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««« Indépendance du Québec - 197
Armand Vaillancourt
Un promoteur de l’indépendance du Québec
Bruno Deshaies jeudi 9 décembre 2004
« Moi, dans ma vie, je n’ai jamais pensé
que j’étais un petit Québécois. »
(Armand Vaillancourt,
3 décembre 2004. Note no 6.)
« Faites turbiner la société,
le modèle québécois,
mais surtout rester immobile collectivement. »
(Anonyme, 9 décembre 2004.)
Il existe une lignée de promoteurs de l’indépendance du Québec. Ils ou elles se signalent de temps en temps sur la place publique. Le plus grand théoricien de l’indépendance du Québec et le plus rigoureux dans sa pensée et dans son enseignement universitaire demeure sans contredit l’historien Maurice Séguin (1918-1984) du département d’histoire de l’Université de Montréal. (NOTE no 1.) D’autre part, le plus conséquent dans ses interventions publiques comme fonctionnaire, homme d’affaires et citoyen a été indéniablement Marcel Chaput (1918-1991). (NOTE no 2.) Plus récemment, Paul Piché (1953 - ), s’affiche comme souverainiste convaincu et il siège même au sein du Conseil de la souveraineté. (NOTE no 3.) Par ailleurs, Yves Beauchemin (1941 - ) ne cesse de répéter que nous devons parvenir à la liberté collective avec ses joies et aussi ses risques et que cela vaut mieux que l’existence d’un « peuple-fantôme ». (NOTE no 4,) Pour la génération plus jeune et, en plus, multiculturelle, Luck Mervil (1967 - ) n’en démord pas, il est Québécois. (NOTE no 5.) Il soutient qu’il faut conscientiser les gens à la souveraineté et qu’on ne la leur expliquera jamais assez.
Finalement, entre ces générations, Armand Vaillancourt (1929 - ), un indépendantiste fervent, actif, combatif et passionné, désire avec enthousiasme qu’on finisse par trouver « une personne qui a l’esprit enflammé » pour diriger le Québec (cf. RÉF.).
Cet indépendantiste aux mille métiers dont, le plus important, celui d’artisan et de sculpteur, s’enflamme encore à 75 ans pour l’indépendance du Québec. Vendredi dernier, le 3 décembre, à l’émission « Les Grands débats de l’actualité » avec Mario Langlois à la radio de CKAC, il a été interviewé sur différents sujets dont celui d’un sondage sur un éventuel retour de Lucien Bouchard en politique. L’entrevue a duré trente minutes en présence de Josée Legault, Yves Boisvert et Michel Vastel.
Prix Paul-Émile-Borduas 1993
Catégorie : Culturelle
« Honnête, les deux pieds bien enracinés et un homme de tête »
sont les trois expressions qui le décrivent.
Armand Vaillancourt a toujours refusé les compromis.
« Je serais un homme très riche si j'avais accepté tous les compromis.
Mon passé est garant de mon présent.
Ce n'est pas à 75 ans que je vais changer mon fusil d'épaule »
( Armand Vaillancourt, 24 août 2004)
L’artiste a solidement exprimé son point de vue devant les journalistes de l’émission « Débat sur l’actualité » à la radio de CKAC. Des échanges incisifs et civilisés ont permis autant de comprendre Armand Vaillancourt que de se faire une idées sur les journalistes en ce qui concerne l’indépendance. Des discussions qui nous ont fait sortir des stéréotypes de la pensée indépendantiste habituelle dont en particulier les stratégies et l’étapisme de l’indépendance. La discussion a porté sérieusement sur l’indépendance et cela à un point tel que les journalistes ont été un peu interloqués et même qu’Yves Boisvert de La Presse est presque resté bouche bée. Le discours de Vaillancourt était clair et ordonné. Il n’a pas hésité à présenter sa thèse et à promouvoir l’indépendance comme la solution du problème. D’ailleurs, le débat a pu être très inspirant à plusieurs moments de l’entrevue.
