«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 190

M. Tout-le-Monde et le PQ

Un Manifeste pro-indépendantiste qui ne se livre jamais du cœur des Québécois.

Bruno Deshaies
jeudi 21 octobre 2004

« C'est fou. Je ne suis pas capable
de ramasser ma pensée
tellement c'est fou. »
(Une opinion prise au hasard
de conversations.
17 octobre 2004)

« Reste qu’ils [les Canadians]ont encore le puck.
Le Canada a encore l’initiative.
C’est encore à lui de jouer.
Il peut encore gagner. »
(Pierre Foglia, RÉF. no 2.)

« Nous nous épuisons à nous relire,
à scruter chaque détail de nos pensées,
à soupeser le pour et le contre,
pour finalement nous ignorer nous-mêmes. »
(M. Tout-le-Monde, 20-10-2004.)

Entrée en matière

Les tribunes libres des médias ont ouvert toutes grandes leurs boîtes téléphoniques. Le Québécois-Français s’en est donné à cœur joie. Quoi qu’on dise ou quoi qu’on pense, ça parle un Québécois : les pour, les contre, les hésitants, les humanistes, les gauchistes, les droitistes, les libéraux, les conservateurs, les autonomistes et tous les autres qui se rappellent le passé, si bien qu’on ne peut pas dire que la question de la souveraineté du Québec n’intéresse personne.

« Tout le monde en parle. » Il suffisait de tenir un débat public. C’est tellement pla-i-i-i-sant ! Comme le Parti québécois en a l’habitude et l’expérience, la mayonnaise a bien pris en fin de semaine dernière et ce, une fois de plus. Cependant, nous sommes le jeudi 21 octobre et déjà, les petites convulsions souverainistes de l’ouragan Péquisto iront se perdre dans les méandres et les vicissitudes de l’action politique et des débats parlementaires.

Monsieur Landry se cherche, se palpe et se lance à l’assaut du Mont Tabor. N’est-il pas écrit dans la Bible : « Sur le Mont Tabor, nous comprenons mieux que le chemin de la croix et celui de la gloire sont inséparables. En accueillant jusqu'au bout le dessein du Père, dans lequel il était écrit qu’Il devait souffrir pour entrer dans sa gloire (cf. Lc 24, 26), le Christ anticipe l'expérience de la lumière de la résurrection. » Citation allégorique qui cadre bien avec le happening du dernier conseil national du parti québécois. M. Landry ne fait qu’attendre sa résurrection en espérant atteindre la gloire qu’il désire secrètement et que le peuple doit même lui offrir uniquement pour ses états de service même s’il ne croit pas à l’indépendance du Québec.

Le règne de la confusion ou diviser pour régner ?

Puisqu’on aime parler de l’indépendance du Québec, quelqu’un, une espèce de monsieur Tout-le-Monde, me racontait que tout ce qu’il ajouterait au texte quand on parle de monsieur Landry, qui croit-il, ( et il le croit ! )... c'est que maintenant, il propose lui-même la tenue d'un référendum (au plus tard dans la première moitié d’un mandat où le Parti québécois serait évidemment au pouvoir ), une constitution temporaire, un hymne national, l'envoi d'équipes aux couleurs du Québec participer aux événements sportifs internationaux, la proposition d'un accord économique en vue d’un partage équitable du patrimoine « commun » ainsi que la garantie de la libre circulation des biens, des capitaux et des services entre les deux pays. Voilà tout un programme ! Toutefois, il va sans dire que cet accord ne constituerait nullement une condition d'accession du Québec à la l’indépendance... On comprend que monsieur Landry ait été nerveux... ( c’était visible à la télévision et dans ses entrevues ). Quelqu’un a même raconté qu’il n'aimerait pas avoir commis le lapsus de l'indépendance illégitime ! Aux dernières nouvelles, le chef de la loyale opposition de Sa Majesté a fait encore volte-face et n’est plus d’accord pour s’engager formellement à tenir un référendum sur la souveraineté avant la mi-mandat d’un prochain gouvernement du Parti québécois. Je connais des militants qui vont être ravis ! (Cf. RÉF. no 1.)

Pierre Foglia, qui s’y connaît en Jeux olympiques tout comme en sarcasmes et en ironie, écrivait dans La Presse de mardi dernier : « D’envoyer une équipe du Québec aux Jeux olympiques ! Ben tiens ! Le problème, c’est que je ne vois pas très bien qui acceptera de marcher derrière la chaise roulante de Chantal Petitclerc à la cérémonie d’ouverture. Sûrement pas Despaties. Émilie Mondor ? M’étonnerait. Macrozonaris ? C’est sûr, Macrozonaris ! » (RÉF. no 2.)

