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««« Indépendance du Québec - 198
PETIT LEXIQUE DE L’INDÉPENDANCE
Essai pour servir les besoins terminologiques des indépendantistes
Bruno Deshaies jeudi 16 décembre 2004
Présentation
Le présent lexique se veut un effort de clarification des notions les plus élémentaires d’une libération qui a déjà trop tardé. Il faut nous convaincre que les mots sont des armes de combat à la condition de les employer à bon escient et d’en connaître le sens précis. Actuellement, notre peuple ne sait plus où donner de la tête tellement nos hommes et nos femmes politiques l’ont embrouillé avec leurs belles formules toutes plus nocives les une que les autres. Il est plus que temps de revenir à l’essentiel. Donnons aux mots et aux concepts le sens qu’ils possèdent et non celui qu’on voudrait qu’ils aient !
Nos lecteurs et nos lectrices trouveront donc ici des définitions précises qui nourriront leurs réflexions et qui les guideront dans l’action.
Un exemple de lexique pour les indépendantistes
Amérindiens, enne, adj et n. Nom donné aux Indiens d’Amérique. Quand il désigne une personne, le mot prend une majuscule : Une Amérindienne, les Amérindiens.
Autochtone, adj. et n. m et f. Originaire du pays qu’il habite, que ses ancêtres ont aussi habité. Antoine n’est pas un autochtone ; ses parents sont d’origine anglaise et sont venus habiter en France alors qu’il avait trois an. Personne qui est née dans le territoire où elle vit et dont les ancêtres y vivaient déjà ; les Québécois(es), les Québécois(es), issus(es) de Canadiens-Français et de Canadiennes-Françaises, les Inuits et les Amérindiens sont des Autochtones.
Autonomie, n. f. 1.– Possibilité de décider, pour un État, sans en référer à une autre autorité ; qui s’administre lui-même ; indépendance. Autonomie politique complète. 2.– Autonomie financière : situation d’un organisme qui administre, gère librement ses propres ressources. L’autonomie des universités. 3.– Possibilité pour un organisme ou un individu de se déterminer selon des règles librement choisies. Autonomie de gestion. Autonomie d’une personne. On remarquera qu’il est ici question d’un organisme ou d’un individu mais non d’un État. 4.– En sociologie, liberté relative qui consiste dans le fait qu’un groupe, principalement politique, peut s’organiser et s’administrer lui-même sous certaines conditions, et dans certaines limites, dans le cadre d’un pouvoir central. (Cf. « Liberté », dans Bénac, Dictionnaire des synonymes, 1956.) L’autonomie provinciale. Toutefois, on ne saurait confondre autonomie et indépendance, car l’indépendance exclut toute subordination, toute soumission, toute influence subie, si faible qu’elle soit (Ibid.). Par conséquent, parler d’autonomie provinciale selon un ordre de compétences seulement, comme si c’était de l’indépendance, est une absurdité.
Civilisation, n. f. Une civilisation, c’est la manière de vivre des gens d’une société, ainsi que l’ensemble des progrès scientifiques, techniques, culturels de cette société, ensemble des usages sociaux, artistiques, scientifiques, moraux, religieux, politiques, etc., qui caractérisent la vie d’une société humaine à un moment donné : la civilisation chinoise, égyptienne, grecque. Les Romains ont été civilisés par les Grecs, ceux-ci leur ont apporté leur civilisation. Antonyme : barbarie.
Constitution, n. f. 1.– Ensemble des textes fondamentaux qui établissent la forme d’un gouvernement, règlent les rapports entre gouvernants et gouvernés, et déterminent l’organisation des pouvoirs publics. 2.– Charte, textes fondamentaux qui déterminent la forme du gouvernement d’un pays. En Angleterre, par exemple, c’est l’ensemble des coutumes, de la tradition, des lois et de la jurisprudence qui constitue la loi fondamentale non-écrite du pays.
