«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 209

LA GRANDE SÉDUCTION DE LA FÉDÉRATION

L’élite nationaliste québécoise-française recommence à s’enivrer de l’Union fédérale européenne

Bruno Deshaies
jeudi 7 avril 2005

« L’État fédéral, en effet, est, par excellence,
une structure artificielle, à quoi ne correspond,
dans le cœur de l’homme, ni inclinaison, ni instinct :
l’homme n’est évidemment pas, par nature,
« un animal fédéral ». »
(Raymond Polin, voir NOTE no 1, p. 61.)

« S’il y a jamais eu un contrat social explicite,
c’est bien le contrat fédéral. »
(Id., Ibid., p. 61.)

« L’État fédéral veut donc être,
et prétend être fédéral et national à la fois,
mais jamais assez fédéral pour cesser d’être national,
ni jamais assez national pour cesser d’être fédéral. »
(Id., Ibid., p. 65.)

La grande séduction du traité sur la constitution de l’Union européenne fait un malheur auprès de beaucoup de Québécois en ce moment. Quel beau sujet de discussions !

Quiconque veut reprendre les mêmes débats que ceux de la conférence internationale sur le fédéralisme du Mont-Tremblant à l’automne 1999, se rappelle qu’une fédération est une fédération et que le fédéralisme fédère, annexe, subordonne, puis, finalement, assujetti. Par exemple, le cas des États-Unis a fait l’objet d’une longue guerre civile qui a mis en cause le Nord et le Sud afin d’assurer le respect de l’Union de 1787. La Russie fait à peu près de même avec la Tchétchénie en ce moment. Bref, c’est la dépendance dans la soumission fédéraliste et tous ses avatars comme système politique. Avons-nous besoin du cas de la constitution de l’Union européenne pour comprendre cela en tant que Québécois ? C’est une vérité de La Palice ! Alors, pourquoi tant d’engouement à ce sujet ? La question est posée. Il ne sert à rien de tourner continuellement en rond.

Personnellement, nous ne voyons qu’une grande séduction , propre à susciter beaucoup de débats théoriques et une énorme perte de temps. Entre nous, la France est fort capable de se défendre elle-même. Quant à la rhétorique que nos discussions pourront engendrer, elles seront aussi futiles que de lire dans une boule de cristal.

Dans une chronique du jeudi qui remonte au 17 mai 2001 (RÉF., no 1), nous suggérions de substituer à l’analyse du jeu du fédéralisme la création d’un « Carrefour de l’indépendance ». L’idée a été reprise et précisée dans notre chronique du 24 décembre 2004 (NOTE no 2). Bien évidemment, jusqu'à ce jour, cette idée n’a pas obtenu le faveur des grands prêtres de la souveraineté-association ou de la souveraineté partagée. Allez comprendre pourquoi ? Nous tenons cependant la réponse depuis plusieurs années. Malheureusement, nos souverainistes conçoivent incorrectement le status des États dans un système fédératif réel ou vrai (quand cela existe et c’est très rare) et l’assimilent presque à l’indépendance. Plus grave encore, ils ne cherchent même pas à connaître pourquoi 500 000 électeurs et électrices, grosso modo, les ont boudés aux dernières élections du 14 avril 2003 (NOTE no 3). Cher Monsieur Landry, mettez de côté votre obsession confédéraliste ! Vous nous faites perdre du temps et vous perdez le vôtre inconsidérément.

Malgré tout ce que l’on connaît de la situation du Parti québécois, le bal funeste des hésitations continue. Le Devoir nous a annoncé, ce mardi, le lancement du livre du député Daniel Turp au Salon du livre de Québec : Nous, peuple du Québec. Un projet de Constitution du Québec (NOTE no 4.) Que lit-on une fois de plus ? La description des mésententes entre les péquistes eux-mêmes ! Voici un extrait du communiqué :

Le député de Mercier, Daniel Turp, propose qu'un prochain gouvernement du Parti québécois fasse, dès son arrivée au pouvoir, des « gestes de souveraineté » et adopte la Constitution initiale du Québec [...].