L’homme de 75 ans aujourd’hui, comme hier, est encore un citoyen engagé. C’est un bagarreur. Il ne s’inspire pas de théories compliquées, mais il sait faire les liens entre la vie et l’indépendance. À un moment donné, il a su dire en ses mots des choses très importantes. Comme celles-ci :
Il faut éveiller, a-t-il dit, il faut mettre de l’émotion dans l’affaire. Mais surtout être rationnel. Chez nous, on labourait soit à l’automne ou au printemps. Mais quand le labour était fait, il fallait récolter à l’automne. Il fallait aller par étape : la charrue, après ça la herse, ensemencer, surveiller le temps, pour pas que ça pourrisse dans la terre, on avait une gradation, une élévation, à partir de ça, à l’automne, on avait normalement des bonnes récoltes. (RÉF.)
Cette analogie entre l’indépendance et l’agriculture, c’est plus qu’une image, c’est un programme d’action. Il y a un temps pour faire certaines choses. Il y a un ordre selon lequel ces choses doivent se faire. Il y a une manière d’agir pour s’assurer que ce que nous voulons se produise. Pour cela, il faut travailler méthodiquement, c’est-à-dire apprendre à passer du labour à la récolte après l’ensemencement. Et ce n’est pas tout. Il faut surveiller ce qui se passe réellement, par « gradation », afin de s’assurer d’une bonne récolte.
Si l’on transpose tout cela en parallèle avec l’indépendance du Québec, on a bien autre chose qu’un processus référendaire plaqué sur la réalité sociale et ses transformations continuelles. Il s’agit d’une action prenante qui vise à un terme en s’assurant de l’élévation nécessaire pour enfin récolter le fruit de son travail. Autrement dit, il faut soumettre la nature intelligemment pour qu’elle donne ce que nous en attendons normalement. Comme vous pouvez constater, nous sommes très loin des discours insipides sur les stratégies référendaires assorties de toutes sortes de calculs toujours plus compliqués les uns et les autres de sorte que la population n’y comprend plus rien tellement ce salmigondis est indigeste !
Cet état d’esprit chez Armand Vaillancourt est probablement un trait de sa personnalité. Dans une autre entrevue, il racontait comment son esprit pouvait fonctionner dans certaines circonstances en vue de réagir adéquatement à une situation. Voici la description qu’il en fait :
Quelqu’un voulait me faire une passe... J’étais comme du feu, moi. J’étais comme un volcan. Quelqu’un osait m’écoeurer sur la rue... Il ne le savait pas, mais il avait comme une bombe devant lui. Et ça partait tout seul ça. J’allais dans un bar... J’étais pacifique moi. Je suis toujours pacifique. Mais, je suis prêt à m’engager dans une autre voie si les besoins sont là. Pis, à part ça. Dans les problèmes où on a besoin... dans les bateaux, sur les cargos, on a besoin de rapidité, de vitesse d’esprit pour régler un problème qui peut tuer des personnes en une seconde, moi je suis là. Je suis à mon meilleur dans une tempête, dans un moment tragique. Ma tête devient comme un cerveau, un ordinateur, y va fonctionner à la rapidité de l’éclair pour sauver une situation. Je pourrais vous racontez bien des choses de ce côté-là.. [...] Je ne me mets pas dans des casiers. (NOTE no 6.)
Devant la situation du Québec et de l’éventualité de l’indépendance du Québec, Vaillancourt a sa petite idée. Comme artiste et comme citoyen, même à l’âge de 75 ans, il se rend utile un peu partout au Québec.
« Si on aime notre peuple, on lui donne les armes.
Si on aime un jardin, on peux-tu demander
au jardin, des fleurs, de s’arroser eux-mêmes ? »
Armand Vaillancourt ne voudrait certainement pas voir passer le train sans pousser lui-même à la roue. Il observe l’état des choses actuelles, mais ce qui l’intéresse, c’est moins le passé que le présent et l’avenir. Il s’interroge. Il voit pour l’action la présence d’une personne à « l’esprit enflammé ». Il faut la charrue, la herse et les semences, mais il faut aussi l’esprit. En ce sens, ce ne peut pas être n’importe qui. Il s’explique. Son raisonnement mérite qu’on le suive attentivement.
Armand Vaillancourt : On parle du passé et de ceux qui sont à la tête du PQ. Et ceux qui veulent prendre la place. Des fois, ce n’est pas nécessairement ceux-là qui devraient être là.