Culture, n. f. 1.– En parlant des végétaux, l’action de cultiver, de travailler la terre, les plantes, la culture du blé, le terrain et les plantes cultivés : les inondations ont endommagé les cultures. 2.– En parlant des êtres humains, l’ensemble des connaissances qu’une personne a acquises ; la culture scientifique est importante de nos jours ; un homme, une femme d’une grande culture (= très cultivé(e), les connaissances que l’on a : il a une solide culture générale ) ; 3.– Ensemble des modes de pensée, des connaissances et des réalisations artistiques, littéraires, scientifiques, etc., propres à une société. La culture occidentale, la culture chinoise, les traditions, les connaissances propres à un pays (civilisation) : cet homme , cette femme est de culture orientale, occidentale.
Indépendance, n. f. 1.– Le fait d’être indépendant, de décider librement de ses actes : maintenant qu’il est étudiant, il souhaite plus d’indépendance. Synonymes : autonomie, liberté. 2.– État d’une personne indépendante (aux points de vue économique, politique et culturel ) ; 3.– Individu qui ne dépend de personne : elle reste célibataire parce qu’elle tient à son indépendance. 4.– Condition d’un pays, d’un peuple qui ne dépendent pas d’un autre État ou qui ne sont pas sous la domination d’un autre pays ; ce pays, ce peuple viennent d’acquérir leur indépendance, ils ne dépendent plus d’un autre pays, (autonomie interne et autonomie externe), ils sont libres ; la Côte d’Ivoire a accédé à l’indépendance en 1960 (synonymes : autonomie, souveraineté).
Indépendance d’un État, certains mouvements revendiquent la souveraineté du Québec, un Québec souverain, indépendant. REMARQUE.– Il existe une nuance, en français, entre indépendance et souveraineté. En effet, la souveraineté est le pouvoir d’agir que confère l’indépendance : l’État souverain. L’indépendance est un acte juridique, une proclamation qui confère à une nation sa souveraineté, c’est-à-dire le pouvoir de se gouverner elle-même : la nation souveraine, la souveraineté nationale. La souveraineté est donc la conséquence de l’indépendance. Un État est souverain parce qu’il est indépendant. Le plus souvent, on fait de ces deux mots des synonymes, ce qu’ils ne sont pas nécessairement.
Les indépendantistes, les souverainistes sont des partisans(es) de l’indépendance d’un pays, partisan(e) de l’indépendance politique de son pays, il, elle est indépendantiste, personne qui réclame l’autonomie (l’autonomie interne et l’autonomie externe), politique par rapport à un État, ils, elles sont indépendantistes.
Indépendant(ante) adj. 1.– Qui n’est pas soumis à l’autorité d’un autre pays, qui a son indépendance, l’Algérie est devenue indépendante en 1962, cet État est devenu indépendant, un État indépendant, c’est un État qui n’est pas soumis à l’autorité d’un autre pays. 2.– Cette décision est indépendante de ma volonté, ce n’est pas moi qui ai voulu la prendre. 3.– Qui ne dépend de personne et aime se sentir libre, il, elle travaille pour être indépendant(e), c’est un homme, une femme très indépendant(e), qui aime être libre. 4.– Qui n’a pas rapport avec autre chose, qui en est séparé : chaque enfant a sa chambre indépendante, ces deux appartements sont indépendants, ils ont chacun une entrée particulière.
Indépendamment, adv. Indépendamment de son prix, cet appartement est trop petit pour eux, (en plus de son prix) .
Indigène, adj., qui est né dans le pays dont on parle ; cet étranger trouve que la population indigène est très accueillante. Qui est né dans le pays où il vit. La population indigène d’un pays. Synonyme de l’adjectif autochtone.
La langue et la culture se rattachent aux concepts de nation. En revanche, une race est une subdivision de l’espèce humaine en Jaunes, Noirs et Blancs selon le critère apparent de la couleur de la peau. Quant aux structures juridiques, politiques, économiques et sociales, elles se rapportent au concept de pays.
Langue, n. f. Système particulier de signes linguistiques (verbaux ou écrits) propre à une communauté d’individus qui l’utilisent pour s’exprimer et communiquer entre eux : les langues danoise, norvégienne, islandaise (le danois, le norvégien, l’islandais). Quelles langues étrangères parlez-vous, lisez-vous, écrivez-vous ? Langue maternelle, celle du pays où l’on est né, celle que l’on a apprise avec ses parents. Les Français et les Anglais ne parlent pas la même langue ; sa langue maternelle est le chinois, la langue qu’il a apprise quand il a commencé à parler.
