette autant les groupes culturels du Caucase que celui des Québécois-Français. Aussi curieusement que cela puisse paraître, l’analyse qui suit corrobore l’approche du cours sur Les Normes de Maurice Séguin.
La petite étude du Comité de liaison pour la solidarité avec l’Europe de l’Est confirme que les rapports interculturels ne sont pas aussi innocents qu’ils peuvent paraître à première vue. Par exemple, si le « pacte culturel » (comme le pensent les auteurs de ce document) est atteint dans ses fondements, il est fort probable que ce sera la fin de l’existence de cette culture elle-même. Par conséquent, la culture est plus que le combat pour sa langue, mais c’est un combat global où les « produits culturels » et encore plus le « pacte culturel » doivent être préservés (c’est le cas des Canadiens-Anglais et des Québécois-Anglais). Mais il y a plus, selon Maurice Séguin, car une culture ne peut pas vivre véritablement si elle n’est pas supportée par toute la « dynamique intégrale (interne) de la société » (voir Les Normes. 2,0).
L’intérêt du texte qui suit porte à la fois sur ses dimensions conceptuelles et historiques. L’identité d’un groupe ethnique a ses propres fondements et ce groupe n’est pas ipso facto raciste en tant qu’il représente une culture et une « identité collective ». Toutefois, des affrontements sont toujours possibles et les enjeux peuvent être d’ampleurs variables selon les sociétés impliquées et les situations contextuelles vécues réellement. Abordons attentivement la lecture du document A qui porte sur les nationalismes et qui représente le premier sujet des « Thèmes transversaux ».
A - Les composantes de l’identité d’un groupe ethnique (*)
Mercredi 30 avril 2003
Nationalismes : du choc des cultures au fanatisme
Au moment ou le monde est choqué par le terrorisme fondamentaliste et par la persistance des conflits interethniques, il nous a paru nécessaire de proposer quelques éléments d’analyse d’ordre anthropologique et politique pour comprendre les enjeux de ces affrontements.
LES COMPOSANTES DE L’IDENTITE D’UN GROUPE ETHNIQUE
Qu’est ce que la culture d’un groupe ?
Sur un plan ethnographique, la culture d’un groupe déterminé peut être définie comme l’ensemble des attitudes mentales, des comportements collectifs, des modes d’organisation économique et sociale et des productions artistiques et littéraires qui instituent ce groupe en tant que personne morale et lui donnent une identité collective.
Cette notion s’applique originairement à des ensembles humains géographiquement situés, comme les Fangs du Gabon, les Tupamaros d’Amérique Centrale, les Hopis d’Amérique du nord, etc. Mais on utilise aussi ce terme pour désigner des populations qui sont sans implantation fixe (les Tziganes) ou dispersées sur plusieurs pays (les Valaques), bien qu’il soit possible généalogiquement d’enraciner la culture de ces personnes dans une réalité géographique précise qui lui a donné sa consistance historique.
Ce concept n’est pas seulement utilisé en sociologie pour caractériser une population autrefois appelée primitive, et aujourd’hui nommée première. Il peut s’appliquer également à des groupes faisant partie de sociétés industrielles modernes, comme les Bretons, les Wallons, les Québécois, les Tchèques, etc. Il est même possible de pousser l’utilisation de ce terme jusqu’à désigner ce qui forme l’identité de tout groupe social ayant une certaine continuité historique et une forte structuration, ce que l’on appelle une communauté. C’est ainsi qu’on peut parler de la culture des corons du Nord, des cheminots, des pécheurs, etc. L’ethnographie emploie le terme de subculture pour désigner un sous-ensemble d’une culture déterminée : on dit, par exemple, la Wallonie comme subculture de la catégorie culture francophone. Mais cette classification à la Linné ne nous convient guère. Nous appliquerons le terme de culture ou d’identité collective à toute entité humaine qui se définit comme originale, avec un fort sentiment d’appartenance.
Deux aspects essentiels de l’identité culturelle
Dans un ensemble culturel ainsi défini, deux aspects très différents doivent être distingués :
--> Les « produits culturels »
C’est la face la plus visible de l’identité culturelle. Il s’agit d’éléments tels que :
la manière de s’habiller, la mode
l’habitat, l’architecture, les monuments
les rythmes de vie : l’heure du lever, du coucher, des repas
les modes de production, les pratiques artisanales, agricoles, industrielles
les productions artistiques, les objets d’art, les chants, les danses, les contes, la poésie
la langue, ou plutôt ce qui dans la langue est le plus visible : les mots, les accents, la graphie
les fêtes et cérémonies
les rites sociaux les plus visibles : la manière de se saluer, par exemple
les rites religieux, etc.