Le point de vue de M. Turp sur cet exercice constitutionnel rejoint celui de l’exécutif national du PQ. Il s’éloigne de celui du directeur de la revue L’Action nationale, Robert Laplante, qui, à l’instar d’autres péquistes comme le député de l’Assomption, Jean-Claude St-André, voudrait que le prochain référendum porte sur la constitution permanente d’un Québec souverain. La position de M. Turp diffère également de celle de Jacques Parizeau qui, lui, souhaite que le référendum porte sur une constitution provisoire. Dans son ouvrage préfacé par le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, M. Turp opte pour le modèle présidentiel à l'américaine avec un président élu tous les quatre ans ...

Voilà une belle illustration des mésententes et des incompréhensions entre nos amis péquistes. Mais il y a pis. Le problème ne touche qu’un aspect technique de l’indépendance qui ne peut avoir son importance que le jour même où se fait l’indépendance réelle. Monsieur Turp se dit d’accord avec la position de l’exécutif du PQ, mais il ne veut ni endosser ni la position de Robert Laplante, ni celle de certains péquistes comme Jean-Caude St-André et encore moins celle de Jacques Parizeau, mais il se dit d’accord avec la position de Gilles Duceppe sur le modèle présidentiel à l'américaine, qui constitue un point très particulier de la future constitution dont il se fait le héraut. Et de l’indépendance elle-même, que pensent Gilles Duceppe ou même Daniel Turp ? Pas un mot sur ce sujet pourtant crucial. Comme le dirait Molière, cachez cette indépendance que je ne saurais voir ! N’est-ce pas assez tordu et compliqué ?

Un tel débat ne suffit pas. Il en appelle un autre. Mais avant, jetons un coup d’œil dans la cour des fédéralistes.

À l’occasion de l’annonce d’un concours public, on pouvait lire encore dans Le Devoir que le gouvernement du Canada s’était engagé à accorder un financement de 20 millions au cours des six prochaines années, au fonctionnement du Forum des Fédérations dont le siège social se trouve à Ottawa (édition du samedi 12 et 13 mars 2005, p. C6).

PRÉSIDENT(E)-DIRECTEUR(TRICE) GÉNÉRAL(E)

En six ans, le Forum des fédérations est devenu un réseau de premier plan et une référence en matière de développement du fédéralisme dans le monde. Le gouvernement du Canada s’est engagé à apporter un financement de 20 M $ au cours des six prochaines années. Le Forum établit activement des partenariats avec d’autres pays fédéraux pour appuyer son travail, et a récemment obtenu l’engagement de six fédérations.

Le poste de PDG sera vacant à compter de juin 2005, et le conseil d’administration est à la recherche d’un(e) successeur(e) qui saura mettre à profit les réalisations du Forum.

Le/La PDG, qui travaillera avec un conseil d’administration international, dirigera une équipe hautement qualifiée, multilingue et multinationale, formée de professionnels du fédéralisme, de chercheurs et du personnel du Forum. Il/Elle devra renforcer la portée des programmes du Forum à l’égard des fédérations établies et dans les pays qui cherchent à intégrer des caractéristiques fédérales.

Le nouveau ou la nouvelle PDG possédera :

• Une connaissance approfondie des affaires internationales et de la gouvernance fédérale, et un vif intérêt pour celles-ci
• Des compétences en matière de leadership et de gestion d’entreprise, nécessaires à la consolidation des partenariats et du réseau de l’organisme
• La capacité d’être un(e) porte-parole articulé(e) et efficace pour l’organisme et ses buts
• L’expérience et la maîtrise de l’art de la diplomatie afin d’interagir d’une manière constructive avec des dirigeants élus et non élus représentant divers horizons culturels

Il s’agit d’un contrat à Ottawa pour une période allant jusqu’à cinq ans. Veuillez soumettre, à titre confidentiel, une lettre de motivation et votre curriculum vitae d’ici au 7 avril à Donald Dennison, directeur de l’exploitation, au :

Forum des fédérations
325, rue Dalhousie, bureau 700
Ottawa (Ontario) K1N 7G2
www.forumfed.org
Source : http://www.forumfed.org/

À ce jour, le Forum a déjà six années d’existence et d’activités, surtout bien ciblées, en commençant par le forum de 1999 au Mont-Tremblant où le Président des États-Unis, Bill Clinton, a été l’invité principal pour prononcer le discours de clôture (cf. RÉF., no 6).