Nation Quelques définitions : n. f. 1. – Groupe humain caractérisé par une origine, une histoire, une culture communes. 2.– Ensemble des personnes qui vivent en général sur un même territoire et qui ont en commun des traditions historiques, culturelles, linguistiques ou économiques plus ou moins fortes. 3.– Communauté politique établie sur un territoire donné et dirigée par un gouvernement : l’Organisation des Nations unies, les grands nations. (On parle aussi d’États-nations.) 4.– Communauté politique établie sur un territoire défini et dirigée par une autorité souveraine.
National, adj. Relatif à une nation ; qui lui appartient. Ce qui intéresse l’ensemble d’un pays. Enfin, se dit d’un parti politique qui prétend s’identifier aux intérêts de la nation. REMARQUE.– Dans la situation politique actuelle du Québec, qui en est une d’annexion depuis 1840, le mot national s’emploie abusivement dans les médias pour désigner tout ce qui touche aux intérêts et aux institutions canadiennes. Ce faisant, ils nient la nation québécoise. Que le Québec possède une Assemblée nationale, des Archives nationales, une Bibliothèque nationale, etc. ne change rien à l’affaire. Il n’y a qu’une seule nation au Canada et la présence d’une majorité linguistique et culturelle québécoise-française, fondement de la nation québécoise, y est tout au plus tolérée. La nation canadienne se construit actuellement et mettons-nous bien dans la tête ce que l’histoire nous enseigne : deux nations ne peuvent coexister sur un même territoire. Il faut que l’une des deux disparaisse et ce ne peut être que la nation minoritaire. Durham avait très bien compris cette notion élémentaire.
Patrie, n. f. 1.– Pays auquel on appartient ou auquel on a le sentiment d’appartenir parce qu’on y est né ou que l’on y vit. Ces opposants politiques ont dû fuir leur patrie, Pierre est français, la France est sa patrie, son pays natal. 2.– Le pays auquel on appartient, dont on a la nationalité, ces réfugiés(es) qui ont dû fuir leur patrie. 3.– Province natale, ville natale, Saint-Malo est la patrie de Jacques Cartier, 4.– Patrie d’adoption, pays dont on n’est pas originaire, mais où l’on s’est installé, où l’on vit.
Pays, n. m. 1. – Territoire bordé de frontières et dirigé par un gouvernement, État, nation, le Canada est un pays d’Amérique, l’Allemagne et la France sont deux pays d’Europe (= nation, territoire, État), tout le pays a été marqué par la mort du Premier ministre, les habitants, le Danemark, la Norvège, l’Islande sont des pays d’Europe du Nord. 2.– Région : l’artisanat du pays, la Colombie britannique est un pays de montagne. il, elle aime le sucre du pays, le sucre d’érable, la France est un pays tempéré, c’est un vin du pays (cru, terroir), rentrer au pays, un pays accueillant, voir du pays, voyager.
Peuple, n. m. La plupart du temps synonyme de nation.
Province, n. f. 1.– Région française, qui a ses traditions et ses coutumes, (ensemble de la France, hormis Paris et sa banlieue. La vie en province est plus calme qu’à Paris. Les provinciaux sont les gens qui habitent en province. 2.– État fédéré doté d’un gouvernement propre, « souverain » (un semi-État, semi-fouverain, souverain, subordonné), dans le domaine de ses compétences, le Canada, le Canada-Anglais, est divisé en dix provinces, la province de Québec, les provinces maritimes, le Canada de l’Est, (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve, Île-du-Prince-Édouard), les provinces de l’Ouest, le Canada-Ouest, (l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie-Britannique).
REMARQUE.– Ajoutons que le terme de province a, au Canada, une connotation coloniale. En plus d’être un anglicisme (c’est la traduction littérale des mots Province of Quebec de la proclamation royale du 7 octobre 1763. Murray fut nommé gouverneur de la Province of Quebec. On avait ainsi baptisé la colonie anglaise qu’on voulait fonder sur les rives du Saint-Laurent. Depuis la Conquête, le territoire habité par les Canadiens a toujours été dans la dépendance d’une autorité extérieure. Le mot province, encore utilisé au XXe siècle, l’indique très clairement. Jamais choix d’un terme ne fut plus judicieux.) Ainsi s’exprime l’historien Michel Brunet dans son ouvrage très documenté qui s’intitule : Les Canadiens après la Conquête. (Montréal, Fides, 1969, page 93.) On retrouve aussi dans le droit romain dont se sont beaucoup inspirés les juristes britanniques le sens suivant : Pays conquis hors de l’Italie, assujetti aux lois romaines et administré par un gouverneur romain. (Littré, Gallimard et Hachette, 1959, p. 1791).
