«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 202

LA «SUBJECTIVITÉ HONNÊTE»

Est-ce un alibi pour ne pas avoir l’obligation d’avouer ses présomptions ?

Bruno Deshaies
jeudi 10 février 2005

«Le contraire de la vérité est la fausseté ;
quand elle est tenue pour vérité,
elle se nomme erreur»
(Emmanuel Kant (1800), Logique.)

La « subjectivité honnête » est devenue une notion à la mode depuis quelques années dans le monde journalistique. Peut-elle servir d’alibi à ceux et celles qui n’oseraient pas avouer leurs présomptions ou leurs préventions ?

Essayer d’habiller la subjectivité du qualificatif d’honnêteté, c’est trahir la subjectivité elle-même. Faut-il aller fouiller dans les intentions du sujet (journaliste, politicien ou autres) de la pureté ou de l’impureté, de l’honnêteté ou de la malhonnêteté de son point de vue ? Que peut-on considérer véritablement comme de la subjectivité honnête ?

Pierre Bourgault et la subjectivité honnête

Selon Louis Cornellier (voir NOTE no 1), Pierre Bourgault aurait réglé la question de la manière suivante dans le tome 2 de ses Écrits polémiques : « L'observation incomplète et personnelle d'une situation, si elle reste aussi honnête que possible, peut être objective, à condition de ne pas prétendre qu'elle soit autre chose que personnelle et incomplète. [...] Certains concluront que l'objectivité, finalement, n'existe pas. Ne vaudrait-il pas mieux parler de subjectivité honnête ? »

Cette explication apparemment transparente est trop complaisante par rapport aux mots utilisés. Qu’est-ce qu’une observation objective ? Est-ce une observation honnête ? Est-ce une observation qui ne peut être « autre chose que personnelle et incomplète » ? Si tel est le cas, l’objectivité existe-t-elle ? Comme nous n’avons pas de réponse ou que nous ne voulons pas de réponse, pourquoi « ne vaudrait-il pas mieux parler de subjectivité honnête ? » Avec une logique comme celle-là, il est possible de larguer facilement tous les efforts que l’on peut faire pour tendre vers l’objectivité, même si elle est toujours relative. De la « subjectivité honnête » nous en respirons à plein nez dans la saga du choix de l’emplacement du site du CHUM. De la « subjectivité honnête » nous en avons encore plus que nous pouvons en entendre dans l’affaire des commandites. De la « subjectivité honnête » nous en avons à satiété au sujet de la défense du fédéralisme canadian par tous les canaux de communications canadians et québécois. L’obligation d’avouer ses présomptions ne serait-elle pas une bonne manière de rendre plus transparent le message des défenseurs de l’ordre établi ?

Radio-Canada et le professionnalisme objectif

Si vous ne le saviez pas, la Société Radio-Canada possède un document sur les « Normes et pratiques journalistiques » en vue d’encadrer le « comportement personnel » de ses employés (voir NOTE no 2). Ce document a été très utile à l’occasion de l’affaire Normand Lester contre la Société Radio-Canada (voir NOTE no 3). On trouve les explications suivantes à la section V.

V. NORMES CONCERNANT LES ACTIVITÉS DU PERSONNEL

2.4.6 COMPORTEMENT PERSONNEL

(a) Les employé(e)s ne doivent pas s'engager dans des activités susceptibles de discréditer la Société.
(b) Les employé(e)s ne doivent pas compromettre l'intégrité de la Société en prenant position sur des controverses publiques. Dans des cas exceptionnels, les personnes engagées expressément pour leur crédibilité dans un domaine particulier peuvent être exemptées de l'interdiction de prendre position sur des controverses publiques, à condition qu'une clause à cet effet soit incluse dans leur contrat. (Version de septembre 2004.)

