«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 211

JEAN CHAREST

« Un gouvernement de transformation », qu’est-ce que c’est ?

Bruno Deshaies
jeudi 21 avril 2005

Louise Cousineau de La Presse n'avait que des éloges pour Guy A. et Dany. (Cf., RÉF.) Le Québec se bidonne ! N'est-ce pas beau ? « Monsieur Baboune » (expression de Louise Cousineau pour désigner Landry) en était encore plus gonflé et tout rouge. Fabuleux ! D'un côté, Patapouf et de l'autre, Baboune. Le couple parfait pour les Québécois. (Opinion d’un quidam.)

Après avoir déclaré inlassablement « Nous sommes prêts », le premier ministre du Québec nous accable maintenant du slogan qui suit : « Un gouvernement de transformation ». Or, à l’œil nu, il est difficile, d’un côté, de voir à quel point il était prêt, de l’autre qu’il se vante de diriger la « transformation » au Québec.

Le gouvernement téflon libéral du Québec nous montre à quel point un gouvernement subventionné par un autre gouvernement dit supérieur est limité dans ses moyens d’action. Le gouvernement Charest fait tout simplement la preuve de ce que l’on occultait sous les gouvernements péquistes, soit LA DÉPENDANCE DE L’ÉTAT DU QUÉBEC ENVERS L’ÉTAT FÉDÉRAL ET LE CANADA-ANGLAIS. Le bouchardisme a été la première étape de ce comportement gouvernemental du Québec (cf. NOTE no 1).

« Depuis le référendum de 1995,
les grandes manoeuvres politiques fédérales
et du Canada-Anglais
n’ont cessé d’exercer une pression énorme
sur le Québec provincial. »

Nous nous surprenons aujourd’hui avec Jean Charest pour qui le Québec s’apparente de plus en plus aux comportements des administrations municipales qui sont la créature de l’État provincial. Il ne suffit que de se rappeler l’« Affaire Michaud » sous le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard. Cette affaire n’a-t-elle pas démontré à quel point les membres de l’Assemblée nationale pouvaient se conduire comme des conseillers municipaux de peu d’envergure ? Faut-il se surprendre aujourd’hui des carences du gouvernement Charest dans ses actions politiques ?

Le gouvernement Charest administre une province comme le parti québécois avant lui. Depuis l’établissement du gouvernement du parti libéral en avril 2003, le premier ministre Charest a affronté les mêmes problèmes que ses prédécesseurs ainsi que d’autres difficultés qui sont survenues ensuite. Le gouvernement légitime qu’il dirige n’est pas moins nocif à la société québécoise que ne l’a été celui de Lucien Bouchard, ce fossoyeur de l’État québécois et de sa fonction publique.

Depuis le référendum de 1995, les grandes manoeuvres politiques fédérales et du Canada-Anglais n’ont cessé d’exercer une pression énorme sur le Québec provincial. La majorité québécoise-française qui constitue au Canada une majorité MINEURE en a subi les graves conséquences. Quant à la majorité MAJEURE au Canada, elle est principalement formée des Canadiens-Anglais. C’est la raison principale qui fait que la minorité de Québécois-Canadians constitue une MINORITÉ MAJEURE au Québec. En suivant cette logique, on peut mieux comprendre la décision politique de l’établissement de deux CHUM, l’un français pour la MAJORITÉ majeure et l’autre anglais pour la MINORITÉ majeure. Cette logique canadian représente une aberration de la part de l’État québécois. Or, ce fait incontestable était autant dans les plans des péquistes que dans l’idéologie des libéraux provinciaux.

« En fait, la majorité MAJEURE du Québec,
vue sous un autre angle,
constitue une minorité MINEURE au Canada. »

Cette question étatique fondamentale, comme problème pour le Québec, est nettement supérieure au problème de la désignation de l’Aéroport de Dorval. Ici, la majorité MAJEURE du Canada a maintenu le cap sur son objectif. De son côté, la majorité MAJEURE au Québec a été obligée d’accepter un état de fait. De toute façon, le gouvernement provincial n’avait aucune prise constitutionnelle et légale sur cette question de société. Par conséquent, c’était le combat perdu d’avance pour une minorité MINEURE du Canada. (En fait, la majorité MAJEURE du Québec, vue sous un autre angle, constitue une minorité MINEURE au Canada.) Le gouvernement fédéral pouvait carrément passer outre. C’est ce qu’il a fait joyeusement avec la complicité de Jean Chrétien.

Le gouvernement libéral du Québec dirige le Québec selon un certain style et d’après une conception certaine du fédéralisme canadien. Cette orientation gouvernementale entre apparemment en opposition avec celle du parti québécois pour qui le fédéralisme canadien doit être réformé. Mais, finalement, les deux grands partis politiques au Québec se battent plus sur la manière de gouverner le Québec que de savoir QUI GOUVERNE LE QUÉBEC. La différence est plutôt dans le style. Finalement, ces partis se proposent plutôt comme de bons gouvernements d’un État provincial.