La principale caractéristique des produits culturels est d’être plus visibles, voire plus attractifs que les éléments fondateurs dont ils sont l’expression matérielle. Détachés de leur contexte historique, ils sont aisément exportables, empruntables, visitables, etc., par les autres cultures. Les Romains, par exemple, ont vite adopté un certain nombre de produits culturels grecs : statuaire, mythologie, coutumes, etc., qu’ils ont adaptés à leur philosophie politique. De nos jours, la galette bretonne, le cidre bouché, le couscous, le kilt, la djellaba font partie du patrimoine international sans que la grande majorité des usagers sachent dans quel contexte ces productions sont nées, et sans que leur consommation change en quoi que ce soit leur mode de vie ou leur vision du monde. Le risque est grand, dans la rencontre interculturelle, de limiter l’échange à des produits culturels et de donner l’illusion aux protagonistes qu’ils connaissent et aiment la culture de l’autre parce qu’ils ont mangé avec des baguettes, bu de la vodka, dormi à l’allemande ou dansé à l’espagnole !
-->Ce que nous appellerons le « pacte culturel » (1)
C’est l’aspect le plus caché, celui qui touche à la structuration intellectuelle, affective et symbolique du groupe concerné et qui n’est souvent perceptible que de l’intérieur, après une longue expérience de la part de l’observateur étranger. Certains l’appellent l’âme d’un peuple. Citons à titre d’exemple :
la vision du monde (weltanschauung), l’attitude générale face à la vie, la mort, les relations humaines... les modes de pensée (structuration de l’intelligence)
les attitudes morales (codes de conduite, préceptes)
les principes éducatifs
les croyances religieuses (ou athées)
les réactions affectives, la grammaire et la syntaxe de la langue et, d’une manière générale, tout ce qui constitue le fondement de ce que nous avons appelé les produits culturels : les principes de base (de la mode, de la cuisine, etc.), les tours de mains, les traditions cachées, les mythes fondateurs, etc.
Les conditions de structuration et d’évolution
Les différents éléments d’une culture s’articulent les uns par rapport aux autres selon des principes structurants et des hiérarchies de valeurs qui varient d’un groupe à l’autre. Par exemple, la culture juive s’est structurée en fonction de principes religieux dont découlent tous les autres aspects. La civilisation phénicienne était basée sur le commerce maritime, etc. Dans beaucoup de cas, les conditions géographiques (mer, montagne, désert, steppe, etc.) ou économiques (sol riche ou pauvre, existence ou non de richesses minières, etc.) jouent un rôle déterminant dans la constitution de l’identité culturelle et dans son évolution (désertification, épuisement du sol, migration des animaux, découvertes technologiques, etc.). Mais les cultures évoluent également sous l’influence d’autres cultures. Les contacts peuvent être pacifiques (échanges commerciaux et artistiques, notamment), mais ils sont plus souvent conflictuels. Les sociologues appellent acculturation le fait, pour les membres d’une culture donnée, d’adopter contre leur gré des éléments d’une autre culture. Les conquêtes militaires sont souvent suivies de stratégies d’acculturation, d’assimilation, voire de destruction culturelle pure et simple. Quelquefois, les conquérants s’approprient des éléments culturels des peuples dominés (c’est le cas, nous l’avons évoqué, de la Rome antique qui a été beaucoup marquée par la Grèce conquise).
On peut émettre le principe que face à une agression interne ou externe, une culture donnée lâche du lest plus facilement sur deux points :
Sur les éléments périphériques par rapport à son ou ses principes structurants. Par exemple les cultures à base religieuse céderont plus vite sur la morale courante ou sur les rites que sur les dogmes fondamentaux.
Sur les produits culturels, qui permettent davantage de faire varier la lettre sans changer l’esprit (la mode, l’architecture, etc.).
En effet, en cas de domination culturelle, les produits culturels peuvent servir de fusibles pour empêcher que l’essentiel soit atteint : ils supportent plus aisément l’évolution, le brassage culturel, l’accommodation au goût du jour. L’âme bretonne n’est pas fondamentalement modifiée parce que la galette de sarrasin, rebaptisée crêpe, est consommée dans toutes les parties du monde avec des épinards, des artichauts, des moules ou de la confiture, etc. (2). On peut même penser que cela sert la notoriété de la Bretagne. Mais il arrive fatalement un moment ou, à force d’altérer les produits culturels, les principes fondamentaux subissent des atteintes graves et compromettent l’identité même du groupe social concerné. Cela ne veut pas dire que toute évolution profonde soit impossible : comme les hommes, les civilisations naissent, vivent et meurent. Mais une communauté culturelle se doit de surveiller le seuil de rupture entre son identité profonde et ses productions les plus caractéristiques. Que dire quand l’évolution ne concerne plus les produits culturels, mais les principes les plus constituants de l’identité culturelle (pacte culturel) ?