Quant à l’hymne national du Québec, Foglia a aussi son mot à dire sur le même ton. « Mais le coup de génie de ce formidable week-end pour l’avancement de la souveraineté du Québec, écrit-il, c’est d’avoir suggéré, et ça presse, l’adoption d’un hymne national. Voilà ce qui s’appelle avoir le sens des priorités. Dites-moi, je suis curieux, cela vous est venu à la suite d’un brain storming ou y’en a un d’la gang qui est allé suivre un atelier de gestion créative à l’UQAM ? » (Ibid.)

Comment sortir du pétrin d’un Québec en pleine décomposition étatique, probablement social, demain économique, après-demain culturel, et ensuite... plus rien ! Encore une fois, Foglia a une idée. S’adressant au Conseil national, il déverse son fiel : « Et pendant ce temps-là, vous parliez de quoi, déjà, dans la bulle de votre Conseil national ? De foncer dans le mur. Bravo ! » (Ibid.,)

Foglia est-il le seul à s’emporter, à pester ou à vociférer contre des hommes d’action qui semblent marcher dans un désert d’idées et dont seul le délire peut expliquer la conduite. Réponse de Foglia : « Attristé plus encore que consterné. [...] Après tout, c’est la fin de mon parti qu’on m’annonce ici. » (Ibid.)

« ... Ce pays [le Québec] est Autre que celui dans lequel il ne parvient pas à se fondre. Mais par ailleurs de moins en moins convaincu que mon sentiment est partagé, ou le sera prochainement, par une majorité de Québécois. » (Foglia, Ibid.)

Croyez-vous Foglia moins souverainiste que Bernard Landry ? Qui de tous les deux veut le plus la souveraineté du Québec ? Si Foglia ne comprend pas monsieur Landry, il se peut que ce dernier ne sache pas exactement ni ce qu’est l’indépendance ni en quoi consiste un Québec indépendant.

Notre monsieur Tout-le-Monde, finalement, ne sait pas plus où donner de la tête. Il risque même de perdre la raison. « C'est fou, dit-il, je ne suis pas capable de ramasser ma pensée tellement c'est fou. Une espèce de névrose de répétition. » Monsieur Landry ne veut pas faire comme Pierre-Marc Johnson. Ce que PMJ aurait dû dire avec la mise au rancart de l'article 1, c'est que lui n'y croyait pas et que ceux qui y croyaient devaient aller militer dans d’autres mouvements jusqu'à ce qu'une majorité se dégage... Monsieur Landry ne veut pas abroger l'article 1, car cette opération lui paraît trop dangereuse. Comme il ne voulait pas abroger la souveraineté-partenariat-politique, même s’il savait que c'était impossible à réaliser. Cette opération lui apparaissait trop risquée. Les partis politiques avancent avec des masques et tiennent donc des discours masqués ! Chacun sauve sa peau comme il le peut !

« La société québécoise doit-elle retourner en arrière
pour faire plaisir à sa classe politique qui l’ignore souverainement ? »

Ils faut lire ou écouter les tribunes d’opinion pour se rendre compte que le Québec rage et que les Québécois sont en maudit de toutes sortes de manières. Les trois ou quatre partis politiques qui prétendent revendiquer le mandat de nous représenter sont totalement dans les patates. Ils font de la politique atrophiée au plan social, tout autant qu’au plan national parce qu’ils croient tous que l’un peut exister sans l’autre et vice-versa. C’est la bonne vieille tradition fédéraliste optimiste ou le bon vieux fond nationaliste souverainiste optimiste des péquistes et des bloquistes. Maurice Duplessis et son Union nationale étaient moins naïfs que tout ce beau monde instruit d’aujourd’hui qui croit penser pour nous et ne pas vouloir comprendre la force irrépressible et profonde du sentiment national des Québécois-Français. La société québécoise doit-elle retourner en arrière pour faire plaisir à sa classe politique qui l’ignore souverainement ?

Est-ce le retour du pendule chez les péquistes ?

Pour monsieur Tout-le-Monde, on revient aux stratégies de 1974, où les militants(es), qui ne faisaient pas plus confiance qu’il ne fallait aux futurs élus, avaient exigé qu'avec l'étapisme, un référendum devait obligatoirement se tenir durant le premier mandat. Même si nous n'étions pas prêts, nous l'avions promis, nous l’avons donc tenu ce référendum ! Et parce que nous n’étions pas prêts, nous avons dénaturé la question pour rassurer ceux que nous n'avions pas été voir pour bien leur expliquer notre projet, parce que nous étions trop occupés à bien gouverner une province. Nous n'étions pas prêts et nous avons été au front avec toutes les édulcorations possibles pour rassurer tout un chacun. Nous avons perdu et le Québec a reculé un an plus tard, emberlificoté par les manigances de Trudeau. L'exercice ne pouvait avoir aucune valeur pédagogique, pour la bonne et simple raison qu’ il ne portait pas sur l'indépendance, mais sur l'association ou plutôt sur la volonté de confier au gouvernement québécois le mandat de négocier une nouvelle entente avec le Canada.