La notion de « controverse publique » a fait tiquer le journaliste Paul Cauchon du quotidien Le Devoir dans son article consacré aux journalistes et à la liberté d’expression. À son avis, cette notion « est immensément large ». Que peut-elle recouvrir ou exclure explicitement ou implicitement ? D’après lui, « la souveraineté du Québec représente potentiellement une controverse publique, tout comme le système fiscal canadien. Mais, pour certains, les qualités musicales de Lara Fabian peuvent aussi susciter la controverse publique. Tout comme un journaliste qui déclarerait son homosexualité. » (Voir NOTE no 4.) Qui pourrait dire sans aucune réticence que l’animateur de Tout le monde en parle est complètement libre d’agir totalement à sa guise dans la façon de conduire cette émission. Il y a tout un arrière-plan idéologique qu’on ne saurait ignorer à condition de vouloir naïvement jouer à l’autruche. Faudrait-il, entre autres, oublier l’audimat pour juger de la valeur d’une émission de télévision ? Victor-Lévy Beaulieu vient d’en faire l’expérience. Radio-Canada a retiré sa télésérie Le Bleu du ciel des ondes. A-t-il vraiment eu tort de réagir et de penser qu’« au nom de la cote d’écoute, on essaie de vous persuader que Tout le monde en parle est une émission géniale » ? (NOTE no 5.) Si monsieur Beaulieu succombe à la « subjectivité honnête », peut-on supposer qu’il veut tromper les gens ?

L’objectivité n’est que de la subjectivité honnête

Reprenons encore une fois notre point de vue sur la « subjectivité honnête ». Dans une conférence donnée à l’Université Laval, le professeur d’anthropologie, Roland Viau de l’Université de Montréal, a fait un exposé sur les rapports entre l’histoire et l’anthropologie. Après avoir montré l’influence d’un certain nombre de faits de civilisation au cours de l’histoire de l’humanité, il a enchaîné sur une réflexion au sujet de l’objectivité de la connaissance. Il a résumé sa pensée en ces termes : « L'objectivité, c'est donc d'être d'abord conscient de sa propre subjectivité ; en fait, l'objectivité n'est que de la subjectivité honnête. » (Voir NOTE no 6.)

La grande question de l’objectivité absolue soulève toujours un problème de relativité en ce qui concerne la vérité. Il est bien évident que la connaissance lie un sujet à son objet. Cela allant de soi depuis Kant, faut-il imaginer que tout dépende de la subjectivité ? Si la subjectivité ne s’oppose pas à l’objectivité, il nous semble que la « subjectivité honnête » ne peut être que le contraire de la « subjectivité malhonnête ». Si, par exemple, l’« objectivité honnête » respecte les règles de l’impartialité, est-ce à dire que la « subjectivité honnête » serait en mesure de contrôler les dangers de la partialité ? Le monde journalistique se donne bonne conscience en contournant l’obstacle épistémologique du rapport entre le sujet et l’objet et vice versa en faisant appel tout bonnement à l’honnêteté.

Nous savons tous que le sujet et les objets, aussi divers soient-ils, font partie de la connaissance. Pourquoi ne pas appeler une opinion une opinion au lieu de finasser sur les mots afin de justifier des partis-pris sous le vocable de « subjectivité honnête » ? N’est-il pas préférable de rechercher l’objectivité même si l’on sait qu’elle est toujours relative et qu’elle peut même être variable selon les sujets étudiés et l’effort consacré à connaître l’objet étudié ? N’est-il pas plus honnête de faire part de son opinion en la reconnaissant comme telle à ses risques et périls ? Au moins, l’interlocuteur saura qu’il s’agit d’une opinion. Mais si l’on raisonne autrement, on peut en arriver à écrire que « l’objectivité, c'est donc d'être d'abord conscient de sa propre subjectivité ; en fait, l'objectivité n'est que de la subjectivité honnête. » Ce qui s’appelle une tautologie !

Les mille et une formes de la subjectivité honnête

La « subjectivité honnête » prend mille et une formes. Elle a bon dos. Elle est honnête ! N’y a-t-il rien de plus honnête qu’un éditorial d’André Pratte ou de Bernard Descoteaux ? Ne sont-ils pas deux sujets qui se prononcent sur des objets pour lesquels ils ont une certaine connaissance ou information ? Et quand on regarde cette réalité de près, est-ce qu’on peut dire que nous sommes en présence d’une « subjectivité honnête » ? Drôle de vocable pour ne pas clairement admettre qu’une opinion soit une opinion.

