«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 196

LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE

Pour en finir avec le « modèle québécois »

Bruno Deshaies
jeudi 2 décembre 2004

Après les débats sur la Révolution tranquille, nos fédéralistes reprennent le combat sur le modèle québécois. Pour une deuxième année, « Les conférences La Presse Radio-Canada » ont tenu leur colloque le 1er décembre avec la collaboration du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). (Voir RÉF., no 1.)

La 2e Conférence a été consacrée au thème suivant : « Quel modèle pour le Québec ? Inspirations, perceptions, réflexions. » Le président et éditeur de La Presse, Guy Crevier, nous a précisé les objectifs de cette rencontre en insistant pesamment sur l’idée que les organisateurs veulent « favoriser l’émergence et le développement de débats de fond sur les grands enjeux auxquels fait face notre société ». L’objectif principal de cet exercice intellectuel vise à répondre « au besoin manifeste qu’ont les lecteurs et les téléspectateurs d’apprendre toujours plus et de mieux comprendre le monde dans lequel ils évoluent ». Cette intention fabuleuse est un peu mieux précisée par le vice-président principal de la Télévision française de Radio-Canada, Daniel Gourd, qui, lui, soutient que le mandat de Radio-Canada consiste à « informer le public tout en suscitant des discussions, afin de faire évoluer les mentalités et de faire avancer les grands débats », comme si on ne le savait pas. Mais dans quel sens souhaite-t-il faire évoluer les grands débats ? Nous ne le savons pas, mais nous pouvons nous en douter un peu compte tenu de l’orientation de Radio-Canada.

Radio-Canada et le « modèle québécois »

Les Québécois connaissent assez bien Radio-Canada, cette institution capitale de promotion de l’unité dite nationale (ou de la « Canadian unity »), pour savoir qu’une seule face de la médaille y est présentée, discutée et défendue. On comprend pourquoi monsieur Daniel Gourd n’hésite pas à répéter pour bien nous le faire entrer dans le crâne que Radio-Canada a « acquis une réputation de référence incontournable en matière d’information ». Sous-entendu, une information objective et impartiale. Il faut savoir que la Loi sur la radiodiffusion (1991) au Canada est explicite à ce sujet. La politique de radiodiffusion canadienne est exposée clairement à l’article 3 de la loi. Pour les sceptiques et pour tous ceux et celles qui travaillent à Radio-Canada, y compris Guy A. Lepage, Pierre Bourgault, Marie-France Bazzo, René Homier-Roy ou même Claude Charron aujourd’hui, toutes ces personnes et de nombreuses autres, doivent se conformer à l’esprit et à l’objectif de la loi. Que nous dit cette loi ? En voici un extrait :

Politique canadienne de radiodiffusion

3. (1) Il est déclaré que, dans le cadre de la politique canadienne de radiodiffusion :

a) le système canadien de radiodiffusion doit être, effectivement, la propriété des Canadiens et sous leur contrôle ;
b) le système canadien de radiodiffusion, composé d'éléments publics, privés et communautaires, utilise des fréquences qui sont du domaine public et offre, par sa programmation essentiellement en français et en anglais, un service public essentiel pour le maintien et la valorisation de l'identité nationale et de la souveraineté culturelle; [...]

d) le système canadien de radiodiffusion devrait :
(i) servir à sauvegarder, enrichir et renforcer la structure culturelle, politique, sociale et économique du Canada,
(ii) favoriser l'épanouissement de l'expression canadienne en proposant une très large programmation qui traduise des attitudes, des opinions, des idées, des valeurs et une créativité artistique canadiennes, qui mette en valeur des divertissements faisant appel à des artistes canadiens et qui fournisse de l'information et de l'analyse concernant le Canada et l'étranger considérés d'un point de vue canadien,

i) la programmation offerte par le système canadien de radiodiffusion devrait à la fois :

