«Indépendance : pour ou contre?»

««« Indépendance du Québec - 213

LES ENDORMEURS ET LES ENDORMEUSES

Définition : personnes qui trompent la vigilance d'autrui et le berce d'illusions.

Bruno Deshaies
jeudi 5 mai 2005

« Les endormeurs n’ont plus le même poids qu’hier,
la masse commence à se réveiller !... »
DIOMAY (2004)


« Mais mieux vaut jouer les Cassandre
que les endormeurs de poules ! »
Jean-Louis Archambault

« History, viewed as a science,
can only be regarded as an inverse science [...] ».
(C. C. Crump, The Logic of History,
Londres, 1919, p. 9.)

Considéré au figuré, le mot « endormeur » prend deux sens : un sens péjoratif et un sens laudatif. Dans le premier cas, il s’agit d’une « personne qui trompe la vigilance d'autrui et le berce d'illusions » ; dans le second, il signifie « ce qui procure l'oubli, la tranquillité ou la paix de l'âme ». Le dictionnaire virtuel ANTIDOTE mentionne l’exemple suivant pour illustrer le sens du mot en parlant d’un « politicien qui a des talents d’endormeur ». Selon le Grand Larousse encyclopédique, l’endormeur est une personne qui enjôle quelqu’un d’illusions pour l’empêcher d’agir. Pour illustrer cette définition, le Larousse ajoute : « Qui n’a pas été quelque jour la dupe d’un endormeur ? »

Nous voilà devant des considérations linguistiques qui devraient faire réfléchir les indépendantistes. Nos politiciens endormeurs font miroiter tellement de promesses que « la masse commence à se réveiller ». Partant, les Québécois-Français seraient-ils à ce point dupe qu’ils ne sauraient saisir le problème de comportement de nos chefs de file et de nos représentants politiques, surtout s’il s’agit de l’indépendance du Québec. Un malaise profond perdure à ce sujet. Malheureusement, il n’a pas encore connue sa solution. Un très grand nombre de Québécois et de Québécoises sont insatisfaits du monde politique canadiens et québécois. Ils devront inévitablement, et à leur corps défendant, crever l’abcès un jour.

Il faut faire une distinction entre des promesses électorales et le désir des Québécois de vouloir accéder à l’indépendance. L’indépendance du Québec ne peut être une promesse. Elle est un objectif concret d’intérêt national. Cet objectif est le plus grand qu’un parti politique puisse défendre. Quant au peuple, il a le droit légitime et démocratique de désirer exercer son pouvoir d’autodétermination. Ce n’est pas une question pragmatique, mais doctrinale. Faut-il ajouter que la majorité majeure canadian du Canada-Anglais ait inscrit cet objectif à son calendrier politique ?

Le Canada doit chaque jour affirmer et défendre, entre autres, sa souveraineté complète par rapport aux États-Unis. Si le Canada accepte la nécessaire coopération dans le monde, il refuse sa dépendance et sa soumission envers les autres nations, même si, de toute évidence, il constitue une nation satellite des États-Unis. Les Québécois-Français ne sont pas différents des Canadians à cet égard. Leur aspiration à l’indépendance est aussi forte que celle des Canadians. Pour ce faire, les Québécois doivent démontrer leur détermination EN RALLIANT TOUTES LES FORCES DE DÉFENSE DE LA SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC. Ce geste est en tous points démocratique. Et il est tout à fait respectable que la nation MAJORITAIRE majeure au Québec exprime cette intention qui s’enracine profondément dans sa psyché collective depuis la Conquête.

« Au fait, en 1763, la Quinzième Colonie britannique était une colonie peuplée de Français ! »

Avant que n’existent des assemblées parlementaires dans la Quinzième Colonie de l’Amérique britannique du Nord, la Province of Québec de 1763, les Canadiens ont su combattre et s’affirmer comme majorité conquise et dominée. Par exemple, leurs revendications les ont fait passer du régime établi par The Royal Proclamation (1763) à celui du Quebec Act (1774) où un certain nombre de concessions ont été finalement accordées aux Canadiens. En revanche, les British Americans et les premiers British Montrealers (ces colons-marchands anglais) ne perdront pas pour autant leur autorité sur la nouvelle colonie britannique qui, paradoxalement, était presque entièrement peuplée par une population canadienne FRANÇAISE.

« ...il faut bien savoir que le vrai début pour les Québécois-Français d’aujourd’hui va se passer dans un deuxième Canada sous l’empire britannique ».

