«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 168

FAIRE UN CHOIX (SUITE ET FIN...)

Monsieur Ryan et 1774, 1981 et l'avenir

Bruno Deshaies
4.3.2004

L’Académie de l’indépendance

« La réinterprétation de notre
histoire économique, politique et culturelle
reste toujours une condition essentielle
à notre libération nationale,
car elle conditionne non seulement les jugements,
mais aussi les mythes et les rêves. »
(Anonyme, correspondance 19 février 2004.)

« Seul un effort surhumain d’imagination
pourrait nous amener à penser que,
dans ces domaines [« surtout l’article 92 »
de la Loi constitutionnelle de 1867]
qu’il contrôle déjà, le Québec agirait différemment
parce qu’il serait devenu souverain. »
(Cf. RÉF., RYAN, p. 215 et aussi
l’ANNEXE, DOC. no 1.)

Une personne, parmi d’autres, nous a fait parvenir récemment son appréciation pour notre article du 12 février dernier : « Faire un choix. » (voir RÉF., DESHAIES).

L’auteur du commentaire discute essentiellement de l’idéologie de monsieur Ryan concernant l’interprétation de l’histoire des Canadiens, (Canadiens-Français, Canadiennes-Françaises, Québécois(es)). Nos lecteurs et lectrices se rendront compte facilement que l’histoire n’est pas neutre même si certaines personnalités s’affichent ostensiblement d’une impartialité inébranlable. Dans ce domaine, il ne faut pas confondre les arguments d’autorité avec les arguments fondés sur les faits. Et encore là, les faits ne parlent pas d’eux-mêmes.

Compte tenu de la nature du courrier et de son contenu, nous croyons qu’il est utile d’éditer intégralement ce long commentaire. Nous avons apporté ici et là de légères modifications afin de l’adapter au format de présentation d’un article dans l’Internet.

Cela dit, l’internaute-visiteur doit prendre en considération que la mise en forme de ce commentaire est la responsabilité du chroniqueur du jeudi. Par conséquent, la division du document en deux parties correspond aux deux courriers électroniques que nous avons reçus. En revanche, les titres et sous-titres constituent des ajouts. Les passages en gras et en majuscules ainsi que la mise en pages du texte sont notre responsabilité comme éditeur de cette chronique. À note avis, ce commentaire substantiel mérite honnêtement d’être porté à l’attention des internautes-lecteurs et lectrices du site VIGILE. Nous espérons que l’exemple que vient de nous donner cette personne en incitera d’autres à venir enrichir la chronique du jeudi le plus fréquemment possible. C’est probablement dans cette voie que se trouve la « sortie de secours » la plus réaliste. Nous ne pouvons faire mieux que de l’en remercier le plus profondément et sincèrement du monde.

Bonne lecture à tous nos internautes-visiteurs.

Bruno DESHAIES

Texte intégral de la réaction
ou
Comment mythifier le passé.

Comment s’orienter.

Première partie : L’Acte de Québec

J’ai lu avec beaucoup de plaisir votre chronique « Faire un choix. » chez Vigile.

À propos de monsieur Ryan, vous nous dites avec raison : « Jusqu’à la fin de sa vie, l’homme public et influent qu’il était n’a pas perçu les signaux de l’indépendance du Québec qui auraient pu lui donner une stature « nationale » québécoise au lieu de pancanadienne. En fait, il est demeuré toute sa vie un provincial par l’obsession qui le rongeait au sujet du principe fédératif. En cela, il a été fidèle au fondateur du journal Le Devoir, Henri Bourassa.

Claude Ryan et la très grande majorité de sa génération ne sont jamais parvenus à penser autrement que dans l’optique fédéraliste. Même ministre du gouvernement Bourassa, il n’affectionnait pas particulièrement les travaux de la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec. On pourrait certainement dire que l’optique indépendantiste n’avait aucune valeur à ses yeux. La rigueur (pour ne pas dire la rigidité) de sa pensée, la logique de son discours qui se sclérosait dans la rationalisation, puis son intellectualisme l’auront privé de peser à sa juste valeur les fondements de l’indépendance de la société québécoise.