Je pense que la personne qui sera là, une femme ou un homme qui sera là, ce sera une personne qui aura l’esprit enflammé. Des personnes qui seront capables d’aller vendre l’idée avec des bons arguments. Qu’on arrête d’être rationnel, bon gestionnaire, bon gouvernement, et ci et ça. Il va falloir qu’on axe sur le problème de l’inégalité sociale à travers le Canada vis-à-vis du Québec.
En prenant position pour l’indépendance, on va pouvoir vendre l’idée de ce que devrait être le pays. La personne qui sera capable de sortir ça.... mais je pense que les personnes qui sont là actuellement, en ce moment, M. Legault ou d’autres, Pauline Marois ou M. Bouchard, aussi, qui est un gars très sympathique, entre nous. Mais, il y a quelque chose de pas dit encore sur... Il faudrait décharger notre énergie sur quelque chose de nouveau.
Quelqu’un qui va être un bon leader, puis les gestionnaires, on aura des bons fonctionnaires qui vont faire le job de la finance et tout ça. Mais quelqu’un qui va axer, qui va dire l’indépendance : on la veut pour demain... là... dans le prochain mandat. C’est comme ça que ça va se faire. Arrêtons d’avoir peur ! René Lévesque a eu peur aussi.
Moi, je les ai connus tous. Moi, je suis vieux un peu. J’ai connu Godbout, j’ai connu Duplessis, j’ai connu Lesage, mais c’est des gens qui marchaient entre deux chaises bien souvent. Pour garder le pouvoir, ils ont fait des concessions irréparables. Alors, qu’on se décide une fois pour toute.
On n’y va pas la tête baissée, on y va les yeux ouverts pour valider qu’un Québec indépendant, c’est l’avenir. Ça ne réglera pas tous les problèmes des inégalités sociales, mais au moins ça va nous donner des armes pour décider chez nous qu’est-ce qu’on veut faire avec le peuple québécois. Et ça veut dire l’immigration, tout ça. Une ouverture totale sur le monde.
Michel Vastel : Pourquoi ne vous présentez-vous pas, vous ?
Armand Vallancourt : Quelqu’un m’a dit, les Cubains à un moment donné... On m’avait invité, c’était le 1er janvier, il y avait le Consul cubain. Je faisais un bon discours avec eux. Ils m’ont dit : tu serais un bon président du Québec. Il faut y mettre de l’âme. Moi, je fais des sculptures... Je m’en vais au collège Saint-Laurent travailler avec des jeunes en difficulté... Les jeunes viennent me ramasser chez moi à 9 h 30... Je m’en vais partout...
Mario Langlois : Ça demande de la passion.
Armand Vaillancourt : Oui, ça demande de la passion. Arrêtons d’analyser le maudit problème qu’on n’a jamais voulu solutionner réellement. Faut dire, on n’a plus rien à perdre. Je ne dirai pas avec qui j’étais hier au soir... Richard Desjardins en a parlé des forêts boréales. On est en train d’organiser le comité... On veut pousser le gens pour qu’ils arrêtent de couper le bois partout.
Au nom de la rentabilité, de l’efficacité et de la maudite finance, on est après détruire... vider nos océans, vider nos fleuves, vider nos mers... Et on vide justement l’esprit de la jeune génération. Quand on pense que Charest, tabarouette, ce qu’il fait actuellement, il demande de couper dans l’éducation.
Si on aime notre peuple, on lui donne les armes. Si on aime un jardin, on peux-tu demander au jardin, des fleurs, de s’arroser eux-mêmes ? Il faut les nourrir, il faut s’en occuper. Les artistes, c’est la même chose. On fait une bataille pour 180 artistes dans l’Est actuellement pour l’édifice Grover. Qu’est-ce qu’y font avec ça ? Y a des gestionnaires qui veulent faire des condos. On n’a pas besoin de ça. (RÉF.)
Devant autant d’énergie, des échanges intéressants entre l’invité et les autres participants nous révèlent un intérêt certain face à la fougue de cet homme de 75 ans qui se bat presque avec l’énergie du désespoir.
