La confusion qui règne en ce moment au sein de notre classe politique québécoise dans l’ordre des idées concernant la situation politique du Québec n’aide pas les citoyens et les citoyennes à comprendre tout ce qui se passe sous leurs yeux.
De frustration en frustration, les individus s’éloignent de la classe politique au point de ne plus les suivre du tout. Soit que la population vive continuellement dans l’attente ou qu’elle s’abandonne au sort qu’on lui fait. Mais dans les deux cas, la grogne devient de plus en plus évidente. Un jour, on aime l’un ; le lendemain, on le hait ; le surlendemain, on haït l’autre, puis le lendemain, on l’encense. L’opinion publique donne l’impression d’être inconstante. Entre Charybde et Scylla, l’opinion publique se façonne de telle sorte qu’elle cherche à échapper constamment aux discours insipides, lénifiants et insignifiants de nos porte-parole politiques ou nos meneurs d’opinions.
La classe politique a un examen de conscience à faire
Les membres de la classe politique tant provinciale que fédérale valsent d’un côté et de l’autre parmi l’éventail des formations politiques existantes en croyant faire avaler à toute la population des vessies pour des lanternes. À trop vouloir faire croire toute sorte de choses, ils finissent par mentir à tout le monde. Cela est vrai du camp des fédéralistes ou de celui des souverainistes qu’ils fonctionnent au plan fédéral ou provincial. Il y a une désaffection de la classe politique.
La coupe ne semble jamais assez pleine ou elle est jugée trop pleine. Pour le citoyen ordinaire, qui faut-il croire ? Avec l’usure du temps, les citoyens et les citoyennes se démotivent de la chose publique. Nos politiciens et politiciennes ont des responsabilités publiques. Que ceux-ci prennent acte des faits, car le mensonge ne paie ni à long terme ni à moyen terme. Sur le coup, ils ont le bénéfice du doute, mais après coup... Pendant tout ce temps consacré au jeu de dupes, c’est toute la société civile qui en paie le prix. La classe politique canadienne et québécoise (c’est du pareil au même) a un examen de conscience à faire en profondeur. (Par exemple, les débats concernant le programme des commandites tournent à l’électoralisme. Le fond du problème, celui de l’unité canadienne, est poussé sous le tapis. C’est trop gros ! Le Bloc québécois se contente de préparer le terrain pour faire réélire des députés qui iront demain défendre la souveraineté du Québec à Ottawa. Qui va les croire ? Par exemple, qui peut ajouter foi à l’ex-politicien arc-en-ciel et animateur de radio Jean Lapierre ? Qui sont-ils ces bouffons qui nous font la cour ?
Des arrivistes, des opportunistes, des calculateurs et des intrigants, il y en a partout et il y en aura toujours. Le dernier en lice qui aura à nous dire les raisons pour lesquelles il revient en politique est bien l’ex-animateur radiophonique Jean Lapierre. Pour sa part. le journaliste Michel Vastel n’a pas manqué de le décrire comme « l’infidèle aux sept virginités » dans le quotidien Le Soleil (cf. NOTE no 1). Son passage à l’émission « Arcand » à la télévision de TVA hier soir nous a tout simplement confirmé une fois de plus que cet homme politique n’est qu’un démagogue.
En contrepartie, un Claude Ryan se situe aux antipodes des Jean Lapierre. Pourtant, l’électorat québécois ne lui a pas rendu l’estime à laquelle il aurait pu avoir droit de son vivant. Comment répondre à la question que se pose Michel David à son sujet lorsqu’il écrit : « [Claude Ryan] était certainement animé par un profond désir de servir le Québec, mais connaissez-vous beaucoup d'autres hommes politiques, dont la carrière a été marquée par un échec aussi cuisant [que l’échec à l’élection de 1981], qui ont eu droit à des funérailles nationales ? » (Voir NOTE no 2.) Même s’il faisait partie de la grande famille libérale canadienne, Claude Ryan était foncièrement un conservateur.
Jusqu’à la fin de sa vie, l’homme public et influent qu’il était n’a pas perçu les signaux de l’indépendance du Québec qui auraient pu lui donner une stature « nationale » québécoise au lieu de pancanadienne. En fait, il est demeuré toute sa vie un provincial par l’obsession qui le rongeait au sujet du principe fédératif. En cela, il a été fidèle au fondateur du journal Le Devoir, Henri Bourassa.
