«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 210

LES DEUX CANADAS

Comment peut-on mettre fin aux fractures qui ne se ressoudent pas ?

Bruno Deshaies
jeudi 14 avril 2005

« Il ne faut pas regarder seulement au présent. [Nous sommes à ce moment-là en 1840.] Est-il juste que la prospérité de cette grande majorité anglaise et de cette vaste étendue de pays, les deux Canadas, soit pour toujours, ou même pour un temps, arrêtée par l'obstacle artificiel qu'un Bas-Canada séparé, canadien-français, élèverait entre la colonisation britannique et l'océan ? Peut-on espérer qu'une population anglaise consentira jamais à un pareil sacrifice ? »
(Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin. Éditeur, 1997, p. 285.)

« Tant que le Québec dit: « À la prochaine...» et le reste du Canada : « See You Next ! » il sera facile de prédire une autre crise et la tenue d'un autre référendum. »
( Michel Vastel, voir NOTE no 1.)

« Dans le contexte d’un nationalisme grandissant, la domination des ondes par des émissions américaines [au tournant des années 1930] incita les autorités fédérales à se pencher sur cette question en créant la Commission royale d’enquête sur la radiodiffusion [cf. le rapport Aird]. »
(Voir RÉF., Meisel, Rocher et Silver, 1999, p. 177.)

En 2005, nous comptons 165 ans après l’annexion du Bas-Canada au Canada de 1840. Par conséquent, le Canada-Anglais d’aujourd’hui et le Québec actuel sont le produit de cette union. Le constat demeure toujours le même : un Canada-Anglais majoritaire et un Québec-Français annexé, provincialisé et minoritaire. L’évolution des deux Canadas constitue deux trajectoires différentes. Des luttes constantes ont existé entre les deux populations : l’une conquérante et l’autre conquise. Avec le traité de Paris de 1763, l’histoire a laissé au Conquérant la possibilité d’annexer progressivement la colonie française conquise à une colonisation britannique naissante. Finalement, la colonie majoritairement française en 1763 est devenue peu à peu un appendice du grand tout CANADIEN s’étendant d’un océan à l’autre.

Depuis, les perspectives de l’existence d’un Canada-Français transcontinental se sont amenuisées en cours de route au point où l’union canadienne est presque une réalité politique unitaire. Toutefois et malgré tout, des fractures existent qui ne se ressoudent pas. L’affaire des « commandites » est de cet ordre-là.

En fait, le programme des « commandites » répondait exactement aux questions que se posait Maurice Séguin dans son Histoire de deux nationalismes au Canada (cf. la phrase en exergue). Le Bas-Canada est devenu la Province of Quebec et les Canadiens-Français, les Québécois-Français d’aujourd’hui, une réalité bien distincte de la francophonie canadienne dont nous affuble l’incessante propagande canadian.

Cette caricature montre qu’il s’agit bien d’une famille de Canadiens-Français qui ne visait qu’à s’enrichir sur le dos des contribuables. De telles choses ne peuvent se passer, bien évidemment, qu’au Québec, cette province, que dis-je ? ce Pays de frog et French pea soup. On doit comprendre qu’au Canada-Anglais ça ne se passe jamais comme ça !

Si l’enquête Gomery n’intéresse pas le Canada-Anglais, pourquoi le Québec s’intéresserait-il au Canada ? Et pourquoi le Canada-Anglais a-t-il mis tant de temps à s’apercevoir que les abus de pouvoir de leur gouvernement NATIONAL correspondaient aux comportements de tous les gouvernements dictatoriaux dans le monde ? En ce moment, la justice court après des petits bandits, mais les malfaiteurs intouchables sont à Ottawa. Comme toujours, il y a un avers et un revers à toute médaille. D’ailleurs, l’histoire des deux Canadas est ponctuée de nombreuses situations contradictoires et paradoxales, c’est le moins que l’on puisse dire ! (voir RÉF., Meisel, Rocher et Silver, « La création de Radio-Canada »).

Si je me souviens bien !

