«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 165

NOUVEAUX HORIZONS pour le Canada

Paul Martin annonce l’arrivée d’une lame sourde

Bruno Deshaies
5.2.2004



« Lame sourde, lame qui s’élève
sans qu’on ait senti le vent qui l’a soulevée. »
(D’après le Grand Larousse encyclopédique
en dix volumes, 1964 : vol. 9, p. 936.)

« Avis de tempête : l'air a changé.
Il est plus lourd,
chargé d'un souffle indicible,
annonciateur d'une lame de fond... »

« L’avenir de nos enfants, c’est,
dans les faits, l’avenir du Canada. »
(Paul Martin, voir RÉF. « A ».)

« Où voulons-nous en être dans une dizaine d’années ? » (Voir RÉF. « A ».) C’est l’horizon des ambitions canadiennes de Paul Martin. Implicitement, les ambitions canadiennes de Paul Martin se posent comme un contrepoids aux dix années de régime de Jean Chrétien. Comme dirait le fabuliste Lafontaine : « Patience et longueur de temps valent mieux que force et que rage. »

Ne sous-estimons pas les ambitions canadiennes de Paul Martin. Ce chef politique s’est forgé une idée personnelle du Canada de demain au cours des ans. Tout cela commence dans son milieu familial, en particulier son père. Elle continue dans sa formation, ses expériences humaines, puis durant son parcours en politique. Arrivé au pouvoir, il ne veut pas rater l’occasion de mettre de l’avant ses ambitions canadiennes. On le saura dans dix ans.

Nous devons d’ores et déjà retenir qu’il ne dérogera pas à cette ligne de pensée. Il est têtu ! Mais en plus (et avec les mêmes réflexes que Jean Chrétien), il est un représentant du Québec au Parlement du Canada et non le moindre, comme premier ministre de tous les Canadiens et Canadiennes. (Jean Lapierre vient de lui faire une fleur en acceptant de se représenter en politique fédérale sous la bannière libérale.) Le Canada, c’est son horizon. Il l’a affirmé sans équivoque en conclusion dans sa réponse au discours du trône : « Notre pays. Notre Canada. » (Voir RÉF. « B ».) Qui va monter aux barricades pour récuser l’usage du « NOUS » pour représenter tous les CANADIENS et toutes les CANADIENNES !

« Dans quel monde aspirons-nous à vivre dans dix ans ? » (Voir RÉF. « À ».) Les ambitions canadiennes de Paul Martin ne se limitent pas à des actions politiques ayant pour horizon dix ans, mais surtout du monde dans lequel nous aimerions vivre dans dix ans. Quelles sont nos aspirations ? Plus directement – selon son style – il se demande et il le demande au nom des Canadiens et Canadiennes : « Que voulons-nous ? » (Voir RÉF. « B ».)

Les critiques du gouvernement Martin font fausse route s’ils veulent combattre son gouvernement actuel sur l’unique menu des mesures législatives que son gouvernement va proposer ou sur les promesses électorales qui se profilent en ce moment en vue des élections fédérales prochaines. Ils font aussi une erreur quant à leurs attaques sur des questions personnelles qui mineraient la crédibilité du chef du gouvernement lui-même. Des histoires sordides comme celles-là on en trouve des deux côtés de la Chambre. Et il n’est jamais très évident de faire toute la lumière sur de telles affaires. Cela dit, il ne s’agit pas de laisser courir les fraudeurs ni les bandits ou les criminels. Mais avec la moindre expérience dans la vie, on peut tout de même observer que les vierges offensées ont souvent beaucoup de choses à cacher quand ce n’est pas que souvent elles aussi peuvent effrontément nous mentir.

Ce qui est le plus important à comprendre en ce moment, c’est de savoir où s’en va le Canada. Mais qu’est-ce qui intéresse en ce moment le Bloc québécois ou le Parti conservateur ? Pour le BQ, c’est une lutte politique au premier degré. Ce groupement politique d’opposition espère faire en sorte qu’une seule personne soit discréditée sans savoir si son programme politique pour le Canada ou ses " ambitions canadiennes " traduites dans son programme politique pour le Canada deviennent réalité dans dix ans. Cette lutte parlementaire est très, très loin de la lutte nationale du troisième degré, c’est-à-dire celle qui concerne la défense du principe qui consiste à se gouverner soi-même sans l’intermédiaire d’un autre gouvernement. Pour le PCC, la lutte relève strictement des enjeux électoraux, car sur le fond, ce parti fusionné poursuivra les mêmes politiques ou presque que celles du PLC une fois au pouvoir. Au Canada, la lutte fondamentale entre les partis n’est plus une question de fond depuis de nombreuses décennies, mais de style. La lutte politique se fait dans le régime depuis au moins l’UNION de 1840.

