«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 195

UN MONDE IRRÉEL

Quand allons-nous cesser de nous illusionner ?

Bruno Deshaies
jeudi 25 novembre 2004

« DESTINATION 2025
Nous sommes en 2025,
bienvenue dans un Québec
où l’on vit mieux . »
(« L’Avenir, résolument ! »

Dites-moi que je délire. Le Québec vit presque dans un monde surréaliste. On parle de tout. On parle de rien. On a couvert la campagne présidentielle américaine comme si on était nous-mêmes des citoyens américains des États-Unis. On a manifesté notre dégoût du Président Bush. Kerry, Kerry, Kerry, un homme complexe qui parle le français contre un Bush, le cow-boy texan, baragouinant l’espagnol. Tout a été dit. Mais qui a tout lu ? Un déluge d’information presque tous les jours. Un point à la ligne.

Dans le domaine international, les Québécois sont des voyeurs, représentés qu’ils sont par des fonctionnaires d’une autre nation. Ils connaissent donc une vie extérieure par procuration. Dans nos universités, nous avons des chercheurs qui se contentent d’être des observateurs, dans des chaires grassement subventionnées pour faire l’apologie du fédéralisme et de l’unité canadienne. Dans le monde médiatique, les nouvelles se répondent au rythme des informations des agences de presse. Finalement, les voyeurs, les observateurs et les chroniqueurs se satisfont de parler des problèmes du monde. Annexé au Canada-Anglais, protégé par le Canada-Anglais, puis dominé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par l’État fédéral canadien, le gouvernement du Québec administre un État provincial amputé, entre autres, des grands pouvoirs reliés aux relations internationales que peuvent entretenir les pays indépendants.

Les Québécois assistent béatement en provinciaux aux activités de politique internationale du Canada. Les chaires de recherche du Canada sont dans ce domaine des « sociotrons » (voir NOTE no 1) au service des politiques nationales et internationales du Canada. Pendant que les Québécois rêvent et s’imaginent leur pays, le Canada-Anglais se bâtit et se défend chez lui et dans le monde. Il veut surtout garder sa place dans le monde. C’est la confirmation de son existence ! Il la défend bec et ongles pendant que les Québécois jouent les don Quichotte.

Est-il besoin à chaque jour de nous faire croire que nous sommes capables, que nous pouvons tout faire, que nous sommes prêts ou que nous avons de l’ambition ? Pourrions-nous évaluer les dangereuses limites de nos moyens collectifs dont celui, entre autres, de ne gouverner qu’un État provincial ? La société québécoise va-t-elle continuellement trébucher sur des projets de société qu’elle peaufine à chaque congrès politique, à chaque élection ou un peu partout dans les réunions de nos sociétés savantes ? Prenons quelques exemples récents de nos lubies collectives.

Le livre. Depuis 2001, l’UNESCO a proclamé le 23 avril de chaque année Journée mondiale du livre. Depuis ce temps, elle choisit une capitale mondiale du livre. Pour 2005, Montréal deviendra la cinquième capitale mondiale du livre des 23 avril 2005 au 22 avril 2006 après Madrid, Alexandrie, New Delhi et Anvers en 2004.

Dans un article soporifique publié dans Le Devoir du 17 février 2004, Caroline Montpetit nous a annoncé l’événement (cf. NOTE no 2). Son article reflète les clichés habituels des Québécois, mais surtout des Montréalais qui considèrent que « le Québec est l'un des endroits les mieux organisés « au monde » en matière de distribution de livres », ce qui est le contraire de la vérité. Le président de l’ANEL voit dans un tel événement un impact favorable sur la visibilité du Québec littéraire à l'étranger (par exemple, le Printemps du Québec à Paris en 1999 ou la présence du Québec comme invité d'honneur à Guadalajara au Mexique en 2003). (Voir NOTE no 3.)