Finalement, on pourrait prendre tous les politiciens et politiciennes l’un après l’autre pour se rendre compte qu’il est difficile de définir la posture d’un individu sur l’échiquier politique. »

L’Acte de Québec et la génération des 15 à 24 ans

Pour Claude Ryan, les politiciens du XXIe siècle devraient s’inspirer de l’Acte de Québec de 1774. Or, si vous demandiez, au hasard, à une douzaine d’étudiants, de 15 à 24 ans, (soit la génération de) l’avenir, en quelle année a été adopté l’Acte de Québec, je vous affirme, au hasard (que sur dix individus) : 4 répondraient 1837 ; 3, 1774 ; 2, 1867 ; 1, 1981 ; 2, n’auraient aucune idée. Or, cette loi votée (qui le sait ?) en 1774 par le Parlement britannique, constitue en quelque sorte la deuxième Constitution canadienne, si l’on considère que 1763 en constitue la première. Si vous demandiez à cette douzaine d’étudiants ce qu’était l’Acte de Québec, vous seriez étonné des réponses. En voici une : « Un traité entre la France et la Nouvelle-France » (dans sa partie du premier Canada) ; « Je ne me souviens plus » avouerait un autre, etc.

L’Acte de Québec, l’histoire et les historiens

Apparemment, selon les historiens et analystes, 1774 aurait été un jalon essentiel de la route menant à la création du Canada en 1867 (le deuxième Canada, le Canada-Anglais). L’Acte de Québec a été adopté onze ans après la signature du Traité de Paris en 1763. Avec ce traité, la France cédait la Nouvelle-France (dans sa partie, le premier Canada) à l’Angleterre. La Proclamation royale adoptée par l’Angleterre en 1763 préfigurait ce qui nous arriverait en 1840, avec l’Acte d’Union, qui annexait la nation canadienne (québécoise) en minorisant et subordonnant cette nation au Canada-Anglais. Depuis le traité de 1763 et avec La Proclamation royale de 1763, les Canadiens [Canadiens-Français, Canadiennes-Françaises, Québécois(es)], étaient soumis à la loi anglaise. Pour pouvoir occuper une charge publique, ils devaient abjurer la religion catholique. Le clergé n’avait plus le droit de percevoir la dîme, et le régime seigneurial se retrouvait sans fondement juridique. L’Acte de Québec (1774) est venu corriger tout cela. Le serment d’allégeance a été adouci, le clergé a recouvré le droit de se financer, le régime seigneurial a été rétabli, de même que le droit français pour les litiges civils.

Les interprétations possibles

Certains ont interprété cette loi de 1774 (c’est-à-dire, cette deuxième constitution canadienne) comme l’acte fondateur de la nation québécoise. D’autres y ont vu une preuve de la magnanimité des conquérants britanniques. Plusieurs, enfin, croient que le gouvernement anglais cherchait tout simplement à se gagner la loyauté des Canadiens [Canadiens-Français, Canadiennes-Françaises, Québécois, Québécoises], au moment où se préparait la guerre d’indépendance américaine.

Certains faits d’abord

Rappelons qu’au XVIIIe siècle, les 13 colonies britanniques et leur métropole, Londres, sont unies dans la lutte contre les Indiens et, surtout, contre la France. 1763 : le Traité de Paris écarte irrémédiablement la menace française et ouvre l’Ouest aux colons anglais. De 1763 à 1773, les colonies anglaises supportent mal l’autorité de la Grande-Bretagne : elles se révoltent contre les monopoles commerciaux de la métropole. 1774 : un premier congrès continental se réunit à Philadelphie. 1775 : le blocus de Boston inaugure la guerre d’indépendance, marquée par l’alliance avec la France. Le 4 juillet 1776, le Congrès proclame l’indépendance des États-Unis. En 1783, la paix de Paris reconnaît l’existence de la République fédérée des États-Unis.

Le mythe de l’Acte de Québec

On peut dire que le Québec est un pays rongé par les mythes : le premier mythe est probablement l’Acte de Québec (1774). Si cette loi (la deuxième Constitution canadienne), (1774), est devenue une sorte de charte des droits des Canadiens-Français (Québécois, Québécoises), c’est en raison de l’évolution de l’histoire et non de la volonté du législateur.