(i) être variée et aussi large que possible en offrant à l'intention des hommes, femmes et enfants de tous âges, intérêts et goûts une programmation équilibrée qui renseigne, éclaire et divertit,
(ii) puiser aux sources locales, régionales, nationales et internationales,
(iii) renfermer des émissions éducatives et communautaires,
(iv) dans la mesure du possible, offrir au public l'occasion de prendre connaissance d'opinions divergentes sur des sujets qui l'intéressent,
(v) faire appel de façon notable aux producteurs canadiens indépendants;
[...]

l) la Société Radio-Canada, à titre de radiodiffuseur public national, devrait offrir des services de radio et de télévision qui comportent une très large programmation qui renseigne, éclaire et divertit;

m) la programmation de la Société devrait à la fois :

(i) être principalement et typiquement canadienne,
(ii) refléter la globalité canadienne et rendre compte de la diversité régionale du pays, tant au plan national qu'au niveau régional, tout en répondant aux besoins particuliers des régions,
(iii) contribuer activement à l'expression culturelle et à l'échange des diverses formes qu'elle peut prendre,
(iv) être offerte en français et en anglais, de manière à refléter la situation et les besoins particuliers des deux collectivités de langue officielle, y compris ceux des minorités de l'une ou l'autre langue,
(v) chercher à être de qualité équivalente en français et en anglais,
(vi) contribuer au partage d'une conscience et d'une identité nationales,
(vii) être offerte partout au Canada de la manière la plus adéquate et efficace, au fur et à mesure de la disponibilité des moyens,
(viii) refléter le caractère multiculturel et multiracial du Canada;
[...]

[3.] (2) Il est déclaré en outre que le système canadien de radiodiffusion constitue un système unique et que la meilleure façon d'atteindre les objectifs de la politique canadienne de radiodiffusion consiste à confier la réglementation et la surveillance du système canadien de radiodiffusion à un seul organisme public autonome.

Est-il besoin d’épiloguer sur cette « mission » de la Société Radio-Canada et du système canadien de radiodiffusion, « composé d'éléments publics, privés et communautaires » (cf. l’art. 3. (1) b) ci-dessus) ? On remarquera aussi, qu’en une trentaine de lignes, les mots canadien, canadienne et Canada se répètent vingt-deux fois. Symboliquement très significatif, n’est-ce pas ? Vous avez compris que le « système », pourquoi pas ne pas dire la « matrice », se doit de « contribuer au partage d'une conscience et d'une identité nationales [canadians] ». Et quel maître, pensez-vous, que la 2e Conférence de La Presse Radio-Canada veut servir ?

Se gratter le « social » dans le but d’occulter le « national » : est-ce une solution ?

À y regarder de près, cette 2e Conférence porte sur des questions assez précises où la question fondamentale de l’indépendance du Québec est très bien circonscrite à l’intérieur de l’option des fédéralistes pour qui le Québec ne peut faire autre chose que de se gratter le « social » dans le but d’occulter sciemment le problème de fond, soit l’objet du « national » pour les Québécois.

Nous savons tous que le thème de cette conférence est usé à la corde. Mais, comme nous aimons discuter et pelleter des nuages sur l’avenir du Québec en 2025, et même 2050, nous pouvons bien nous permettre de gloser abondamment sur les apparences de la société québécoise de demain. Voici comment les organisateurs précisent les objectifs de cette conférence sur le modèle québécois.

Alors que la mondialisation s’accélère, le Québec se trouve à la croisée des chemins. Certains remettent en cause le « modèle québécois », d’autres veulent le sauvegarder à tout prix. Est-il possible pour une petite nation comme la nôtre d’emprunter une voie différente de celle de nos principaux concurrents ? Pour ne pas perdre de terrain face aux États-Unis, à l’Ontario et même à la Chine, devons-nous nous délester de certains programmes sociaux ? limiter les hausses de salaires ? travailler davantage ?