Nous sommes très habiles au Québec à multiplier les coups d’éclat. Nous nous comportons comme tous les faibles de ce monde. Nous agissons souvent à la manière de la grenouille dans la fable « La Grenouille et le Bœuf ». Nous voulons paraître, mais sommes-nous ce que nous voulons être réellement ? Comme dans la fable, la grenouille qui a voulu se montrer plus grosse que le bœuf a produit un effet dévastateur. Ô malheur ! Elle éclata. Morale :

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.
(La Fontaine)

Toujours en ce qui a trait au livre, quand l’achat de grammaires de trop pose des problèmes sérieux de gestion et de financement, que l’état des bibliothèques municipales et scolaires ou que la politique du livre et de la lecture soulèvent de graves difficultés de financement, peut-on réellement pavoiser ? Ou encore, que l’ex-éditeur Alain Stanké fasse remarquer dans une lettre publiée par Le Devoir qu’il a « l’impression que nous nous acheminons lentement mais sûrement vers le jour ou le nombre des artisans du livre (auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, graphistes, correcteurs, imprimeurs, distributeurs, soldeurs, etc.) dépassera celui... des lecteurs. [...] Il est illusoire de défendre l’édition si on ne s’efforce pas en même temps d’élargir le public lecteur. » (NOTE no 4.) La conclusion va de soi : « Le jour où il n’y aura plus de lecteurs, il n’y aura plus d’industrie du livre. » (Ibid.) Tel est la loi d’airain de l’offre et de la demande. Voilà pour l’industrie du livre.

Quant aux créateurs de livres, « surprendre, déranger, selon Alain Stanké, est le propre de la création qui ne répond pas à une demande préexistante. Elle la suscite. » (Ibid.) En ce sens, la culture n’est pas qu’une industrie, elle relève par conséquent d’autres règles qui se rapportent au processus de communication. Elle est plus complexe parce qu’elle met en cause deux sujets uniques. Pour que le processus fonctionne, il faut une culture, un milieu, un environnement humain, un climat social, un état d’esprit, bref un contexte politique global qui favorise, encourage et rehausse le prestige de la lecture et du livre. Dans ce cas, l’ordre des moyens appartient à la société tout entière. En ce moment, la société québécoise semble s’être arrêtée, dans une espèce de fixation maladive, aux livres de recettes et aux recommandations de quelques gourous de la culture québécoise à Montréal.

Le cinéma. Le film Nouvelle-France a fait l’objet d’un tapage médiatique digne des 33 millions investis pour le réaliser. Dans un premier temps, il fallait faire la promotion. « Or, depuis quinze jours, écrit Pierre Foglia, tous les journaux, toutes les émissions de télé et de radio en font une promotion tous azimuts. La vedette du film, son réalisateur, Depardieu à travers tout ça... » (NOTE no 5). Pendant ce temps, aucune critique, aucune objection. Si vous ne connaissez pas le truc, Foglia s’est permis de nous expliquer « comment ça marche ». Voici la réponse qu’il nous donne : « L’industrie (les distributeurs, dans le cas des films) impose un embargo aux médias. Venez voir le film, mais pas le droit d’en faire la critique avant sa sortie officielle. Venez faire des entrevues avec les acteurs, avec le réalisateur, parlez-en le plus possible, mais pas de critique. Ça donne des bonnes entrevues, du bon stock en général sur le métier de réalisateur, sur la carrière d’un acteur en particulier, sauf qu’il manque quelque chose : c’tu bon ou pas ? » (Ibid.) Dans un deuxième temps : la critique. D’après Foglia : « cela va de mauvais à complètement nul et ridicule ». Dans l’hypothèse d’un fiasco, est-ce que le but de ce scénario médiatique nous attirera malgré nous à aller voir le film ? De toute façon, que le public aime ou non le film, l’expérience cinématographique appartiendra à tous ceux et celles qui auront travaillé à sa réalisation. Ce qui serait regrettable et inacceptable consisterait à ne pas vouloir analyser les raisons de l’insuccès. Le public devrait savoir au lieu d’être maintenu dans l’ignorance ou dans des mirages. Mais à quoi bon.

La politique.