Pour monsieur Claude Ryan, un historien sérieux ne peut prétendre que l’Acte de Québec ait été adopté seulement à cause de la Révolution américaine. Il y avait, selon lui, de la noblesse dans cette décision de Londres et il y avait en Angleterre à cette époque des hommes d’État qui voyaient plus loin que le bout de leur nez.

Claude Ryan photographié par Jacques Grenier en l'an 2000 « Pour monsieur Ryan, la loi de 1774 annonçait les principes qui allaient mener à l’édification du Canada de 1867, soit la reconnaissance du caractère distinct du Québec et la liberté religieuse. »

Pour monsieur Ryan, la loi de 1774 annonçait les principes qui allaient mener à l’édification du Canada de 1867, soit la reconnaissance du caractère distinct du Québec et la liberté religieuse. À son avis, les politiciens d’aujourd’hui auraient avantage à s’inspirer de la modération dont ont fait preuve leurs ancêtres – il y a maintenant plus de deux siècles (230 ans plus exactement). Pour lui, afin que puisse être poursuivie l’édification au Canada (le deuxième Canada, celui qui commence en 1763), d’un type de société distinct, mais assez fort pour soutenir le défi du voisinage immédiat avec le pays le plus puissant du monde, il faudra une approche capable de traduire dans des textes constitutionnels et législatifs et dans les pratiques administratives non seulement le respect dû aux chartes de droits individuels, mais aussi sous des modalités adaptées aux réalités d’aujourd’hui, une volonté délibérée de continuité avec les principes qui furent énoncés en germe, sinon toujours à l’état explicite, dans l’Acte de Québec (1774).

La perspective fédéraliste

En d’autres termes, dans une perspective fédéraliste, 1760 et 1774 sont les deux dates importantes de notre histoire nationale, et non pas 1760 et 1840 (l’Acte d’Union). C’est ainsi pour les fédéralistes. Ils en arrivent logiquement à perpétuer un état d’esprit d’acceptation de la subordination, de l’annexion, puisque celle-ci n’est pas apparente, ni ne peut être apparente, car on se réfère à 1774, et non à 1840. Ce qui permettrait, au surplus, à ces fédéralistes d’affirmer que si l’on regarde plus loin que le bout de son nez, on doit minimiser l’œil sur Boston et plutôt s’attarder à regarder et interpréter cette loi comme l’acte fondateur de la nation québécoise.

En oubliant 1760 et 1840, on est ainsi invité, comme nos décideurs, à faire preuve d’esprit de tolérance et de modération, comme on l’a fait en 1774. Pourtant, il n’y a que deux dates importantes dans l’histoire du Canada : 1760 et 1840. Mais lorsqu’on arrive à les mettre de côté, on peut et cela permet d’affirmer, et de continuer d’affirmer sans problème, que l’entente constitutionnelle de 1981 a constitué une rupture avec le passé. Et en toute logique, selon cette vision qui élimine 1760 et 1840, pour se concentrer sur 1774, en oubliant Boston, pour les fédéralistes, de bonne foi, on a trahi 1774, trahi 1791, trahi 1867, qui sont alors devenus les grands pans constitutionnels de notre histoire. Conséquemment, on peut affirmer, de bonne foi, que les acteurs doivent être parties prenantes à ces décisions-là. Ne doit-on pas conclure avec cette vision des choses qui oublie malencontreusement et de bonne foi 1760 et 1840 que le Québec n’était plus partie prenante en 1981 ?

Là, si j’ai bien compris, l’Acte de Québec (1774) fut rédigé l’œil fixé non sur Boston, mais sur Québec. N’est-ce pas toute cette noblesse du Conquérant, dans cette décision, que nous souhaitons tous voir se reproduire, pour nous, une autre fois ? Et c’est ceci qui nous permettrait d’être reconnus, enfin, comme nous l’avons été en 1774. Donc, en oubliant 1760 et 1840, tout en ne modifiant pas le rapport d’inégalité et de subordination et d’annexion, nous serions enfin heureux, et libres, maintenant et pour toujours de nos choix.