« Le Québec, c’est à nous ! »
L’élément déclencheur des échanges a été cette remarque de Michel Vastel : « Entre nous, on parle des artistes, je ne les ai pas vu beaucoup en 1995 vos artistes, pendant le référendum. Je ne les ai pas vus. » Réplique rapide d’Armand Vaillancourt : « C’est des jeunes. Entre avoir dans la tête et avoir le courage de se présenter en public, il y a deux points de vues différents. » Mario Langlois ajoute : « Il y a un prix à payer... » Finalement, Armand Vaillancourt fait remarquer : « Ma langue de bois, je n’en veux pas en avoir, moi... Je vais continuer à revendiquer. Pourquoi je suis venu ici ce matin... Je me suis couché tard, je dois dire. On a eu une rencontre extraordinaire et bien enflammante hier au soir chez moi, avec du monde... »
Mario Langlois : Et vous avez encore toute cette énergie là [ce matin].
Armand Vaillancourt : Bien oui. L’énergie est partout. C’est avec vous autres que je la trouve. [...] Je suis occupé et je veux l’être comme ça. Le Québec, c’est à nous !
Intervient immédiatement Josée Legault : « C’est pour ça que c’est très important qu’il y ait une course au leadership au Parti québécois. Il y a des gens qui pourraient se présenter, mais tant qu’une course n’est pas déclarée, ils n’osent pas le dire parce qu’ils ont des vies, parce qu’ils ont des carrières, etc. Il faut cette course-là. »
Mario Langlois : Yves [Boivert], un mot à ajouter sur...
Yves Boisvert : Non, non...
Mario Langlois : T’es bouche bée devant tant de passion, devant tant d’énergie.
Yves Boisvert : Non, ça... Moi j’écoute.
Michel Vastel : Mais quand même, mais quand même...
Vient l’intervention de Michel Vastel qui interpelle à nouveau Armand Vaillancourt. « Moi, s’écrie-t-il,, j’aime ça quand vous parlez. Malheureusement, les politiciens ne parlent pas comme vous. Quand je vois : meilleur chef pour remporter la victoire au Parti québécois, Gilles Duceppe... il veut même pas en parler de la souveraineté. Il n’en a même pas parlé à Georges Bush contrairement à Lucien Bouchard qui en avait parlé à Bill Clinton. Ce que je veux vous dire M. Vaillancourt... C’est bien beau. Je vous écoute, c’est éloquent, c’est emballant, mon doux, il y aurait eu un bulletin de vote, je pense que j’aurais choisi le bon. (Des rires.) Mais cependant, on vit dans un monde où c’est plus comme ça. M. Chrétien a mis des barrières en place, le gouvernement fédéral... La Cour suprême a balisé tout ça. Et moi, je pense que ce ne sera pas si facile que ça, comme vous le pensez, surtout si vous êtes un des rares à parler comme ça avec passion. Je le répète, je le répète... Ceux qui ont fait perdre le référendum en 1995, de peu, ce sont des Québécois, pure laine, et ce sont également l’indifférence des artistes. Ça, ça m’a frappé. »
Un espoir dans « le troisième œil »
On nous a dit et on nous dit encore : « On est né pour un petit pain. Ça pourrait être pire encore. » Voici la réponse finale de Vaillancourt : « Moi, dans ma vie, je n’ai jamais pensé que j’étais un petit Québécois. J’ai pensé toujours... dans ma tête... je me sens comme... Je me fermais les yeux, j’étais jeune, je voyais des montagnes, des lettrages, ça avait comme trois, quatre kilomètres de haut mes lettrages, ça avait une puissance... Le troisième œil... Y est là. » (RÉF.)