Le 29e Congrès du Parti libéral du Québec nous a étalé beaucoup de promesses. La première : « Et si nous nous donnions les moyens de réaliser nos rêves. » La deuxième : « Le monde change, le Québec aussi. » La troisième : « L’Avenir, résolument ! » La quatrième : « Briller parmi les meilleurs. » La cinquième : « Réflexion sur le Québec de 2025 ! » (vidéo 7m37s)

Source : http://www.plq.org/congres

Source : http://www.plq.org/
« Le Québec sera fort au sein de la fédération canadienne, et bénéficiera d'un État moderne et efficace. »

Il n’est pas facile de gouverner le Québec. Des questions fondamentales se posent tant à l’intérieur du régime politique que sur le régime. Des questions de société que toutes les sociétés modernes vivent et qui engendrent des conflits sociaux dont l’arbitre suprême est souvent l’État lui-même. Des questions reliées à la vie et aux conditions de vie ne trouvent pas toujours de réponses adéquates. Les conflits sociaux entraînent des séquelles que seule la société, ses membres, ses institutions et ses représentants démocratiques peuvent résoudre au mieux et pour le bien commun. Toutes ces réalités ne sont pas de l’ordre du rêve, mais de la résolution de problèmes et de l’ordre du jugement pratique.

Les partis politiques, entre autres, n’échappent pas à la nécessité de faire une lecture lucide de la société qu’ils gouvernent ou qu’ils auront un jour à gouverner s’ils prennent le pouvoir. Parmi les nombreuses réflexions entreprises par le Parti libéral du Québec, celles qui concernent la présence du Québec au Canada, dans les Amériques et dans le monde ont fait l’objet d’une prise de position. En ce qui regarde la question de la langue commune, le document de travail Mieux vivre au Québec a donné la première version que vous pouvez lire ci-dessous.

5. Un Québec omniprésent au Canada, dans les Amériques et dans le monde
Le français, la langue commune des Québécois, ainsi que sa qualité sont devenus source de fierté pour tous les citoyens. La communauté anglophone a conservé ses droits historiques et ses institutions, et a maintenu son poids démographique. (« L’Avenir, résolument ! Mieux vivre au Québec. » Page 11.)

Cette vision du français, « langue commune des Québécois », a pris cependant une allure différente à la suite de la plénière du congrès. Ce qui a donné une deuxième version qui devrait servir de cadre général au gouvernement libéral dans l’exercice de ses responsabilités politiques. Voici ce qu’est devenue la première version.

5. Un Québec omniprésent au Canada, dans les Amériques et dans le monde ;
qu’à cette fin :
5.1 il réaffirmera l’identité comme une mission essentielle de l’État ;
à cette fin :
5.1.1 il s’engagera dans une promotion soutenue et durable de la qualité de la langue française et soutiendra son développement et son rayonnement notamment dans les médias, les sciences et dans les technologies ;
5.1.2 il continuera à promouvoir l’importance d’une culture forte et vivante qui passe nécessairement par le soutien historique et indéfectible aux créateurs québécois ;
(29e Congrès du PLQ à Montréal, Mieux vivre au Québec ! : Proposition de résolution – cadre générale. Telle qu’adoptée en plénière. Page 20.)

De l’ordre des principes à l’ordre de l’action gouvernementale, le glissement de sens est évident. De la défense du français comme langue commune, la proposition se transforme en un engagement à promouvoir « la qualité de la langue française ». Si la « Destination 2025 » est celle-là, elle risque fort de créer de nouvelles tensions linguistiques supplémentaires dans la société québécoise. Il n’est certainement plus question du poids démographique du Québec-Français. On voit mal comment le gouvernement provincial actuel avec des ressources financières limitées pourrait mener le combat de la langue sans trébucher sur les mérites et les valeurs du bilinguisme sociétal.

