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««« Indépendance du Québec - 184
« La population tient à comprendre l'essence La coopération internationale n’est possible « Un portrait paradisiaque de la vie André Pratte a répondu à la
« saison des idées » dans son éditorial du 30 août 2004 :
« Maigre récolte ».
Il montre à sa manière toute la
fragilité des débats de la « saison des idées » organisés par le chef
du parti québécois. Il ne lui aura fallu qu’un court
éditorial pour parvenir à ses fins.
Comme à l’habitude, Pratte se fait naturellement l'avocat du fédéralisme
et de ses avantages contre la posture souverainiste. Il raisonne en fédéraliste. Pouvons-nous être surpris ? Face à cette prise de position,
les souverainistes se sont enflammés.
Pourtant, l’éditorialiste de La Presse n’est qu’un pion sur
l’échiquier des défenseurs du fédéralisme canadian. En revanche, nous serons plutôt
surpris le jour où les péquistes, les bloquistes et les souverainistes du monde
ordinaire commenceront à se faire les avocats de la posture indépendantiste
avec des mots, une langue, un discours, un raisonnement qui clarifieront la
position de l'indépendance en des termes clairs. Nous le serons encore plus lorsque le
principe d’indépendance occupera toute la place qu’il doit avoir en
opposition et en contradiction avec la posture souverainiste associée à des
formes diverses d’annexion. Quand les Québécois
mettront-ils fin à leur annexion ? La population tient à comprendre l'essence de l'indépendance qui est
d’agir par soi-même. En fait, c’est
l’idée fondamentale qui consiste à agir individuellement, collectivement et
majoritairement par soi-même dans son rapport avec l'interne (la société et la
société civile) et à l'externe (dans ses rapports avec les autres nations
indépendantes). Ce discours est à bâtir.
En réaction à l’éditorial de
Pratte, Bernard Frappier a
répondu : Fabuleux ! Cette réflexion a suscité de
nombreuses réactions dont la mienne et pour laquelle j’ai reçu certains
commentaires que j’intègre à ma première réaction avec quelques autres
modifications. (Consulter TRIBUNE
LIBRE, 1er septembre 2004.
) Mes félicitations monsieur
Bernard Frappier pour avoir signalé l'éditorial du 30 août 2004 d'André Pratte
dans La Presse (« Maigre récolte ».
). Nous avons là un bijou et un condensé
magnifique de la pensée fédéraliste. Le
problème, c'est que les péquistes ne parviennent pas à ébranler ce discours
largement répandu dans la population. Je
dis bien « dans la population » et non l'opinion publique et les
sondages. C'est dommage. Pratte écrit : « Aiguillonné par François Legault, le parti
[québécois] tentera de pousser plus loin l'argumentaire concret. » Sur
ce point, Pratte réplique : « Il s'agira [pour les péquistes] de
prouver que les malades, les étudiants, les ouvriers, les femmes, les familles,
les fonctionnaires, etc. tireront profit de la souveraineté. L'exercice aura un effet pervers : un portrait paradisiaque de la vie dans un
Québec souverain ne serait pas crédible. » Les Québécois rêveront à des
jours meilleurs, le jour où ils comprendront que l'indépendance est le bien
suprême de l'agir par soi collectif sous la gouverne d'un État souverain à
l'interne et à l'externe. L’action et la
réaction par soi, la présence et l’autonomie (interne et externe),
développent, enrichissent, épanouissent.
À l’inverse, être remplacé dans son agir, le remplacement (ou l’inaction
imposée) est un mal radical. L’inaction
volontaire, l’absence, le remplacement (ou l’inaction imposée), et la
subordination paralysent, appauvrissent. Conséquemment, la
« maquette » indépendantiste de demain ne sera pas si l’objectif de
l’indépendance ne se réalise pas. En ce qui a trait à la vie de la société québécoise de
demain (cf. les paradoxes du temps dans Le passé devient notre présent
), elle sera faite avec d'anciennes convergences conditionnant une situation présente, des convergences actives créant une situation actuelle et de
nouvelles convergences préparant une
situation en devenir. Dans le cas de la
souveraineté du Québec, ce devenir a un nom précis : l'indépendance. Et la question se pose : qu'est-ce que l'indépendance ?
