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««« indépendance du québec « Tant qu'il y aura l'État canadien, qui agit au Québec,
Une personne m’écrit récemment pour me faire part de son analyse de la pensée de Maurice Séguin. Cette personne constate que le débat sur la souveraineté au Québec est dans une impasse. Pour se faire comprendre, elle annonce son point de vue par cet apophtegme américain : «There is a ball of confusion (here).»
Nathalie Le Sieur s’interroge sur la situation actuelle au Québec. Elle est étourdie par la confusion dans les débats concernant notre question nationale. Cet état de fait a atteint un tel sommet qu’elle a provoqué chez elle une rage par rapport à notre idiotie nationale.
Devant la confusion générale dans laquelle il lui semble que nous baignons, elle s’est tournée vers l’historien Maurice Séguin. Puis, un ami lui a fait parvenir une de mes chroniques du jeudi. Elle l’a lue, puis elle s’est appuyée fortement sur la conclusion de Maurice Séguin dans l'Histoire de deux nationalismes au Canada pour trouver une réponse à ses nombreuses interrogations.
Satisfaite de sa lecture, Nathalie Le Sieur m’a aussi confirmé qu’elle a persuadé une autre personne de son entourage à lire l’Histoire de deux nationalismes au Canada. Depuis, la conversation s’est amorcée entre elles. En lisant Séguin, son interlocutrice s’est mise à soulever de nombreuses questions. C’est alors que Nathalie a analysé encore plus en profondeur le livre de Séguin de manière à éclairer son interlocutrice et pour y répondre le plus adéquatement possible. Ce faisant, Nathalie a compris que Maurice Séguin pouvait être une source très importante de renseignements. Depuis, elle m’informe qu’elle se réfère de plus en plus au cours sur Les Normes de Maurice Séguin. Et c’est ainsi que le dialogue entre ces deux personnes s’est enflammé loin de la rumeur publique (d’où l’obligation de l’anonymat et du nom fictif).
Après la lecture de la conclusion de Séguin dans l’Histoire de deux nationalismes au Canada, Nathalie s’est finalement posé la question suivante : « Quels sont les principaux obstacles à l'indépendance ? »
Nathalie Le Sieur tente une explication au problème. Son explication est loin d’être inutile et insignifiante. Cette réflexion citoyenne mérite tout notre respect. Sa lecture devrait nous être profitable.
Nous offrons aujourd’hui à nos internautes-visiteurs le point de vue d’une personne assez lucide qui trouve que le débat national au Québec est véritablement mal engagé. Il lui semble comme dans la chanson Ball of Confusion (That's what the world is today) que cela ressemble à quelque chose comme le fait de « People moving out, People moving in. » Sur cette appréhension raisonnable, Nathalie cherche elle-même à comprendre pour ne pas tourner en rond dans ce monde d’aujourd’hui.
Le texte qui suit veut illustrer la capacité d’une citoyenne québécoise à faire la synthèse de ses connaissances en y apportant sa propre réflexion. L’ordre de l’exposé est clair et limpide : il y a quatre obstacles majeurs à l’indépendance du Québec. Voici la présentation qu’en fait Nathalie Le Sieur en ce début de l’année 2003.
Il me semble que la pensée de Maurice Séguin est plus actuelle que jamais, ou toujours aussi actuelle.
Il y a l'idéologie péquisto-bloquiste : ces partisans de l'indépendance ne parviennent pas à se libérer de l'idéologie fédéraliste et on les voit tellement souvent avec cette attitude de fédéralistes dépités, attitude qui consiste à s'imaginer que la fédération de 1867 aurait pu bien fonctionner et qu'il faut la rejeter parce qu'elle a abouti à un échec accidentel, mais irréparable. Ou parce que l'autonomie du Québec est irrémédiablement et irrésistiblement grugée par la centralisation fédérale.
L'idéologie péquisto-bloquiste entretient cette doctrine, (le Canada n'est pas réformable dans l'intérêt des Québécois, le Canada-Anglais a refusé et refusera toute réforme (comprendre la décentralisation qui « nous » satisferait, or le fédéralisme, comme au Canada, entraîne une subordination constante de la minorité provincialisée), et, avec cette idéologie péquisto-bloquiste il devient alors impossible de faire pénétrer dans la conscience québécoise (québécoise, canadienne-française, et issue de canadien(ne)s-français(es)) le concept de la nécessité de l'indépendance sur le plan politique d'abord (l'autonomie interne et l'autonomie externe (particulièrement l’autonomie externe qui n'apparaît pas dès lors si utile ni si nécessaire... ils ne la voient pas). Par là, les péquistes et les bloquistes entretiennent l'illusion du bon vieux mythe d'une égalité possible entre deux nationalités à l’intérieur du Canada, ou plus précisément le mythe de la possibilité pour les Québécois, les Canadiens français, et les Québécois issu(e)s de Canadien(ne)s français(es)) d'être les maîtres (autonomie interne et autonomie externe) dans un Québec qui demeurerait à l'intérieur de l'union fédérale (autonomie interne, sans l’autonomie externe).