« Comme des mouches étourdies,
les Québécois-Français sont emprisonnés
par le réseau de fils de soie
de la toile d’araignée fédérative. »

Quelle leçon doit-on retenir de cette information ? Cette question en suscite une autre. Faut-il refaire inlassablement les mêmes devoirs jusqu’à plus soif sur les questions de fédérations pour comprendre que la fin est sans issue pour les indépendantistes ? À quoi bon perdre son temps à faire de telles analyses quand les paramètres de fonctionnement des régimes fédéraux aboutissent invariablement à la même conclusion : l’annexion, la dépendance et les limites intrinsèques des fonctions globales de l’État. Si on ne tient pas compte de ce constat, les partisans des débats fédéralistes peuvent se réunir en des lieux très nombreux et avec de bons moyens financiers pour débattre de leurs idées et promouvoir comme des bonimenteurs leur idéologie hypocrite.

D’ores et déjà, nous savons, d’après les analyses de Maurice Séguin , qu’il existe des problèmes clairs entre une nation majoritaire et une autre minoritaire. Voici comment il explique le phénomène dans Les Normes (cf. NOTE no 5).

3.10.1 L’optique indépendantiste

3. 10. 1. 1 perçoit les limites, les inconvénients du fédéralisme en soutenant que :

N) La nation majoritaire qui n’a pu assimiler la nationalité minoritaire et qui a dû lui consentir des concessions (comme au moins un État provincial) est dérangée, importunée par cette annexe (cet appendice).

Peut-être aurait-elle adopté un autre régime (tel l’État unitaire) ou une Union fédérale comportant une autre sorte de partage, une répartition un peu plus centralisée..., n'eût été la présence irréductible d'une nationalité minoritaire.

O) La nation minoritaire est en grande partie désorganisée et subordonnée par la présence de la nation majoritaire, politiquement, économiquement et culturellement.

P) Ce n'est pas une question
- de droit de réserve, de veto exercé par l’État central,
- de Cour suprême choisie par le central ou la majorité des provinces,
- de Sénat mal composé (le minoritaire y resterait minoritaire / ou une égalité factice au Sénat ne saurait bloquer une majorité réelle aux Communes),
- de Couronne étrangère, d'absence de drapeau distinctif...,
- de Constitution non complètement rapatriée...,
- d'injustice (représentation inadéquate au Parlement, dans la fonction publique, dans les Compagnies de l’État central),
- etc.

Le cas du Québec fait partie de ces sociétés mises en tutelle par une autre société majoritaire. Les règles de sa dépendance sont fluctuantes selon les rapports de force entre l’ensemble CANADIAN INDÉPENDANT et le Québec comme entité politique, économique et culturelle PROVINCIALISÉE. Cela dit, il faut tenir compte en plus de la présence d’un groupe issu de la majorité canadian qui est minoritaire au sein de la population québécoise (en tant que minorité occupante de Québécois-Canadians.)

Qu’à cela ne tienne ! Les Québécois sont accueillants, généreux, ouverts, compréhensifs, malléables, timorés et surtout P-A-T-I-E-N-T-S, d’une patience tout à fait anormale. Toutes ces épithètes ne justifient pas leur comportement quasi schizophrénique. Comme des mouches étourdies, les Québécois-Français sont emprisonnés par le réseau de fils de soie de la toile d’araignée fédérative. Nous savons tous que les États-Araignés indépendants font des pieds et des mains à travers le monde pour défendre l’idéologie de la fédération. Leur idéologie nationaliste triomphaliste s’oppose avec la dernière énergie à la conception politique indépendantiste, qui peut ouvrir la porte à la naissance de nouveaux États indépendants responsables, capables de se hisser à un statut plus enviable parmi la diversité des États-Nations dans le monde. N’est-ce pas aussi le sort d’autres pays indépendants de par le monde que les États-Araignés préfèrent satelliser ou annexer plus ou moins subtilement aux plans culturel ou économique, quand ce n’est pas directement possible de le faire politiquement ? Le Québec indépendant, comme nation au sens intégral, pourrait certainement contribuer à amorcer des changements dans les relations interétatiques, compte tenu de ce qu’il a accompli dans son histoire et aussi par rapport à d’autres pays dans le monde. Il est évident que l’expérience unique des Québécois vaut autant que celle d’autres pays indépendants, quelle que soit leur importance.