Réponse. Tenir compte des autres, mais agir par soi-même. D’ailleurs, l’indépendance n’est pas synonyme
d’agir sans les autres, car l’essence même de l’indépendance est justement le
fait d’agir par soi-même. De plus, pour
agir avec les autres, n’est-ce pas qu’il faut d’abord être soi-même ? Retenons cette « norme » de Maurice Séguin : « Le nationalisme est le contraire de l’isolationnisme. La coopération internationale n’est possible que s’il y a « nation ». » (Dans
Les Normes, 3,2,4-c)-7) Les fédéralistes auront toujours
beau jeu contre les péquistes tant et aussi longtemps que ces derniers ne
clarifieront pas leur pensée sur le principe d'indépendance nationale du
Québec. Les indépendantistes doivent
comprendre que l'indépendance du Québec est autre chose que des projets de
société à jet continu ou des discours vaporeux sur la nation québécoise ou
autrement des débats théoriques de politique-fiction sur l'accession du Québec
à l'indépendance ou sur sa reconnaissance internationale. Les Québécois et les Québécoises auront un jour à franchir le rubicond
pour affirmer leur indépendance collective.
S’ils veulent y arriver, ils et elles devront avoir un objectif clair,
avoir une idée précise de ce qu’ils ou elles désirent, de ce qu'ils ou elles
veulent, car la souveraineté, l’indépendance étant, ils et elles doivent être prêts à prendre une décision irrévocable.
La société québécoise
d'aujourd'hui ne se transformera pas par un coup de baguette magique comme
Moïse faisant jaillir l'eau du rocher.
Et ce ne sera pas non plus les noces de Cana où l'eau a été transformée
en vin. Si, d'un côté, le fédéraliste
Pratte se « surpasse », il faudrait, de l'autre côté, que les
péquistes se « surpassent » aussi.
Or, ils sont englués dans des crises sans fin sur les moyens, les stratégies,
les tactiques, les luttes internes, mais surtout le relais de leur ambition sur
le dos de la population qui ne pousserait pas assez fort dans le
« dos » du parti québécois.
Le chef péquiste en appelle de la mobilisation de la population, mais
que fait-il lui-même au juste pour attiser le feu et alimenter d’idées non
ambiguës les citoyens et les citoyennes sur l’indépendance véritable du
Québec. À la place, il se perd en
conjectures sur l’avenir du Québec. Les dirigeants péquistes
semblent attendre un miracle. Il n’est
pas encore venu. Donc, il serait grand
temps que le PQ entreprenne lui-même de faire son travail de transformateur de
la société nationale québécoise pour que la population exprime ouvertement et
collectivement son indépendance. Le PQ
tout comme le BQ n’en ont pas la volonté.
Conséquemment, la population en général et les indépendantistes, en
particulier, devraient cesser d’attendre le miracle de ces formations
politiques. Le
PQ attend. Le BQ attend. Malheureusement, la population attend. Donc, on pourrait dire : plus tout le
monde attend, moins les temps changent. Par ailleurs, il est tout aussi illusoire de chercher un
sauveur ou un rassembleur si celui-ci ne s’est pas déprogrammé du principe
fédératif et s’il n’établit pas un rapport nouveau avec la population
concernant ses convictions et son discours sur l’indépendance. De ce côté-là, l’horizon semble bloqué pour
le moment. Le PQ attend. Le BQ attend.
Malheureusement, la population attend.
Donc, on pourrait dire : plus tout le monde attend, moins les temps
changent. Comme tout le monde attend,
pourquoi pas un autre « bon gouvernement provincial » qui préparera
encore par étape l'indépendance du Québec ? Une élection, un référendum, une constitution
avant, pendant, et après... Et peut être un jour l'indépendance –
si les conditions le permettent. En dépit de cet attentisme, une
population amorphe ne pense pas moins.