Il s’en trouve pour soutenir que nous n’avons pas les moyens du modèle économique et social que nous avons construit. D’autres sont au contraire convaincus que ce modèle original est un facteur de croissance. À cet égard, quels enseignements pouvons-nous tirer des expériences qu’ont tentées la France, la Suède, l’Irlande, la Catalogne ? (NOTE no 1.)

En lisant le cahier spécial de La Presse (cf. RÉF., no 1), on se rend bien compte que les modèles ne sont ni des modèles mathématiques ni des modèles d’organisation à copier les yeux fermés ni des modèles qui durent dans le temps sans ajustement à aucun autre moment donné de l’histoire (cf. NOTE no 2). De plus, la méthode comparative appliquée à des sociétés différentes ne fait que dresser un tableau de la situation à partir d’indicateurs ou d’éléments de comparaison qui ne sont comparables finalement qu’en partie. En d’autres termes, malgré les exigences du système économique capitaliste, par exemple, nous savons qu’aucune société n’applique ce « modèle économique » à la lettre. Toutes les sociétés n’adoptent pas la doctrine du tout au marché et aux profits dans son intégralité. La vie en société est telle qu’elle commande un travail constant sur l’ensemble des leviers qui lui permettent de s’organiser et de s’adapter à des situations variables, innombrables et souvent imprévisibles.

L’idéal du « modèle québécois » commence à agacer

L’essai de Claude Béland et d’Yvon Leclerc publié dans L’Annuaire du Québec 2004 (RÉF., no 2) traite du modèle québécois. Mais le vrai modèle dont il est toujours question concerne la vie et les conditions de vie en société. Le sujet est loin d’être nouveau. Cependant, notre insistance à encadrer la société québécoise par le biais d’un idéal de « modèle québécois » commence à agacer considérablement. Une société a un présent, mais elle a aussi un passé et un devenir et on peut supposer aussi qu’elle a un avenir. Nos préoccupations dans le présent ne doivent écarter du revers de la main ni le passé ni l’avenir. Une société normale sait faire la part des choses entre le conservatisme et le progressisme ou entre le statu quo et le changement.

Plongés dans le présent, les auteurs Béland et Leclerc pensent que « le renouvellement du modèle [québécois] passe, à [leurs] yeux, par la voie citoyenne, qui mobilise le capital humain des personnes qui forment la société » (RÉF., no 2, p. 84). Cette proposition très générale cadre bien avec les principes de démocratie et de décentralisation. Elle est généreuse sur le plan des valeurs de la vie en société. On ne peut pas vraiment la combattre, car elle exprime les besoins des individus à participer à la vie en société. Même si l’on s’en tient au plan de la hiérarchie des valeurs et de l’équilibre humain, à quoi peuvent ressembler la vie et les conditions de vie en société ? La question est considérable. Peut-être faudrait-il faire appel à un ensemble de normes pour mieux comprendre un certain nombre de faits de société.

Quelques « normes » sur la société

Dans son cours sur Les Normes, le grand historien Maurice Séguin a résumé sa pensée dans son dans son Chapitre premier intitulé : « Vie et conditions de vie » en rapport avec la société. Même si l’exposé est sommaire, il est surtout riche d’enseignement.

1.3.2 Pour la société

1.3.2.1 Interdépendance des aspects de la vie collective

À l’image de l’homme, la vie d’une société ou d’une collectivité humaine comportera, d’une manière difficilement dissociable, différents aspect appelés vie morale, intellectuelle, vie politique, économique, sociale, etc.
1.3.2.2 Chaque aspect est essentiel à l’équilibre de l’ensemble

Chaque facteur, chaque aspect est essentiel à l’équilibre de l’ensemble.
Irremplaçable, chaque aspect constitue une dimension nécessaire dans l’arrangement du tout, pour former une juste combinaison.

1.3.2.3 Des facteurs qui ne sont pas interchangeables
Ces divers aspects ne sont pas interchangeables.
L’organisation culturelle ne dispense pas de l’organisation politique. L’organisation politique ne dispense pas de l’organisation économique…

1.3.2.4 Les tâches dites « inférieures » dominent du moins par leur masse
Même en tenant compte de la hiérarchie des valeurs, une très grandes place est tout normalement occupée par l’organisation économique, politique, etc.