Cette tradition fédéraliste est devenue l'idéologie dominante chez l'immense majorité au Québec depuis LaFontaine et Parent, en 1840.
· Deuxième obstacle
Le Parti Québécois et le Bloc Québécois.
Pour des raisons structurelles qui tiennent à la vie d'un parti politique en elle-même, on ne peut arriver à secouer le joug de l'annexion politique du Québec : ces partis politiques sont condamnés à l'action à court terme. Seul un travail à long terme, avec une idéologie claire et un objectif clair, peut nous permettre de faire l'indépendance, peut nous amener à l'indépendance.
Confrontés à la probable résistance de la majorité à un projet de « reconstruction de l’État québécois (l’indépendance) » et aux risques pour la vie de ses représentants de perdre ou de ne pas prendre le pouvoir (ce qui est un but absolument légitime), il est vraisemblable que le parti, son président et ses représentants – poussé par l’électorat québécois – optent en faveur d’un désengagement à l’interne des affaires qui mènent à du travail à long terme (sensibilisation, éducation, etc.) de pénétration de l’électorat de l’idée d’indépendance. Ce choix entre en contradiction avec l’article « un » de son programme qui, avec l’idée d’être au pouvoir, donne pour mission de transformer le Québec en État souverain.
Cela provoque aussi le désespoir parmi ces Québécois qui voient dans le Parti Québécois (et le Bloc Québécois) la principale chance d’un changement politique radical, l’indépendance du Québec. Mais pour le Parti Québécois, comme décidé il y a 28 ans, en 1974, ce sont sans doute les coûts et les avantages à court terme, – gagner des votes, gagner des élections –, qui pèseront le plus dans les décisions, au détriment des avantages plus lointains d’une transformation radicale de la société québécoise.
Tant qu'il y aura l'État canadien, qui agit au Québec, il n'y aura jamais d'État québécois : tous les représentants des partis politiques souverainistes, de droite ou de gauche, ne discutent pas l'autorité de l'État canadien, ils s'agenouillent devant Ottawa, comme si les Québécois ne pouvaient contester son autorité. Or, si l'on est incapable de contester une institution, cela signifie que, d'une certaine manière, on la subit. Ces choses de bon sens sont intellectuellement compréhensibles, bien qu'humainement elles soient beaucoup plus difficiles à saisir. C'est comme si, au Québec, le discours politique sur l’indépendance n’était pas compris, comme si les partis souverainistes eux-mêmes, y compris la plupart de leurs membres, ne comprenaient pas son importance. Je ne juge pas, mais ça me paraît curieux, cette absence de conscience de l’annexion. Plus que les programmes des partis, c’est le mode de pensée, la mentalité fédéraliste qui bloquent tout mouvement, tout progrès.
Sortir de ces étranges illusions ne peut être qu'un travail de sape de longue haleine. Car on ne secoue pas du jour au lendemain une très vieille tradition qui, depuis plus de 163 ans, 8 générations (2003-1840 = 163/20 = 8, l'idéologie fédéraliste est transmise de génération en génération depuis 8 générations), qui habitue l'immense majorité à accepter comme normale l'annexion.
· Troisième obstacle
à la propagation de l'idée indépendantiste réside dans le fait que le Québec constitue une des nations annexées les mieux entretenues au monde.
Nationalité à demi encadrée par un demi-État et parasite greffé à un empire étranger relativement prospère, le Québec francophone hésite à risquer son niveau de vie : le Québec constitue une des nations annexées les mieux entretenues au monde.
L'indépendance exige des sacrifices. Et les forces favorables au statu quo exploitent à fond cette crainte par un véritable matraquage psychologique. Il est vrai que la vertu ne s'apprend pas en un jour.
Pourtant, jamais les Québécois n'oseront lancer à leur histoire un tel défi, tant que les indépendantistes, bien organisés dans leur société, et très habiles dans leur propagande, (sensibilisation, éducation, etc.) n'arriveront pas à percer, mieux que leurs devanciers péquisto-bloquistes n'ont su le faire.