De toute façon, cette question comme toutes les autres sont assujetties au cadre fédéral canadien. Il semble de plus en plus que ce que peut faire de mieux le gouvernement du Québec est de rêver, d’imaginer. Le Parti libéral n’est pas le seul à agir de cette manière. Même le Bloc québécois raisonne à peu près de la même façon et le Parti québécois tient un discours si compliqué qu’on se demande où il s’en va. Ces trois partis politiques travaillent dans l’imaginaire d’une société fictive. Ils sont protégés par le gouvernement central qui gère le Canada avec tous les pouvoirs d’un État souverain et d’une base provinciale qu’il met à son service. Les Québécois peuvent s’imaginer que cette situation est toute fausse. Il n’en reste pas moins que le véritable « esprit fédéral » au sens où les autonomistes l’entendent ne s’est jamais inscrit dans les mécanismes de fonctionnement du fédéralisme canadien.

Le fédéralisme. Cette formule politique adoptée par les Pères de la Confédération canadienne visait à réunir dans un grand tout les territoires et les populations qui existaient alors au nord du 45e parallèle ainsi que celles qui s’y ajouteraient ultérieurement. Ce Dominion of Canada a été créé pour maintenir et consolider les liens d’est en ouest de cette colonie britannique afin d’assurer sa défense contre les États-Unis tout en demeurant dans l’empire britannique. Non seulement les Québécois ont été annexés à l’État fédéral canadien, mais ils ont été aussi soumis à la tutelle de l’empire britannique. L’échec du projet de Fédération impériale a conduit à l’autonomie des Dominions. Or cette autonomie n’a pas donné plus de pouvoir au Québec et le Québec n’est pas devenu indépendant pour autant après le Statut de Westminster en 1931.

Les illusions du chanoine Lionel Groulx ne doivent certainement pas nous servir de modèle soixante ou soixante-dix ans plus tard (NOTE no 6). En revanche, la position de l’historien Maurice Séguin demeure incontestable jusqu’à ce jour si l’on comprend bien cette constatation qu’il énonce sur le Canada depuis 1867. « Être minoritaire, soutient-il, dans le gouvernement central à 45 %, à 36 %, à 25 % ou à 23 %, voire même à 20 %, ne fait pas grand différence. Car dès qu’un peuple est mis en minorité, la réalité du pouvoir central lui échappe. » (NOTE no 7.)

Monsieur Benoît Pelletier (Photos Denis Boisvert) Collaboration: Antoine Godbout. 5 novembre 2004

Les défis que désire relever monsieur Benoît Pelletier, ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones, sont nobles et stimulants. Cependant, il ne peut à lui seul refaire l’histoire si, paradoxalement, il se positionne d’après le principe fédératif. Même s’il est mieux armé d’une façon politico-judirico-constitutionnelle, comme Lionel Groulx avant lui, il s’illusionne sur sa vision de la décentralisation du fédéralisme canadien. Son combat à cet égard n’aura d’égal qu’une plus grande méfiance du gouvernement fédéral et du Canada-Anglais à l’endroit du Québec. Le monde réel ne doit pas nous échapper. L’intérêt national du CANADA s’est exprimé et s’est imposé à l’intérieur du Québec en dépit des tiraillements au sein de la grande famille canadienne et dans les relations fédérales-provinciales bien que la négociation demeure toujours « ouverte », pour ne pas dire conflictuelle, entre les parties.

Le ministre Pelletier croit fermement à l’esprit fédéral. C’est son droit. Il croit aussi à la défense des intérêts du Québec comme province. Ce qui est tout à fait compatible avec ses principes politiques. Il comprend les grands enjeux du fédéralisme canadien. Cependant, il s’obstine comme tous les défenseurs du principe fédératif à soutenir cette idée, même si les faits contredisent leur point de vue. Consciemment ou inconsciemment, il défend une idéologie du vivre ensemble même si cette vie aggrave constamment les possibilités de liberté collective, de maîtrise de ses propres affaires et finalement de l’agir par soi collectif d’une nation selon ses propres finalités nationales. Les Québécois ressentent ce besoin au plus profond d’eux-mêmes. Tenter de contourner cette réalité, c’est véritablement faire la politique de l’autruche dans tous les domaines de la vie collective québécoise.