Comme on a pu le constater, on est bien loin des discussions autour du modèle québécois et de tous ses avatars. Ce débat a surtout été centré sur la question de l’indépendance et de toute la force que sa réalisation peut engendrer. Ce fut tel que certains en sont restés bouche bée. Dans cet esprit, on comprend les propos de Vaillancourt quand il déclare : « Arrêtons d’avoir peur. On n’y va pas la tête baissée, on y va les yeux ouverts pour valider qu’un Québec indépendant, c’est l’avenir. »
Bruno Deshaies
P.-S. Le débat en ANNEXE à cette chronique est tout le contraire de ce que vous venez de lire. Il revient aux indépendantistes d’en finir avec ces journalistes et ces experts qui n’ont rien d’autre à nous apprendre que la vie d’une société n’est pas immobile et qu’il faut du changement. Le modèle de l’indépendance est exactement un « modèle » de transformations profondes. Ce modèle mérite l’appui du plus grand nombre de Québécois et de Québécoises. Cessez de vous laisser berner par les épouvantails du fédéralisme et la magie des conceptions limitées de l’intérêt national du Québec.
Le statut étatique du Québec en tant que « province » est à mille lieues du statut d’un État souverain. Ce changement radical sera le plus grand changement que le Québec connaîtra de toute son histoire. Il faut le répéter souvent, ce modèle de l’indépendance n’est pas suranné. Il s’agit de le faire « vivre ». Pour le faire vivre au Québec, il faut surtout « agir » sur toutes les dimensions politique, économique et culturel. Avec le modèle de l’indépendance, c’est tout le contraire que l’immobilisme dont on taxe les Québécois sur tous les tons. Faites le relevé de tout le dossier de « Quel modèle pour le Québec ? » dressé par La Presse Radio-Canada. Il n’est pas que banal. Il n’est qu’un état de situation du Québec. Il porte tout simplement à faux. Il s’oppose au modèle de l’indépendance. Adieu ! fédéralistes menteurs, tricheurs et mêmes imposteurs.
RÉFÉRENCE :
CKAC. « Les Grands débats de l’actualité » avec Mario Langlois, vendredi 3 décembre 2004. Prétexte des débats : le sondage sur le retour de Lucien Bouchard en politique. Invité : Armand Vaillancourt, sculpteur.
NOTES :
(1) Bruno Deshaies, « Maurice Séguin : un historien du Québec. » Dans Le Rond-Point des sciences humaines.
(2) Bruno Deshaies, « Marcel Chaput ou LE PARI DE LA DIGNITÉ. L’indépendance prend le tout du Québec et non une partie. » Dans Vigile.net 17 octobre 2002.
(3) Bruno Deshaies, « Le « Gala » de Desjardins : aucune improvisation possible. Guy A. Lepage conduit le bal à sa façon. » Dans Vigile.net 4 novembre 2004
(4) Bruno Deshaies, - « Yves Beauchemin. Un souverainiste convaincu. » (Nathalie Petrowski) Dans Vigile.net, 11 novembre 2004.
(5) Bruno Deshaies, « Ce qui se dit. Ce qui ne se dit pas. Des portraits à répétition du Québec annexé. » Dans Vigile.net, 18 novembre 2004.
(6) Radio-Canada, Indicatif présent (24 août 2004). « Une heure avec Armand Vaillancourt. » Entrevue par Marie-France Bazzo.
ANNEXE
L’Académie de l’indépendance
Le « modèle » québécois
Le journalisme est une excellente profession. La profession nous le répète régulièrement si bien que nous croyons que les journalistes sont en général objectifs et sans préjugés. Ils font du bon travail d’information. Pierre Foglia lui-même nous l’a dit. En effet ! Malheureusement, ce n’est pas toujours aussi vrai qu’on nous le laisse entendre.
La deuxième édition des conférences La Presse Radio-Canada a été conçue pour nous bourrer le crâne de cette idée très simple que le Québec doit changer de « modèle ». L’État est trop interventionniste. Les journalistes ont préparé la conférence par la publication d’un cahier spécial de La Presse, puis ils ont écrit des articles pour véhiculer ce qui a été dit par les conférenciers. L’information est bonne, mais la critique n’existe pas. Un seul discours suivi par des échotiers qui ne demandent pas mieux que de répéter le message. (Voir ci-dessous « La propagande du journal La Presse Radio-Canada.)
Depuis le 27 novembre 2004, La Presse nous bombarde de son idéologie inspirée par tous les clichés du patronat et de l’économie de marché tout autant que de la symbiose du PPP. Il n’y a rien là. C’est tout bonnement normal. Les autres options possibles sont à rejeter, surtout celles qui pourraient revenir au vieux slogan de Maîtres chez nous. Quelle idée saugrenue en 2004 ! Le Québec a tellement changé.
