|
««« Indépendance du Québec - 177
Qu’est-ce qu’on attend ? Faut-il chercher inlassablement des preuves supplémentaires ?
Bruno Deshaies jeudi 6 mai 2004
« Quand le bonheur passe près de vous,
Il faut savoir en profiter
Quand pour soi, on a tous les atouts,
On n'a pas le droit d'hésiter [...]
Qu'est-c' qu'on attend ?
Oh dis !
Qu'est-c' qu'on attend ?
Oh voui ! »
( Ray Ventura )
Source : http://www.radio-canada.ca/regions/ quebec/Radio/heureux.shtml
Source : http://www.radio-canada.ca/regions/ quebec/Tele/quebeccesoir.shtml
Qu’est-ce qu’on attend ? (Pour être heureux.) Radio-Canada, Ici le Canada, région de Québec. Qu’est-ce qu’on attend ? C’est écrit en toutes lettres : Québec ou Ici le Québec (sur le menu déroulant dans l’Internet). Qu’est-ce qu’on attend ? Pour mettre fin à la mystification. La plus grosse des commandites (en tenant compte de son impact idéologique et culturel) qui nous passe entre les dents à tous les jours et 24 heures sur 24 à la chaîne RDI. À la base, une philosophie politique orchestrée en fonction de l’unité canadienne qui se manifeste toujours dans la plus pure tradition du Canada-Anglais nation. Dans les faits, un Canada-Anglais nation superposé à un Québec (anciennement Nouvelle-France, Canada, ancien Canada français peuplé de Canadiens, Bas-Canada et Canada Est,) devenu en 1867 province semi-autonome (?) et semi-française (?). Pour reprendre les termes de l’historien Maurice Séguin : « Un peuple majeur indépendant et un peuple mineur annexé. [...] Toujours deux Canadas qui ne peuvent se fusionner. » (Voir Les Normes, Épilogue.) Par conséquent, cette dépendance culturelle – sur le plan des idées et de l’argent – est tellement grosse que les Québécois-Français ne la voient même plus. Le fait est complètement occulté de leurs consciences. Conclusion : « Un processus de canadianisation qui s'accélère (plus qu’hier). »
Une autre très grosse arnaque politique : la Francophonie canadienne. Qu’est-ce qu’on attend ? (Pour être heureux.) Sous le couvert d’un courant d’idées qui s’appuient sur le concept de « la diversité culturelle », tout est bon pour justifier qu’on peut passer à autre chose au Québec que « de protéger le français sur son territoire ». Il faut s’unir aux autres minorités culturelles de langue française au Canada et avec les Amériques. Serions-nous revenus au « messianisme » des Canadiens-Français de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle ?
Comment pouvons-nous oublier que sur « notre territoire » au Québec la situation est loin d’être reluisante. Comme on aime bien comparer le Québec et l’Ontario, comparons la situation des langues dans les deux plus importantes villes au Canada : Montréal et Toronto.

La situation de la langue française à Montréal demeure alarmante malgré l’existence des enfants de la Loi 101. Il ne faut pas trop vite faire fi de la dynamique socio-économique et de l’importance démographique de la métropole à l’intérieur du Québec tout comme il ne faut pas occulter l’environnement anglophone de l’Amérique du Nord et la présence de la superpuissance étasunienne. Au-delà de la bataille de la francophonie internationale, il y a la bataille linguistique du Québec. Ce n’est pas le principe de la diversité culturelle qui va modifier la donne québécoise comme société française au Québec. Le gouvernement du parti libéral à Québec devrait être plus prudent dans ses actions concernant la francophonie canadienne et internationale.
Si la Francophonie comme institution peut fasciner les partisans de la diversité culturelle, elle ne doit pas faire oublier la crise permanente de la langue française au sein de la société québécoise. À l’occasion de sa rencontre à l'Élysée avec le Président Jacques Chirac, le premier ministre Jean Charest peut s’imaginer déjà être en haut de l'affiche dans l’Organisation internationale de la francophonie, mais la donne québécoise ne change pas pour autant (cf. RÉF., nos 9 et 1).