Ce n'est qu'une fois affranchis de l'idéologie fédéraliste, – ce préalable bien enraciné –, qu'une majorité se dégageant, que leurs mouvements pourront se concrétiser avec succès en partis politiques pour réussir l’indépendance, et non le contraire.
· Enfin, dernier obstacle
le Canada-Anglais est aussi intéressé à maintenir, à défendre, à conserver « sa » province de Québec, la deuxième province du British North America, où vivent 24 p. cent des contribuables et 24 p. cent des consommateurs, que le Québec est intéressé à réaliser son émancipation nationaliste. Et le Canada-Anglais, les Canadiens-Anglais ne seraient pas dignes d'avoir été nos maîtres pendant plus de 243 ans (1760) s'ils se laissaient démolir facilement.
Les fédéralistes (statu quo et réforme) au Québec sont aujourd'hui environ 63-70 %.. En conséquence, l'idée d'indépendance, naguère presque complètement ensevelie sous les revers de l'histoire, séduit environ le tiers des Québécois.
J'ai revu de Denis Arcand Le confort et l'indifférence illustrant la bataille référendaire de 1980. À observer le discours du camp du OUI, on se serait cru à l'heure où, comme aujourd'hui, pour la question du Québec, toute trace d'oppression nationale aurait disparu de la conscience de ses interprètes officiels et de ses dirigeants. La vision tragique du sort de la nation canadienne-française, devenue québécoise, conquise, annexée et la mieux entretenue du monde, que décrivait Maurice Séguin, ne semblait plus partagée par ceux-là même qui avaient cru que nous pouvions accéder un jour à l'indépendance. À lire la documentation de Parti Québécois et du Bloc Québécois, on peut même se demander si l’annexion, si le drame du peuple québécois, a déjà existé.
En somme, jusqu'à preuve du contraire, le Québec est toujours une communauté distincte (nation au sens sociologique) qui se sait distincte, qui a conscience de sa nationalité, mais qui est forcée d'exister, de vivre tant bien que mal, comme minorité permanente, sous un système politique souverain dominé par un autre peuple majoritaire, le Canada-Anglais formant la majorité constante. Le fédéralisme, le fédéralisme canadien en lui-même – avec ménagement – entraîne une subordination constante de la minorité provincialisée – le Québec –. C'est la majorité – le Canada-Anglais – qui jouit de la souveraineté et qui agit par elle-même collectivement et majoritairement à tous les paliers : au gouvernement central et au plan régional. (Le financement canadien pour la santé, une responsabilité provinciale, illustre une énième fois cet aspect du fonctionnement du fédéralisme canadien.) Pour la nation minoritaire – le Québec – « il y a oppression essentielle appauvrissante (remplacement de l'agir collectif), directement (diminution de droits et de moyens, d'expérience, d'initiative, d'expertise, d'habitudes, etc.) et indirectement (à cause de l’interaction des facteurs, vie économique, vie politique et vie culturelle « provinciale ») ». DONC :
Oppression essentielle : dès qu’une collectivité remplace, par son agir collectif, l’agir collectif d’une autre société, cette substitution ou ce remplacement (total ou partiel) est, ipso facto, automatiquement, diminution ou privation d’être, perte d’expérience, d’initiative, d’expertise et de possibilité d’accumuler des habitudes pour la collectivité remplacée. Cette substitution, en elle-même, indépendamment de ses modalités, constitue une oppression inévitable, nécessaire, essentielle, qui tient à la nature même de la vie, laquelle est agir (par soi).
Il semble évident que l'orientation idéologique et politique actuelle, au Québec, tentera de repousser dans l'ombre, du moins pour un temps, les notions fondamentales élaborées par Maurice Séguin : l'agir (par soi) collectif, l'annexion, l'oppression essentielle, etc., pour ne s'en tenir qu’aux « accidents » (le bon ou mauvais gouvernement, à Québec et à Ottawa, la tendance centralisatrice du gouvernement fédéral, la nécessité d'une seule politique sociale, etc.).
Cependant, pour ceux et celles qui veulent faire l'indépendance, et, partant, travailler à long terme, l'approche conceptuelle de Maurice Séguin (non politicienne et non partisane), avec des exemples concrets, aura un impact plus durable (que les arguments politiques et partisans du P.Q. et du Bloc).