Les assises de la pensée du ministre Benoît Pelletier sont solides. Il croit qu’il a raison. C’est pourquoi il tente d’expliquer à ses compatriotes canadiens-anglais le bien-fondé de son option fédéraliste. Il a le droit d’agir ainsi. Il n’est pas le premier et il ne sera hélas pas le dernier. Toutefois, sa lecture de l’histoire des deux Canadas est biaisée. S’il réalisait à quel point le Canada-Anglais ne cédera jamais aux pressions ou au chantage du Québec tant et aussi longtemps que le gouvernement du Québec respectera le partage des compétences, il admettrait que la lutte pour l’autonomie provinciale a fait à ce jour le plein de ses possibilités. Tout le reste devient de la technocratie et de la bureaucratie.

Le porte parole et le défenseur du fédéralisme asymétrique espère parvenir à exercer « la pleine capacité du Québec à gérer les ressources et les ententes qui seront dorénavant signées entre les provinces et ce, sans changer la Constitution canadienne » (NOTE no 8). Cette intention est bonne, mais il ne faut pas être un grand devin pour remarquer que la constitution canadienne continue sur son erre d’aller sans tellement se soucier des affrontements intergouvernementaux. Le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral n’est pas une invention de la dernière décennie ni de Paul Martin. Sous l’aspect budgétaire du fonctionnement de la fédération canadienne et de l’évolution des dépenses entre le Québec et le Canada, le Québec est « déclassé surtout en temps de guerre ». Le rapport des dépenses entre les deux gouvernements tombe à moins de 2 p. cent. En revanche, « le Québec semble dépenser, en temps ordinaire, un peu moins de 10 % de ce que dépense l’ensemble des gouvernements du Canada. Il est normal qu’une population de l’ordre de 25 p. cent ait une emprise sur le budget du système fédéral qui soit d’environ 10 p. cent. » (Cf. NOTE no 9.) Ce rapport de forces n’a pas substantiellement changé puisque les provinces se plaignent du déséquilibre fiscal qui existent entre elles et le gouvernement central (cf. RÉF.).

Dans le champ constitutionnel, le Canada a continué à fonctionner et à imposer la nouvelle loi constitutionnelle issue du rapatriement de la constitution en 1982. D’ailleurs, cette nouvelle loi est dans le droit fil des intentions des Pères de la Confédération canadienne, soit de maintenir une très forte centralisation gouvernementale entre les mains du gouvernement central. Malgré le refus du Québec de reconnaître cet état de fait, les cours de justice appliquent en droit les amendements constitutionnels ainsi que les autres modifications survenues depuis 1982 (cf. NOTE no 10). L’esprit fédéral a un sens et un seul : CONSOLIDER L’UNITÉ CANADIENNE.

Le partage fédéral. Dans le cadre d’un colloque tenu le 6 février 2004 par la Faculté de droit de l’Université de Toronto qui portait sur la « Redistribution au sein de la fédération canadienne », le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, a dressé un survol très étoffé des empiétements du gouvernement canadien sur les champs de compétences des provinces. Ce plaidoyer favorable au partage fédéral, mais dans le respect des compétences des provinces, est-il réalisable compte tenu de la nature de la constitution canadienne de 1867 et de ses modifications jusqu’en 1982, puis après... Le ministre n’a pas de réponses, il a surtout des questions à formuler. Il déclare : « J’ai pour ma part beaucoup de mal à concilier l’idée d’un pouvoir fédéral de dépenser qui ne soit nullement soumis au partage des compétences avec les valeurs à l’origine de la fédération canadienne. [Ici, le ministre se fait illusion.] Une telle conception des choses ne va-t-elle pas à l’encontre même de l’esprit fédéral ? L’exercice d’un tel pouvoir de dépenser ne revient-il pas, en effet, à permettre au gouvernement fédéral de faire indirectement ce que la Constitution est censée l’empêcher de faire directement ? Un tel état des choses est-il normal dans un régime constitutionnel qui se respecte ? » (NOTE no 11 et comparaison avec RÉF.)

