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««« Indépendance du Québec - 201
LES MOTS « ETHNIE » ET « ANNEXION » (Cours 201)
Suite au « petit lexique » pour les indépendantistes
Bruno Deshaies jeudi 3 février 2005
« L’annexion peut être une situation permanente.
La plupart des nationalités (qui de nos jours sont dénombrées)
sont des ethnies « coincées ». »
(Maurice Séguin, Les Normes, chap. 3.)
La dernière chronique du jeudi en 2004 a suscité un certain intérêt. Il semble de plus en plus nécessaire pour les indépendantistes de mieux comprendre le vocabulaire qu’ils utilisent pour défendre l’indépendance.
À la fin de l’année dernière, un premier lecteur nous a adressé ses commentaires au sujet de l’expression « le Salon de la race » pour désigner l’Assemblée nationale. Cette semaine, un autre lecteur nous a fait part de ses réflexions sur certains mots qui pourraient compléter avantageusement notre « petit lexique ».
« Il ne s’agit pas de se bâtir tout simplement un vocabulaire
qui nous rendrait plus performant
comme joueur de scrabble de l’indépendance. »
Voici une présentation personnelle des définitions proposées ainsi que des explications qu’il nous a fait parvenir.
Ethnie, n. f. 1. Groupe humain caractérisé par une langue et une culture (c’est-à-dire des savoirs et des habitudes de vie, etc.). Par exemple, un pays peut être composé de plusieurs ethnies ou d’ethnies différentes. 2. La diversité ethnique d'un pays concerne les ethnies. 3. Dans la situation des ethnies, il se trouve des nations indépendantes, d’autres satellites et beaucoup d’autres qui sont des nations annexées ou même d’ex-nations assimilées.
Ethnique, adj. Relatif à l’ethnie. Qui sert à désigner une population. Groupes ethniques. (Subst.) Dénomination d’un peuple. L’ethnique de France est « Français ».
Ethnocentrisme, n. m., (Psycho.) Tendance d'un individu à valoriser son groupe, son pays, sa nationalité et à en faire le seul modèle de référence. On évalue généralement cette attitude des individus à l'aide de tests dichotomiques. Note. Dichotomique, adj. Relatif à la dichotomie. Le test dichotomique est un test dont les questions n'appellent que les réponses oui, non.
Ethnocide, n. m. Destruction d'une ethnie sur le plan culturel (des savoirs et des habitudes, etc.). Par exemple, l'ethnocide des Amérindiens a souvent conduit à la clochardisation.
Ethnologie, n. f., Science qui étudie les ethnies, leur culture (les savoirs et les habitudes, etc.) et leurs coutumes. Un ethnologue est un spécialiste des ethnies.
Cette tentative de cerner un peu mieux le lexique de l’indépendance ne doit pas se limiter aux jeux de l’esprit. Il ne s’agit pas de se bâtir tout simplement un vocabulaire qui nous rendrait plus performant comme joueur de scrabble de l’indépendance. Par ailleurs, nous ne pouvons nous priver d’un vocabulaire approprié, même si certains mots peuvent faire mal. « Même dans Harry Potter, déclare Hélène Pedneault, j’ai trouvé cette phrase très juste, lancée à quelqu’un qui avait peur de dire le nom du terrible Voldemort : Nomme toujours les choses par leur nom. La peur d’un nom ne fait qu’accroître la peur de la chose elle-même. » (Voir RÉF., no 2.)
Reconnaissant qu’il avait beaucoup apprécié la chronique « sur les mots que nous utilisons pour notre lutte, notre combat pour la souveraineté, l'indépendance » et qu’il la jugeait « très utile », notre internaute se demandait « pourquoi les mots annexer et annexion ne faisaient pas parti du lot ? » Il se posait même la question suivante : peut-on dire ce qui suit ?
Annexer. 1. Faire passer sous son autorité. 2. Annexion. (Polit.) Action d’annexer, de rattacher. Le rattachement d'un État ou d'une partie de territoire à un autre État, Par exemple : l'Allemagne a annexé l'Alsace entre 1940 et 1944 ; le Québec a été annexé au Canada-Anglais en deux temps : le premier, entre 1760 et 1763, par la Conquête et, le second, en 1840-1841, par l’Acte d’Union. La Constitution de 1867 reprend la loi de l’Union de 1840-1841 : elle la précise. Elle ne nous octroie qu’un gouvernement provincial ou local.
Pour utiles qu’elles soient, les définitions ne peuvent résoudre tous nos problèmes de communication. Notre internaute nous rapporte la conversation suivante.