Provincial, propre, relatif à la province, la capitale provinciale, le provincial, le gouvernement d’une province. Encore ici, il s’agit d’un anglicisme.
Race, n. f. Subdivision de l’espèce humaine définie par rapport à des critères physiques tels que la couleur de la peau ou la forme du squelette, etc. ; la race noire, la race blanche, la race jaune. Aujourd’hui, à partir des progrès de la génétique et de l’anthropologie, les scientifiques préfèrent parler de « population » plutôt que de « race ». Subdivision d’une espèce animale; cette vache est de race normande. Catégorie ; il y a de nombreuses races de chats. Catégorie de personnes ayant des caractéristiques communes : il, elle est de la race des gens honnêtes. De race, se dit d’un animal domestique qui n’a subi aucun métissage, un chien de race (antonyme : bâtard), c’est un chien de race, un chien qui a un pedigree. Il est hautement ridicule de parler, comme on l’entend parfois, de Salon de la Race pour désigner l’Assemblée nationale.
Souverain(e), adj. et n. 1.– Qui exerce un pouvoir de décision, le pouvoir suprême (vient du latin supremus qui signifie « au-dessus ») : dans une démocratie, le peuple est souverain, c’est le peuple qui décide ; le Parlement est souverain pour voter les lois ; 2.– n. personne qui, dans un empire ou un royaume, exerce le pouvoir suprême ; un roi, un empereur, un monarque sont des souverains ; 4.– Au sens d’extrême, de total : il, elle a un mépris souverain pour les autres.
Souverainement, adv. Extrêmement, très, un film souverainement ennuyeux ; il, elle est souverainement méprisant(e),
Souveraineté, n. f. Pouvoir, autorité suprêmes ; dans une démocratie, le peuple exerce sa souveraineté en votant ; manifestation des pouvoirs que confère l’indépendance d’un État (voir le mot « Indépendance ») : plusieurs mouvements revendiquent la souveraineté du Québec.
Souverainisme, indépendantisme, n. m. Revendication de l’indépendance politique de la part d’un peuple. (Larousse 2005) Mouvement qui réclame l’autonomie, (l’autonomie interne et l’autonomie externe), d’un territoire. On parle aussi du souverainisme français qui veut préserver la souveraineté de la France à l’intérieur de l’Union européenne.
Souverainiste, indépendantiste, 1.– n. m. Individu ou parti qui réclame l’indépendance politique (autonomie interne et autonomie externe) par rapport à un État. 2.– adj. Le point de vue souverainiste, indépendantiste. REMARQUE.– Les fédéralistes emploient le mot séparatiste à des fins de propagande pour désigner cette réalité. Ce terme possède évidemment une forte connotation péjorative.
Conclusion
Nous conclurons avec l’opinion d’un lecteur critique qui a pris connaissance de ce « petit lexique » et qui nous a adressé le commentaire suivant.
Les militants et les militantes de l’indépendance du Québec ont besoin de la plus grande clarté possible dans l’utilisation des concepts qui touchent au domaine de la politique nationale. Il va de soi que nous n’employons ici l’adjectif national que dans une optique purement québécoise. Nos ennemis, qu’il ne faut pas hésiter une seconde à désigner par ce vocable, (les appeler compatriotes relève de l’inconscience la plus totale !) ne ménageront aucun effort pour nous vaincre et, si nous nous comportons en moutons qu’on mène à l’abattoir, ils ne nous en mépriseront que davantage et ce, avec raison. Nous sommes en guerre et cette guerre, il faut absolument la gagner. Il y va de notre survie en tant que peuple. Sans l’indépendance, le Québec est condamné à une annexion perpétuelle, donc à une assimilation à la louisianaise et, avec la mondialisation, cette assimilation ne peut que devenir inéluctable si nous n’avons pas les moyens d’un pays indépendant pour en contrer les effets.