Les éditoriaux de Claude Ryan ont été toute sa vie un plaidoyer profédéraliste. Pour les tenants de l’option fédéraliste, il a toujours été objectif et rigoureux. Qu’en est-il de la pensée de l’historien Maurice Séguin que même les milieux souverainistes considèrent avec méfiance ? Pourquoi tant de suspicion à son égard ? À ses objecteurs, il répond dans Les Normes : « Une vérité même inutile ou même une vérité nettement dangereuse et démoralisante ne perd aucun de ses droits. » (Cf. la subdivision 0.5.6.3.) Pour lui, le problème ne se pose pas en termes de « subjectivité honnête », mais « d’objectivité, de sincérité et de respect de la vérité » tant pour la connaissance que pour l’action (cf. Les Normes, 0.5 et 0.6).

Une illustration journalistique de la subjectivité honnête

Dans La Presse de fin de semaine, nous avons eu droit à tout un cours sur le « Kà au cœur de la machine » qu’on peut considérer comme « la plus ambitieuse des créations du Cirque du Soleil avec un budget de 200 millions de dollars » (NOTE no 7). Cette compagnie de spectacles est en train de réaliser un exploit. Bravo ! Il ne faut pas être stupide. Cependant, la récupération de l’événement dans la perspective d’un Québec qui serait plus fort et plus solide ne peut nous convaincre même si l’on argumente dans la perspective de la « subjectivité honnête ». Donc, dans la même livraison du journal, il fallait bien s’attendre à lire autre chose. L’article d’Alain Dubuc, bien entendu, vient couvrir cette « victoire de la culture » québécoise (NOTE no 7).

Le raisonnement d’Alain Dubuc est simple. La culture au Québec est un atout formidable d’identité. Bref, selon lui, le Cirque du Soleil c’est presque le Québec tout entier. Et « le spectacle de Céline Dion est à bien des égards un sous-produit du cirque ». Comme en France, les Québécois occupent le terrain à Las Vegas. Non seulement pour les spectacles, mais surtout pour les revenus de billetterie (200 millions sur 500 sans compter le spectacle de Céline Dion). Très bien.

À défaut d’une conception globale des besoins d’une nation indépendante, Alain Dubuc propose la fuite en avant. « Un petit peuple, écrit-il, dont l’affirmation ne se fera sans doute pas sur le plan purement politique et constitutionnel, doit trouver d’autres avenues pour définir et bien asseoir son identité. [...] Je crois depuis longtemps que nos efforts d’affirmation doivent donc surtout se faire dans des domaines où s’exprime notre identité, comme l’éducation, l’économie du savoir et la culture. »

La conception du Québec d’Alain Dubuc est une conception tronquée et passablement extatique. Il se permet donc cette envolée que chacun d’entre nous pourra évaluer à sa juste valeur. Il déclare : « Les Québécois ont besoin de victoires, pour être un peuple de gagnants. Ils ont besoin de reconnaissance au-delà de leurs frontières. Ils ont besoin de fierté. Ils ont besoin de vitalité pour se renouveler et avoir l’énergie nécessaire à une minorité. » (Voir NOTE no 8.) C’est bien beau, mais c’est insuffisant. C’est là toute la pensée d’un homme qui, béatement, accepte l’annexion de notre nation et le Canada tel qu’il est.

Ce discours traditionnel est aujourd’hui dépassé. Il doit être remplacé par le discours de l’indépendance des nations. Les Québécois et les Québécoises qui défendent cette cause ne sont pas dans l’erreur. Ils ne proposent pas non plus de faussetés. Ils reconnaissent une vérité qui est celle de l’indépendance des nations qui est un fait historique.

Bruno Deshaies

NOTES :

(1) « Faut-il encore lire Pierre Bourgault ? » Dans Le Devoir, 28 novembre 1999.

(2) Un document que le journaliste Paul Cauchon du quotidien Le Devoir considère comme une « bible de plus de 200 pages imposée à l'ensemble des journalistes radio-canadiens et dont l'application est à géométrie fort variable ». Voir « Journalistes et libertés. » Dans Le Devoir, 10 décembre 2001.