« Une personne à qui j'explique la souveraineté, l'indépendance me dit qu'il n'existe pas d'ethnie acadienne, pas plus qu'il n'y aurait d'ethnie canadienne (canadienne-française ou québécoise) ni non plus que d'ethnie acadienne-louisianaise. Je dois consulter Hubert Aquin, dans Mélanges. Aquin traite de cette question de vocabulaire vers les années 1965 et de nos constants reculs devant la connotation négative que donnent les fédéralistes aux mots pourtant utiles pour décrire la réalité, quand on travaille à expliquer la souveraineté, l'indépendance.
À cet effet, mon interlocutrice me recommande de lire Marcel Trudel, puis Archange Godbout, fondateur de la société généalogique de langue française.
Selon ce qu'elle me rapporte, les Acadiens auraient été en majeure partie issus du premier Canada, environ 500 et au maximum 2000 venant directement de France, de sorte qu'il n'y aurait pas d'ethnie acadienne...
Cette controverse est survenue alors que je lui affirmais que cela prenait beaucoup de temps pour qu'une ethnie disparaisse complètement. Je lui citais l’exemple de la Louisiane où nous en sommes à la dernière génération, avec celle de Zacharie Richard, après, c'est terminé, me semble-t-il. Quels auteurs nous permettraient de clarifier cette question. »
Souveraineté et indépendance
« Le plus souvent, avons-nous écrit dans notre chronique du 16 décembre 2004, on fait de ces deux mots des synonymes, ce qu’ils ne sont pas nécessairement. » Notre internaute nous signale « très respectueusement » que « souveraineté et pays indépendant sont synonymes », du moins si on retourne au dictionnaire (Larousse) pour l’expliquer. Comme il s’agit de deux mots clés, notre internaute nous fait remarquer qu’il « apporterait ou ajouterait la nuance suivante ». Il reprend quelques mots pour les définir à sont tour. Voici les définitions proposées.
Indépendant. Qui n’est pas soumis à un autre pays, qui a son indépendance. Un État indépendant, c’est un État qui n’est pas soumis à l’autorité d’un autre pays. Ce pays vient d’acquérir son indépendance, il ne dépend plus d’un autre pays.
Indépendantiste. Partisan de l’indépendance politique de son pays, les indépendantistes du Québec.
Pays. Territoire d'une nation, nation, État.
Souveraineté. Pouvoir suprême reconnu à l’État, qui implique l’exclusivité de sa compétence sur le territoire national et son indépendance dans l’ordre international, où il n'est limité que par ses propres engagements.
À partir de ces définitions, le point de vue de notre internaute est finalement le suivant.
« Avec Larousse, écrit-il, on ne peut être plus clair. Ainsi, on ne pourrait même pas entretenir de confusion entre les mots souveraineté et indépendance, puisque l’indépendance est partie intégrante de souveraineté. La définition du dictionnaire ne devrait plus laisser de doute dans l’esprit de la personne et c’est celle que nous devrions retenir tous, pour éviter que chacun y aille de sa propre définition, de ses propres concepts, de ses propres préjugés... »
Nous convenons qu’il est inutile d’entretenir « de confusion entre les mots souveraineté et indépendance ». Cela dit, nous avons quand même deux mots. Or, quand nous avons deux mots que nous disons synonymes, nous sommes au début d’un certain nombre de difficultés dont la plus sérieuse consiste à savoir s’il n’y en aurait pas un de trop.
Si on dit que deux mots signifient exactement la même chose, on doit conclure logiquement qu’il y en a un de trop. Mais puisque la réalité est souvent très complexe, les synonymes viennent plutôt exprimer des nuances. Quand ces nuances prêtent à confusion, il est préférable de ne pas les considérer comme des synonymes.
Nous savons que les Québécois entretiennent facilement la confusion entre souveraineté et indépendance. Par conséquent, il ne nous apparaît pas suffisant de résoudre la difficulté en soutenant que « l’indépendance est partie intégrante de souveraineté ». C’est la raison pour laquelle nous avons écrit qu’« un État est souverain parce qu’il est indépendant ». Et ce n’est pas par hasard qu’on parle de déclaration d’indépendance quand un pays devient indépendant et non de déclaration de souveraineté. Mais il est vrai aussi que les deux expressions sont utilisées par les États souverains.
Le Canada-Anglais connaît très bien cette nuance face aux États-Unis. Le Canada est un pays indépendant. Il doit, comme tous les pays dans le monde, protéger sa souveraineté nationale. Contre l’influence étasunienne, le Canada ne peut préserver son indépendance qu’en défendant la souveraineté complète de l’État canadien, même si les États-Unis reconnaissent le Canada comme pays indépendant.
Par rapport au Québec, le Canada affirme continuellement son indépendance en soutenant sa souveraineté nationale à l’encontre de l’autonomie du Québec. Si les Québécois et les Québécoises comprenaient cela, ils et elles parleraient de l’indépendance du Québec en des termes où le Québec pourrait exercer un jour sa souveraineté pleine et entière. En ce sens, le Québec ferait exactement ce que fait le Canada face aux États-Unis.