Pendant ce temps à Québec, à l’occasion d’un forum portant sur la francophonie dans les Amériques, le ministre Benoît Pelletier voit le Québec au sommet du Centre de la francophonie des Amériques qui aura son siège social dans la ville de Québec d’ici deux ou trois ans (RÉF., no 10). Il entrevoit déjà « le rayonnement d'une francophonie sans frontières, diversifiée, mais unie comme jamais dans l'action » (voir COMMUNIQUÉ, Ibid.). En cela, il se place carrément dans la logique de la diversité culturelle qui sous-estime la force intégrative du fédéralisme canadien et l’indépendance des États souverains face aux phénomènes des minorités culturelles. Le quotidien Le Soleil rapporte que le ministre opte « pour une approche différente des gouvernements péquistes et libéraux l’ayant précédé ». Le ministre Benoît Pelletier compte tisser des liens forts avec les communautés acadiennes et francophones du pays ». (Ibid.) Et il en remet encore : « Plus que canadienne, l’initiative se veut internationale. [...] Cependant, le ministre se garde bien de prendre la place d’Ottawa. » (Ibid.) Ah ! Que pense-t-il qu’il va se passer ?
Dans Le Devoir, Denise Bombardier prend la relève (cf. RÉF., no 3). Elle jubile au sujet du voyage de Jean Charest en France. Elle soutient même que « ceux qui sous-estiment la vision internationale que se fait du Québec l’actuel chef du gouvernement sont à court d’argument. » En plus, elle considère qu’il n’y a « pas de recul » dans la politique des relations France-Québec du parti libéral sous la direction de Jean Charest « comme le soutiennent les mauvais coucheurs, pas de « provincialisation » de la politique passée, pas de vassalisation québécoise par l’ambassadeur du Canada ». C’est très gros comme affirmation. En fait, son gouvernement applique le plan de la diplomatie de Raymond Chrétien qui est celle de son oncle Jean Chrétien : le rapprochement Canada-France pour mettre en tutelle les relations France-Québec.
La journaliste canadienne Denise Bombardier se réjouit que le gouvernement Charest partage avec la France « une conception de la diversité culturelle qui permet de rêver [sic] d’un freinage du mouvement d’homogénéisation qui lamine tout sur son passage ». Elle semble sous-estimer le laminage systématique du gouvernement fédéral à l’endroit du Québec-Français malgré des réclamations québécoises répétitives qui ne peuvent jamais recevoir l’aval des autorités fédérales. Le supplice de la survivance continue et s’accroît au fur et à mesure que le nombre de Québécois-Français et de Québécoises-Françaises diminue proportionnellement à l’augmentation démographique de l’ensemble canadien ainsi que de la croissance démographique trop faible du Québec. Pour satisfaire les nationalistes québécois, Charest aimerait augmenter le nombre d’immigrants français au Québec (cf. RÉF., no 1).
La vision idyllique de la journaliste canadienne Denise Bombardier sur les intentions du gouvernement Charest cadre mal avec la situation réelle au Québec. Dans le même journal, son collègue Michel David a écrit une « colonne » qui contraste énormément avec son point de vue (cf. RÉF., no 5). Il relate que le Conseil de l’unité canadienne ( CUC ) a été créé en 1964, soit bien avant la menace des souverainistes. En fait, le CUC est le prolongement de la création du Comité Canada qui est en fait son ancêtre. En 1964, c’est l’époque du gouvernement Jean Lesage et du gouvernement de Lester B. Pearson à Ottawa. Le premier est trop revendicateur et le second trop accommodant. Le Canada-Anglais n’apprécie guère cette situation.
N. B. Nous avons ajouté dans le médaillon une des sources de financement du CUC.
Le CUC s’est doté d’un centre surnommé le CRIC ou La lutte contre les séparatistes québécois a bel et bien commencé avant l’arrivée du Parti québécois au pouvoir en 1976. « À cet égard, note Michel David, le CUC, véritable pieuvre nourrie à coups de millions par Ottawa et les milieux d’affaires, s’est sans doute révélé un outil plus efficace que le programme des commandites. » (Voir RÉF., no 5.)
Quand, en 2004, un premier ministre du Québec puise 10 000,00 $ dans son budget discrétionnaire pour verser une subvention au Conseil de l’unité canadienne sachant ce que nous savons du financement du CUC et du programme des commandites, il faut croire qu’il pose un geste symbolique, sauf qu’il ne le fait pas « comme citoyen », mais dans ses fonctions comme premier ministre du Québec. « Le problème, selon Michel David, est que le CUC n’est pas simplement un instrument destiné à combattre le mouvement souverainiste. Son action a également pour effet de renforcer la prééminence du gouvernement fédéral. » (Voir RÉF., no 5 et l’ADDENDUM.)