Au fait, en 1763, la Quinzième Colonie britannique est une colonie peuplée de Français ! C’est une situation particulièrement exceptionnelle. Le conquérant est numériquement minoritaire dans cette colonie britannique, mais il est majoritaire partout dans les quatorze autres Colonies britanniques. En revanche, les colons britanniques établis sur l’ancien territoire du Canada de la Nouvelle-France sont très minoritaires. Cependant, ils détiennent le pouvoir politique sur la Quinzième Colonie et ils jouissent de l’appui militaire de l’Angleterre. Ils peuvent influencer le gouverneur colonial à leur guise sans pouvoir tout faire selon leurs fantaisies. Maurice Séguin fait remarquer à leur sujet ce qui suit : « Peu nombreux [les marchands-colons anglais], ils peuvent n’impressionner que faiblement les Canadiens de l'époque. Les Canadiens auront tendance parfois à mépriser cette minorité. Mais, on sait que ces gens sont en position pour l’emporter. Ces premiers CANADIANS pèseront lourd dans l’histoire de la vallée du Saint-Laurent. Ils ont conscience de leur importance. » (Dans Histoire de deux nationalismes au Canada, p. 41, n. 2.) Par conséquent, quand il est dit aujourd’hui « depuis le début de la colonie... », il est capital de savoir que le vrai début pour les Québécois-Français d’aujourd’hui va se passer dans un deuxième Canada sous la domination de l’empire britannique.

Après la conquête, le premier Canada de la Nouvelle-France, ce pays français, n’existe plus, sauf la population française demeurée sur place (voir NOTE no 1). Cette société, cette nation ou ce peuple, composé de 65 000 « canadiens », n’a plus le pouvoir de se gouverner lui-même, même si auparavant son gouverneur était le représentant du roi de France. Toutefois, en 1750, cette « société canadienne sous le régime français » possède une « armature sociale du Canada [celle du premier Canada] », selon l’expression utilisée par Guy Frégault. « En bas, écrit-il, les paysans des seigneuries et les ouvriers des villes ; en haut, la bourgeoisie commerçante, qui englobe une classe moyenne et une aristocratie dans laquelle se recrutent les officiers civils et militaires qui, s’appuyant sur les institutions existantes, prennent en main les destinées du pays. » (Voir NOTE no 2.)

Cette situation représente la grandeur du Canada français avant 1760. Pourquoi ? Parce qu’« aussi longtemps, explique Maurice Séguin, que le Canada-Français demeure SEUL face à son destin, que la cause de sa naissance et le garant de son épanouissement comme peuple sont maintenus et que la métropole française se tient derrière lui pour le protéger militairement, pour le coloniser avec ses hommes, ses capitaux, ses techniques, ses institutions, etc., aussi longtemps alors ce CANADA est apte à devenir une NATION normale. » (Voir Histoire de deux nationalismes au Canada, p. 12.) Or, la défaite de 1760 changera totalement la donne pour les coloniaux canadiens de la Nouvelle-France.

« La défaite comme telle a laissé des marques indélébiles sur la société « canadienne » de l’époque. Les conséquences de cette défaite se sont répercutées jusque dans la vie de la société québécoise d’aujourd’hui. »

Si l’on recule dans le temps et si l’on accepte de comprendre la « révolution » que la Conquête de 1760 a provoqué sur les Canadiens (voir NOTE no 3), il est raisonnable d’admettre avec l’historien Guy Frégault qu’ « un examen attentif de la façon systématique et décisive dont le peuple canadien fut « brisé » doit nous mettre à même de voir sous son vrai jour la crise, d'ailleurs évidente, de la société canadienne-française et de constater qu'il ne s'agit pas d'une crise de conjoncture, mais bien de structure,  de structure démolie et jamais convenablement relevée ». (Guy Frégault, La Guerre de la Conquête, Montréal, Fides, 1955, p. 458 (coll. « Fleur de Lys »).

Par-dessus tout, il faut comprendre les effets de cet événement capital dans l’histoire des Canadiens issus de la colonisation française en Nouvelle-France pour saisir l’ordre de grandeur des difficultés de la société québécoise-française d’aujourd’hui. Consommer du rêve ne changera rien à cette réalité séculaire. La défaite comme telle a laissé des marques indélébiles sur la société « canadienne » de l’époque. Les conséquences de cette défaite se sont répercutées jusque dans la vie de la société québécoise d’aujourd’hui. Pour comprendre, lisons attentivement ce que l’historien Guy Frégault écrivait il y a cinquante ans et qui est toujours d’une lumineuse évidence :

