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««« Indépendance du Québec - 174
Hélène Pedneault, Robert Laplante et Louis Cornellier Du nationalisme québécois à chacun sa façon
Bruno Deshaies jeudi 15 avril 2004
J’estime l’une et l’autre de ces personnes ainsi que le critique littéraire au journal Le Devoir. En revanche, je ne connais pas personnellement madame Pedneault, ne serait-ce que pour l’avoir vu animer une séance de débats du Conseil de la souveraineté au Lion d’Or à Montréal. J’ai discuté quelques fois avec monsieur Robert Laplante envers qui j’ai beaucoup d’admiration pour le combat difficile qu’il mène à L’Action nationale et parmi les groupes nationalistes. Finalement, je connais très peu monsieur Louis Cornellier à qui j’ai parlé une ou deux fois au téléphone, il y a quatre ans environ.
Chacun d’entre nous consomme une bonne dose de partis-pris. Dans les circonstances, je me présente comme la quatrième roue du carrosse. Quant aux roues de secours, les nationalistes québécois en ont beaucoup. Le problème consiste à faire fonctionner toutes les roues ensemble. Il faudra bien un jour avoir des idées précises et sérieusement partagées pour réaliser l’objectif de l’indépendance du Québec. Il faudra sans faute apprendre à tenir ensemble la route. Nous sommes loin de l’objectif.
Deux comptes rendus du critique Louis Cornellier nous révèlent deux personnalités indépendantistes québécoises. La première, Madame Hélène Pedneault, se raconte dans un essai sur son enfance et autres tragédies politiques ; la deuxième, Monsieur Robert Laplante regroupe des « écrits sur la minorisation du Québec ». À travers ces deux lectures, le critique littéraire Louis Cornellier livre un état d’esprit étalé par deux essayistes actifs de la société québécoise.
D’abord, la flamboyante madame Pedneault.
Cette « combattante » québécoise ne tarit pas d’optimisme. Elle fonce droit en avant en défendant ce qu’elle est et la culture dont elle est issue. Elle est de « souche », mais elle a l’avantage d’avoir dans sa lignée un grand-père maternel italien. Il n’y a aucun doute, comme l’écrit Cornellier, qu’« elle a fait de l’écriture le lieu de tous ses combats ». Le critique voit dans ses textes « une rafraîchissante énergie contestataire qui malheureusement s’incarne trop souvent dans un fouillis intellectuel ». Elle est une féministe engagée et une critique féroce du sexisme. Elle est « l’ennemie du culte néolibéral de l’excellence qui écrase au lieu de libérer ». Elle est surtout « la militante indépendantiste impénitente ». Elle ne démissionne pas contre toutes les formes de l’injustice. Tout content, le critique commente : « Elle a bien raison. »
Nous avons tous raison de lutter contre les injustices. Cependant, l’injustice ne se traduit pas toujours en des injustices individuelles. La lorgnette individuelle ne peut pas tout expliquer. Les conflits sociaux ne doivent pas se confondre avec les affrontements nationaux qui mettent en cause la vie d’une collectivité tout entière. Les luttes internes à une société, les inégalités sociales, les problèmes démographiques, les niveaux de vie différents, les différences culturelles, les oppositions de races et de religions et les divergences idéologiques façonnent la vie en société et notre vision de celle-ci.
Bien sûr, les injustices doivent être redressées. Cependant, dans le cas du Québec, c’est la vie nationale qui pose problème.
D’une certaine manière, la vie nationale s’est exprimée hier le 14 avril à l’occasion du premier anniversaire de l’élection du gouvernement Charest. Une manifestation typique de solidarité du consensus québécois qui risque de s’empêtrer une autre fois dans les revendications sociales qui ne dépasseront pas demain les besoins individuels. Ce « nationalisme » social a donné de bons résultats dans le passé ; il en donnera encore demain ; mais il ne libérera jamais le Québec de son annexion, de sa subordination dans un système fédératif constitué d’un Centre (fédéral) hyperpuissant constitutionnellement, politiquement, économiquement et culturellement par rapport aux moyens très limités dont dispose la « province » de Québec.