(3) Consulter le dossier des 62 références préparé par Vigile.net sur l’« Affaire Lester ». Lecture en ligne.

(4) Paul Cauchon, « Journalistes et libertés. ». Voir NOTE no 2 ci-dessus.

(5) « Adieu téléroman ! Adieu télévision ! » Dans La Presse, lundi 7 février 2005, p. A11.

(6) Roland Viau, anthropologue, « Un passé qui ne passe pas. Les rapports entre histoire et anthropologie. » D’après le compte rendu de Nathalie Hamel. Dans Bulletin d'information du département d'histoire, avril 2001, vol. 3, no 8.

(7) Un reportage de Ève Dumas et Francis Léveillé, « La Presse à Las Vegas. » Samedi 5 février 2005. Un cahier spécial de 6 pages. Une description splendide. C’est fabuleux. Par exemple, le « petit historique illustré de la machine théâtrale » est fascinant.

(8) « La victoire de la culture. » Dans La Presse, samedi 5 février 2005, p. A21.

COMMENTAIRE

Un internaute anonyme nous fait part de son commentaire au sujet de notre chronique consacrée à la « subjectivité honnête ». Vous pourrez constater jusqu’où cette expression peut nous conduire d’un point de vue collectif.

Notre interlocuteur présente une réflexion globale sur l’annexion et ses conséquences sur les comportements collectifs des Québécois. Il fait l’autopsie de la pensée d’Alain Dubuc qu’il situe dans une perspective plus générale de l’histoire intellectuelle des Québécois.

Pour mieux se situer, il faut relire le dernier paragraphe de la chronique.

« Ce discours traditionnel est aujourd’hui dépassé. Il doit être remplacé par le discours de l’indépendance des nations. Les Québécois et les Québécoises qui défendent cette cause ne sont pas dans l’erreur. Ils ne proposent pas non plus de faussetés. Ils reconnaissent une vérité qui est celle de l’indépendance des nations qui est un fait historique. »

Bruno Deshaies, 15.2.2005

Opinion du lecteur
12 février 2005

« Sur une vision diminuée de nous-mêmes »

J’ai beaucoup aimé votre texte. Je me suis permis d’ajouter quelques paragraphes que votre texte m’inspirait, en revenant aux Normes de Maurice Séguin. Ce qui est difficile, il me semble, c’est d’en arriver à voir notre diminution, objective par le fédéralisme, et dans notre mentalité, par la longue pratique de l’annexion.

L’annexion est devenue une situation « normale ».

S’ajoute à cela, l’idée que les Québécois(es), comme Alain Dubuc, souffriraient de substitution dans leur agir économique, politique et culturel, et parce que, depuis 1840-1841 nous avons été définitivement annexés au Canada-Anglais, nous nous sommes habitués à ce que le Canada-Anglais agissent collectivement à notre place dans nombre de domaines économiques, politiques et culturels, à tel point que cela nous apparaît maintenant comme « normal », et que l’immense majorité, considérant notre situation comme normale, accepte l’annexion, sans voir comment elle nous affecte dans notre vision, diminuée, tronquée de nous-mêmes.

L’annexion nous a légué une conception diminuée de la vie économique, politique et culturelle. D’où les illusions subséquentes, comme celle de Dubuc, qui s’imagine qu’on peut très bien se contenter d’une petite autonomie politique « provinciale », se passer d’une politique normale, interne et externe, pour s’épanouir normalement et pleinement dans sa vie économique, politique et culturelle. On accepte comme « normale », notre subordination politique et culturelle, dans la province de Québec, notre provincialisation et donc une survivance diminuée.

La « normalité » : être suffisamment maître chez soi

C’est Maurice Séguin qui, le mieux, nous fait voir à quel point les facteurs d’économie, de politique et de mentalité sont liés les uns aux autres. L’essentiel tourne autour de la « normalité ».

Pour ceux qui désirent et veulent la souveraineté, l’indépendance, contrairement à l’idéologie d’Alain Dubuc, la souveraineté, l’indépendance politique, complète, (l’autonomie interne et l’autonomie externe) est absolument nécessaire, est à rechercher en elle-même comme un bien, est considérée comme un moyen irremplaçable pour assurer une maîtrise suffisante de sa vie économique et culturelle, pour maîtriser le pouvoir politique complet nécessaire pour assurer son véritable épanouissement.