Au fond, il n’y a aucune surprise à entendre le ministre des Finances. Michel Audet déclare : « Je travaille concrètement sur des dossiers concrets et en utilisant un ton ferme, oui, mais en évitant de briser le dialogue [avec Ottawa] » (RÉF., AUDET). Ou d’entendre le premier ministre Charest affirmer sans broncher : « On a un bilan fort, un bilan dont je suis très fier. On a fait des changements profonds. » Ou encore : « On est un gouvernement de transformation, pas de transaction. Un gouvernement de transformation, c’est un gouvernement qui accepte de faire des changements profonds. » (Voir RÉF., CHAREST.)

Heureusement pour le ministre des Finances du Québec et pour le premier ministre Charest, le Québec vient de découvrir qu’il pourra recevoir d’Ottawa des millions du Programme d’infrastructures stratégiques du budget fédéral de 2003 (voir NOTE no 2). Dans cette histoire de relations fédérales-provinciales, nous avons un beau cas de transaction. Mystérieusement, le différend semble avoir été réglé parce que le Québec a trouvé le moyen de le cofinancer. Pourquoi tout cela a-t-il été « bloqué » durant deux ans avant d’accoucher d’un accord ? Nos politiciens fédéraux et québécois ne sont-ils pas les plus grands responsables ? Il se peut que Monsieur Charest découvre très vite les inévitables « transactions » complexes et compliqués de la fédération canadienne. Quant à son désir de diriger « un gouvernement de transformation », il se peut aussi qu’il découvre que les « transformations » qu’il souhaite ne puissent se réaliser sans l’accord et le financement du gouvernement fédéral, donc de la MAJORITÉ majeure au Canada. Corollairement, il apprendra tôt ou tard qu’il dirige une MAJORITÉ majeure au Québec et en même temps une MINORITÉ mineure au sein du Canada. Jean Charest ou Bernard Landry à cet égard sont placés exactement devant le même problème. Leurs comportements provinciaux participent aux mêmes complexes québécois de représentant d’une minorité québécoise-française au Canada.

Les changements profonds auxquels fait allusion Jean Charest ne sont que des changements provinciaux au plan de la gestion de la société québécoise. Lui et son gouvernement ne peuvent gérer qu’un État tronqué parce qu’ils ne possèdent que des compétences locales, provinciales. On pourra toujours faire le procès de son impopularité et de celle de son gouvernement mais on ne prouvera jamais que le Parti québécois serait en mesure d’en faire plus ou même autrement. Les deux partis en cause sont des partis du centre et des partis conservateurs dans leur esprit.

L’entrevue du premier ministre du Québec avec l’animateur Mario Langlois de la station de radio CKAC nous montre que Jean Charest est animé d’une conviction profonde qui est celle-ci : « Je ne veux pas que le Québec soit l’endroit où les gens sont les plus taxés en Amérique du Nord. » (cf. RÉF., CHAREST) » Est-il le premier comme premier ministre au Québec à nous raconter cette histoire-là ? Au sujet de la réduction des impôts, n’est-ce pas que Bernard Landry aurait pu déclarer comme Jean Charest : « Je ne changerai jamais d’idées sur l’importance de donner à la classe moyenne un peu d’oxygène. »

Le problème, c’est de découvrir comment on y arrive sans ou avec le gouvernement fédéral. Ici commence le partage des eaux ! Mais, finalement, Patapouf ou Baboune, c’est à peu près la même face des Québécois et probablement « le couple parfait pour les Québécois. » Pour l’un, le fédéralisme sans la souveraineté et pour l’autre, la souveraineté partagée. Qui dit vrai ?

« Affirmer de « changer les façons de faire du gouvernement »
est nullement un discours nouveau.
Le problème pour les chefs de gouvernement,
c’est de trouver le comment. »

Quand Monsieur Charest déclare à Mario Langlois : « Il n’a jamais été question de réduire les impôts sur le dos des plus démunis dans notre société », dit-il la vérité ou nous ment-il ? Quand il s’explique et déclare en entrevue : « Il y a encore du monde, oui, qui pense que si on réduit les impôts, qu’on va couper dans les services ou on va couper dans l’essentiel, alors qu’on est capable de livrer les services pis de le faire d’une façon plus efficace. Pour ça qu’on change les façons de faire du gouvernement tout en ayant un niveau d’imposition raisonnable. » Affirmer de « changer les façons de faire du gouvernement » est nullement un discours nouveau. Le problème pour les chefs de gouvernement, c’est de trouver le comment. À ce jour, ni les libéraux ni les péquistes et encore moins les adéquistes ne peuvent nous offrir des solutions étudiées, lucides et réalistes. Ils sont tous comme des jongleurs qui improvisent des scénarios d’émerveillement.