Claude Ryan et la très grande majorité de sa génération ne sont jamais parvenus à penser autrement que dans l’optique fédéraliste. Même ministre du gouvernement Bourassa, il n’affectionnait pas particulièrement les travaux de la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec. On pourrait certainement dire que l’optique indépendantiste n’avait aucune valeur à ses yeux. La rigueur (pour ne pas dire la rigidité) de sa pensée, la logique de son discours qui se sclérosait dans la rationalisation, puis son intellectualisme l’auront privé de peser à sa juste valeur les fondements de l’indépendance de la société québécoise.
Finalement, on pourrait prendre tous les politiciens et politiciennes l’un après l’autre pour se rendre compte qu’il est difficile de définir la posture d’un individu sur l’échiquier politique. Certaines tendances paraissent visibles sans toutefois être constantes. Le monolithisme de la pensée ne fait pas bon ménage avec la vie des politiciens ou des politiciennes. La vie politique est conditionnée par différents plaisirs, dont celui de demeurer au pouvoir aussi longtemps que possible – même si c’est dans l’opposition parlementaire comme c’est le cas en ce moment avec Bernard Landry. Les acrobaties sémantiques que ce politicien nous réserve pour les mois à venir seront particulièrement savoureuses.
L’unité canadienne C. l’unité québécoise
Ces remarques préliminaires visaient à mettre en évidence que la pensée des hommes et les femmes politiques ainsi que les programmes des partis politiques ne sont ni coulés dans le béton ni inscrits sur des pierres de granite ou comme les Tables de la Loi ou la loi des Prophètes. Toutefois, un élément sacré de la pensée canadian ou pancanadienne consiste à ne jamais déroger à l’objectif de l’UNITÉ CANADIENNE.
En revanche, dans le camp des souverainistes, la pensée québécoise ne parvient pas à mettre le contenu qu’il faudrait dans le cadre de l’objectif de l’UNITÉ QUÉBÉCOISE. Doit-on répéter ad nauseam que l’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC n’est pas seulement l’identité culturelle du Québec, la langue garante de la souveraineté, le respect de la diversité culturelle dans la mondialisation, la limite de collecter tous nos impôts, faire toutes nos lois et signer des traités avec les autres pays dans le monde ?
L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC, c’est surtout la capacité de la majorité québécoise-française de détenir un État souverain capable d’entretenir des relations interétatiques et de vivre avec les autres, mais par soi, dans la collaboration mais autonomie. Cet aspect fondamental de la vie d’une société se résume essentiellement à la notion d’agir (par soi) collectif.
Pour bien se comprendre, il faut s’inspirer des recherches de l’historien Maurice Séguin et de tout ce qu’il a pu méditer au sujet de la VIE et des CONDITIONS DE VIE. Nous allons retenir ici un aspect de sa pensée portant sur les rapports entre sociétés. Or, cet aspect est au cœur même de la question de l’indépendance du Québec.
En théorie, voici ce que nous enseigne ce penseur sur l’objet du « national » pour toute société. Comme il l’écrit au Chapitre quatrième de son cours sur Les Normes, « le national et le social sont DEUX ASPECTS NÉCESSAIRES de la vie d’une même communauté ». Le national se rapporte « aux relations avec les autres collectivités » tandis que le social concerne « surtout le sort des personnes et la répartition des biens à l’intérieur d’une société ». Cependant, c’est dans le Chapitre premier de son cours sur Les Normes qu’il étudie l’inévitabilité et la nécessité des rapports entre sociétés. Cette question constitue le noeud gordien de son Chapitre troisième consacré à la Sociologie du national.
La connaissance de ces fondements de l’indépendance est indispensable pour tous les individus qui croient que l’indépendance (du Québec) est un bien en soi. Pour tous les autres, cette connaissance devrait les inviter à plus de prudence quant à la défense des valeurs et des avantages théoriques du principe fédératif. En définitive, ils devraient apprendre à contrôler leurs excès de zèle. C’est le cas, d’un Stéphane Dion. C’est aussi la même chose avec Claude Ryan dans son entêtement suranné à défendre le fédéralisme comme régime politique et la fédération canadienne renouvelée. La pensée du philosophe Michel Seymour est inspirée des mêmes fondements fédéralistes, même si le glas a sonné trois fois au sujet de l’EXISTENCE MÊME de toute la collectivité québécoise-française (anciennement, canadienne-française).
