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««« indépendance du québec
ANNEXE - L’Académie de l’indépendance
« Il est dans la logique des circonstances, dans la logique de la conquête et de la cession d'un territoire peu peuplé devenu propriété de l'Empire britannique, de songer à établir une population britannique. » (Maurice Séguin, Histoire de
deux nationalismes au Canada, p. 40.) Beaucoup de gens très intelligents aimeraient bien que l’histoire se passe différemment. Ils se donnent une vision du monde. Le passé se transforme graduellement à l’insu de leur regard au point de devenir ce qu’ils pensent. Ils manipulent le passé croyant pouvoir agir sur le futur. Ils se leurrent. Éviter de penser en présence des faits, c’est se condamner à répéter le passé. L’ignorance n’est jamais un bon guide. Par ailleurs, les illusions et les chimères ne valent guère mieux. On peut toujours s’aveugler l’esprit à partir d’une rationalisation de la réalité et finalement croire à presque n’importe quoi. Malheureusement, ce comportement chez les politiciens risque de coûter très cher à tout le monde. L’événement dans l’histoire Le 11 septembre est devenu une journée prophétique. Retrouver les causes de l’événement de l’attaque aérienne contre les Tours du World Trade Center est aussi complexe que de comprendre les causes du déclin de l’empire romain ou de la chute du Mur de Berlin. Les événements se produisent, puis nous constatons les faits et les conséquences par la suite. Nous devenons tous des spectateurs. D’un événement majeur et capital, le 8 septembre 1760, les spécialistes en sciences humaines suivent à la trace l’enchaînement des événements. Ils construisent jour après jour des explications aussi profondes que simplistes, mais qui dans la très grande majorité des cas ne vont pas jusqu’à la racine du problème. Le cas particulier des Canadiens-Français est instructif au plus haut point non seulement pour les historiens, mais aussi pour tous les spécialistes en sciences de l’homme. Une société en voie de se consolider au cours d’un parcours historique de près de 150 ans, mais brutalement le sort en décide autrement. Il y a une guerre. Elle se transforme en une conquête. Puis, elle devient une domination. Un empire en a remplacé un autre. Dorénavant les Canadiens (français) deviennent des sujets britanniques sous un nouveau roi dont ils ne connaissent pas la langue. Ces Canadiens formeront la majorité de la population de la 15e Colonie britannique de l’Amérique du Nord. Pour l’événement du 11 septembre 2001, nous sommes trop près encore de l’événement pour en saisir les causes ainsi que les conséquences profondes. Quant à la capitulation de la société canadienne le 8 septembre 1760, nous savons depuis que le processus d’annexion de cette colonie française à l’empire britannique a entraîné un bouleversement complet de la situation ante de cette colonie. Plus de deux cents ans quarante-trois ans plus tard, les coloniaux français et canadiens de l’époque sont devenus des Québécois dans l’empire canadian. Durant tout ce temps, ces coloniaux n’ont cessé de revendiquer leurs droits et de vouloir exprimer leur volonté de vivre collectivement en toute liberté. Il paraît bien que le sort des armes en a décidé différemment. Cette majorité de Français canadiens est devenue une minorité de Québécois français au sein du Canada, mais avec cette nuance qu’ils constituent une majorité dans la Province de Québec. Un groupe persistant dans la société québécoise croit qu’il est possible de régler cette situation en luttant pour l’indépendance du Québec. Cette option n’est pas partagée par tout le monde. Telle est la situation où en sont rendus les Québécois-Français aujourd’hui. Contrairement aux événements du 11 septembre 2001, les conséquences du 8 septembre 1760 sont connues depuis plusieurs générations de Canadiens (français) et de Québécois-Français. Malheureusement, en dépit de nos connaissances historiques, cette société québécoise s’enlise dans des débats stériles sur des questions secondaires se rapportant à leur indépendance. Si les Québécois refusent les options de l’annexion et de l’assimilation, il leur reste l’option de l’indépendance. La question est de savoir comment