Serait-il vrai que « les lois naturelles, divines et humaines » ont fait d'eux [les Canadiens] des Anglais ou qu'ils le sont devenus « par le cœur » ? Là apparaît l'illusion. En fait, un monde anglais s'est refermé sur les Canadiens, sans pourtant qu'ils se fondent en lui, car il s'est créé contre eux et il se développe sans eux. Leurs générations se succèdent désormais dans un empire, dans un continent et dans un État britanniques. Britanniques, les institutions politiques et les réalités économiques au milieu desquelles leur existence s'écoule. Fatalement étrangères, les armatures sociales qui se forgent autour d'eux et au-dessus d'eux. Et leur propre armature sociale ayant été tronquée en même temps que secouée sur ses bases, ils ne forment plus qu'un résidu humain, dépouillé de la direction et des moyens sans lesquels ils ne sont pas à même de concevoir et de mettre en oeuvre la politique et l'économie qu'il leur faut. Les consolations qu'ils cherchent ne leur donnent pas ce qu'ils n'ont plus. Leur condition ne résulte d'un choix qu'ils auraient fait ; ils n'ont guère eu de choix ; elle est la conséquence de la conquête qui a disloqué leur société, supprimé leurs cadres et affaibli leur dynamisme interne, si bien qu'elle s'achève en eux.

(Guy Frégault, La Guerre de la Conquête, Montréal, Fides, 1955, p. 456-457 (coll. « Fleur de Lys »). On peut lire le même texte dans Bruno Deshaies, Méthodologie de la recherche en sciences humaines, Laval, Beauchemin/LaChenelière, 1997, p. 194.

Comment un historien peut-il supposer qu’un événement qui remonte à 245 ans, soit la défaite coloniale des « Canadiens » de la Nouvelle-France, devienne un jour une conquête qui « s’achève en eux » ? Guy Frégault s’appuie sur un raisonnement établi par Charles George Crump dans son ouvrage The logic of history (1919). Parlant du métier de l’historien, Crump soutient : « C'est ainsi qu'il en est avec l'historien. D'un ensemble de faits qui se présentent à la conscience de l'historien, il est obligé de travailler en sens inverse afin d'atteindre un ensemble de faits d'un niveau précédent qui sont purement hypothétiques. Le nombre de solutions possibles est indéfini ; la sélection de la solution la plus acceptable est justement le travail singulier pour lequel il se dévoue. Il doit toujours se rappeler que l'histoire est une hypothèse servant à expliquer l'existence de faits comme ils se sont passés. (p. 11) » (Cité par Bruno Deshaies dans Méthodologie de la recherche en sciences humaines, p. 195, n. 16.) Cela dit, force est de constater que la lutte nationale des Québécois-Français remonte à ce changement d’empire avec ses suites par l’annexion et la provincialisation. Dans ce cas, il s’agit d’une « défaite fondamentale ». « Le terme « défaite » prend tout son sens, selon Maurice Séguin, quand la nation vaincue ne peut plus, dans son ensemble ou dans sa majeure partie, retrouver la maîtrise de sa vie. (Pour toujours ?) » (Cf. Les Normes, 3, 5, 16.) D’où l’état actuel de la nation québécoise dans la Province de Québec, une province différente que le Canada-Anglais n’accepte pas de voir distincte, MAIS comme les autres, selon la logique impériale du Canada.

La filiation entre hier et aujourd’hui est évidente. Comme on l’a vu dans notre chronique de la semaine dernière, la déclaration de Louis Stephen St. Laurent en 1954 a laissé des traces, mais en réalité elle reflétait l’esprit même de la constitution de 1867. L’article dont fait état Antoine Robitaille dans Le Devoir montre toute la confusion qui peut régner au Canada-Anglais, en ce qui concerne le Québec (NOTE no 3). Il s’agit là d’un refrain connu.

« Tomorrow, [Quebec] could be separate within some kind of Canada-Quebec condominium. »
(Richard Gwyn, Toronto Star)

Dans un article récent, le journaliste Richard Gwyn du Toronto Star s’applique à démontrer que le Québec est, en pratique, déjà séparé (voir NOTE no 5). Selon lui, il s’agirait d’une « séparation silencieuse » ! Nous ne pouvons l’admettre et voici pourquoi. Dans son analyse, il limite la révolte des Québécois à une vulgaire question d’argent. Même si le gouvernement national du Canada  celui d’Ottawa  est dénué de pertinence pour les Québécois-Français, il n’en reste pas moins que ce gouvernement est en quelque sorte une espèce de banquier. Selon cette conception fédéraliste, Gwyn éprouve des difficultés d’interprétation du Québec. Mais en réalité, il ne fait que répéter les plaintes sempiternelles de nos souverainistes péquistes et bloquistes, puis il recommande aux Canadiens-Anglais : « Soyez imaginatifs plutôt qu’effrayés ou en colère. » (« So get imaginative, rather than scared, or angry. »)

La question consiste à savoir comment les Canadians pourraient être imaginatifs. Voici le raisonnement du journaliste du Toronto Star.