Comme c’est la dernière chronique du jeudi pour l’année 2004, nous souhaitons que ce commentaire fasse l’objet d’une bonne discussion entre les indépendantistes et ceux et celles qui voudraient bien prendre connaissance du lexique et l’étudier attentivement.
Joyeuses Fêtes !
Bruno Deshaies
P.-S. La chronique du jeudi reprendra en janvier 2005. À nos lecteurs et lectrices qui ont eu la patience de nous lire, nous souhaitons un très joyeux Noël et une heureuse année 2005. BD
« COMMENTAIRES » Le mot « race » et le petit lexique pour les indépendantistes
Lettre de Monsieur Jean Laporte
20 décembre 2004
Bonjour M. Deshaies
J'entretiens un questionnement à propos de votre article du : PETIT LEXIQUE DE L’INDÉPENDANCE traitant du mot RACE.
Vous dites: ''Il est hautement ridicule de parler, comme on l’entend parfois, de Salon de la Race pour désigner l’Assemblée nationale''.
Pourtant le Petit Larousse du début du siècle décrit race comme: Ensemble des ascendants et des descendants d'une famille, d'un peuple.
Nos historiens d'hier utilisaient le mot race pour désigner le peuple canadien-français de façon régulière. Alors pourquoi choisissez-vous de décrire l'expression (archaïque) ci-haut de hautement ridicule. Elle est témoin d'une époque ...?
Un lecteur assidu,
Jean Laporte
23 janvier 2005
Réponse de la chronique du jeudi
Bonjour Monsieur Jean Laporte,
Nous vous remercions du commentaire que vous nous avez fait parvenir concernant l’usage de l’expression « Salon de la race » par les Québécois. Nous considérons que votre remarque mérite quelques explications.
Comme vous savez, le petit lexique que nous avons publié visait à nous permettre de nous comprendre et de nous entendre sur le sens de certains mots. En ce qui à trait à l’indépendance du Québec, il est urgent et essentiel d’être capable de parler de la même chose avec les mêmes mots qui portent clairement la même signification. Ce ne doit plus être du genre, « c’est ça, oui mais... ». Dans cet esprit, voici quelques explications supplémentaires.
Parler de race aujourd'hui pour désigner une famille, un peuple n'est plus, selon tous les dictionnaires, qu'un archaïsme. Cependant, on l’emploie encore parfois pour désigner les Capétiens dans l'expression « les rois de la troisième race ». Il faut comprendre après les Mérovingiens et les Carolingiens. En français moderne, le mot race désigne plus couramment la subdivision de l'espèce humaine en Jaunes, Noirs et Blancs. (Larousse 2000) « La diversité humaine a entraîné une classification raciale sur les critères les plus immédiatement apparents : leucodermes (Blancs), mélanodermes (Noirs) et xanthodermes (Jaunes). Cette classification a prévalu, avec diverses tentatives de perfectionnement dues à l'influence des idées linnéennes, tout au long du XlXe siècle. Les progrès de la génétique conduisent aujourd'hui à rejeter toute tentative de classification raciale. (Larousse 2005)
Quelques expressions :
– Subdivision d'une espèce animale. Races canines, félines.
– De race. Se dit d'un animal de bonne lignée, non métissé.
– Ensemble des ascendants et des descendants d'une même famille. En ce sens, le mot race est d'un emploi littéraire.
Au fig. : ensemble de personnes présentant des caractères communs et que l'on réunit dans une même catégorie. La race des poètes, des héros, etc.
Voici un sens beaucoup plus inquiétant :
Dans la théorie du racisme, groupe naturel d'êtres humains qui ont des caractères semblables (physiques, psychiques, culturels, etc.) provenant d'un passé commun, souvent classé dans une hiérarchie.
En ce qui concerne l'extermination des Juifs par les Nazis, ce n'est pas de racisme qu'il faut parler puisque les Juifs ne forment pas une race, mais d'antisémitisme. C'est abusivement, selon le Robert, que l'on parle de Race juive. Ce qui ne rend pas moins abominable le crime des Nazis... En ce qui concerne le vrai racisme, de vastes secteurs des États-Unis en sont, encore aujourd'hui, infectés.