La Presse a donc déversé sur nous ses bonnes idées indiscutables sous le couvert du bon sens et de la neutralité politique, car ce journal ne fait pas de politique, il en débat seulement. Toutefois, le lecteur de La Presse n’a pu lire à nulle part combien de participants étaient présents au centre Sheraton à Montréal le 1er décembre et de quel type étaient-ils ? Nous n’en savons rien. À leurs yeux, cela n’a pas d’importance. L’événement était tellement important pour les responsables de La Presse que du 27 novembre au 6 décembre le quotidien fédéraliste de Montréal lui a consacré pas moins de 15 articles.
Tout ne s’arrête pas là. À partir du 8 décembre, l’éditorialiste Mario Roy a commencé à écrire trois éditoriaux sur les modèles de société en ce début du XXIe siècle. Ce matin, 9 décembre, La Presse publie un extrait de la l’allocution du jeune professeur Stéphane Paquin de l’UQAM sur la petite nation québécoise. Il y en aura certainement d’autres. Déjà, un dossier important a été édité sur Cyberpresse.ca (voir la référence ci-dessous en date du 1er décembre 2004).
Pour combattre cette propagande, le meilleur moyen consiste à dire haut et fort ce que signifie l’indépendance du Québec. La question Qu’est-ce que l’indépendance du Québec ? doit prendre le pas sur la question « Quel modèle pour le Québec ? » La société québécoise est assez maîtresse d’elle-même pour « mettre le paquet » sur ce combat. Il faut cesser de se complaire dans des formules du genre « Résoudre la question [nationale] « to dream the impossible dream » ? (Voir la référence ci-dessous en date du 1er décembre 2004).
Pour ne pas sombrer dans les écueils soulevés par cette conférence, il faut revoir tout ce débat selon le « modèle » de l’indépendance et de la dynamique intégrale des forces dans la société en se servant de la Figure A. (Voir notre chronique de la semaine dernière intitulée « La société québécoise. ») Par ailleurs, tous les liens rompus ou tronqués entre le politique et l’économique ou entre l’État, la société et l’économie ne peuvent se limiter à des questions de PPP ou de privatisation d’Hydro-Québec. Encore une fois, on nous a lancé beaucoup de poudre aux yeux à l’occasion de cette deuxième conférence La Presse Radio-Canada du premier décembre dernier.
Si les souverainistes n’aiment pas lire La Presse, il se trouve que de nombreux Québécois la lisent. Certains parmi eux veulent publier leur opinion dans ce journal. Or, il arrive qu’on ne la publie pas. C’est donc dire que ce journal tient à défendre ses idées et à exercer la plus subtile des censures : celle qui consiste à ne présenter qu’un seul aspect de la réalité. Le camp des indépendantistes en fait-il autant ?
Que veulent certains indépendantistes ? À peu près la même chose que les fédéralistes : un projet de société. Qu’est-ce qu’on va avoir après l’indépendance, se demandent-ils ? La réponse plate et bête est la suivante : un peu beaucoup de ce que nous sommes en ce moment. Toutefois, l’élément extrêmement nouveau sera que cette société indépendante aura le pouvoir de définir elle-même sa propre conception de l’intérêt national. Si c’est la volonté d’une majorité de Québécois et de Québécoises, alors il sera possible d’entreprendre le changement radical qui fera passer le Québec de son statut de « province » à celui d’État souverain. Cet objectif ne doit pas faire l’objet de débats continuels, mais d’un combat en vue de réaliser l’indépendance du Québec. Pour ce faire, il faut plus que des projets de société, des débats sur la langue, des projets de constitution, des luttes contre le fédéral, des souverainistes de gauche, de droite ou de centre et des chicanes internes entre les souverainistes. L’important est d’unifier les forces pour faire l’unique combat qui mobilisera toutes les forces de la nation.
Le concept de modèle québécois est une belle esquive afin de ne pas aborder la question brûlante de l’indépendance du Québec. C’est un véritable écran de fumée. Le Québec est à l’ombre du Canada. Un autre gouvernement gouverne à sa place pour toutes les grandes affaires. Le modèle québécois est un leurre.