Alain Dubuc pratique un nationalisme traditionnel dans notre collectivité. Par exemple, quand dans un texte récent il préconise que le Québec récupère tout le champ de la santé pour être plus efficace, etc. Maurice Duplessis en aurait dit tout autant. La liaison langue-culture-nationalité, le passé, le présent et l’avenir provincial, l’économie provinciale, les lois, la langue constitueraient l’essence de notre nation. Acceptation chez nous et pour nous, consciente ou inconsciente, comme étant le « normal », le statut de nation « annexée », ou de la NATION au sens sociologique, telle qu’il l’écrit aussi dernièrement.

Les conséquences de l’annexion prolongée

1. Horizon limitée à l’état de nation au sens sociologique, culturel surtout

L’annexion prolongée, 1840-1841, 165 ans, 8 générations, a fait que nous avons développé une vision diminuée de ce qui est le normal pour une nation, en retenant comme conception de nous-mêmes, la NATION au sens sociologique, CULTUREL surtout : le Québec est devenu un groupe distinct et DIFFÉRENT, qui semble devenu un milieu avant tout culturel qui nous imprègne comme individu. On (Alain Dubuc, et autres semblables : fédéralistes, et tenant de la réforme du fédéralisme qui est aussi du fédéralisme) insiste sur l’unité (et la valeur) de la culture distincte et différente de notre communauté. On (Alain Dubuc et autres semblables) semble moins s’intéresser à l’organisation politique (le pouvoir, l’autonomie interne et l’autonomie externe). Souvent, on (Alain Dubuc, et autres semblables) admet la nécessité d’une économie nationale, mais sans trop s’interroger sur ses rapports avec le politique.

2. Refus de la nécessité de devenir un État-Nation distinct

Et on évacue, ainsi, pour notre collectivité québécoise, l’utilité, la nécessité, de devenir une NATION au sens ÉTATIQUE, juridique du terme : c’est-à-dire, l’ÉTAT-NATION ou l’ensemble d’individus de même origine ou de diverses origines, encadrés dans une système juridique, constitutionnel, système doté de la souveraineté politique. Il semble qu’une longue annexion nous amène à ne plus voir l’importance de l’aspect politique (le pouvoir, à l’intérieur, l’autonomie interne, et à l’extérieur, l’autonomie externe), et à refuser de mettre l’accent sur l’ÉTAT, donc, sur l’aspect politique (le pouvoir). L’ÉTAT-NATION est un groupe de nations ou une seule nation (un groupe humain qui en est arrivé à se reconnaître DISTINCT pour de multiples raisons : une commune origine, une langue commune, des traditions communes, une même histoire, l’occupation d’un même territoire, etc.), le tout soumis à l’action et aux lois d’un gouvernement souverain.

En ce sens, ceux qui observent et interprètent notre situation présente, passée et à venir, le font à partir de normes, inconscientes ou explicites, d’une vision du monde, de ce qui leur (nous) apparaît comme le « normal ».

Et, particulièrement, lorsque l’on se demande si ce que nous vivons est « normal », (comme individus et comme société), il importe de tenir compte de la dynamique intégrale de notre vie (individuelle ou collective), particulièrement des forces économiques (la richesse), politique (le pouvoir) et culturelles (le savoir…) qui la composent et qui sont, positivement ou négativement, en constante interaction.

3. Sous-estimation de l’interaction des facteurs nécessaires à l’équilibre de l’ensemble

L’annexion prolongée de notre collectivité, depuis 1840-1841, 165 ans, 8 générations, a créé des habitudes, d’agir et de penser, très ancrées, au point que des personnes comme Alain Dubuc, et autres semblables, oublient, malheureusement, que dans une société, chaque facteur (économique, politique et culturel), chaque aspect (économique, politique et culturel) est en interaction (est interdépendant, et donc, ne s’isole pas), et est donc essentiel à l’équilibre de l’ensemble (économique, politique et culturel), à la santé de l’ensemble, et est donc irremplaçable.