Toutes ces choses simples et banales qui, plus encore, n’ont pas été inspirées, pensées et dites sans que des mythes ne nous dévorent encore et encore... Nous en sommes témoins ; nous nous le rappelons simplement puisque cela fait partie d’un milieu de vie dit « normal ».

NOTE.– Monsieur Ryan s’était exprimé à ce sujet à un colloque organisé par l’Association des études canadiennes et le programme d’études sur le Québec de l’Université McGill le ou vers le lundi 15 novembre 1999.

Peut-on mettre fin au renoncement ?
Deuxième partie : Profonde « crise de conscience » des Québécois

Depuis les années 1970, pour la première fois depuis la Conquête, la société canadienne-française (québécoise) a une bourgeoisie capitaliste capable de prendre l’initiative dans le développement économique du Canada Français (du Québec). Voilà le grand fait et le grand drame de notre récente histoire. Si sur le plan économique, nous nous sommes enrichis, le nationalisme politique et culturel contemporain est resté presque le même pour l’immense majorité. Je ne sais pas comment cette faiblesse peut se corriger.

Toutefois, nous sous-estimons toujours « l’agressivité du nationalisme anglo-canadien ou Canadian ». Notre bourgeoisie capitaliste donne fièrement la main à l’élément fédéral, elle lui fait confiance, oubliant ou refusant de voir qu’Ottawa cherche et fait tout simplement exprimer le vouloir-vivre collectif des Canadiens ou Canadians. Et l’immense majorité croit toujours « que la géographie et l’économie du continent nord-américain » ne permettent pas la création d’un État canadien-français (québécois) dans la vallée du Saint-Laurent.

Il est devenu évident, une fois de plus, que le Canada-Français, (le Québec), traverse une profonde « crise de conscience » (cf. NOTE no 1). Toutefois, l’entente est absolument incertaine lorsqu’il s’agit d’en expliquer les origines. Pour moi, cette crise de conscience constitue, d’une part, l’aboutissement d’une série de « chocs émotifs ». Depuis la naissance des mouvements souverainistes, indépendantistes, et surtout des partis souverainistes péquiste et bloquiste qui, depuis les années 1970, ou vers 1974, et avec les échecs de 1980 et 1995, les « chocs émotifs » ont frappé les Canadiens-Français, (Québécois, Québécoises), ils ont amené les dirigeants du Canada Français, (du Québec), à intérioriser une nouvelle fois l’impossible indépendance, et à intérioriser l’idée véhiculée par nos adversaires, que le Canada Anglais nous protégeait contre la menace des États-Unis, que l’annexion avait du bon, et qu’en plus le Canada Anglais nous protégeait contre la menace que nous pouvions constituer pour nous-mêmes. C’est ainsi que nous ne devions plus examiner objectivement la situation du groupe ethnique dont ils [les partis souverainistes] étaient les guides et les interprètes, en faisant disparaître, eux-mêmes, toute référence à ce groupe ethnique. Aussi, « certains postulats traditionnels de la pensée collective durent, une nouvelle fois, être modifiés ou abandonnés », en conformité avec l’image que le « colonisateur », ou le « maître » avait véhiculée de nous, qu’ils ont intériorisée et, partant, la nation, la nôtre, s’est débarrassée d’elle-même – de nous-mêmes.

D’autre part, depuis 15 à 20 ans, vers 1985, il est devenu à la fois impossible et non impérieux de s’interroger plus systématiquement sur la situation exacte de la nation canadienne-française, (québécoise, issue de canadiens-français, issue de canadiennes-françaises, québécois, québécoises), à l’intérieur du Canada. Bien sûr, « une grande confusion règne dans les esprits ». Par conséquent, « la confusion est inévitable dès qu’on renonce ce que l’on est parce qu’on s’est fait dire ou qu’on a intériorisé que de vouloir la souveraineté, l’indépendance pour les Canadiens-Français, Canadiennes-Françaises, les Québécois, les Québécoises, c’est faire preuve de dogmatisme et d’autoritarisme, et de tous ces dangers qui s’y rattachent. La liberté de pensée et de parole que nous a accordée le Canada, depuis 1774, est à ce prix. »