Les tâches dites « inférieures » dominent du moins par leur masse. Dans une société civile équilibrée, respectant la hiérarchie des valeurs, les gestes, les fonctions d’ordre supérieur n’accaparent pas directement et constamment le plus grand nombre d’individus. Une telle société n’a pas l’allure d’une académie de savants, d’une chapelle de poètes, et encore moins l’apparence d’un cloître.

1.3.2.5 Les occupations inférieures servent de base à la vie politique
Les occupations inférieures servent de base, de support, de condition à l’épanouissement des aspects supérieurs de la vie collective.

1.3.2.6 Interdépendance et interaction des forces
Ces idées seront reprises au chapitre traitant de l’interdépendance et de l’interaction des forces dans une société : Dynamique intégrale (interne) de la société (cf. Chapitre deuxième).

Cette idée de l’unité de la société est à la base de la « dynamique intégrale (interne) d’une société ». Cette unité sociale ou ce contrat social, si l’on veut, ne peut être possible sans un rapport étroit entre la hiérarchie des valeurs et l’organisation politique, économique et culturelle. Une société normale ne peut se présenter que sous un aspect, culturel, par exemple, ou politique ou économique ou spirituel ou militaire ou géographique ou démographique seulement.

Une société normale est le produit d’un ensemble d’activités humaines dont la plus grande masse est consacrée aux tâches dites « inférieures ». En somme, « les occupations inférieures servent de base, de support, de condition à l’épanouissement des aspects supérieurs de la vie collective ». Pour comprendre cette conception de la société, il faut saisir l’importance « de l’interdépendance et de l’interaction des forces dans une société ». Or, le plus grand malaise de la société québécoise tient en très grande partie au fait que cette conception est tronquée, qu’elle n’est pas comprise clairement et qu’elle n’est pas complètement appuyée par l’ensemble de la population dans la société.

« Les Québécois doivent se libérer de leur conception étriquée
et de l’État et de la société
pour parvenir à concevoir le NATIONAL
autrement que par la lorgnette d’une conception de provinciaux. »

Dans cette perspective, on peut facilement comprendre que parmi les grands défis signalés par Béland et Leclerc, celui qui relève « des relations entre le Québec et le Canada demeure d’une brûlante actualité ». Les deux auteurs ajoutent : « On ne peut pas faire comme si cette question était définitivement réglée. » D’où la question principale qu’ils soulèvent habilement : « Le Québec dispose déjà de plusieurs leviers majeurs lui permettant d’assumer sa responsabilité nationale : les utilise-t-il pleinement ? » (Voir RÉF., no 2, p. 89.)

Seule une conscience aiguë des Québécois de leur situation d’État et de société annexés pourra leur ouvrir les yeux sur le sort de provincialisés, de subordonnés et de dominés qui est le leur. Les Québécois doivent se libérer de leur conception étriquée et de l’État et de la société pour parvenir à concevoir le NATIONAL autrement que par la lorgnette d’une conception de provinciaux. Pour bâtir le Québec indépendant, il faut s’appuyer sur une conception non équivoque de la société. Il faut fuir les débats de « modèle de société » auxquels nous convient nos penseurs politiques de tendance soit du camp des fédéralistes optimistes ou soit des indépendantistes optimistes. En gros, ces deux camps se rejoignent sur la base de notions générales d’association entre États. Ce qui fait que leurs discours nous embrouillent plus qu’ils ne nous éclairent et nous font perdre beaucoup de temps en débats stériles comme celui que viennent d’organiser les responsables des « Conférences La Presse Radio-Canada ». Vous pouvez comprendre que ces conférences ne sont pas insignifiantes. Elles plaident pour une cause : celle de l’unité canadienne.