Ce geste peut nous laisser perplexe, mais que dire du ministre délégué aux Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, qui a remis un chèque de 5 000,00 $ à la demande du directeur de l’antenne québécoise du CUC, M. Richard Labrie, un ancien attaché politique libéral. Pour le ministre, ce don est comparable à celui de 1 300,00 $ qu’il a offert à Impératif français dans l’Outaouais, un organisme de promotion de la langue française. « M. Pelletier, rétorque le journaliste, nous prendrait-il pour des valises ? » (Voir RÉF., no 5.) Il semble que le premier ministre et son ministre des Affaires intergouvernementales vivent en quelque sorte dans un monde irréel. Savent-ils au moins que le CUC visait clairement à combattre les positions traditionnelles du PLQ ?
Le CUC n’est pas un organisme non partisan. Il a ses objectifs. Il défend les institutions fédérales. Pour comprendre, sachons que le CUC, en étroite collaboration avec Patrimoine Canada, organise des séjours pour les jeunes afin de les familiariser avec les institutions fédérales ou de se perfectionner en anglais à Ottawa. N’est-ce pas scandaleux de constater que des subventions (même symboliques) visent « un organisme multimillionnaire » pendant qu’il ne manque pas d’organismes en mal de subventions au Québec.
Pendant que les Québécois s’embourbent dans leurs problèmes internes, l’Union européenne fascine des centaines de chercheurs et un très grand nombre de politiciens. Le rêve des États-Unis d’Europe se présente comme un élixir pour la classe professionnelle des politiciens et des diplomates. On est loin du Québec et de ses mesquineries. L’humanité de 450 millions d’habitants se transmute en une superpuissance dans le monde. Malgré tout, les États-Unis demeurent toujours leur concurrent le plus menaçant. Il n’y a rien à faire, la grande Europe est née le 1er mai 2004 de son élargissement à 25 pays. (Consulter les RÉF., nos 2, 4, 6, 7, 8 et 11.)
Ce « nouvel ordre européen » n’est pas encore réalisé. Il est en marche, en progression. Les défis sont de tous les ordres : politique, économique, social et culturel. L’article d’Éric Desrosiers sur « L’Europe à dix vitesses » illustre la complexité des arrangements politiques qui sous-tendent l’Union européenne (RÉF., no 6). Les partisans de l’Union européenne ont certaines questions à se poser. Max Gounelle, un spécialiste des relations internationales, en pose un certain nombre par rapport aux « projets de coopération ou d’intégration paneuropéenne », dont une en particulier qui peut préoccuper tout autant les Québécois. Voici un extrait de son manuel de Relations internationales qui pourrait nous inspirer.

En ce moment, la classe politique européenne est à la recherche de solutions à des problèmes économiques, mais surtout pour se maintenir en tant qu'État indépendant. Comme l’écrit Max Gounelle, « l’Europe est à la recherche – par l’action des dirigeants des États – d’un « nouvel ordre européen » (Ibid., p. 39). La question est de savoir jusqu’où la « classe politique » (gouvernants et milieux diplomatiques professionnels) pourra influer sur la solution des problèmes de la vie et de l’organisation internationale. Si l’influence de la classe politique des gouvernants des États indépendants ne peut guère être contestée (Ibid., p. 207), il n’en demeure pas moins que « si pareille « classe politique internationale » existe, et pèse sur le cours des relations internationales, se pose alors la question difficile de la légitimité de son influence » (Ibid., p. 208). De plus, cette classe politique « joue un rôle implicite de diffusion idéologique » (Ibid.). Force est donc de constater que « ces gouvernants, et les milieux diplomatiques professionnels [penser à l’ex-ambassadeur canadien à Paris, M. Raymond Chrétien, qui vient d'être nommé président du conseil d’administration du Centre d’études et de recherches internationales de l'Université de Montréal ( CÉRIUM )] ont souvent les apparences d'une classe sociale homogène, faisant référence aux mêmes règles, aux mêmes valeurs, manifestant parfois connivence et complicité au-delà des divergences d'intérêt national. (Ibid., p. 207) »
Ici, au Québec, par exemple, M. Jean-François Lisée a trouvé une autre niche au CÉRIUM. Il a été formellement engagé comme directeur exécutif de ce centre. Il va travailler pour Raymond Chrétien et Lucien Bouchard ! Ma foi, jusqu'où irons-nous pour définir le fédéralisme comme étant l'indépendance des peuples ou des nations ?
Dans certains milieux, on est même rendu à croire à un type de fédéralisme de « dissociation ». Qu’est-ce que l’idéologie du fédéralisme ne peut-elle pas faire dire, écrire ou défendre pour sauver un parti-pris ? Trudeau et Ryan ont été au Canada deux politiciens atypiques de cette idéologie. Quant aux péquistes, bloquistes ou libéraux, ils appartiennent tous les trois à une conception floue du fédéralisme où ils peuvent tout dire et rien dire de consistant sur la souveraineté ou l’indépendance et à peu près n’importe quoi sur le fédéralisme.