L’élite nationaliste québécoise-française recommence à s’enivrer de l’Union fédérale européenne. Elle a bien le droit de s’occuper l’esprit, mais elle devrait aussi commencer à faire une lecture radicalement différente de la réalité collective et nationale de nos compatriotes québécois. Bien sûr, comme objet d’études, le « nouvel ordre européen », en soi, est un sujet passionnant. Voici pour le plaisir de leur esprit, le point de vue de Max Gounelle (RÉF., no 7).

L’Europe doit-elle

• se constituer en confédération d’États,
• en ensemble institutionnel plus intégré (sur le modèle de la Communauté européenne) ou
• revenir à une structure politique d’États souverains composant entre eux des alliances plus ou moins stables ?

Dans le cas où une armature institutionnelle de l’Europe est jugée souhaitable, faut-il utiliser comme modèle de structure :

– l’Union européenne, qui bénéficie d’une expérience de presque un demi-siècle et un caractère attractif pour de nombreux États ;

– l’OSCE [Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe] et ses nouveaux organismes institutionnels prévus à la conférence de Paris de novembre 199 : l’assemblée parlementaire, le Conseil des ministres des Affaires étrangères, le bureau des élections libres, le centre de prévention des conflits, auxquels pourrait s’ajouter une Cour européenne de conciliation et d’arbitrage ;

– les modèles classiques de la fédération ou de la confédération d’États.

Dans l’attente de cet éventuel « nouvel ordre européen », l’Europe demeure constituée d’États qui conduisent en même temps qu’une politique de construction européenne, une politique étrangère classiquement fondée sur la prééminence des intérêts nationaux, y compris dans leurs relations avec les autres États européens.

Source : Max GOUNELLE, Relations internationales, 5e éd., Paris, Dalloz, 2001 (coll. « Mémentos »), p. 41 et 42.

En ce qui concerne le Québec, la France a défini sa politique depuis Raymond Barre, en 1977, par la formule internationale : « Non ingérence, mais non indifférence. » Il faut donc en prendre acte. Les conséquences sont loin d’être simples. Le triangle Canada France Québec n’est pas récent : il remonte même à l’époque du tout premier gouvernement du Québec : celui du premier ministre P. J. O. Chauveau, de 1867 à 1873 et il concerne, entre autres, l’immigration en provenance de l’Europe et de la France.

Au fond, pour parler vulgairement, on n’en a rien à foutre de la constitution de l’UE ! On sait bien que c’est du fédéralisme. Ce n’est pas la France qu’on doit défendre, mais nous ! Notre débat doit se concentrer sur l’indépendance du Québec et, bien sûr, sur le comportement du Canada-Anglais, de la minorité de Québécois/Canadians et aussi des AMERICANS. Seulement cela ? Eh oui !

Les vrais affrontements se feront, dans un premier temps, avec le Canada-Anglais, les Québécois/Canadians minoritaires du Québec et les AMERICANS. Toutefois, cette négociation inclura certains autres pays dont la France, partenaire privilégiée, mais que nous devrons sortir de sa torpeur pour qu’elle s’affirme en face du Canada-Anglais. Dans ce combat, le CANADA ne nous fera pas de quartier dans nos rapports avec la France. On ne négocie pas en MINORITAIRE avec ou contre un pays indépendant ! (voir NOTE no 6).

Les Québécois-Français doivent se demander s’ils veulent être traités comme une « minorité » ou s’ils désirent agir comme « majorité » nationale pour résoudre l’imbroglio dans lequel ils sont empêtrés pour enfin accéder à la plénitude des compétences d’un État souverain. Il ne s’agit pas de judiciariser l’indépendance du Québec, mais de la FAIRE RÉELLEMENT.

Bon courage ! Et en ligne droite.