(*) Ce thème fait partie de la subdivision 17 du Plan du site du COLISÉE qui porte sur des « Thèmes transversaux »
(1) Malinowski, un des pères de l’anthropologie moderne, appelle cet aspect le procès culturel. Nous préférons, pour notre part, un nom plus évocateur pour le grand public. Le pacte culturel est à la culture ce que le contrat social de Rousseau est à la société tout entière. Nous avons évité le mot contrat parce que nous ne sommes pas sur que tout soit contractuel dans une culture.
(2) Originellement, la galette bretonne se mangeait exclusivement avec du beurre (salé). Certains ajoutaient des oignons et du lait baratté (caillé). Les crêperies touristiques, depuis une trentaine d’années, se sont inspirées des pizzas italiennes, en ajoutant aux galettes toutes sortes d’ingrédients au goût du jour.
© 2003 COLISEE
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Il est indéniable que ce document met en lumière « les composantes de l’identité » culturelle d’un groupe humain considéré comme une entité. D’ailleurs, les auteurs signalent qu’ils appliqueront « le terme de culture ou d’identité collective à toute entité humaine qui se définit comme originale, avec un fort sentiment d’appartenance ». Ce point de vue corrobore indiscutablement les définitions de la nation au sens le plus général et au sens sociologique, culturel surtout, décrites par Maurice Séguin dans Les Normes (cf. 3,2,1 et 3,3,3).
En relation avec le document cité ci-devant, l’apport original de Maurice Séguin au débat sur la culture consiste principalement à replacer la « culture » dans la « dynamique intégrale (interne) de la société », puis de considérer l’origine et la cause de la culture d’une société dans le fait que « la culture prend sa source avant tout dans l’agir (par soi) d’une société ». Il ajoute qu’« elle est le résultat d’une véritable vie collective d’une certaine durée » (cf. Les Normes, 2,1,2,6-7,4). Conséquemment : « Chaque collectivité possède donc « sa culture » plus ou moins avancée, fruit de sa propre expérience, compte tenu des influences étrangères plus ou moins assimilées. » (Ibid., 2,1,2,6-7,8.)
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Si l’on revient à « la révolution de velours » en Géorgie, il paraît certain que les problèmes reliés au séparatisme et à l’unité géorgienne se profilent sur un fond culturel. À sa manière, la situation canadienne n’est guère différente d’un point de vue culturel. Ce qui touche le « pacte culturel » est plus profond et peut être considéré comme « l’aspect le plus caché » de l’identité culturelle parce qu’il « touche à la structuration intellectuelle, affective et symbolique du groupe concerné ». En ce sens, les Québécois-Français devraient se préoccuper de tout ce qui entoure cette notion de « pacte culturel » qui dépasse la langue, les manifestations culturelles, les institutions de la culture, etc., mais concerne toute la société pour ce qui est de sa capacité d’agir-par-soi collectivement dans tous les aspects de sa vie intérieure et extérieure.
Le défi des Géorgiens n’est guère différent du défi des Québécois comme nation au sens intégral du terme (cf. NOTE no 4 ou Les Normes, 3,2,4).
Bruno Deshaies
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ABRÉVIATION :
OSCE. Organisation for Security and Co-opération in Europe / Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.
RÉFÉRENCES :
(1) COLISÉE (2003), « Les composantes de l’identité d'un groupe ethnique. »
(2) Hervé Collet (avec le concours de Ina Ranson), « Géorgie : La « Révolution de velours » ne fait que commencer. » Dans COLISÉE (2003), lundi 24 novembre 2003.
NOTES :
(1) Reuters. « Pas de répit pour Chevarnadze. Une chaîne humaine réclame la démission du président géorgien. » Le Devoir, samedi 15 et du dimanche 16 novembre 2003.
(2) Reuters, « Une « révolution de velours » chasse Edouard Chevardnadze. » Dans Le Devoir, Édition du lundi 24 novembre 2003
(3) Charles Urjewicz, « Questions à... Charles Urjewicz. Ce n’est pas une révolution de velours. » Dans le NouvelObs.com, mercredi 26 novembre 2003. Propos recueillis par Alexandra Guyard, L’auteur est professeur d’histoire à l’Institut des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) spécialiste du Caucase.
(4) Bruno Deshaies, « Ernest Renan. Qu’est-ce qu’une nation ? » Dans VIGILE, Chronique du jeudi 11 octobre 2001. Voir la description de « la nation au sens intégral » selon Maurice Séguin ainsi que notre analyse critique de la définition de la nation par Renan.
ANNEXE - L’Académie de l’indépendance
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