La notion fondamentale de l’« agir (par soi) collectif
Pour dédouaner le principe d’indépendance des scories du fédéralisme, il importe de saisir toute la portée positive du besoin pour une société d’agir (par soi) collectivement à l’intérieur et à l’extérieur, c’est-à-dire de « faire face soi-même aux obligations, aux pressions, etc., tenter de résoudre soi-même ses problèmes internes et externes, tel est l'instinct vital profond d'une société, quand elle veut durer et que cet instinct a la possibilité de se manifester librement » (cf. ci-dessous).
SUR LES CONTACTS ET LES INTERACTIONS ENTRE LES SOCIÉTÉS
1.1.2.6 Les rapports entre sociétés
Les rapports entre sociétés sont inévitables et nécessaires. L'isolationnisme total est impensable.
Il est impossible, pour une société quelconque, de ne pas avoir des rapports avec les autres sociétés, de ne pas subir de pressions, etc. De tous temps et pour toutes les sociétés, il y a eu directement ou indirectement, contact et interaction, parfois utiles, parfois nuisibles ; à la fois enrichissement et limitation réciproques.
Y a-t-il eu des exceptions durant la préhistoire ? La recherche systématique de l'isolationnisme (s'il était possible d'y accéder) comporterait plus d'inconvénients que d'avantages. Se couper de tous contacts ou trop les restreindre, c'est vouer le milieu à la stagnation...
1.1.2.7 La vie en société repose sur la notion d'« agir par soi »
Mais il y a quand même vie collective distincte, vie autonome. Malgré toute l'insistance sur la nécessité et l'utilité pour une société de collaborer avec les autres, il n'en demeure pas moins que la notion de vie en société se rapporte essentiellement à la notion d’agir (par-soi) de cette société.
· Définition de l'agir (par soi) collectif
L'agir (par soi ) collectif est l'action concertée et organisée d'un certain nombre d'individus amenés à se grouper en société, à former équipe,
- naturellement ou artificiellement,
- inconsciemment ou lucidement,
- volontairement ou involontairement à l'origine,
- spontanément ou par la force des choses,
- intégralement ou graduellement,
et qui trouvent la liberté et les moyens d'exécuter, par une minorité ou par la majorité ou la totalité (de ces individus), dans leurs propres cadres, sous leur direction, grâce à leur initiative, les multiples activités qui constituent la fin de cette société.
1.1.2.8 Exigence fondamentale de l'« agir par soi » collectif
À l'intérieur et à l'extérieur, agir collectivement (par soi), faire face soi-même aux obligations, aux pressions, etc., tenter de résoudre soi-même ses problèmes internes et externes, tel est l'instinct vital profond d'une société, quand elle veut durer et que cet instinct a la possibilité de se manifester librement.
Pour toute société (quelle que soit sa fin), à côté de l'inévitable contact, de la collaboration nécessaire, on retrouve cette exigence fondamentale de l'agir (par soi) collectif, de l'action et de la réaction autonome, de la réserve collective, de la séparation (ou du « séparatisme »).
1.1.2.9 Séparatisme C. isolationnisme
Séparatisme qui n'a rien de commun avec l'isolationnisme et qui est même tout le contraire de l'isolationnisme puisqu'il permet d'être présent soi-même aux autres sociétés.
1.1.2.10 « Agir par soi » collectif dans la collaboration
Ce postulat-clef de l’agir (par soi) collectif dans la COLLABORATION est l'une des normes principales utilisées pour décrire l'histoire politique des deux Canadas.
Source : Les Normes.
Si on fonde l’indépendance du Québec sur de tels principes, cela revient à dire qu’il faut modifier la donne de la pensée nationaliste canadienne-française du tout au tout. En clair, cela signifie que les indépendantistes doivent battre en brèche la tradition fédéraliste. C’est donc une révolution mentale et conceptuelle à laquelle on doit assister. Ce sont sur ces nouveaux fondements que les Québécois doivent livrer bataille s’ils veulent un jour conquérir leur indépendance politique dans le monde.