Bruno Deshaies

RÉFÉRENCES :

 BRUNO DESHAIES

Les références nos 2, 3 et 4 ont beaucoup d’importance à cause des renvois au manuel de Relations internationales de Max Gounelle (voir plus bas). Une lecture incontournable pour ceux et celles qui désirent connaître autre chose que le discours creux et convenu des souverainistes sur le principe d’indépendance. C’est aussi vrai pour ceux et celles qui se disent fédéralistes, même qu’il est possible qu’ils considèrent aussi autre chose que les discours habituels des Pratte, Dubuc et consorts sur leur conception mythique du fédéralisme. Quant à ceux et celles qui sont de gauche comme Françoise David ou Amir Kadir, on pourraient leur demander si l’indépendance ne serait pas mieux qu’un éternel combat à l’intérieur d’un régime qui sera toujours le même et qui sera la manifestation de notre impuissance totale devant les forces fédéralistes. En ce qui a trait aux politiciens et politiciennes, nos lectrices et nos lecteurs le savent, une fédération, sous quelques formes que ce soit, n’est pas la panacée à tous les problèmes politiques du monde (cf. RÉF., no 5). En conséquence, pourquoi ne pas commencer dès maintenant à bâtir un carrefour de l’indépendance au lieu de se vider de ses énergies à discuter de questions comme celle de la future constitution de l’Union européenne ? Les Européens sont assez nombreux et assez intelligents pour régler leurs problèmes. Occupons-nous de nos affaires ici. Nous en avons déjà plein les bras. Qui sont ceux et celles qui nous proposent cette diversion vers l’Europe ? Évaluons plutôt ce que nous sommes capables de faire immédiatement. Un premier constat : il y a peu de monde en action et encore moins d’argent pour faire ce que nous devrions absolument faire. Par exemple, comment pouvons-nous faire contrepoids au Forum des Fédérations sinon en analysant la valeur et l’incomparable efficacité de l’indépendance parmi les choix qu’une société adulte peut décider de faire ? Aurions-nous peur de la liberté ?

(1) Bruno DESHAIES, « POSITION 8 : L’indépendance préférable à la fédération. Sur le besoin de créer un Carrefour de l’indépendance. » Dans VIGILE. NET Chronique du jeudi 17 mai 2001.

(2) Bruno DESHAIES, « Plaidoyer pour en finir avec le discours du fédéralisme renouvelable. » Dans VIGILE. NET. Chronique du jeudi 11 mars 2004.

(3) Bruno DESHAIES, « Qu’est-ce qu’on attend ? Faut-il chercher inlassablement des preuves supplémentaires ? » Dans VIGILE. NET. Chronique du jeudi 6 mai 2004.

(4) Bruno DESHAIES, « 28 JUIN 2004 : ÉLECTIONS Canada. Le Bloc québécois doit choisir : la fédération ou l’indépendance ? » Dans VIGILE. NET. Chronique du jeudi 27 mai 2004.

(5) Bruno DESHAIES, « L’État fédéral et le fédéralisme. Une panacée ? » Dans VIGILE. NET. Chronique du jeudi 20 novembre 2004. Pour les indépendantistes optimistes, il est fort possible qu’ils déchantent beaucoup à la lecture de cette chronique. Si, par ailleurs, ils perdent de nombreuses illusions fondées sur une méconnaissance de la Realpolitik du fonctionnement quotidien et du rôle des acteurs politiques fédéraux (politiciens et fonctionnaires) dans tout régime fédéral quel qu’il soit, ce serait un gain appréciable pour les indépendantistes lucides.

 FORUM DES FÉDÉRATIONS

(6) GOUVERNEMENT DU CANADA. Conférence internationale sur le fédéralisme 1999 – Mont-Tremblant, Québec, Canada.

Le Forum a donné la Conférence internationale sur le fédéralisme à l'ère de la mondialisation, du 5 au 8 octobre 1999, au Mont-Tremblant, au Canada. La conférence a réuni plus de 500 représentants élus, fonctionnaires, universitaires et représentants du secteur privé de 25 pays.