FIN
Nathalie Le Sieur a assez vécu et aussi assez réfléchi pour comprendre et pour faire savoir à ses compatriotes que l’indépendance n’est pas une affaire de louvoiement politique. De plus, elle sait d’expérience que ce n’est pas une affaire de référendum ou une question de savoir innover dans de nouvelles avenues inconnues du fédéralisme à géométrie variable canadienne ou européenne que le Québec pourra aboutir à l’indépendance, ou que non pas, à la société souveraine !
Les idées profondes sur l’indépendance manquent au regroupement péquisto-bloquiste. Elles sont même absentes du discours des chefs de ces deux formations politiques. Comment faire pour réveiller les « chloroformés » fédéralistes ? C’est, en son for intérieur, la question que se pose Nathalie Le Sieur. Combien d’autres citoyens et citoyennes comme elle se posent la même question ?
La fatigue du Québec est une invention des fédéralistes et des assimilés canadians. Ils ignorent même qu’ils pensent comme ça ou ils endossent cette idée d’une manière indélébile (par ex. : Jean Chrétien, Stéphane Dion, et beaucoup d’autres). Vous pouvez en trouver partout, même parmi les juifs, qui ne cessent de jouer aux vierges offensées. La Shoa est une chose ; le Québec n’est pas le goulag pour eux. Nous n’acceptons pas le délire de certains d’entre eux qui parfois est entretenu par des Québécois-Français inconscients ou désorientés.
Cette réflexion dépasse les propos de Nathalie Le Sieur, mais elle tient compte de la plus récente actualité. Elle s’ajoute à la condamnation des oppressions accidentelles que nous devons dénoncer régulièrement. Toutefois, cette lutte, au deuxième degré, accapare depuis trop longtemps les énergies collectives des Québécois-Français. Si vous relisez les textes, les déclarations ou les discours publics des nationalistes souverainistes québécois-français, vous remarquerez plus facilement que ce niveau de la lutte nationale est très rarement dépassé. Par exemple, il n’y a pas de surprise à apprendre par le quotidien La Presse de mercredi que la CBC va consacrer une autre série à René Lévesque aux coûts de 10 millions de dollars. Radio-Canada veut nous faire plaisir et nous offrir le pendant de la série sur Trudeau. Cette histoire de personnalité tombe justement dans la lutte nationale au deuxième degré. De cette lutte, ni Lévesque ni ses successeurs non plus n’en sont véritablement sortis. Ils sont tous prisonniers du système canadien. D’où l’intérêt du Canada-Anglais et de Radio-Canada pour le personnage afin d’entretenir l’illusion de notre liberté collective. Dix millions !
Quand les péquisto-bloquistes commenceront à réfléchir aux principaux obstacles à l’indépendance, ils commenceront à ce moment-là à se déprogrammer mentalement du principe fédératif. En revanche, aussi longtemps qu’ils accepteront le principe fédératif comme tous ces européens qui rêvent de fédéralisme, la réponse du Canada-Anglais sera comme hier toujours la même : « NO WAY ». La réponse nous est connue, pourquoi ne pas faire AUTREMENT, c’est-à-dire L’INDÉPENDANCE.
(30)
Bruno Deshaies
(*) NDLA. – Toute ressemblance avec une personne portant ce nom ne peut être que pure coïncidence.
L’Agence France-Presse vient d’annoncer l’existence d’un projet de déclaration d’indépendance par un groupe de députés Albanais. Le Document no 1 nous annonce la nouvelle.
Les Documents nos 2 et 3 présentent l’évolution de la situation depuis l’élection de l'albanophone modéré Ibrahim Rugova le 4 mars 2002.
Petite remarque à ce sujet.
Après tout, il n’y a pas que la question de la mondialisation qui est intéressante pour nous. Il serait urgent que les Québécois s’occupent à autre chose qu’aux débats sur le fédéralisme : ils pourraient s’intéresser plus activement aux projets d’indépendance dans le monde. Une telle approche serait certainement plus mobilisatrice que les débats sans fin sur les modalités infinies d’application du fédéralisme où les groupes minoritaires sont toujours perdants à moins qu’ils acceptent leur annexion et, de guerre lasse, leur assimilation. Sinon, il y a une autre solution : l’indépendance. Il ne suffit plus d’en parler : il faut la faire.
Document no 1
EXPRESS INTERNATIONAL
Le Courrier des Balkans
Shaban BUZA, « Le Kosovo élit Rugova président, un 1er pas vers l'autonomie. » |