cette question se présente en ce moment. Voici une opinion qui en vaut autant que d’autres. Elle consiste à affirmer que l’indépendance est un bien en soi. À partir de là, il est certainement possible de sortir du clair-obscur souverainiste en vue parler d’indépendance pure et simple. Vivant en démocratie (il faut le rappeler), il est possible d’exprimer des idées divergentes du discours dominant ou officiel. La vie d’une société unique dans le monde est en cause. Les Québécois-Français n’ont-ils pas le droit d’exprimer leur vouloir-vivre collectif au point d’affirmer leur droit de se constituer en un État souverain ? Nos rapports à l’événement fondateur de l’indépendance du Québec Tant que nous ne parlerons pas ouvertement de l'indépendance du Québec, celle-ci ne se fera jamais. C'est une règle élémentaire des rapports de force en politique. Il faut que le discours indépendantiste devienne dominant et non dominé afin de forger solidement l'opinion publique. Le combat des indépendantistes est à la fois psychologique et idéologique. Secondairement, il est politique, car le politique suivra quand ce point de vue dominera les débats dans la société civile. Ce sera le plus beau geste démocratique posé par les membres de la société québécoise contre les violeurs de démocratie qui se proclament avec arrogance à titre de défenseurs des droits et des libertés. Par ailleurs, les souverainistes péquistes et les nationalistes autonomistes auraient intérêt à réviser leurs positions. Pour l'heure, ils nous ont tous conduits dans un cul-de-sac. En ce moment, ils tentent de faire de la récupération politique sur le dos des indépendantistes. Ça sent toujours la manipulation et la stratégie. Par des moyens détournés, ils tentent de faire passer les indépendantistes pour des benêts ou des imbéciles, voire même des irresponsables. Tous les indépendantistes doivent se révolter contre un tel comportement de la part des élites souverainistes. Aux orties, leurs discours insipides et insignifiants qui ont été jugés sévèrement le 14 avril dernier. Les « causes » de l’échec du PQ aux dernières élections sont complexes. Ce ne sont pas les analyses superficielles de Joseph Facal dans La Presse sur la social-démocratie et le rôle de l’État dans la société qui nous font comprendre l’échec électoral des péquistes. Ce n’est pas non plus son discours à peine voilé contre les indépendantistes qui peut expliquer la situation de Bernard Landry en ce moment. Dans ce cas, pourquoi ose-t-il nous poser la question suivante : « Choisirons-nous le camp de l'examen de conscience sincère ou celui de l'orthodoxie intransigeante et nostalgique ? » Coup donc, qui est intransigeant parmi les péquistes-souverainistes-fédéralistes ? La dernière sortie de Pauline Marois, cette aspirante timorée à la présidence du parti québécois, ne réclame surtout pas la révolution politique au Québec. À la place, elle nous propose « la souveraineté continue » que Radio-Canada a qualifiée de « souveraineté progressive » (cf. RÉF. no 3). On en est là avec une souveraineté non définie qui demeure l’attitude typique de tous les péquistes. Il suffit pour eux de prononcer le mot « souveraineté » pour que nous comprenions d’un seul coup de quelles épices le ketchup est composé. En ce moment, quelques « souverainistes » s’ingénient à nous redorer le blason de la souveraineté. Le texte de Pauline Marois en est un. Il a été publié par Le Devoir (cf. RÉF. no 3), puis il a été suivi d'un texte de Michel Seymour (cf. RÉF. no 5). Après nous avons eu droit aux commentaires de Claude Morin (cf. RÉF. no 4). Vient de s’ajouter hier dans le quotidien La Presse l’opinion de l’ex-ministre péquiste Joseph Facal pour qui deux pièges sont à éviter : la radicalisation et l’attentisme (cf. RÉF. no 2). Tous les quatre font un parcours détourné pour présenter l'indépendance inaccessible et même irréalisable. Ils sont tous les quatre plus pessimistes que Maurice Séguin. Les obstacles à l'indépendance sont multiples. Si l'objectif de l'indépendance ne peut tenir la route selon eux, alors que tous ces nationalistes cessent de nous raconter la romance du fédéralisme bonifié, amélioré ou transformé en vue de satisfaire les aspirations nationalistes des Québécois. Ils