La Conférence a principalement porté sur quatre thèmes : citoyenneté et diversité sociale, fédéralisme économique et fiscal, relations intergouvernementales, et, enfin, fédéralisme et politique sociale. L'organisation des séances a permis aux participants d'échanger un maximum de renseignements, de pratiques exemplaires et d'expériences en matière de résolution des problèmes. Les tables rondes ont été ponctuées d'allocutions de Bill Clinton, président des États-Unis, d'Ernesto Zedillo, président du Mexique, de Jean Chrétien, premier ministre du Canada, ainsi que de celles d'autres dirigeants.

Environ 80 jeunes ont assisté à la Conférence en tant que participants à part entière. De plus, le Forum a organisé un programme jeunesse supplémentaire à Ottawa, qui consistait en une simulation de négociations intergouvernementale conçue spécialement à l'intention des jeunes, de façon à leur permettre de se familiariser avec l'application pratique du fédéralisme.

Documents de la conférence
En ligne dans l’Internet, une liste de 128 documents.

Forum des fédérations
Cédérom sur la Conférence internationale sur le fédéralisme 1999. Prix au Canada : 5,00 $ CA plus des frais d'expédition de 1,00 $ CA par cédérom.

Conférence sur le fédéralisme. Mont Tremblant. 1999.
Dossier préparé par Bernard Frappier pour le site Internet VIGILE.NET.
En ligne dans l’Internet, une série de dix-sept documents.

Le dossier mérite qu’on l’étudie dans l’optique de l’indépendance, ne serait-ce que pour mieux comprendre la portée de cette déclaration du Président Clinton rapportée par la journaliste Manon Cornellier.

« Une des raisons qui expliquent que vous ayez tous ces gens qui réclament l'indépendance de plus petits groupes est qu'ils ont droit à un genre de fédéralisme factice imposé d'en haut. La première leçon que je tire de cela est que [...] le fédéralisme doit être réel. Il doit exister quelque sentiment réel d'autorité partagée. Et les gens doivent savoir qu'ils détiennent quelque marge réelle d'autonomie pour prendre des décisions. Et cela doit correspondre, plus ou moins, à ce qu'ils perçoivent comme nécessaire pour s'accomplir. » (Bill Clinton, cité par Manon Cornellier, Le Devoir, 18 décembre 1999.)

Comme on peut le constater, le Président des États-Unis oppose le fédéralisme factice au fédéralisme réel. Or, le fédéralisme « réel » n’offre pas plus de garanties que le fédéralisme factice parce que, dans les deux cas, c’est du fédéralisme. Comme nous savons tout cela au Canada, le partage est toujours à renégocier entre un État fédéral ou national de plus en plus unitaire et des États locaux subordonnés. N’oublions jamais qu’un État fédéral comme le Canada est TOUJOURS en état de crise. (Consulter Bruno Deshaies, RÉF., nos 1 à 5 et la NOTE no 3.)

 MAX GOUNELLE

Entre la défense de l’idéologie des fédérations et la réalité des relations interétatiques dans le monde, la différence est grande. L’analyse historique, pour sa part, nous montre que les États fédéraux comme les autres États sont jaloux de leur indépendance et de leur présence pleine et entière sur la scène mondiale. Selon Max Gounelle, la « souveraineté politique » du point de vue de l’ « égalité souveraine » correspond aux trois caractéristiques qui suivent :

1. C’est le droit de se déterminer librement en matière de système politique national.
2. C’est le droit exclusif d’exercer tous les pouvoirs étatiques sur le territoire : monopole de législation et de réglementation, de juridiction et de contrainte.
3. C’est le droit de choisir et d’élaborer librement une politique autonome en matière de relations internationales. (Voir p. 136-137.)

Dans l’optique de l’indépendance du Québec, ce sont des caractéristiques incontournables dont la première consiste à combattre pour obtenir son unité nationale distincte, séparée. Ce qui signifie positivement, la capacité d’agir par soi collectivement et librement aux yeux des autres États souverains. Il n’y a aucun doute là-dessus dans le manuel de relations internationales de Max Gounelle. Son « analyse globale des relations internationales » le montre clairement. Elle n’est pas d’ordre idéologique, mais bel et bien d’ordre empirique. Il s’agit de connaître ce qui se passe réellement. Ses propos sont plus complexes que ceux que l’on trouve sur le Forum des fédérations. En fait, ce Forum est un repaire d’idéologues et une machine de propagande des États fédéraux et des fédéralismes. Enfin, le livre de monsieur Gounelle est pour nous, un ouvrage qui nous fait perdre beaucoup d’illusions et nous oriente vers plus de réalisme politique. En conséquence, nos souverainistes québécois auraient intérêt à s’inspirer d’autres sources que celles des fédérations et du principe fédératif qui nous ont toujours apportés que confusion et contradiction.