Cela devrait aller de soi, mais ce que nous observons dans le discours québécois ne nous permet pas de soutenir que si l’un des mots inclut l’autre et vice versa que nous allons faire de grands progrès sur la route de l’indépendance.
La langue et l’indépendance du Québec
Nous en savons quelque chose concernant la langue au Québec. Tout récemment, la question a été posée de nouveau sur le forum Internet « Avant-Garde Québec » au sujet du bilinguisme dans le Pontiac. À cette question, voici la réponse que Pierre Daviau a donné sur ce sujet. Elle porte essentiellement sur l’annexion et de ses conséquences.
« PONTIAC : AU FEU ! » (31 janvier 2005)
L'information que vous faites connaître aux lecteurs du forum illustre dramatiquement les conséquences de l'ANNEXION des Québécois-Français par l’Empire Britannique, soit la lente mais inexorable assimilation du peuple conquis.
La chronique de Bruno Deshaies du 20 janvier 2005 intitulée « LE BILINGUISME. Reflet de l'histoire d'un peuple annexé. » tombe à point nommé.
Le problème de la langue, quoique très douloureux et très apparent dans l’Outaouais, ne doit pas éclipser les problèmes semblables existant dans les domaines qui constituent l'essence de l’INDÉPENDANCE, soit les domaines culturel, économique et politique, autant à l'intérieur qu’à l’extérieur, que vivent les Québécois-Français.
La perte de la jouissance de « L'AGIR (PAR SOI) COLLECTIF » est la conséquence première de l'ANNEXION. À sa suite, nous retrouvons le REMPLACEMENT qui est l’agir, en notre nom, d'une autre nation, soit l’État canadian. Tout ceci nous conduit à ce que Maurice Séguin nomme L'OPPRESSION ESSENTIELLE.
Les Québécois-Français sont bien naïfs de croire qu'il est normal et légitime que l’État canadian agisse en leur nom. Naïf aussi de croire que cet État canadian est le mieux placé pour défendre nos intérêts. Existe-t-il un seul état qui défend mieux les intérêts de la minorité que ceux de sa majorité ? Poser la question n’est-il pas y répondre ?
La seule voie qui permettrait aux Québécois-Français de reprendre possession de « L'AGIR (PAR SOI) COLLECTIF » est L'INDÉPENDANCE. Tout autre combat, comme beaucoup de citoyens et citoyennes sont tentés de mener, ou tout autre choix conduit à l'impuissance collective et à un cul-de-sac.
(Fin de la citation)
Ce débat sur la langue montre à quel point une ethnie, quelle qu’elle soit, peut subir dans tous les domaines sa dépendance, sa subordination et son annexion.
Commençons le cours 201 de l’indépendance
S’il ne faut pas avoir peur de mots, il ne faut surtout pas avoir peur des réalités. Une fois passée la peur, il est nécessaire de déterminer son orientation collective. Pour cela, il faut commencer le cours 201 de l’indépendance.
Lorsqu’il s’agit de l’indépendance d’une nation, il faut bien convenir qu’il s’agit là d’indépendance collective et non de libertés individuelles seulement.
Dans le petit lexique des indépendantistes, il serait utile de reconnaître clairement que la séparation est le contraire de l’annexion ou que le contraire de la dépendance est l’indépendance. En d’autres termes, les Québécois et les Québécoises doivent mettre un terme à leur situation d’ethnie « coincée » s’ils veulent devenir indépendants.
Au fil de nos 201 chroniques, ces questions ont été abordées sous un angle ou sous un autre. Le plus important aujourd’hui consiste à prendre position. Pour cela, il importe d’approfondir le langage de l’indépendance qui n’est pas le système d’idées du fédéralisme. Le discours anti-fédéraliste a fait son temps. C’est d’un discours pro-indépendantiste bien articulé et bien documenté qu’il nous faut. Il faut occuper le champ du « national » québécois au même titre que Les Bougon au plan « social » québécois. La critique sociale n’est absolument pas un substitut à la lutte nationale. Les Québécois-Français devraient perdre cette illusion fortement ancrée dans la psyché collective canadienne-française et québécoise.
Bruno DESHAIES
RÉFÉRENCES :
(1) Bruno DESHAIES, « Les ethnies et les indépendantistes. Les soirées-débats du Conseil de la souveraineté du Québec. » VIGILE.NET, Chronique du jeudi 22 janvier 2004.
(2) Hélène PEDNEAULT (2004), « Les « ethniques » québécois et les indépendantistes : qui a peur de qui ? » Soirée du Conseil de la souveraineté du Québec le 14 janvier 2004.
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