La réaction fédéraliste
Ce ne sera certainement pas avec les présupposés du Président et Éditeur du journal Le Soleil, Monsieur Alain Dubuc, que nous pourrons sortir de l’ornière fédéraliste. Il soutenait dans son éditorial de fin de semaine dernière que nos « outils constitutionnels [...] doivent être vus comme une protection utile, en quelque sorte une police d'assurance, plutôt que comme un guide dans l'action. Lançons les vrais débats, posons les problèmes, trouvons les solutions, définissons les politiques, et ensuite ajustons le tout aux contraintes constitutionnelles ». (Voir NOTE no 4.) Ce sont exactement « les ambitions canadiennes » de Paul Martin et de combien de Québécois pure laine.
Voilà la lame sourde que le gouvernement du Canada propose aux Canadiens et aux Canadiennes. Cette orientation politique s’amorce en ce moment. Elle ne sera pas uniquement celle du Parti libéral du Canada. Ce sera aussi la politique des autres partis fédéraux à Ottawa, et a fortiori, d’autres gouvernements qui seront formés ultérieurement. Le Bloc québécois sera pris dans la tourmente. Il ne fera que vérifier l’étendue des dégâts, évaluer son niveau de frustration et mesurer son impuissance à changer la trajectoire de la fusion des encadrements nationaux qui se prépare depuis les négociations de l’entente de Charlottetown – même si l’entente a été rejetée au référendum du 26 octobre 1992. Le Bloc québécois ne fait que livrer un combat électoraliste comme son grand frère au Québec. Tous les deux ne cessent de se réajuster sur la foi du dernier sondage. Les Québécois n’iront pas bien loin avec tous ces vendeurs d’images de l’indépendance.
Souveraineté et fédération
Il ne suffit plus de lutter contre cette lame sourde de l’unité canadienne qui est à la fois multiforme et irréversible. Il revient impérativement aux partisans de l’indépendance du Québec de fourbir leurs armes à partir d’idées plus claires sur le principe de l’indépendance et de diffuser leur idéologie de changement fondamental sur des idées porteuses d’un avenir réellement nouveau.
Dans cet esprit, nous recommandons à nos lecteurs et lectrices de consulter notre mémoire présenté à La commission Bélanger-Campeau sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec qui avait pour titre : De la DIFFÉRENCE à la DISTINCTION.
Il ne faut pas non plus négliger de lire attentivement le document qui accompagnait ledit mémoire. Il s’agit d’un extrait du livre Paix et guerre entre les nations par RAYMOND ARON : SOUVERAINETÉ ET FÉDÉRATION
La réception du mémoire par la Commission
Malheureusement, l’auteur de ce mémoire n’a pas eu la chance d’exposer publiquement son point de vue devant la Commission Bélanger-Campeau. Comme on ne voulait pas le voir présenter son mémoire parmi le groupe des experts consultés ou invités par la commission, on lui proposa de s’inscrire aux audiences des jeunes de moins de trente ans ! Techniquement, le candidat était refusé parce qu’il n’avait pas l’âge requis. Le mémoire est donc resté sur les « tablettes » ! Il y a peut-être une autre raison. L’auteur du mémoire était à ce moment-là un fonctionnaire du ministère de l’Éducation et son ministre n’était nul autre que monsieur Claude Ryan.
De toute façon, le mémoire est connu publiquement aujourd’hui. Mes concitoyens et concitoyennes peuvent en prendre connaissance, l’étudier, le commenter, le critiquer, le conserver dans leurs classeurs, poursuivre leurs réflexions ou le jeter à la poubelle.
Appel à une révolution mentale
Cependant, pour les indépendantistes, leurs attitudes devraient être différentes. Comme l’a noté Raymond Aron dans son étude sur Paix et guerre entre les nations : « ... Il ne peut pas plus y avoir deux souverains, à l’intérieur d'une collectivité politiquement organisée, qu’il ne peut y avoir deux généraux en chef à la tête d’une armée... La souveraineté appartient à l’autorité à la fois légitime et suprême. » (Voir NOTE no 6.)
Ce que les Québécois ont à faire, c’est de se donner une « autorité à la fois légitime et suprême ». Les atermoiements, le louvoiement, l’étapisme, les stratégies référendaires, la souveraineté continue ou la souveraineté à jet ininterrompu de projets de société tuent dans l’œuf les possibilités d’accession à l’indépendance. LA RÉVOLUTION MENTALE CONSISTE D’ABORD À SORTIR DÉFINITIVEMENT DU LABYRINTHE DU FÉDÉRALISME ET À S’APPUYER SUR DES ASSISES THÉORIQUES SOLIDES DE L’INDÉPENDANCE. Cette double action pourra guider des représentants éclairés vers un choix clair et irréversible qu’ils défendront becs et ongles.