Les individus désabusés ou désintéressés ne pensent pas moins non
plus. Au fait, qu'est-ce que la population
et les individus peuvent penser de tout cela ? Elle et eux sentent bien que la classe
politique souverainiste est incapable de les mener à la souveraineté,
l’indépendance. Elle et eux ne comprennent plus rien depuis longtemps à toutes
les stratégies sophistiquées qui sont censées les mener à l’indépendance. Confusément, elle et eux se rendent compte
qu’il n’y a pas d’indépendance magique, c’est-à-dire qu’il n’y a pas
d’indépendance facile, sans qu’un véritable travail auprès d’elle et eux se
fasse, en évitant de faire face aux objections qu’elle et eux pourraient avoir,
objections qui ne semblent pas être sérieuses, questions qui ne trouvent
toujours pas preneur et réponses. Donc, elle et eux laissent
braire en ce moment les politiciens et politiciennes qui croient profondément
travailler pour elle et eux. Elle et eux
se répètent inconsciemment : « À la prochaine fois ! » Cependant, si jamais un jour quelqu’un, des
gens sérieux, en qui elle et eux auraient confiance pouvait(ent) faire ce
travail de fond, pouvait(ent) incarner cet impossible rêve, ce projet toujours
aussi difficile à réaliser ne pourrait-il pas enfin prendre forme et atteindre
son objectif ultime tout autant que désiré : l’indépendance du
Québec. Élargir le cercle des
connaissances d’autrui, développer les cerveaux pris avec cette conscience
diminuée de nous-mêmes (une intense charité et compassion viennent se joindre à
cette responsabilité) est le devoir sérieux qui s’impose à celui, à celle qui
veut la souveraineté, l’indépendance comme complément de sa propre poursuite de
cette souveraineté, de cette indépendance.
Bref, une œuvre collective entremêlée des efforts individuels de chacun. Au sujet du travail de
conversion individuelle des esprits, il importe de faire vibrer des
« cordes sensibles » nouvelles capables de permettre d’entreprendre
collectivement l’ascension vers l’indépendance.
Dans cette direction, le parcours actuel du PQ et du BQ donne dans un
cul-de-sac. Leurs chefs s’abreuvent d’un
nationalisme qui est du type indépendantiste optimiste. Consciemment ou inconsciemment, ils admettent
la possibilité d’une « indépendance à deux ». Bien que différemment, la position du PLQ et
des fédéralistes en général donne dans un autre cul-de-sac. Eux aussi sont nationalistes québécois, mais
du type fédéraliste optimiste. Leurs
chefs voient surtout l’avantage de deux cultures pour une nation. L’ADQ ne va nulle part malgré certains
combats sporadiques. Son chef pratique
surtout l’électoralisme et souvent la pensée magique. Lui aussi, il est un nationaliste, mais de la
tradition de son mentor Robert Bourassa.
Son nationalisme est pragmatique : combien de votes peut-il
gagner. Quant aux partis politiques
fédéraux nationaux, ils nous conduisent tous à une plus grande centralisation
(que ces partis soient régionaux ou nationaux). La population n’accepte plus les
discours souverainistes emberlificotés à toutes les sauces. Le moment est venu pour nous tous de nous
ouvrir les yeux, le cœur et l’esprit. Nous avons pour nous aider un historien
qui a fait le plus gros du travail, mais on s’indigne et même on se rebiffe
encore à vouloir y puiser les fondements de l’indépendance. Le résultat de cet état de fait, c’est
l’incapacité de notre élite québécoise à expliquer à la population ce qu’est
l’indépendance. Devant tous ces défis, les indépendantistes ont l’obligation de se surpasser d’abord dans l’ordre des idées.
Les chemins de l’action découleront d’idées nouvelles si celles-ci se
fondent solidement sur le principe d’indépendance. Le contraire se résume au discours d’André
Pratte. S’il se surpasse, alors
surpassons-nous avec des positions claires concernant l’indépendance. Ceux et celles qui veulent
répondre sérieusement à André Pratte pourront lire avec profit de Maurice
Séguin son Histoire de deux nationalismes au Canada
publiée chez Guérin en 1997. Bonne lecture. Mais
surtout « réfléchissez, méditez », comme le mentionnait Maurice
Séguin dans son « Avertissement aux étudiants » en débutant son
cours sur l’histoire des deux Canadas. Bruno DESHAIES |