Si, d’un côté, le BQ ne voit l’avenir du Canada dans sa soupe, alors que fait-il à Ottawa sinon de jouer le jeu du fédéralisme canadian si bien représenté par la série Les Bougon avec la bénédiction de nos artiSSSSSSSSTES. La grosse minorité culturelle francophone québécoise du Canada est bien défendue à Ottawa ! En contrepartie, le PCC ne sera pas différent du PLC quant à l’essentiel des principes concernant l’intégrité du territoire canadien ainsi que de la défense de l’indivisibilité de l’unité canadienne.

Bernard Landry aura beau crier contre Paul Martin et lui décocher des flèches empoisonnées en le qualifiant de « centralisateur unitariste » qu’il ne fera pas avancer sa cause d’un iota dans l’opinion publique canadienne. L’avantage pour Paul Martin dans sa lutte contre (ou avec) les provinces, c’est qu’il possède l’argent et qu’il a en plus un projet stimulant pour les Canadiens et les Canadiennes. À cet égard, il est dans la droite lignée de Pierre Elliot Trudeau qui ne voyait rien d’autre que cette idée d’UN Canada qui « NOUS » appartient à tous. Il l’a prouvé. Il a écrasé René Lévesque en 1980.

De son bord, Gilles Duceppe ne peut aspirer d’aucune façon à la main mise sur le pouvoir à Ottawa, car il n’est qu’un élément grinçant dans le parlement canadien. Tant qu’il se limitera à faire du parlementarisme pour le parlementarisme, les gouvernements canadiens n’auront aucune crainte à son égard. Ils seront même condescendants (ils l’ont été précédemment envers Lucien Bouchard) puisque ce comportement donne l’image d’un pays qui sait contrôler démocratiquement sa plus grosse minorité culturelle récalcitrante. Monsieur Duceppe, apprenez à modérer vos ardeurs de grands défenseurs des mécanismes du fonctionnement du parlementarisme canadian. Faites le vrai combat de l’indépendance du Québec avec tous vos collègues bloquistes et vous verrez assez rapidement ce qu’il en coûte à ceux et celles qui osent s’en prendre au CANADA.

Contre ses détracteurs, le nouveau premier ministre du Canada propose des avenues qui permettront au Canada de maintenir solidement son unité nationale et d’assurer sa présence dans un monde multipolaire dominé par les États-Unis. Il envisage de grands objectifs pour son pays. En conséquence, les mesures gouvernementales et législatives viseront les grandes balises tracées par le gouvernement. Et, s’il le faut, elles devront s’adapter aux circonstances et aux événements. Toutefois, la vision d’avenir du Canada demeurera indéfectible et inébranlable.

Le programme national canadien de Paul Martin

Le Discours du trône du 2 février 2004 annonce le programme national canadien du gouvernement Martin. Il présente un nouveau souffle quant aux objectifs que ce gouvernement et le parti libéral entendent poursuivre pour le Canada. La structure du discours du trône vise principalement à établir les grands objectifs pour bâtir le Canada du XXIe siècle. C’est cette vision d’un Canada dans dix ans que Paul Martin veut faire endosser par tous les CANADIENS et CANADIENNES (comme il aime à répéter si souvent). Ce comportement n’est pas une manie ni une fantaisie langagière, c’est un objectif profond dans son esprit. Il y a un Canada où habitent et vivent des Canadiens et des Canadiennes.

Au tout début du discours du trône, le gouvernement affirme : « La dignité humaine et le respect d’autrui, ainsi qu’une conscience réaliste de notre passé, font de nous un peuple mûr et nous aident à aller de l’avant dans l’expression de nos véritables valeurs. Nous avons certes des valeurs propres à notre nation et nous pouvons les porter sur la scène internationale de manière humanitaire et efficace. (RÉF. « A ».) » S’il fallait décoder la signification des mots, du contenu et du sens de ces deux phrases, il faudrait plus qu’une chronique pour le faire. L’appel aux principes humanitaires, à la conscience historique, aux valeurs de la société canadienne en tant que nation dans le monde va dominer les actes de gouvernement ainsi que toutes les actions législatives et politiques du gouvernement Martin. Par exemple, quelle portée politique doit-on accorder à cette prise de position du gouvernement qui affirme : « C’est cette capacité de se pencher sur les besoins d’autrui, de compatir à la souffrance du prochain comme si elle était nôtre, qui témoigne de ce qu’il y a de meilleur en nous, Canadiens et Canadiennes. » Que peut-on imaginer à partir de telles convictions profondes portées par un homme de 65 ans et déterminé à atteindre ses objectifs ?