De plus, cette crise de conscience serait salutaire puisqu’elle amènerait les Canadiens Français (Québécois, Québécoises) à renouer avec « les anciennes illusions qui avaient rendu la vie de nos ancêtres moins amère », à partir du moment où ils ont intériorisé le discours dominant fédéraliste. Ils amènent à ne pas vouloir prendre conscience de la mesure exacte de notre taille, dans tous les domaines, économique, politique et culturel, comme groupe ethnique distinct sur un continent anglophone et dans un pays qu’ils ne dirigent pas. » Cette absence de prise de conscience a été directement favorisée par l’intériorisation de l’image de « danger » que représenterait la nation canadienne-française (québécoise) dans cette image de soi canadienne-française, québécoise, telle que véhiculée par le Canada Anglais et le fédéralisme canadian, et par la menace que représente le processus de libération et de l’idée de liberté devant la peur d’envisager ce qui rend impossible l’indépendance de notre peuple.

Le conflit politico-constitutionnel qui dure depuis trente ans a directement influencé la crise de conscience actuelle du Canada Français (du Québec)… Le gouvernement fédéral peut en paix s’affirmer de plus en plus comme le gouvernement national de la majorité Canadian… Face au nationalisme Canadian [voir ANNEXE, DOC. no 2.], dont le centralisme fédéral n’est que la manifestation politique, les Canadiens Français du Québec (Québécois) ont dû prendre position en constatant, consciemment ou inconsciemment, que ses élites, économiques, politiques et culturelles, étaient incapables de les amener à l’indépendance et les ont amenés à renoncer à leur identité collective (économique, politique, culturelle) complète et distincte. Il nous a fallu oublier qu’une collectivité se définit en s’opposant à une autre collectivité. C’est une loi du colonialisme politique.

Autrement dit, les empiétements du nationalisme Canadian, dans un contexte de partis politiques « souverainistes » et d’impossible indépendance, ont obligé les Canadiens Français, Québécois, à renoncer à leur propre nationalisme complet. En effet, « l’avenir et le progrès de notre nationalité, auraient exigé une prise de conscience totale de la situation en ces trente dernières années ». Et de quoi devaient donc prendre conscience les Canadiens Français, les Québécois ?

Le fait brutal se ramène à ceci : les Canadiens Français, (Québécois), ont réussi à survivre comme collectivité nationale, mais ils sont une minorité soumise politiquement à la majorité canadienne-anglaise. Les principaux dirigeants du Canada Français, du Québec, ont longtemps refusé de voir la réalité en face, et les principaux dirigeants souverainistes ont continué à refuser de la voir en face dès qu’ils ont espéré pouvoir s’emparer du pouvoir politique provincial. Les minorités n’ont pas l’habitude de se conduire en majorités.

Je dirais que l’idéologie partagée par la majorité des Canadiens Français est restée celle qui a cours depuis 1760 et 1840. L’idéologie des partis souverainistes est la répétition des gestes ancestraux qui viennent actualiser le présent. L’idée d’indépendance s’est dégradée en une espèce de romantisme où le passé des années 1960-1970 devient matière à rêverie et sensiblerie. Cette mentalité ne peut être que chimérique. Au lieu d’envisager tout le réel, d’essayer de le comprendre, ces romantiques en extraient ce qui cadre bien avec leurs thèses et se fabriquent une autre réalité. Et ce serait justement la caractéristique du comportement minoritaire de se montrer extrêmement méfiants envers le présent et de n’entrevoir l’avenir qu’avec beaucoup d’appréhension. C’est ce qui expliquerait le manque de dynamisme de la culture souverainiste canadienne-française, québécoise, puisque la pensée mythique, l’intériorisation du discours dominant fédéraliste l’aurait sclérosée dès le départ, vers les années 1970-1974. Malheureusement, au Parti Québécois et au Bloc Québécois, parce que cette idéologie « nationale » est restée figée, en reprenant le credo de l’image négative de nous-mêmes que nous présentaient les fédéralistes, elle a vite perdu contact avec la réalité d’où un si profond décalage entre les modèles idéaux d’une culture indépendantiste et les schèmes du comportement réel des Canadiens Français, Québécois, que nous retrouvons dans ces partis.