À travers la reconstitution de 34 événements de l’histoire du Canada et du Québec, l’édition de l’ouvrage collectif Si je me souviens bien / As I recall préparée par l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) sous la supervision de trois professeurs d’université et d’une équipe de chercheurs a donné lieu à un constat clair des difficultés de fonctionnement de la fédération canadienne (voir RÉF., Meisel, Rocher et Silver). Au fond, tous ceux et celles qui ont conçu cette liste de Regards sur l’histoire étaient animés par l’idée de la nécessaire cohabitation du Québec et du Canada. Ce n’est pas par hasard que le livre se termine sur cette exhortation : « [....] les Canadiens doivent sauvegarder et faire fructifier le bien précieux et irremplaçable qu’ils ont acquis depuis un siècle et demi. [...] [L]a vie des Canadiens sera d’autant plus riche que l’on aura maintenu en place quelques-uns des actuels stimulants institutionnels [...] Même si cette coexistence ne sera pas exempte de frictions, qui pourront faire l’objet d’un autre recueil semblable que l’on vient de lire, nos deux communautés doivent continuer de travailler ensemble. (RÉF., Meisel, Rocher et Silver, p. 409) » Comme on peut le constater, ce parti-pris idéologique vient teinter à la fois la compréhension historique, son interprétation et son explication. La tradition bonne-ententiste est confirmée par la méthode douce de l’idéologie de l’unité canadienne.

La méthode forte : l’armée et la propagande

Il y a cependant d’autres méthodes. Avant Jean Chrétien, il y a eu Pierre-Elliott Trudeau et l’intervention de l’armée au Québec en octobre 1970. Son épigone a compris la leçon. Il a tenté de faire stupidement, mais autrement, ce que son prédécesseur avait fait avant lui. Il a mis de l’argent pour convertir les Québécois et même la planète tout entière aux bienfaits du fédéralisme. Il a ordonné la mise en place de la machine des « commandites » (cf. RÉF.). Il ne s’en excuse même pas. Le ministre des Finances de son gouvernement, Paul MARTIN (please ! prononcer le nom à l’anglaise), n’en savait rien. Il payait les factures ! Il se souciait uniquement de l’unité NATIONALE CANADIAN. Le droit international étant de son côté, il continue aujourd’hui sur cette lancée avec l’enquête Gomery. Comme un Ponce Pilate, il s’en lave les mains. Lui et Jean Chrétien sont dans le même bateau de l’UNITÉ NATIONALE. Ils étaient prêts à tout faire. Les pires ennemis politiques peuvent devenir demain de vicieux bons copains. Attention !

Le Dossier noir des commandites. (7 juin 2004)
L'industrie de l'unité nationale contre la démocratie québécoise.
Jacques KEABLE, journaliste et auteur du livre

Est-ce la mort du Canada ?

Les souverainistes peuvent espérer secrètement cette mort du pays abhorré. Toutefois, cette épreuve pénible pour le Canada n’indique pas que la fin du Canada est à nos portes. Pourquoi ? Parce que les deux partis politiques souverainistes au Québec se complaisent dans un discours strictement politique où la lutte nationale se situe uniquement au second degré, c’est-à-dire dans l’ordre des contraintes de gouvernement à l’intérieur du régime politique existant. Parce que le combat politique pro-indépendantiste ne se fait pas avec énergie, cohésion, détermination et avec efficacité. Parce que le dossier noir des commandites n’est pas uniquement une affaire de démocratie québécoise, de banditisme politique, de coupables recherchés ou de criminels à punir. C’est plus. C’est une grosse affaire d’État dont l’origine se situe au Conseil exécutif de l’État canadian qui tente par tous les moyens, quels qu’ils soient, à protéger l’unité canadienne dite nationale.

Cette offensive des fédéralistes de tout genre devrait indiquer clairement aux indépendantistes que le combat du Québec ne doit pas se faire à partir du principe fédératif, mais bien d’après le PRINCIPE D’INDÉPENDANCE DES NATIONS. Le plus bel exemple de cette confusion, c’est le tapage que l’on fait en ce moment pour nous faire avaler l’idée qu’une constitution du Québec serait un geste de souveraineté avant qu’on ne se prononce sur l’incontournable idée de l’indépendance du Québec comme tel et avant toute chose. Un constitution, ce n’est pas une façon pour mettre fin aux fractures entre les deux Canadas. Ce ne sera qu’une autre occasion de ressouder deux sociétés irréconciliables. Les Québécois se perdront dans des discours juridiques sur des détails constitutionnels avant même d’avoir déclaré solennellement leur indépendance. Quelle belle attitude citoyenne. Nous sommes des démocrates !

