«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 206

LE TEMPS DE L’INACTION

Utilité pratique pour une collectivité nationale d’en connaître les causes

Bruno Deshaies
jeudi 10 mars 2005

« L'histoire, c'est cela :
un moyen de comprendre et,
par là même d'agir
sur le cours des événements ».
(Lucien Febvre)

Chers lecteurs et chères lectrices,

Nous aurions aimé rédiger une chronique sur le viol des foules, mais des circonstances indépendantes de notre volonté nous ont empêché d’entreprendre cette recherche. À la place, nous considérons que la citation en exergue possède un degré assez élevé d’évocation pour vous référer à un texte que vous pourrez lire sur le site Internet Le Rond-Point des sciences humaines.

Cet essai inédit de François Robichaud auquel nous vous référons est consacré à la puissance du rapport entre « vivre » et « agir » pour une société. En s’inspirant de la pensée de Maurice Séguin, l’auteur montre les conséquences néfastes du remplacement de l’« agir » dont la plus importante consiste à réduire la société annexée à l’inaction. Et non seulement cela, fait-il remarquer, car « la lésion vitale que subit toute société remplacée [par une autre nation dans son agir collectif] lui rend incertaine une juste appréciation de la réalité ». (Consulter la RÉF., no 2.)

Dans tout système fédératif, la nation subordonnée, ou le peuple, est soumise à un pouvoir fédérant qui le remplace (voir RÉF., no 1-b). Le degré de remplacement peut varier, mais il demeure toujours une oppression essentielle (voir RÉF., no 3.) Dans son étude de 1964 sur le fédéralisme canadien, Michel Brunet perçoit bien la nécessité de l’État québécois, mais il se perd à un moment donné sur la force du pouvoir fédérant canadian. « Chaque fois, écrit-il, que l’unité dite nationale a triomphé c’est parce que les Canadiens français se sont inclinés devant le Canada anglais. Cette époque est révolue. » (Voir RÉF., no 1.- a) Nous savons tous que cette « époque » n’est surtout pas « révolue ».

Les Québécois-Français sont toujours devant le même dilemme : choisir l'oppression essentielle ou acquérir leur autonomie interne ET externe. Au plan indépendantiste, les Québécois sont toujours dans « le temps de l’inaction ». Or, l’essai de François Robichaud consiste à expliquer en quelque sorte l’utilité pratique pour une collectivité nationale d’en connaître les causes. Pour transformer la situation dans laquelle ils se trouvent encore, les Québécois doivent consentir à accepter lucidement les deux conditions suivantes : « Agir par soi permet d’agir avec d’autres. Remplacé [par une autre], cela m’est impossible. » Finalement, ils doivent endosser le postulat qui suit :

« Vivre, c'est agir. »

Bruno Deshaies

RÉFÉRENCES :

(1) Michel BRUNET, Québec Canada anglais. Deux itinéraires. Un affrontement. Montréal, Éditions HMH, 1968, 309 p. (coll. « Constantes », no 12). Voir les chroniques suivantes :

a) « L’ÉTAT QUÉBÉCOIS. »
b) « Du principe fédéral au principe d’indépendance. »

(2) Bruno DESHAIES, « La déprogrammation mentale des Québécois-Français. Le fédéralisme, la loi constitutionnelle de 1867 et les Québécois. » Dans VIGILE.NET. Chronique du jeudi 30 novembre 2000.

(3) Bruno DESHAIES, « Petite leçon sur le fédéralisme par Maurice Séguin. Terminologie, concepts et principaux types (de traités) liés ou opposés au fédéralisme. » Dans VIGILE.NET. Chronique du jeudi 8 février 2001.