Une proposition réaliste de « sortie de secours »

La tragédie de ce comportement minoritaire réside en ceci : au lieu que l’idéologie indépendantiste devrait nous équiper pour vivre notre vie nationale, elle a laissé les travaux en friche; et les Canadiens Français, Québécois, ont dû s’arranger pour vivre leur vie de nationalistes « souverainistes » , « indépendantistes » à peu près sans modèle sur lesquels axer leur conduite. La crise de conscience au Canada Français, au Québec, ne peut désormais provenir que des nationalistes puisqu’ils sont toujours à la recherche d’un pouvoir politique provincial, et que le pouvoir politique provincial ne peut jamais par définition remettre en question l’ordre établi. Aussi,

SEULS DES MOUVEMENTS, DES GROUPES SOCIAUX, PEUVENT VOULOIR

dépasser les particularités du provincialisme et

ADOPTER EN FACE DE LA VIE ET DU MONDE UN ENGAGEMENT POLITIQUE MODERNE BASÉ SUR LE PRINCIPE DES NATIONALITÉS, AFIN DE POUVOIR S’ENGAGER EN DES PROJETS ÉCONOMIQUES, POLITIQUES ET CULTURELS CONFORMES AUX DÉFIS DU PRÉSENT.

C’EST TOUT SIMPLEMENT « AGIR PAR SOI-MÊME » dans un milieu géographique donné et contrôler un ensemble d’institutions (économique, politique., culturel) mises à son service, comme collectivité nationale distincte, maître d’un État souverain, recherchant, affirmant et défendant sa vie économique, politique et culturelle, en s’opposant aux sociétés qui les environnent, dans l’histoire du monde et dans ce monde dans lequel nous habitons.

Le nationalisme mutilé des fédéralistes et souverainistes est la manifestation d’une pensée politique diminuée. Il est l’expression d’une société malade qui a intériorisé le fait que le nationalisme canadien-français, québécois, est une menace à la dignité humaine et un danger pour la fraternité humaine. Il n’est pas surprenant que les tenants du « nationalisme mutilé » répètent docilement les leçons que les fédéralistes canadiens ou des propagandistes, intéressés à nous tromper, nous ont apprises.

La réinterprétation de notre histoire économique, politique et culturelle reste toujours une condition essentielle à notre libération nationale, car elle conditionne non seulement les jugements, mais aussi les mythes et les rêves.

RÉFÉRENCES :

Bruno DESHAIES, « FAIRE UN CHOIX. Les défis de la classe politique au Canada et au Québec. » Dans Vigile.net, Chronique du jeudi 12 février 2004.

Pierre FOGLIA, «Le tribalisme» Dans La Presse mardi 24 février 2004, p. A5. Voir ANNEXE, DOC. no 2.

Claude RYAN, Regards sur le fédéralisme canadien, Montréal, Boréal, 1995, 244 p. Troisième partie : « Le pays canadien : Le meilleur choix. » (p. 212-217). Voir ANNEXE, DOC. no 1.

NOTE :

(1) Il faut noter que la personne qui a écrit ce texte ne fait pas allusion à cette idée saugrenue souvent répétée dans le milieu nationaliste canadien (français) que la « souveraineté est à la croisée des chemins ». Il énonce surtout le fait d’une crise de conscience du Canada Français (QUÉBEC, QUÉBÉCOIS FRANÇAIS). Il s’agit bel et bien d’un Canada Français bien ciblé, c’est-à-dire de « nous » les Québécois-Français. Il ne s’agit aucunement d’une analyse ethniciste comme le soutiendraient à cor et cri les souteneurs de l’idéologie du fédéralisme multiculturaliste atavique du Canada-Anglais ainsi que des fédéralistes traditionalistes qui ignorent l’être au sein du Canada Français (comme QUÉBÉCOIS avec suffixe en -phone, comme francophone, italophone, et al.).

L’Académie de l’indépendance