Pour comprendre cette problématique, dans l’article « L’Estonie passe à l’Ouest », Éric Desrosiers donne une sensation d’effroi quand on lit le résumé de l’entrevue avec Mart Laar, 32 ans, et nouveau député européen et premier ministre de l’Estonie. Les Estoniens ont accepté leur adhésion à l’Union européenne dans une proportion de 67 p. cent. « Ils frémissent toutefois d’horreur à l’idée que cela les mène à une nouvelle union politique. » Malgré le fait qu’ils ont été « soumis à l’autorité de puissances étrangères durant presque toute leur histoire, ils n’entendent pas céder leur indépendance fraîchement acquise. » (RÉF. no 7.) Quelle leçon pour le Québec ! Quel défi pour eux à relever !
Qu’est-ce qu’on attend ? (Pour être heureux.) En attendant, laissons passer le temps. Occupons-nous d’éthique, de déficit démocratique, de grandes villes, de modernisation de l’État, pis de la santé, bien sûr. Quand tous ces problèmes seront réglés, peut-être aurons-nous le temps de nous demander s’il reste un État provincial au Québec.
Entre-temps, la pensée tronquée de la classe politique québécoise au sujet de l’État national québécois porte celle-ci à sous-estimer sur le plan politique la question de la dynamique intégrale (interne) de la société par une vision « provincialiste » qui consiste à croire « qu’une « nation » peut se contenter d’être « province » d’une autre nation ». (Voir Maurice Séguin, Les Normes , 2.2.3.5.2 et le Chapitre troisième : Sociologie du national. )
Après tout ce que nous savons du fonctionnement des fédéralismes dans le monde et dans l’histoire, faut-il chercher inlassablement des preuves supplémentaires ? Qu’est-ce qu’on attend ? (Pour être heureux.)
Bruno Deshaies
RÉFÉRENCES :
(1) AFP. « Le Québec réitère sa volonté de jouer un rôle international plus actif. » Lundi 3 mai 2004. Source :
(2) AFP. « L’Europe à 25. « Un jour historique ». Dans La Presse, samedi, 1er mai 2004, p. A22 (« Monde »).
(3) Denise BOMBARDIER, « France-Québec : la continuité. » Dans Le Devoir, samedi et dimanche 1er et 2 mai 2004, p. B5.
(4) Jocelyn COULOMBE, « L’« Europe puissance », prochaine étape de l’unification. » Dans La Presse, mercredi 5 mai 2004, p. A16.
(5) Michel DAVID, « L’obole de M. Charest. » Dans Le Devoir, samedi et dimanche 1er et 2 mai 2004, p. B3.
ADDENDUM
Robert DUTRISAC, « Charest subventionne le Conseil de l'unité canadienne. » Dans Le Devoir, mardi 27 avril 2004.
(6) Éric DESROSIERS, « L’Europe à dix vitesses. » Dans Le Devoir, samedi 1er et 2 mai 2004, p C1 et C3.
(7) Éric DESROSIERS, « Entrevue avec Mart Laar. L’Estonie passe à l’Ouest. » Dans Le Devoir, samedi 1er et 2 mai 2004, p C1 et C3.
(8) Isabelle HACHEY, « Le match d’une vie pour le hockeyeur Peter Stastny. » Dans La Presse, samedi, 1er mai 2004, p. A22 (« Monde »). Perter Stastny, en tant que leader du Parti du peuple européen, espère obtenir un siège, cet été, au Parlement de Strasbourg comme représentant de la Slovaquie.
(9) LE FIGARO (Paris). « Francophonie. Québec : les enfants de la loi 101. » Montréal, de notre envoyé spécial Charles Lambroschini. Dans Lefigaro.fr 5 mai 2004.
« Québec : les enfants de la loi 101. » De notre envoyé spécial Charles Lambroschini
Le Figaro 04 mai 2004 .
(10) LE SOLEIL (Québec), « Défense du français. Québec s’unit aux francophones des autres provinces. » Reproduit dans La Presse, lundi 3 mai 2004, p. A9. Déclaration du ministre Benoît Pelletier au Forum réunissant 200 personnes à l’Hôtel Delta de Québec au sujet de la Francophonie. Voir le COMMUNIQUÉ du gouvernement du Québec du 2 mai 2004.
(11) Claude PICHER, « Les défis de la nouvelle Europe. » Dans La Presse, samedi 1er mai 2003, Les Affaires p. 1 et 2. Sur le poids économique de « la nouvelle Europe » (voir le tableau des 15 membres actuels).
|