Revenons à l’usage de l’expression le « Salon de la race ». Bien qu’à une certaine époque l’expression exprimait une analogie entre le peuple et le parlement, le langage parlementaire utilisait les mots Parlement, Législature, Assemblée législative et aujourd’hui on emploie le nom d’Assemblée nationale depuis 1978.
Par exemple, la « Chambre d’assemblée » ou la « Chambre » ont souvent été utilisées comme mots pour désigner l’Assemblée législative. Aujourd’hui, la Salle de l’Assemblée nationale (en anglais : National Assembly Chamber) est connue sous l’appellation familière de « Salon bleu » depuis 1978 (voir APPENDICE), mais qui était le « Salon vert » avant 1978. Quant au « Salon rouge », il a été la pièce utilisée par les conseillers législatifs à partir de 1886 et, depuis 1968, par les commissions parlementaires ou pour diverses activités officielles ou protocolaires. La Chambre (the Chamber) a été surnommée le « Salon de la race » pour la première fois de notre histoire par Maurice Duplessis à l’ouverture de la session parlementaire du 7 octobre 1936 (voir APPENDICE : Horguelin).
« Cet idiotisme, selon Horguelin, est « aujourd’hui parfaitement désuet ». Il n’en demeure pas moins que l’expression peut prendre diverses significations. Ainsi, le député fédéral du BQ de Hochelaga-Maisonneuve a déclaré le 5 mars 2003 à la Chambre des Communes à Ottawa que « le Salon de la race [est] surtout le seul Parlement que contrôlent entièrement les francophones. Bien sûr, quand l'Assemblée nationale parle d'une seule voix, on aime à penser que c'est parce que le consensus est très fort au Québec. » Toutefois, pour Maurice Pellerin, chercheur de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, l’expression créée par Maurice Duplessis « signifiait simplement nation, avec peut-être une insistance sur l’origine, l’ethnie ». Horguelin note que « la suite des débats [à partir de 1936] montre que la trouvaille du chef de l’Union nationale connaît un succès instantané. » D’après les recherches de Pellerin, « l’expression n’est sortie de l’usage que dans les années 1970, lorsque le mot « race » a pris une connotation trop péjorative ». Malgré tout, certains calembours ont circulé à l’époque dans le genre « salon de la crasse » ou « salon de la farce », ce qui ne saurait nous surprendre. Aujourd’hui, pour les familiers du « Salon de la race », l’Assemblée nationale est devenue le « Salon bleu », « ce qui est moins tapageur » souligne Christophe Horguelin.
Pour conclure, le mot « race » que nous avons utilisé à une certaine époque de notre histoire ne convient plus à la situation actuelle. C’est pourquoi nous soutenons que l'expression « le Salon de la race » est un archaïsme qu'il faut éviter pour des raisons évidentes.
Nous vous remercions, Monsieur Jean Laporte, de nous avoir fait connaître votre opinion.
Bruno Deshaies
APPENDICE :
Salon bleu
Appellation familière de la Salle de l’Assemblée nationale depuis 1978.
« Salon de la race »
Nom donné autrefois à la salle où siègent les membres de l'Assemblée nationale du Québec.
Voir l’article de Christophe HORGUELIN, « Le "Salon de la race" : une invention de Duplessis », La Presse, dimanche 24 novembre 1996: cahier C, p. 11.
L’ouverture de la 1re session de la 20e législature à la salle du Conseil législatif, le
7 octobre 1936, attire une foule nombreuse au Parlement. Photo : Archives nationales
du Québec. Voir Bulletin de la Bibliothèque nationale, 32, 3-4, octobre 2003, p. 18.
LE PEUPLE AU PARLEMENT : L’AUTOMNE CHAUD DE 1936 (1)
Frédéric Lemieux
Division de la reconstitution des débats
Bibliothèque de l’Assemblée nationale
Source : Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale, volume 32, numéros 3-4, Québec, octobre 2003, pages 18-23.
(1) Cet article est un extrait de l’introduction aux Débats de l’Assemblée législative de la 20e législature, 1re session (1936).
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