4. Acceptation d’une vision diminuée de nous-mêmes ainsi que du nationalisme

Il convient de se rappeler que l’annexion prolongée, (depuis 1840-1841, depuis 165 ans, depuis 8 générations) nous a amené à une vision (économique, politique, culturelle) diminuée de nous-mêmes, à une vision diminuée du nationalisme, au point que pour plusieurs seule compte la culture et qui plus est, pour qui les affaires d’État (le pouvoir, l’autonomie interne et l’autonomie externe) et l’économie seraient des champs d’action « neutres », (alors qu’ils sont en interaction : il y a interaction constante des forces économiques, politiques et culturelles), susceptibles d’être partagés avec l’ « l’autre », c’est-à-dire, l’autre nation, le Canada-Anglais.

Or, dans le fédéralisme, dès que nous partageons l’économique, le politique et le culturel avec l’autre, avec l’autre nation, c’est-à-dire avec le Canada-Anglais, nous nous retrouvons en minorité constante, (cela a commencé en 1840-1841, il y a 165 ans, 8 générations, où nous nous retrouvions uni au Haut-Canada, l’Ontario, où nous devenions 45 %, le Canada-Anglais, 55 %), et c’est le Canada-Anglais, comme collectivité, qui agit, majoritairement et collectivement, par lui-même et à notre place. Cette minorisation, ce remplacement, cette substitution, de notre agir collectif par l’agir collectif du Canada-Anglais, (dans notre vie économique, politique et culturelle), entraîne, pour nous, une diminution, une privation d’agir, qui se traduit par une constante perte d’expérience, d’initiative, d’expertise et d’habitudes. Cela fait que nous sommes alors incapables, - sans aucune méchanceté ou persécution ou incompréhension ou mauvaise administration de la part du Canada-Anglais, - de créer, développer et accumuler des habitudes, individuelles et collectives, d’agir et de penser, dans notre vie collective à nous, économique, politique et culturelle.

5. Acceptation de l’oppression essentielle : un autre agit à notre place

Là réside l’oppression essentielle : nous sommes, ainsi, privés d’enrichissement et d’épanouissement économique, politique et culturel. Parce que ce n’est pas nous, nous-mêmes, sans autre pouvoir (politique) interposé, sans autre collectivité (Canada-Anglais) interposé, qui affrontons nous-mêmes nos problèmes internes, (autonomie interne), et externes, (autonomie externe), ce n’est pas nous qui trouvons et mettons en application nous-mêmes des solutions à nos problèmes internes et externes, ce n’est donc pas nous qui pouvons en tirer expérience, initiative et dynamisme (interne et externe), mais le Canada-Anglais qui, lui, en tire expérience, initiative et dynamisme (interne et externe), à notre place.

Choisir d’agir par nous-mêmes s’oppose à l’acceptation de l’annexion

C’est pourquoi il importe tant d’agir par nous-mêmes dans notre vie économique, politique et culturelle, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, (l’autonomie interne et l’autonomie externe), et c’est pourquoi également, d’avoir été habitués pendant tellement de générations à ce que l’autre, le Canada-Anglais, agisse à notre place dans tellement d’aspect de notre vie, d’avoir été privé de cet agir collectif complet nous a amenés à avoir une vision réduite, diminuée de nous-mêmes au point qu’on en a oublié qu’agir par soi-même, l’action et la réaction par soi, à l’intérieur et à l’extérieur, ou la présence et l’autonomie (interne et externe) développent, enrichissent, épanouissent. La souveraineté, l’indépendance, doit se voir dans sa dynamique intégrale, économique, politique et culturelle, elle est à la fois la richesse d’être et liberté, en somme elle répond à un besoin stable et profond d’épanouissement (économique, politique, culturelle).

Soit on accepte (consciemment ou inconsciemment) l’annexion, soit on la refuse (consciemment ou inconsciemment).

Quand on la refuse, on cherche comment accéder au plein épanouissement, c’est-à-dire, à agir suffisamment par soi-même dans sa vie économique, politique (autonomie interne et autonomie externe,) et culturelle.

N. B. -- Le titre et les sous-titres ont été ajoutés par nous.