Cette lame de fond ne doit pas être l’effet du hasard et des circonstances, mais le résultat d’actions collectives lucides et bien orchestrées. La dispersion, les tactiques politiciennes, les discours à fleur de peau sur la souveraineté ne pourront que maintenir un autonomisme indigent. Les indépendantistes doivent rompre catégoriquement avec la tradition lafontainiste, c’est-à-dire avec le principe fédératif et l’annexion qui est l’étape ultime de la colonisation d’exploitation (cf. Maurice Séguin, Les Normes, 6,2,1). C’est pourquoi il est préférable d’employer le mot « annexion » plutôt que de colonisation lorsqu’il s’agit du sort des Canadiens (Français) après la conquête.
***
Pour terminer cette chronique, nous reproduisons ici la conclusion du mémoire présenté à la Commission Bélanger-Campeau le 5 novembre 1990.
La recherche de formules politiques interétatiques nécessite d’abord l’existence d’un État québécois indépendant capable de négocier d’égal à égal avec le Canada anglais les formules diverses d’aménagement géopolitique – entre autres – de l’espace canadien actuel. Le Québec n’a ni une volonté expansionniste ni un désir revanchard de destruction de l’espace canadien, mais plutôt un désir de libération, c’est-à-dire de libération collective qui pourrait finalement satisfaire les besoins et les aspirations de chaque québécois. Car il y a un rapport ténu entre l’individu et la société tout autant qu’entre la société et l’individu. L’un coproduit l’autre et vice versa. L’homo québécanthrope sera le produit de cette alchimie complexe des rapports de chaque québécois avec la collectivité et l’État québécois. C’est cette reconnaissance que recherchent les Québécois de la part de la communauté internationale concernant le CAS DU QUÉBEC.
Comme programme d’action politique, il importe d’étudier en priorité les stratégies démocratiques appropriées pour enfin sortir le Québec de l’impasse actuelle. Étant donné que la voie de la négociation avec le reste du Canada a achoppé lamentablement devant le projet d’accord du lac Meech, il est sûrement préférable maintenant d’agir dans le cadre des moyens dont dispose déjà le Québec. Il revient aux Québécois, face à leur avenir constitutionnel, de tracer eux-mêmes les balises de ce qu’ils veulent devenir. En conséquence, ils ne peuvent pas éviter le débat global sur les plans politique, juridique et constitutionnel. De même, ils ne peuvent esquiver non plus l’obligation de faire collectivement le choix d’une option constitutionnelle. Les cheminements de cette évolution sont à préparer maintenant avec toutes les forces vives de la société québécoise. Il me semble que le canevas de base devrait être celui de la coopération et de la compétition dans le cadre de relations « interétatiques » reconnues entre l’État du Québec et le reste du Canada. La condition sine qua non de cet avenir passe donc par la reconnaissance de l’indépendance de l’État du Québec dans l’interdépendance des rapports VÉRITABLEMENT interétatiques. Les Québécois sont mûrs pour entretenir eux-mêmes leur développement intérieur et concevoir les liens qu’ils veulent établir avec la communauté internationale et, bien sûr, avec le Canada anglais.
Bruno Deshaies
NOTES :
(1) Michel Vastel, « Jean Lapierre. L'infidèle aux sept virginités. » Dans Le Soleil samedi 7 février 2004 .
(2) Michel David, « Claude Ryan, 1925-2004. Le mal aimé. » Dans Le Devoir mardi 10 février 2004.
(3) « Le NATIONAL et le SOCIAL », dans Les Normes, 4,0.
(4) Alain Dubuc, « Les villes, au-delà de l'obsession constitutionnelle. » Le Soleil samedi 7 février 2004.
(5) Bruno Deshaies, « NOUVEAUX HORIZONS pour le Canada. Paul Martin annonce l’arrivée d’une lame sourde. » Dans VIGILE.NET, Chronique du jeudi 5 février 2004.
(6) Paris, Calmann-Lévy, 1962. Voir le chapitre XXIV : « Au-delà de la politique de puissance : II.– La paix par l'empire » (pp. 723-750). Discussion sur « les équivoques de la souveraineté » (p. 724-728) dans le cadre des relations entre les États souverains en regard d'un ordre interétatique mondial – d'où le problème des nations, de la fédération et de l'empire.