À l’encontre de madame Pedneault, une autre Québécoise de souche avec une filiation italienne, madame Marie-France Bazzo, québécoise elle aussi et une battante marathonienne, jouit du prestige d’une émission matinale qui est reprise en fin de soirée chaque jour de la semaine. Depuis des jours, des semaines et des années, elle anime et distille la pensée canadian avec la langue de chez nous. Tout y passe : des cordes à linge au problème de l’eau avec Ricardo Petrella et nos chefs nationalistes ou syndicalistes, les féministes et les romanciers et romancières, les auteurs de sciences humaines et d’histoire qui cadrent bien dans le portrait de l’unité canadienne et des politiques canadians. Contre les souverainistes, elle possède le grand avantage d’être supportée par la Société Radio-Canada, la chaîne culturelle canadienne en français pour laquelle elle voue un culte sans bornes. En somme, elle raisonne comme Stéphane Dion, car c’est toute cette culture politique qui règne au sommet de la pyramide Canadian Broadcasting Corporation/Société Radio-Canada. Cette « Corporation » ne fait pas de propagande (!), elle ne fait que distiller chaque jour la pensée de l’unité canadienne à travers nos propres citoyens et citoyennes, travailleurs et travailleuses, professionnels et professionnelles, artistes (hommes et femmes), musiciens et musiciennes, écrivains et écrivaines, acteurs et actrices, comédiens et comédiennes, féministes québécoises et d’ailleurs, animateurs et animatrices de radio et de télévision, étudiants et étudiantes, adolescents et adolescentes, etc. Dans une lutte nationale, on trouve normalement beaucoup plus que les drapeaux et les commandites, mais des idées surtout.
Un autre Québécois, Pierre Foglia, chroniqueur à La Presse, se demande pourquoi on ne hurle pas contre Chuck Guité, ce grand responsable de l’opérationnalisation des commandites. Selon Fogilia, « on [le] donnera bientôt en pâture à l’opinion publique [...]. Et l’affaire sera enterrée. Je hurle. » (Voir RÉf.) Prochainement, l’homme politique sera remplacé par le comptable. Finalement, « personne n’a remis en question la légitimité politique de ce programme des commandites ». Les lendemains difficiles du référendum de 1995 ont nécessité une réaction. Le Canada devait faire quelque chose. « Quelles choses ? » Se demande Pierre Foglia. Il en nomme deux : 1. La série télévisée sur Maurice Richard ; 2. Les drapeaux du Canada au Grand Prix de Montréal. Il réplique : « Vous ne hurlez pas ? » « ...On a fait une série télévisée sur Maurice Richard. Et on a foutu des feuilles d’érable partout au Grand Prix du Canada. Vous ne hurlez toujours pas ? » Pourquoi ? Réponse de Foglia : « Parce qu’on est en train de vous faire croire que le scandale des commandites est un scandale comptable. » Donc, il n’est pas question de remettre en cause le programme des commandites « puisqu’il s’agissait de sauver le Canada ».
Devant le déséquilibre des moyens de défense entre le Québec et le Canada, il est bien normal d’insister sur « l’enfermement » et la « minorisation » du Québec. Résumant la logique de Robert Laplante, ce directeur « de l'increvable revue L'Action nationale », le critique Louis Cornellier retient que « pour le chroniqueur-militant, la cause est entendue : l'agression fédérale, qu'il documente et stigmatise à la petite semaine avec une remarquable persévérance, « ne se terminera que par la rupture du lien canadian ». Sans déplorer ouvertement le jugement de Laplante, le critique au journal Le Devoir reflète bien la mentalité de pleutres qui y règne. Il ne faut pas se surprendre de lire de la part du critique que « le recueil de Robert Laplante suscite chez le lecteur une sensation d'épuisement ». Démonter la logique canadienne ou montrer la « logique d'occupation » par une campagne orchestrée qui vise à écraser les velléités nationales du Québec », n’est-ce pas déployer « une argumentation essentiellement négative » ? N’est-ce pas montrer « dans le détail, pourquoi le fédéralisme canadien étrangle le peuple québécois » ? Donc, la critique du fédéralisme, c’est bien, mais surtout pas trop ! « Cette stratégie, note le critique Cornellier, « s'avère à double tranchant dans la mesure où elle assomme autant qu'elle stimule. » Et de nous faire part de son agacement en des termes clairs : « Cet ouvrage [...] manque d'air. Comme le Québec... » Faut-il lui donner tort ? Du bout des lèvres, le critique ne veut pas lui donner tort !