raisonnent comme des fédéralistes pour faire apparaître la souveraineté comme possible. Ça ne marche plus ! Les indépendantistes doivent prendre acte de ceci : Au sujet des revendications nationales et des problèmes de minorités nationales, Raymond Aron a bien compris la distinction à faire entre la recherche de l'indépendance complète et les protestations de minorités nationales contre les inégalités et les discriminations. Dans son livre Les désillusions du progrès. Essai sur la dialectique de la modernité publié en 1969 (Paris, Calmann-Lévy), Raymond Aron fait remarquer ce qui suit : « La revendication nationale devient nationaliste lorsque l'ethnie, par la voix de ceux qui parlent en son nom, a pour objectif l'indépendance totale, le droit de se constituer en État souverain. Les problèmes de minorités nationales concernent les ethnies qui protestent contre les inégalités ou discriminations sans se donner pour but la séparation. » (p. 74) Le problème majeur dans un État fédéral, ce ne sont pas les revendications des minorités nationales contre les injustices, mais la revendication nationale qui vise l'indépendance totale. Les textes que nous lisons depuis des générations (à part quelques exceptions) sont dans le genre de la réforme. Cette histoire remonte à 1763. Il y a eu d'abord la Proclamation royale après la Conquête. Elle a été contestée. Il a fallu corriger cette première constitution par l'Acte de Québec et celui-ci par l'Acte constitutionnel de 1791 qui a lui-même été corrigé et amélioré par l'Acte d'Union. L’Union a ensuite été perfectionnée par l'AANB (ou la Loi constitutionnelle de 1867) qui a été à son tour béatifiée par notre compatriote à deux têtes de Pierre Elliot Trudeau (tout comme Jacques Godbout, cet écervelé du fédéralisme) qui a rapatrié la constitution canadienne en 1982 et dont son épigone Jean Chrétien a fait sceller le contenu par la Loi sur la Clarté en 1999 par un dénommé Stéphane Dion (voir Henri Brun c. ) dont son père (Léon Dion) était très dépité au sujet du fédéralisme canadian. Devant ces faits, que font les Québécois-Français ? Ils s’adonnent constamment à des revendications de minorités nationales. D’ailleurs, nous ne cessons pas de lire tous ces braillards dans Le Devoir. Ils nous assomment de leurs vérités hypocrites sachant qu'ils ne veulent pas l'indépendance. D'ailleurs, ils ne savent même pas s'ils veulent la souveraineté. Qui le sait ? Cependant, ils savent tous qu'ils veulent maintenir le Canada intact, mais d'une autre façon. Or, les énergies nationalistes qui ont donné lieu à de très nombreux débats dans cette direction nous ont toutes conduits à un échec. Ce n'est pas le référendum qui est en cause ou les « gestes de souveraineté », c'est ce que les dirigeants québécois veulent exactement qui pose un GROS problème. En effet, tant que les élites souverainistes ne voudront pas parler ouvertement d'indépendance, il n'y aura pas d'indépendance. Demandons-nous comment la nationalisation de l'électricité a pu un jour se faire ? Demandons-nous comment la loi 101 a été finalement adoptée malgré de nombreuses divergences de conceptions politiques ? Demandons-nous comment la loi sur le financement des partis politiques a été adoptée par René Lévesque ? Demandons-nous comment nos relations franco-québécoises se sont concrétisées plus formellement ? Demandons-nous comment le Mouvement Desjardins a pris son essor colossal après avoir été limité au milieu canadien-français, puis finalement s'ouvrir sur des portes très larges du monde de la finance et du crédit ? Comment ces succès ont-ils pu être réalisés ? Vous constatez que dans tous les cas, l'objectif était clair, la direction avouée était connue et des moyens divers ont été pris pour réaliser la fin. Bien entendu tous ces objectifs politiques et économiques se sont réalisés dans le cadre du régime politique connu et en rapport avec le perfectionnement du fonctionnement de la société civile elle-même. L'indépendance du Québec ne peut échapper à cette règle de la réalisation des grands objectifs d'une société que si l'objectif lui-même ne vient servir de moteur à la motivation elle-même et à l'action subséquente. Sauf que dans le cas de l'objectif de l'indépendance, la