Or, que dira monsieur Landry, une fois au pouvoir, après que les sondages lui auront signifié qu'il perdra « son » référendum ? Dira-t-il, comme en 1995, qu'il ne veut pas être « le commandant en second de la cavalerie légère qui va mener ses troupes à l'abattoir » ? On ne commande pas à ses troupes d'aller à l'abattoir, à moins d'être suicidaire...et de trouver que les défaites sont de peu de conséquences. S’il est élu aux prochaines élections, il dira qu'il ne peut pas moralement tenir un référendum et il aura raison, mais nous, nous aurons perdu tout ce temps à attendre... dans l'obsession référendaire. Bref, retour à la case départ, toujours emmêlés dans les référendums, pour ne pas déplaire aux militants et militantes qui sont, avec leurs chefs, engagés dans une fuite en avant interminable, au lieu de s’engager à fond dans le travail sur le terrain et dans les cuisines, à parler de la nature de l’indépendance et de sa nécessité absolue dans un monde où la mondialisation voue les peuples dépendants à un avenir très incertain.

Le mot référendum me donne des boutons, et pour cause ! Ce n'est qu'une fois que le travail de persuasion est accompli et qu'une majorité veut l’indépendance, qu'on regarde quel est le meilleur moyen de récolter les fruits de ce travail et le meilleur moment de le faire.

Par conséquent, décréter des années à l'avance que le meilleur moyen de récolter les fruits d'un travail qui n’est pas encore accompli aura lieu à telle date, après deux ans...avant deux ans, ma foi, c'est de la politique fiction ! Pensons à l’indépendance dans 1000 jours ou dans les 5 ans ! C’est comme tout ce qui sort de ce cerveau incapable de planifier un travail à long terme d’ensemencement, un travail à long terme pour faire avancer la souveraineté, l'indépendance, dans le terreau fertile, mais en friche du peuple canadien-français devenu québécois, avec l'apport des communautés culturelles, celles qui adhèrent à la culture française et à l'histoire de notre peuple.

Essayer de comprendre demande beaucoup de perspective, beaucoup de réflexion, beaucoup de connaissances en nous-mêmes, en notre histoire, parce que nous nous berçons d’illusions étranges que nous sécrétons. L'obsession référendaire, l'obsession que le travail se fera quand nous serons au pouvoir, l'obsession de prendre le pouvoir provincial, l'obsession de promettre aux militants tout ce qu'ils veulent entendre quand on sait qu'on ne le fera pas, une fois au pouvoir, ou que cela n'engage pas vraiment, sauf que, tout cela ne fait que détruire la beauté de l'idéal de l'indépendance, le salir, le ravaler à un vulgaire objet de marketing pour illusionner des militants frustrés, écoeurés, et coupés du « peuple » québécois, à mille lieues de la réalité actuelle. Et tout le monde s'en fout… pourvu que l'on prenne le pouvoir !

Quand la souveraineté devient l’OBJET d'une course, on voit que l'on s'aligne sur n'importe quoi. Le PQ est devenu un parti politique trop tôt et nous récoltons les fruits absurdes des erreurs pédagogiques qui en ont découlé. Nous récoltons les fruits de nos erreurs d'orientation. Et nous sommes loin, très loin d'en être sortis(es).

Tant et aussi longtemps qu'une majorité ne voudra pas l'indépendance, toutes les astuces, tous les hochets, « budget de l'an 1 », constitution, hymne national, etc., d'un parti politique qui ne peut à la fois vouloir bien gouverner une province et lutter efficacement pour l'indépendance, ne feront que jeter de la consternation, de la confusion et tout le monde n’en veut plus rien savoir, il s’en lave les mains et il s’en fout.

En quelques mots, ces gens-là nous conduisent loin de notre objectif ; ils vont finir par tuer tout désir d’indépendance chez les Québécois et les Québécoises. Alors, le Québec aura succombé une énième fois sous le poids de son annexion. Néanmoins, le sentiment d’être distinct pour la nation québécoise perdure profondément encore dans la population québécoise française. Or, c’est sur ce sentiment que les nationalistes les plus lucides devront bâtir le Québec indépendant sur des fondements clairs de l’indépendance.

Bruno Deshaies

RÉFÉRENCES :

(1) Robert DUTRISAC, « Landry change son fusil d'épaule. Plus question de s'engager à tenir un référendum avant la mi-mandat. » Dans Le Devoir, mercredi 20 octobre 2004.

(2) Pierre FOGLIA, « La souveraineté en chantant. » Dans La Presse, mardi 19 octobre 2004, p. A5.