Avec de telles questions, le ministre annonce sûrement un nouveau round de négociations constitutionnelles. Mais il n’en est pas question, car il croit dur comme fer à l’« esprit fédéral ». Or, l’esprit fédéral au Canada c’est l’unité dite nationale dans laquelle, même la diversité culturelle du Québec, ne fait pas de différence. Le Québec est une province comme les autres et selon Ottawa, il n’y a qu’une seule nation au Canada : la nation canadienne. D’autres choix sont possibles, mais le Parti libéral du Québec ne veut pas les envisager. L’avenir est bloqué pour l’État du Québec, sauf qu’on ne veut pas le croire. Deux États indépendants dans un même système politique est une aberration. Ce raisonnement est aussi vrai pour la pensée adéquiste, bloquiste et péquiste.

Les différents sujets que nous avons résumé dans cette chronique montrent à quel point les Québécois s’illusionnent sur leur situation. Tant qu’ils ne poseront pas le problème dans les termes d’une conception de l’intérêt national, ils continueront à n’être que des voyeurs et des observateurs (cf. RÉF.) de leur propre histoire au lieu de la FAIRE.

Le Québec doit sortir de sa bulle d’État provincial. Par conséquent, il lui importe d’entreprendre une démarche systématique fondée sur les rapports de forces et l’analyse de la réalité objective de ses forces et de ses faiblesses. Il est vain de fabuler sur un avenir en l’an 2025, si la situation nationale actuelle n’est pas transformée radicalement.

Le statu quo, c’est le régime fédératif ; l’avenir, c’est l’agir par soi collectif dans un État souverain. La deuxième option obligera les Québécois à vivre dans un monde réel au lieu de vivre sous la tutelle d’un autre gouvernement qui agit à leur place, en fait qui les remplace sur toutes les grandes questions que doivent résoudre les nations indépendantes. L’indépendance nationale est un travail de terrain et non un jeu de l’esprit et d’abstractions absconses.

Bruno Deshaies

RÉFÉRENCES :

Bruno DESHAIES, « Le Québec libéré des entraves du fédéralisme. « Imaginer le Québec souverain. » VIGILE.NET. Chronique du jeudi 28 octobre 2004.

NOTES :

(1) Ce mot est calqué sur celui de phytotron. Il pourrait signifier en sciences humaines le fait d’un laboratoire spécialement aménagé et équipé pour l’étude de phénomènes sociaux, nationaux et internationaux à des fins de politique nationale et internationale. Aux États-Unis, il existe en ce moment un U.S. Committee for the Sociotrontm.

(2) Caroline Montpetit, « Montréal : capitale mondiale du livre en 2005. » Dans Le Devoir, mardi 17 février 2004.

(3) Bruno Deshaies, « ¡ Voilà Québec en México ! Les tenants et aboutissants d’une Foire internationale du livre, de la culture et même de l’économie. » VIGILIE.NET, Chronique du jeudi 4 décembre 2003.

(4) Alain Stanké, « Montréal, capitale mondiale du livre. Une capitale où l’alarme doit sonner. » Le Devoir, samedi et dimanche, 13 et 14 novembre 2004, p. F3.

(5) « La vie mon vieux et la télé. » Dans La Presse, mardi 23 novembre 2004, p. A5.

(6) Voir L’Idée d’indépendance, Montréal, L’Action nationale, 1948, 175 p.

(7) Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin. Éditeur, 1997, p. 403.

(8) Entretien avec monsieur Benoît Pelletier. Gatineau – 5 novembre 2004.

(9) Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, Éditeur, 1997, p. 405.

(10) Gouvernement du Canada, Bureau du Conseil privé, « Histoire de l'évolution constitutionnelle du Canada. » Comprendre le point de vue du gouvernement canadien sur l’évolution constitutionnelle du Canada constitue une nécessité pour les Québécois. Fait à noter : cette synthèse est classée sous la rubrique : « Affaires intergouvernementales. Dossier constitutionnel et dossier de l'unité. Version anglaise : « The Constitutional File and the Unity File. »

(11) « Remise en question des fondements du pouvoir fédéral de dépenser. » Allocution prononcée par le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones du Québec dans le cadre du colloque « Redistribution au sein de la fédération canadienne ». Faculté de droit, Université de Toronto, 6 février 2004.