réalisation de la fin exige un combat non plus dans, mais sur le régime. Ce niveau d'objectif est d'un ordre qualitatif nettement plus élevé. Il n'est toutefois pas irréalisable. Il exigera un déploiement d'énergies du peuple qui devra être à la hauteur des tâches à accomplir pour atteindre l'objectif et réaliser la fin. Ce n'est pas l'ordre des moyens qui sont poursuivis, mais la FIN à atteindre. Dans ce cas, il est inacceptable d'occulter de toutes sortes de façons l'indépendance elle-même et pour elle-même. C'est l'indépendance ou ce n'est pas l'indépendance. Ne pas reconnaître l'obligation idéologique de traiter de l'indépendance, c'est pratiquer comme le souligne Raymond Aron les protestations de minorités nationales. Les nationalistes québécois, le Parti québécois et le Bloc québécois sont dans ce créneau. Ils veulent même y demeurer indéfiniment. La souveraineté progressive ou continue de Pauline Marois est une aberration. Naïvement, cette dernière pratique la conception fédéraliste de la souveraineté qui n'est pratiquement que de l'autonomisme régional, c'est-à-dire de l'autonomie locale ou provinciale (celle que nous avons toujours connue et pour laquelle nous ne voulons pas mettre un terme définitif). Tous ces souverainistes sont des fédéralistes impénitents. Ils ne veulent pas la rupture, car ils croient aux vertus de l'union dans l'autonomie qu'ils sont incapables de nous définir. D'où la perplexité et le scepticisme de la population devant leur discours. Malheureusement, même après le 14 avril dernier, ces souverainistes-péquistes pensent qu'ils ont encore raison. Si l'unité canadienne n'est pas mise en cause, il n'y aura jamais une unité québécoise qui mettra au monde le Québec indépendant. En ce sens, le discours de Claude Morin est aussi aberrant que celui de Pauline Marois et de Michel Seymour ou de Joseph Facal. Nous ne parlons même plus d'étapisme. Ce sont tout simplement des voeux concernant un fédéralisme qui pourrait satisfaire certaines conditions particulières du Québec pour faire encore partie du Canada. Or, le Canada-Anglais a dit NON. Et il continue à dire NON avec tous les pouvoirs qu'il possède en plus de sa capacité de dépenser. Paul Martin ne changera jamais cette trajectoire de la politique canadian. C'est perte de temps que de brailler jusqu'à épuisement complet sur les conditions que nous imposeront toujours les règles générales du fédéralisme canadian. Elles sont ce qu'elles sont. Avec le temps, elles feront toujours ni plus ni moins du Québec une « province comme les autres ». Quoiqu'on dise et quoiqu'on fasse, hors de l'indépendance, l'avenir « national » est bloqué pour la société québécoise dans le fédéralisme pancanadien, si on ne veut pas affirmer et défendre l'indépendance du Québec. Comme le notait Pierre Daviau, il faut devenir des « forgerons de l'indépendance ». Je vous invite à lire cette Tribune libre dans Vigile du 13 mai 2002 (cf. RÉF. no 1). LES FORGERONS DE L’INDÉPENDANCE C’est une réponse à nos élites souverainistes emberlificotée dans des concepts flous, éphémères et opportunistes (cf. ANNEXE). Ainsi se conclut la 150e chronique du jeudi sur l’indépendance du Québec. (30) Bruno Deshaies Une réaction vous démange, écrivez à : bd@rond-point.qc.ca RÉFÉRENCES : (1) Pierre DAVIAU (2002), « LES FORGERONS DE L’INDÉPENDANCE. » Québec, Vigile, TRIBUNE LIBRE 13.5.2002. (2 ) Joseph FACAL, « Mea-culpa. » Le Parti québécois fera-t-il le choix de l’examen de conscience sincère ou celui de l’orthodoxie intransigeante et nostalgique ? La Presse, mercredi 17 septembre 2003, p. A21. (3) Pauline MAROIS (2003), « Pour en finir avec l'attentisme : la souveraineté continue. Il ne s'agit plus d'espérer la souveraineté, il s'agit de la faire. » Députée de Taillon. Dans Le Devoir mercredi 27 août 2003. (4) Claude MORIN (2003), « En finir avec les « conditions perdantes. » Ancien ministre des Affaires intergouvernementales du Québec. Dans Le Devoir 13 septembre 2003. (5) Michel
SEYMOUR (2003), « Souveraineté
- Une voie pragmatique et raisonnable.
L'offre de partenariat : des nuances s'imposent. » Département de philosophie, Université de
Montréal. Dans Le Devoir mardi 2 septembre 2003.
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