Le « Modèle » de l’indépendance

C’est pourquoi il est de beaucoup préférable de se pencher sur le concept de société que sur celui de modèle. De toute façon, chaque société a un quelconque « modèle » de fonctionnement. Mais les sociétés qui possèdent le « Modèle » de l’indépendance ne raisonnent pas comme des provinciaux. En gros, ces sociétés ont à leur service un État souverain ce qui leur permet de mieux s’affirmer dans le monde. La différence entre le « modèle » d’une société annexée et celui d’une société indépendante fait l’objet des explications qui suivent.

Une société est un organisme à la fois « un » et complexe. Par son organisation, une société civile est un tout comme la collectivité qui la constitue. On y reconnaît des aspects intimement liés les uns aux autres. Le politique, l’économique et le culturel, ces trois forces majeures de la dynamique intégrale (interne) de la société, sont inséparables. Chacune de ces « forces » a autant d’importance prise isolément que dans ses interactions. Par exemple, au plan politique, l’une des façons de sous-estimer cette force est de tomber dans le piège du provincialisme, c’est-à-dire de croire qu’une nation peut se contenter d’être « province » d’une autre nation. Pour une société normale, la situation ressemble aux multiples interactions entre le politique (P), l’économique (É) et le culturel (C) qui est illustrée par la Figure A.

Dans l’hypothèse où l’un de ces liens est brisé, la situation marque une rupture avec la dynamique intégrale du modèle de la société indépendante. Dans un tel cas, elle représente une dynamique intégrale tronquée. Voici trois cas de figure qui illustrent cette situation.

Premier cas : le lien entre l’économique et le culturel est rompu.

Deuxième cas : Le lien entre le politique est le culturel est rompu.

Troisième cas : Le lien entre le politique et l’économique est rompu.

Récapitulons. Dans le cas de la Figure A, les interactions sont complètes : aucun lien n’est rompu. Pour les Figures B, C et D, les liens sont rompus entre l’économique et le culturel, le politique et culturel, puis le politique et l’économique. Ce sont des rapports tronqués. Par conséquent, on peut observer de nombreuses insuffisances dues à plusieurs causes dont, la plus importante, est le remplacement par un autre gouvernement ou une autre autorité. Tel est le modèle de fonctionnement (c’est le cas de le dire) des régimes politiques de type fédéraliste.

Dans une situation normale, c’est la Figure A qui prédomine. Et dans un tel cas, c'est un tout complexe, un réseau d'habitudes (d’expérience, d’initiatives), de traditions, de capitaux, de techniques politiques, de facteurs sociaux, économiques et culturels... C’est un organisme « un » et complexe. Cette situation constitue normalement le propre autant d’une petite nation que d’une superpuissance.

En ce moment, le discours du modèle québécois est en train d’asservir les Québécois. Les défenseurs de l’indépendance du Québec doivent catégoriquement rejeter cette tendance. Même plus ! Ils doivent revendiquer leur droit de parole auprès des médias qui prétendent à l’objectivité et à l’impartialité, mais qui nous abreuvent systématiquement de leur discours de société tronquée qu’ils présentent comme le nec plus ultra de la vie en société.

Les Québécois doivent se libérer de cette contrainte. Il est inacceptable de se laisser berner continuellement par des bonzes qui prennent souvent leurs rêves pour des réalités ou qui présentent leur idéologie (du fédéralisme, entre autres) comme hier on apprenait « le petit catéchisme ». Leur catéchisme politique est celui de la stagnation, du statu quo quand ce n’est pas cette lutte féroce conduite subversivement contre toute idée reliée à l’indépendance du Québec. Au fond, la société québécoise n’est que tolérée. Le modèle québécois, c’est une invention d’intellectuels pour donner à la masse bonne impression sur sa différence. Un discours qui mène nulle part. Ou que si, mais vers la minorisation croissante et toujours plus grave du Québec-Français avec toutes les conséquences qu’elle entraîne sur la dynamique intégrale de la vie d’une société.