Bruno DESHAIES
La propagande du journal La Presse (et Radio-Canada)
« Faites turbiner la société,
le modèle québécois,
mais surtout rester immobile collectivement. »
(Anonyme, 9 décembre 2004.)
27 novembre 2004
LES CONFÉRENCES LA PRESSE RADIO-CANADA. « Quel modèle pour le Québec ? Inspirations, perceptions, réflexions. » Montréal, 1er décembre 2004. En collaboration avec le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), un organisme privé sans but lucratif et soi-disant non partisan, fondé à Montréal en 1985 par Son Excellence Gérard Pelletier, ambassadeur et ex-ministre de Trudeau, et le Professeur Louis Sabourin. Consulter le programme des conférences dans l’Internet.
« Quel modèle pour le Québec ? Inspirations, perceptions, réflexions. » « Dossier. » La Presse, samedi 27 novembre 2004, p. A31-A35. Un cahier spécial de 5 pages.
Liste des articles :
Stéphane Paquet, « La recette toute simple de l’Irlande. Réveillé dans les années 90. Le tigre celtique rugit toujours. » Une photo bucolique accompagne l’article avec cette mention : « Les côtes de l’Irlande se font toujours aussi hospitalières aux entreprises de hautes technologie et aux sociétés pharmaceutiques. »
Stéphane Paquet, « Être jeune en Irlande. » Un objectif : gagner sa vie. Après leurs études, une majorité d’étudiants veulent rester. Cependant, l’écart entre les riches et les pauvres s’agrandit.
Karim Benessaieh, « Le modèle québécois tient-il encore la route ? » La question est bien simple pour les journalistes de La Presse, l’État du Québec n’est plus le même qu’en 1964. Il s’est transformé depuis les années 1960. Donc, l’équation est facile : « ...ce fameux « modèle » québécois, essentiellement basé sur l’interventionnisme de l’État et sur la concertation, a-t-il un avenir ? »
XXX. « Le modèle québécois, c’est... » « Une version nord-américaine de la social-démocratie. [...] Le nationalisme et, plus tard, l’indépendantisme s’en inspireront largement. »
Louis-Bernard Robitaille, « Un modèle en crise. La législation française surprotège l’emploi, et pourtant le chômage bat des records : le modèle français est en crise. « L’économie française décroche » avertit le rapport d’un groupe d’experts. »
Stéphane Paquet, « Des conventions collectives... sans salaires ! » En Suède, pas moins de 80 % des travailleurs sont syndiqués. » Une photo accompagne l’article ou une Suédoise lit son journal, puis on lit : « Cette Suédoise [...] ira peut-être négocier elle-même son salaire auprès de son patron une fois sa convention collective signée par ses représentants syndicaux ! La pratique, qui peut sembler étrange, a cours dans plusieurs professions. Il faut dire aussi que 80 % des employés suédois sont syndiqués. »
Stéphane Paquet, « On se tire d’affaires en Suède, mais si c’était à refaire... » – Laurent Lemaire, de Cascades.
1er décembre 2004
• Cyberpresse.ca – Actualités. Mercredi 1er décembre 2004. Conférence La Presse / Radio-Canada. Quel modèle pour le Québec ?
Le Québec est à un tournant. Il peut choisir de continuer dans la voie tracée par la révolution tranquille. Ou, devant les limites aujourd'hui évidentes du « modèle québécois », il peut modifier sa trajectoire.
Mais comment ? Que faut-il changer ? Quels buts les québécois doivent-ils se fixer ? Peuvent-ils s'inspirer des réussites d'autres pays et apprendre de leur échecs.
Telles sont les questions qui ont été au coeur de la deuxième conférence La Presse/Radio-Canada mercredi à Montréal. Des experts du Canada, des États-Unis et d'Europe ont échangé avec le public sur le thème « Quel modèle pour le Québec ? »
EXTRAITS
Atelier 1 : Avenir des petites nations, possibilités et contraintes
Earl Fry, Professeur d'études canadiennes, Département de Science Politique, Brigham Young University, Utah, États-Unis. Allocution : « The Quebec Model : A U.S. Perspective. »
Atelier 4 : A-t-on les moyens du modèle québécois?