Pendant ce temps, le journal La Presse nous glorifie chaque jour dans tous les domaines culturel, économique et même social. Nous avons des ressources humaines extraordinaires ici et ailleurs dans le monde et ce, parce que nous faisons partie du beau et grand Canada des fédéralistes. Nous sommes beaux et fins. Mais au plan politique, les Québécois sont niais. La Presse diffuse systématiquement le même discours fédéraliste avec le concours de nos nationaleux canadiens-français. Quant au journal Le Devoir, il continue le même discours que celui d’Henri Bourassa à peine modernisé et profondément éculé. Le Journal de Montréal ne fait guère plus. Quant à The Gazette, ce n’est pas Josée Legault qui pourra à elle seule changer l’idéologie implacable des Québécois-Canadians. Quant à Guy A. Lepage qui se prend pour un nouveau curé de la culture, il est dans le moule de Radio-Canada même s’il ne veut pas l’admettre. D’autres avant lui ont été convertis à l’idéologie fédéraliste après avoir montré trop de zèle nationaliste. N’est-ce pas le cas de Claude Charron ? Quant à Jean-François Lisée qui s’est attaqué à Robert Bourassa, il travaille aujourd’hui sous la tutelle de Raymond Chrétien, le neveu de Jean Chrétien. Pour la génération montante, il serait grand temps de vous poser carrément la question simple et percutante : qu’est-ce que l’indépendance ? Quand vous aurez la bonne réponse, Québécois, vous la ferez l’indépendance du Québec.

Des indépendantistes honteux

Pour l’heure, les Québécois indépendantistes sont tellement honteux d’observer tout ce monde public, qu’ils se sont mis en réserve de la société québécoise en attendant de voir se pointer des politiques et des hommes d’État (plutôt que des politichiens, comme le dirait de Gaulle,) capables d’assumer la vision de l’indépendance du Québec en-dehors des compromis et des compromissions inacceptables.

Quand ce jour-là arrivera, il y aura un Canada indépendant d’un côté et le Québec indépendant de l’autre. Il n’y aura plus de fractures canadiennes à ressouder perpétuellement, mais deux entités politiques engagées dans des relations interétatiques qui seront autrement plus saines que tous les atermoiements du fédéralisme canadien.

Si toutes les références de cette chronique ne vous donnent pas la nausée, c’est que vous êtes fédéralistes et que ce type de régime politique vous convient. Dans le cas contraire, arrêtez de rouspéter et agissez pour consolider l’unité nationale québécoise seule garante de l’indépendance du Québec à plus ou moins court terme.

RÉFÉRENCES

Bernard FRAPPIER (un travailleur de l’esprit infatigable)

COMMANDITES - le scandale de la propagande canadian.
Clavardage avec Jean-Claude Bernheim. - Un dossier de 184 références couvrant la période du 29 juillet 1999 au 12 mars 2005. Du beau travail accompli par Bernard Frappier. Qui dit mieux ? Après avoir lu tout ce dossier, peut-on imaginer que les Québécois qui se disent souverainistes continueront à croire à une cohabitation bénéfique et profitable pour le Québec par son annexion au Canada-Anglais ? Les Québécois ne devraient-ils pas reconnaître plutôt qu’ils ont tout le substrat national voulu pour s’affranchir de leur subordination et de leur dépendance au Canada-Anglais et au gouvernement fédéral ? Ne devraient-ils pas concevoir eux-mêmes leur agir par soi collectif d’une manière pleinement autonome et indépendante ? Le scandale de la propagande canadian des commandites devrait être cette goutte d’eau qui fait déborder le vase. L’heure est à l’action et non aux lamentations interminables d’une société minoritaire au Canada, mais majoritaire au Québec. Le « ton plaintif » a assez duré.

Scandale des commandites. « LES AFFAIRES - La commission Gomery. » VIGILE.NET

Le dossier couvre des textes du domaine public depuis le 3 septembre 2004 jusqu’au 6 avril 2005. Près d’une centaine de documents mis à notre disposition sans compter les autres documents que nous pouvons trouver ailleurs sur le site, tels ceux concernant Groupeaction (voir ci-dessous). Voir Plan du site, le thème « Affaires ».