(7) Max GOUNELLE, Relations internationales, 5e éd., Paris, Dalloz, 2001, 226 p. (coll. « Mémentos »).

NOTES :

(1) « Le problème de l’État fédéral. » Dans l’Encyclopédie française mise en œuvre par Lucien Febvre et Gaston Berger. Tome X : L’État sous la direction d’Edgar Faure et Louis Trotabas, Paris, Société nouvelle de l’Encyclopédie française, 1964, p. 61-66. Un texte succinct, mais fondamental sur la nature, l’esprit et les contradictions des régimes politiques fédératifs. On est loin ici des idées conventionnelles des propagandistes des fédérations dans le monde, tels les Stéphane Dion ou les Guy Laforest. Plaignons-les ces pauvres fédéralistes, ils ne connaissent pas mieux et se complaisent dans leur servitude volontaire. Par ailleurs, on comprend mieux les hésitations des autonomistes régionaux au sein des États fédéraux qui, trop souvent, succombent à l’illusion d’un équilibre magique entre les forces fédérales dites nationales et les pouvoirs locaux (cf. RÉF., no 5). Répétons la phrase, citée en exergue, de Raymond Polin : « L’État fédéral veut donc être, et prétend être fédéral et national à la fois, mais jamais assez fédéral pour cesser d’être national, ni jamais assez national pour cesser d’être fédéral. (p. 65) »

(2) « Pour la création d’un Centre de recherches de l’indépendance. Première tentative en vue de mettre fin au désarroi et à la révolte de « l’alouette en colère ». » Dans VIGILE.NET. Chronique du jeudi 17 avril 2003.

(3) « L’INDÉPENDANCE. Est-il abusif de soutenir que les indépendantistes aient des comptes à régler avec les dirigeants péquistes ? » Dans VIGILE.NET. Chronique du jeudi 17 avril 2003. Voir le tableau à l’ANNEXE de la chronique portant sur des « Comparaisons entre les élections 1998 et 2003 ».

(4) Le Devoir, 5 avril 2005, p. A3 (« Les Actualités »).

(5) Édition par Pierre Tousignant (Guérin Éditeur, 1999), p. 182.

(6) Les Québécois-Français auraient intérêt à consulter l’ouvrage de Fred Charles Iklé, How Nations Negotiate (Harper & Row, Publishers, 1964, xii + 272 p. Nouvelle édition en 1967 dans la collection « Preager University Series, U-630 » et une réédition en 1968). L’auteur est un spécialiste incontournable de la formation diplomatique et des négociations internationales des États-Unis et ce, encore aujourd’hui. Agé d’environ 75 ans, il est né en Suisse ; il a obtenu son doctorat de l’Université de Chicago et il a enseigné à l'Université Columbia. De plus, il a été assistant de recherches au Harvard Center of International Affairs avant de passer au M. I. T. en 1964. Il a aussi dirigé une série d'études sur le désarmement pour la RAND Corporation et publié Every War Must End en 1971 qui a fait l’objet d’une édition révisée en 1991. Monsieur Iklé s’est consacré durant six décennies à bâtir l’architecture de la doctrine stratégique des États-Unis. Il a aussi occupé le poste de sous-secrétaire de la politique de défense américaine. Outre l’anglais, il parle couramment le français et l’allemand. Son ouvrage capital sur la négociation entre les nations serait d’un précieux secours pour ceux et celles qui voudraient comprendre l’ampleur des enjeux de la négociation au sujet de l’indépendance du Québec. Si l’on veut vraiment atteindre ce but, ce dont personne, jusqu’à maintenant, ne nous a parfaitement convaincu.