Le gouvernement de transformation dont nous parle Jean Charest est clairement un gouvernement provincial. Sur ce point, le premier ministre sous-estime les désirs des Québécois-Français. Toutefois, il donne la mesure des impossibilités dans lequel se situe le Québec comme État provincial. Il revient donc à la MAJORITÉ majeure du Québec d’entreprendre le discours de sa désannexion du Canada-Anglais.

Si les Québécois ont porté au pouvoir le gouvernement Charest, c’est qu’ils ne pouvaient plus supporter le discours souverainiste des péquistes. Ou le Québec parasite lucidement le système canadian ou le Québec se prend collectivement en mains. Pour ce faire, il doit accepter de se gouverner lui-même et surtout d’« agir par lui-même » collectivement sans nation interposée tout en assumant lui-même sa présence dans le monde.

« QUI VA GOUVERNER »

Si les débats ne se font que sur des manières de gouverner, comme c’est le cas en ce moment, il n’y a pas d’horizon pour les indépendantistes. Mais, s’il s’agit de bien comprendre et de savoir QUI VA GOUVERNER, alors et alors seulement les Québécois comprendront ce que veut dire cette « transformation » qui seule peut mettre le Québec sur le même pied que les autres États indépendants dans le monde.

Que le gouvernement Charest nous ait appris une fois de plus cette réalité, le Québec aura atteint le but qu’il s’est assigné depuis des générations de Canadiens, de Canadiens-Français, de Québécois-Français, puis de Québécois qui veulent indéfectiblement devenir une MAJORITÉ majeure dans un État qu’ils gouverneront eux-mêmes collectivement et librement.

Bruno Deshaies

RÉFÉRENCES

• Entrevues radiophoniques :

Mario LANGLOIS, « Michel AUDET. » Entrevue à l’émission « Montréal Ce matin » à la radio de CKAC, le 3 mars 2005. Durée : 30 minutes.

Mario LANGLOIS, « Jean CHAREST. » Entrevue à l’émission « Montréal Ce matin » à la radio de CKAC, le 13 avril 2005. Durée : 30 minutes.

• Articles de La Presse :

Louise COUSINEAU, « Merci Guy A., merci Dany. » Dans La Presse, lundi 18 avril 2005, « Arts et spectacle », p. 1. La contrepartie vient dans le même cahier par Nathalie Petrowski.

Nathalie PRETROWSKI, « Comment se faire des amis québécois. » Dans La Presse, lundi 18 avril 2005, « Arts et spectacle », p. 3.

N.-B. Ces deux articles montrent l’une des astuces journalistiques du quotidien La Presse pour nous duper. Quant à la direction de La Presse, elle peut ainsi se donner bonne conscience en nous disant : « Nous avons présenté les deux points de vue ! » Il ne faut pas se tromper, La Presse couche dans le même lit que Radio-Canada. Une remarque supplémentaire au sujet de Tout le monde en parle concerne l’entrevue avec Nancy Huston. Cette entrevue qui a atteint une certaine élévation est quand même tombée dans les petites farces plates de cul de Guy A. qui a laissé Madame Huston assez perplexe. Au moins, elle a eu la gentillesse de le laisser braire tout en esquivant avec dignité cette niaiserie d’humoriste. Une belle copie des niaiseries de Thierry Ardisson dans son émission en France. Il n’est pas toujours un exemple à suivre.

Longtemps montré du doigt comme le provocateur de service,
Thierry Ardisson s'est refait une image plus lisse
et s'est presque racheté une conduite.

Source : http://www.actustar.com/fiches/ardissonthierry.shtml

NOTES

(1) Il serait grand temps que Lucien Bouchard nous informe sur ses deux rencontres confidentielles (?) avec Jean Chrétien avant qu’il ne quitte Ottawa. Selon les faits connus publiquement, il se pourrait que ce premier ministre démissionnaire au Québec en avait un peu trop mis sur le partenariat quant à l’objectif de l’indépendance du Québec. La majorité des Québécois-Français sont en droit de lui demander de nous fournir le plus rapidement possible ce qu’il pensait réellement à ce moment-là. Ce n’est pas son droit de réserve qui peut aujourd’hui nous impressionner. Ce négociateur chevronné du gouvernement du Québec a tellement étiré l’élastique du comportement obligé de réserve des fonctionnaires pour que cette fonction publique devienne presque l’ombre d’elle-même. Il a certainement des explications à présenter aux Québécois-Français. Quant à ses accointances avec les Québécois-Canadians ou même les Juifs du Québec, nous devons reconnaître que dans nos esprits des doutes raisonnables subsistent. À lui de s’expliquer et non à nous de l’applaudir stupidement pour ce qu’il n’a pas fait.

(2) Denis Lessard, « Budget. Audet récupère un « trésor oublié » à Ottawa. » Dans La Presse, 21 avril 2005, p. A1 et A6. Ce serait un montant de 800 millions de dollars qui dormait dans les coffres d’Ottawa depuis deux ans.