Programme des commandites. « Alfonso Gagliano donne sa version des faits. » VIGILE.NET

LES AFFAIRES - Gagliano à Ottawa. VIGILE.NET

LES AFFAIRES - Groupe Everest. Un dossier comprenant cinq documents.

LES AFFAIRES - Lafleur Communications Marketing. Un dossier comprenant onze documents.

LES AFFAIRES - Groupaction.
Daniel Leblanc, « Ottawa paid twice for report, critics say. Opposition alleges fraud after $1 million produces two near-identical studies. »
The Globe and Mail (Toronto) 19 mars 2002.

L'affaire des « Minutes du Patrimoine. » (Robert-Guy Scully). Un dossier comprenant vingt-neuf documents.

The Globe and Mail (Toronto). Daniel Leblanc, « He didn't see, didn't ask. » Vendredi, 19 mars 2004.

John MEISEL, Guy ROCHER et Arthur SILVER, Si je me souviens bien / As I recall. Regards sur l’histoire. Montréal, Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), 1999, 491 p. Monograhies. La lecture en ligne des hyperliens sur le site de l’IRPP donne un bon aperçu des orientations de l’éditeur et de ses ramifications au sein de la société canadienne. La publication de cet ouvrage est directement relié au référendum de 1995. Voici comment l’IRPP présente cette monographie dans l’Internet.

« La question de l’unité canadienne y est abordée sous un angle historique, à travers la reconstitution de 34 événements qui ont marqué, parfois durablement, les rapports politiques entre les deux communautés linguistiques, depuis l’arrivée des Britanniques en 1759 jusqu’au référendum québécois de 1995 sur la souveraineté- partenariat. Les événements présentés dans ce livre ne sont pas tous coulés dans le même moule, l’opposition entre les deux parties ayant été, selon le cas, plus ou moins forte, la mobilisation plus ou moins grande, et les conséquences finales plus ou moins profondes et durables. En outre, la ligne de clivage est mouvante, selon les époques et les événements évoqués, opposant tantôt les Canadiens aux autorités britanniques, tantôt les Canadiens français aux Canadiens anglais, tantôt le gouvernement fédéral au gouvernement du Québec ou, de manière plus générale, le Québec au reste du Canada. Ces épisodes témoignent, chacun à sa manière, du fait que les malentendus et les affrontements ne sont ni nouveaux, ni simples. »

Un exemple : Chapitre 3 : « La définition de l’identité canadienne. » -- « LA CRÉATION DE RADIO-CANADA (1932). » (Pages 177-182.) Conclusion :

« Avec la Révolution tranquille, le domaine des télécommunications devint, et est resté jusqu'à ce jour, un important sujet de discorde et de concurrence entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec32. » (Page 182.)

NOTE no 32 (p. 447-448) : « Le conflit fut amorcé en 1929 avec la décision du gouvernement du Québec de contester la compétence fédérale en matière de radiodiffusion mais fut interrompu par la décision du Conseil privé de Londres en faveur d’Ottawa. Il reprit de plus belle dans les années 1960, avec l’ouverture de Radio-Québec et la création du ministère des Communications du Québec en 1969. » [Les auteurs de ce texte s’appuient sur deux articles publiés en 1991 dans la revue L’Action nationale.] Alain Laramée, « Le dossier des communications du Québec : historique des relations entre Québec et Ottawa », L’Action nationale, 81 (novembre 1991), 9 : 1165-1183 et Marc Raboy, « Vers une politique québécoise de télévision : les leçons de l’histoire », L’Action nationale, 81 (novembre 1991), 9 : 1313-1325.

NOTE

(1) Opinion de Michel Vastel exprimée dans Le Droit et aussi Le Soleil, lundi 27 septembre 1999. D’après Vastel : « En somme, Si je me souviens bien / As I Recall [Voir RÉF.], c'est l'histoire de deux sociétés distinctes qui n'arrivent pas à se comprendre ni à s'accepter telles qu'elles sont. »

ERRATUM

Correction pour la chronique du jeudi 7 avril 2005.

l’OSCE [Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe] et ses nouveaux organismes institutionnels prévus à la conférence de Paris de novembre 1990 : l’assemblée parlementaire, le Conseil des ministres des Affaires étrangères, le bureau des élections libres, le centre de prévention des conflits, auxquels pourrait s’ajouter une Cour européenne de conciliation et d’arbitrage.