Seule la vie intégrale de la société québécoise selon la Figure A peut lui permettre un épanouissement complet avec tous ses défis, ses avantages et ses inconvénients. Cette situation n’est pas unique, elle est le propre de la vie toutes les sociétés d’hier à aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs. Comme le note Maurice Séguin, « l’autonomie est l’un des pôles de la vie en société, mais elle s’accompagne du risque de replis et de refus stériles » (NOTE no 3). C’est un aspect de la crise intrinsèque permanente des sociétés. Cette crise s’aggrave si les rapports avec l’extérieur ne s’accompagnent pas de la souveraineté extérieure qui permet l’agir par soi dans tous les domaines de la vie collective. Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones dans le gouvernement Charest, monsieur Benoît Pelletier, en fait régulièrement la pénible expérience, même contre certains de ses alliés fédéralistes (NOTE no 4).

Pour en finir avec le « modèle québécois », il faut rebrancher la société québécoise sur l’agir par soi collectif au lieu de rester brancher sur un respirateur artificiel comme c’est le cas depuis 137 ans au sein du fédéralisme canadien (voir NOTE no 5).

Bruno Deshaies

RÉFÉRENCES :

(1) LES CONFÉRENCES LA PRESSE RADIO-CANADA. « Quel modèle pour le Québec ? Inspirations, perceptions, réflexions. » Montréal, 1er décembre 2004. En collaboration avec le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), un organisme privé sans but lucratif et soi-disant non partisan, fondé à Montréal en 1985 par Son Excellence Gérard Pelletier, ambassadeur et ex-ministre de Trudeau, et le Professeur Louis Sabourin. . Consulter le programme des conférences dans l’Internet. Consulter le compte rendu « Dossier. Quel modèle pour le Québec ? » dans La Presse, jeudi 2 décembre 2004, p. A12.

(2) Claude BÉLAND et Yvon LECLERC, « Cent Québec dans un. » Dans Michel Venne, dir., L’Annuaire 2004, Montréal, Fides, 2003, pages 83-90. Ce texte se réfère à l’idée du « modèle québécois » (cf. l’Index de l’ouvrage sous la mention « Modèle québécois »).

NOTES :

(1) « Quel modèle pour le Québec ? Inspirations, perceptions, réflexions. » « Dossier. » La Presse, samedi 27 novembre 2004, p. A31-A35. Un cahier spécial de 5 pages.

(2) Stéphane Paquet, « On se tire d’affaires en Suède, mais si c’était à refaire... » – Laurent Lemaire, de Cascades. (Cf. RÉF., no 1.)

(3) Les Normes, 1, 4, 2, 4.

(4) Benoît Pelletier, « Un rôle accru. Le Québec doit occuper la place qui lui revient sur la scène internationale. » Dans La Presse, 1er décembre 2004, p. A21. Il s’agit d’un plaidoyer honnête rédigé par un défenseur du fédéralisme asymétrique, sauf que le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et aux Affaires autochtones admet que « le Québec n’est pas un État souverain et ne peut prétendre agir comme tel sur la scène internationale ».

(5) Consulter le compte rendu de Karim Benessaieh, « À boulets rouges sur le modèle québécois. « Dette, chômage, impôts élevés : la spécificité du Québec coûte cher ». Dans le « Dossier. Quel modèle pour le Québec ? » La Presse, jeudi 2 décembre 2004, p. A12 (cf. RÉF., no 1). Pour ne pas sombrer dans les écueils soulevés par cette conférence, il faut revoir tout ce débat selon le « modèle » de l’indépendance et de la dynamique intégrale des forces dans la société en se servant de la Figure A. Par ailleurs, tous les liens tronqués entre le politique et l’économique ou entre l’État, la société et l’économie ne peuvent se limiter à des questions de PPP ou de privatisation d’Hydro-Québec. Encore une fois, beaucoup de poudre aux yeux nous a été lancée.