Le Discours du trône est truffé d’objectifs non équivoques du genre qui suit :

· Ce discours du trône marque le début d’un nouveau gouvernement, d’un nouveau programme, d’une nouvelle façon de faire les choses.

· Nous voulons un Canada avec des assises sociales solides [...] où personne n’est laissé pour compte.

· Nous voulons un pays où les Canadiens — les familles et les collectivités — ont les outils nécessaires pour trouver des solutions locales aux problèmes locaux.

· Pour le XXIe siècle, nous voulons une économie forte où les emplois sont enrichissants et bien rémunérés [...].

· Nous voulons pour le Canada un rôle influent qui suscite la fierté dans le monde où résonne notre voix indépendante, faisant pénétrer les valeurs distinctives des Canadiens dans les affaires internationales.

· Nous voulons que le Canada soit un chef de file mondial dans le développement et l’application des technologies d’avant-garde du XXIe siècle [...].

· Nous voulons prendre les devants dans l’application de ces capacités à tous les secteurs afin de créer des entreprises concurrentielles sur le plan international, des entreprises en démarrage aux

· Le plus important investissement économique du Canada se fera dans le capital humain. L’objectif du gouvernement est de faire en sorte que le manque de ressources financières n’empêche pas ceux et celles qui ont la motivation et la capacité de le faire, de poursuivre des études et de viser l’excellence, que leur but soit de se qualifier dans un métier ou d’obtenir un diplôme collégial ou universitaire.

· Nous voulons être les meneurs dans la création d’emplois de haute qualité [...].

· Nous envisageons un Canada qui attire les capitaux et les entrepreneurs du monde entier.

· Le gouvernement du Canada continuera de jouer un rôle de chef de file dans la création d’un nouvel instrument international portant sur la diversité culturelle, de participer activement à la Francophonie, et de promouvoir et de diffuser nos œuvres et produits culturels à travers le monde.

· Un gouvernement n’a pas de rôle plus fondamental que la protection de ses citoyens. [...]

· Le gouvernement formulera, de concert avec ses partenaires canadiens, la première politique du Canada en matière de sécurité nationale.

Nous devons prendre pour acquis que ce ne sont pas de voeux pieux. La machine gouvernementale, l’appareil étatique canadien et la fonction publique sont déjà en marche par rapport à la réalisation de ces objectifs. Cependant, ce sera dans l’action politique qu’il faudra voir jusqu’où le gouvernement Martin parviendra à ses fins.

La réponse du premier ministre au Discours du trône est venue sans équivoque sur les intentions du gouvernement Martin : nous voulons « mettre les gens au cœur de chacun de nos efforts ». (Voir RÉF. « B ».) Son appel à la solidarité canadienne fait partie de ses grandes « ambitions canadiennes » d’où découle sa vision du Canada de demain. Voici quelques extraits de son discours devant le Parlement :

· En effet, c’est ce qu’un bon gouvernement devrait faire. Permettre aux citoyens de prendre leur vie en main ; accroître leur liberté en retirant les obstacles auxquels ils se heurtent et en favorisant leurs possibilités de s’épanouir.

· Les Canadiens et les Canadiennes veulent être du nombre. Ils veulent bâtir le Canada. Ils veulent que leur gouvernement les comprenne et les aide à se réaliser. Ils veulent que nous « pigions. »

· À ceux qui disent qu’il faut dépenser, et dépenser encore, nous répondons que plus jamais les Canadiens emprunteront de l’argent à leurs enfants et à leurs petits-enfants. Plus jamais nous leur demanderons de payer notre passage.

· [J]’ai rencontré les premiers ministres des provinces et des territoires et nous avons convenu de travailler étroitement sur toutes ces questions au cours des prochains mois – de travailler comme nous le devons à une cause commune pour le bien commun.

· La liberté et la paix, les droits de la personne et la règle de droit, la diversité, le respect et la démocratie – voilà les valeurs qui constituent la fondation de l’expérience canadienne et de notre succès. En vérité, elles sont, sans doute, notre bien exportable le plus précieux.