François Vaillancourt, Professeur de sciences économiques à l'Université de Montréal et directeur de recherche au Centre de recherche et développement en économique.
Allocution : « Le modèle québécois : besoin et moyen. »
2 décembre 2004
• Dans « Dossier. Quel modèle pour le Québec ? » La Presse, jeudi 2 décembre 2004, p. A12
Karim Benessaieh, « À boulets rouges sur le modèle québécois. « Dette, chômage, impôts élevés : la spécificité du Québec coûte cher. ».
Stéphane Paquet, « Doit-on privatiser Hydro-Québec ? »
Mario Cloutier, « Électricité : un économiste préconise des hausses supérieures à l’inflation. »
3 décembre 2004
• Dans La Presse, vendredi 3 décembre 2004, p. A16
André Pratte, « L’occasion ratée. »
Daniel Gourd, « Opinion. Un défi colossal. Aujourd’hui, il ne suffit plus de simplement exister pour être pertinent et rassembleur. »
4 décembre 2004
• Dans La Presse, samedi 4 décembre 2004, p. A27
Alain Dubuc, « Le Québec va rater le bateau. » « Le Québec s’essouffle... Le défit, c’est de proposer un projet de changement qui ne se limite pas à se débarrasser du modèle québécois... »
6 décembre 2004
• Dans La Presse, lundi 6 décembre 2004, La Presse Affaires, p. 7
Michèle Boisvert, « Le nécessaire consensus. » Le forum d’une journée « s’est avéré un exercice extrêmement intéressant ». La question qui brûle les lèvres des participants à la conférence La Presse Radio-Canada était donc celle-ci : « Comment faire [...] pour devenir plus efficace et créer plus de richesse. ? » Et voilà que la journaliste nous sert sur un plateau d’argent le cas de l’Irlande.
Éric Godin, caricaturiste, « Où s’en va le modèle Québécois ? » Sur une route secondaire la voiture poussive du Québec tire une remorque très chargée dans laquelle on trouve le service de la dette du gouvernement du Québec, les dépenses pour la santé, les garderie à 7 $, la culture, les routes et l’éducation sous un beau soleil qui brille.
8 décembre 2004
• Dans La Presse, mercredi 8 décembre 2004, p. A24 (« Éditorial »)
Mario Roy, « Déclin et chute des modèles. » Nous publions ici le premier de trois éditoriaux sur les difficultés qui assaillent les modèles de société en ce début du XXIe siècle. » La société québécoise est comparée à de grandes sociétés comme celles du Bloc de l’Est ou même avec l’URSS ou les Pays-Bas, l’Ukraine, les États-Unis, puis les sociétés scandinave, japonaise ou chinoise, par exemple. Quelle honneur pour nous ! Le monde craque de partout ; une évidence historique. Cette évidence tient à la dureté de la condition humaine et à l’incroyable crise intrinsèque permanente de la vie des individus comme des sociétés. Il ne faudrait pas faire un malheur avec cela, car c’est la condition de vie de TOUTES LES SOCIÉTÉS. Le Canada n’échappe pas à cette crise permanente des sociétés. Cessons de nous dénigrer nous-mêmes ! Trop, c’est trop ! Nous vivons, écrivait Maurice Séguin, dans un « monde en perpétuelle croissance ; une gigantesque improvisation. » (Cf. Les Normes, 1,4,2,3) Qui veut contester ?
9 décembre 2004
• Dans La Presse, mercredi 8 décembre 2004, p. A24 (« Éditorial »)
Mario Roy, « En Mexifornie. » Nous publions aujourd’hui le deuxième de trois éditoriaux sur les difficultés qui assaillent les modèles de société en ce début du XXIe siècle. » La « mexifornie » représenterait la forte population de Mexicains légaux ou illégaux vivant en Californie. Demain, publication du dernier article : « L’avoir et le savoir. »
Stéphane Paquin, « De nombreux défis. Jusqu’à maintenant, le modèle québécois a bien résisté à la mondialisation mais la partie n’est pas gagnée d’avance. » Sous la rubrique « Forum », p. A25.
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