Voilà du nationalisme à chacun sa façon.
Les souverainistes au Québec devront apprendre à leurs dépens qu’il n’est pas bon de s’approcher de trop près de la pensée « nationale » de l’historien Maurice Séguin. Il y a quelques années, à l’occasion de la publication originale de sa synthèse historique portant sur l’Histoire de deux nationalismes au Canada, Le Devoir a occulté de belle façon cet ouvrage. À vrai dire, seul un encart publicitaire a été autorisé. Ce journal « d’idées » a manqué une grande occasion de rappeler la contribution fondamentale de cet historien au combat national des Québécois. Dès 1946, il avait proposé une interprétation nouvelle de l’histoire des deux Canadas. Même aujourd’hui, Maurice Séguin demeure un historien de l’avenir tant par sa conception de l’histoire que par son analyse lucide du fédéralisme et des nationalités.
Soyons justes. Quelques années plus tard, Le Devoir s’est repris avec un compte rendu de la seconde édition du cours sur Les Normes de Maurice Séguin sous la plume de Louis Cornellier. Vous savez maintenant ce que j’en pense. Il ne vous en dira pas plus. Cornellier est dans le camp des optimistes. Hélène Pedneault est aussi dans le camp des optimistes tandis que Robert Laplante s’efforce de combattre le nationalisme prédateur du Canada-Anglais.
Il est plus que temps de passer du nationalisme québécois à chacun sa façon à un nationalisme complet. Ce qui peut se dire en clair selon ce qu’une personne m’écrivait un jour : « Qui veut la souveraineté, l’indépendance est amené à une préoccupation fondamentale concernant « la dynamique intégrale » de toute société qui, – pour un(e) souverainiste, un(e) indépendantiste, – est indissociable du cadre de l’État-national, et, pour arriver à la souveraineté, l’indépendance, tout se passe et se joue au niveau culturel (le savoir… la conscience… l’identité…) qu’il faut changer, transformer, radicalement, d’abord, pour pouvoir s’orienter adéquatement sur le politique (le pouvoir) et voir comment, et pourquoi, dans le prolongement de cette métamorphose, l’action et la réaction (par soi) ou la présence et l’autonomie (interne et externe), développent, enrichissent, épanouissent. »
Bruno Deshaies
RÉFÉRENCES :
Louis CORNELLIER, « Hélène la combattante. Plus généreuse que rigoureuse, Hélène Pedneault n'en reste pas moins l'une des voix féministes québécoises les plus stimulantes. » Dans Le Devoir, samedi 10 et 11 avril 2004, p. F11 (Essais. « Salon du livre de Québec »).
Louis CORNELLIER, « Robert Laplante contre l'enfermement. » Dans Le Devoir, samedi 10 et 11 avril 2004, p. F11 (Essais. « Salon du livre de Québec »).
Hélène PEDNEAULT, « Tous présidents d'un régime... de bananes. » Dans Le Devoir, samedi 5 et dimanche 6 avril 2003 Texte publié à la veille des élections générales du 14 avril 2003 et à la suite du débat télévisé des chefs.
Pierre FOGLIA, « Et cela ne vous fait pas hurler. » Dans La Presse, samedi 10 avril 2004, p. A5.
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