· L’une des façons distinctes pour le Canada d’apporter son aide aux pays en voie de développement est de fournir l’expertise et l’expérience des Canadiens – en justice, en fédéralisme et en démocratie pluraliste.

· Pour réussir son avenir, le Canada exige la participation et l’engagement de tous les Canadiens et Canadiennes, de même qu’un débat actif.

· J’entends par cela un débat démocratique, qui repose sur des discussions ouvertes, où les bonnes idées font leur chemin et s’imposent par la persuasion, et non par la contrainte.

« Que voulons-nous ? » Se demande Paul Martin. Il répond : « Un Canada où aucun individu, aucune collectivité ou région se voit refuser la possibilité de participer pleinement à l’édification d’une nation encore plus grande. » Il complète sa pensée en ces termes : « Ce programme est ambitieux. Mais les Canadiens n’attendent rien de moins d’eux-mêmes et ne devraient pas s’attendre à moins de leurs gouvernements. » (Voir RÉF. « B ».) L’engagement est complet.

Cette vision globale de Paul Martin du Canada de demain transcende les luttes de parti. Comme chef du gouvernement canadien, il va tout faire en son pouvoir pour garantir la réalisation de ses objectifs avec les énormes moyens dont dispose l’État canadien et ses partenaires de la société civile. (Il souhaite la contribution active de tout le réseau universitaire canadien (cf. NOTE no 1.) L’échelle de grandeur est impressionnante par rapport aux moyens dont disposent en ce moment toutes les provinces et le Québec en particulier. Les calculs ont été faits à plusieurs reprises par les économistes et les actuaires.

Qu’à cela ne tienne, le premier ministre du Canada refuse de discuter du déséquilibre fiscal. Il propose à la place de s’occuper de la meilleure manière qu’il serait possible pour faire fonctionner la fédération canadienne autrement que « par la contrainte ». Il nous faut « un débat actif », c’est-à-dire « un débat démocratique, qui repose sur des discussions ouvertes, où les bonnes idées font leur chemin et s’imposent par la persuasion ». Le message est clair : « Pas de chicane dans la cabane ! » Nous sommes tous et toutes des Canadiens et des Canadiennes. Que la fédération canadienne s’ajuste aux nouveaux défis et que les provinces en prennent avis.

La lame sourde, elle est là. C’est cette « lame qui se porte sur un point où l'on ne ressent pas le vent qui l'a soulevée ». Voilà où se trouve la force en ce moment de Paul Martin. Les petits combats de coqs à Québec entre Landry et Charest ou ceux à Ottawa entre Duceppe et Martin n’y changeront rien. Ces combats ne servent qu’à la galerie. Ils brouillent le combat fondamental des indépendantistes québécois.

Bruno Deshaies

RÉFÉRENCES :

A.– Lecture du Discours du trône. Trente-septième législature du Canada
« Où voulons-nous en être dans une dizaine d’années ? »

Source : http://www.pm.gc.ca/fra/sft-ddt.asp

B.– Discours de Paul Martin
« Notre pays. Notre Canada. »

Source : http://www.pm.gc.ca/fra/sft-ddt.asp?id=2

Source : nouvelles/Index/nouvelles/200402/03/007-martin-discours-chambre.shtml Paul Martin a prononcé mardi matin son premier discours à la Chambre des communes à titre de premier ministre. Il a apporté des précisions sur certaines orientations mentionnées dans le discours du Trône, lundi.

Dans ce premier discours du Trône, le Premier ministre Paul Martin recyclera, en quelque sorte, les grands thèmes qu'il a développés tout au long de sa campagne à la direction du Parti libéral du Canada. (PC Archive/ Jonathan Hayward)


Que voulons-nous ?

NOTE :

(1) « Monsieur le président, il faut remédier sans tarder à la situation à laquelle font face les personnes qui doivent décider de leur avenir postsecondaire, ou qui poursuivent déjà des études à l’université ou au collège. [...]. Nous allons accroître l’accès à l’éducation des familles à faible et moyen revenu, et nous tiendrons compte de la hausse du coûts des études. Nous donnerons un coup de main à ceux et celles qui travaillent pendant leurs études, et nous gérerons mieux la question de l’endettement des étudiants. Nous offrirons aux étudiants à faible revenu une bourse pour la première année de cours, ce qui leur permettra de mettre un pied dans la porte. » (Cf. RÉF. « B ».)