Le fait le plus singulier en importance concerne la donne que le Québec ne disparaîtra pas dans le milieu de l’Atlantique après un vote favorable à sa séparation du Canada. « Il va rester là où il est. Donc, restez calme. » (« It will stay where it is. So, stay cool. »)

Le second fait d’importance touchent les séparations possibles au sein des États. Retenons qu’elles ne représentent plus un bouleversement politique aussi radical que nous l’imaginons. D’ailleurs, un bon nombre de Québécois-Canadians ont quitté le Québec depuis 1980. « Toutes les entreprises qui avaient menacé de quitter un Québec souverain ont déjà déménagé ». Quant aux Anglo-Québécois qui craignaient la séparation, ils sont partis et les autres s’accommodent de la situation.

Le troisième point majeur concerne les liens symboliques et légaux entre le Canada et le Québec. Selon Gwyn, ces liens ne seraient pas plus différents que ceux qui existent entre le Canada et l’Angleterre. Il semblerait aussi que les Québécois « font à peu près tous leurs choix politiques eux-mêmes [?]. Et ces choix sont tout autant déterminés par cette force externe qu’est l’économie mondialisée comme le fait le reste du Canada ». (« In other words, they make almost all their own political choices, with the global economy as influential an outside force in framing these choices as the rest of Canada is. »)

Un dernier élément capital : « La solution à long terme proposée par les souverainistes n’est pas la séparation mais la souveraineté-association. Personne ne sait ce que cela veut dire, même les séparatistes. » (« The solution long proposed by the separatists is not separation but sovereignty-association. No one knows what that means, including the separatists. »)

Conclusion. Après l’association, il se peut que le résultat soit « assez peu différent de notre situation actuelle ». « Le Québec d’aujourd’hui est séparé du Canada. Demain, il pourrait l’être tout autant, mais au sein d’une nouvelle union de type Canada-Québec. » (« But it may not mean that much of a difference. Quebec today is separate within Canada. Tomorrow, it could be separate within some kind of Canada-Quebec condominium. »)

Dans un monde réel, n’est-ce pas qu’un « Canada-Quebec condominium » pourrait très bien faire l’affaire avec un chef sympathique comme Duceppe à la tête du Parti québécois au lieu d’un désagréable Bernard Landry ? » Imaginer un tel scénario, c’est jouer les endormeurs. Pourquoi pas ? Combien de Québécois-Français pensent comme Richard Gwyn ? La réponse serait certainement très surprenante pour les souverainistes.

Les endormeurs et les endormeuses maintiennent le lien fédéral sous une forme ou sous une autre. Comme Gérard Filion, en 1954 et comme Trudeau dans les années 1970, ces gens-là agissent comme si le Canada leur appartenait. Aujourd’hui, Jean Charest est le représentant le plus visible de cette tendance.

Dans une certaine mesure, les souverainistes pensent comme eux. C’est l’idée d’une nouvelle association. À quel prix, compte tenu de l’imbroglio qui serait créé ? Si cette association renouvelée ne marchait pas, cruel chantage, alors il y aurait une séparation. Ce discours est celui des endormeurs et des endormeuses. Cette situation ne peut plus durer indéfiniment.

Les souverainistes-associationnistes (ou unionistes-annexionnistes, ou plus ridicules encore, les souverainistes confédérationalistes (ouf ! quel néologisme !) devront trouver sur leur chemin des indépendantistes lucides, sincères et réfléchis qui ne voudront pas agir comme eux, c’est-à-dire avec étourderie. L’indépendance n’est pas négociable pas plus que le fédéralisme.

Les indépendantistes ne pourront franchir le Rubicond de l’indépendance que le jour où ils sauront exactement de quoi ils parlent et ce qu’ils défendent réellement. Alors le Québec sera prêt à agir collectivement par lui-même, avec tous les pouvoirs d’un État souverain et la liberté collective d’un pays indépendant. La symbiose individu-société sera enfin accomplie sans que les Québécois soient obligés de vivre plus longtemps la névrose fédéraliste qui leur colle à la peau depuis des générations.

Parce que, au point où nous en sommes, il s’agit bel et bien d’une névrose collective qui n’a sa thérapie que dans l’indépendance du Québec.

Bruno Deshaies

NOTES

(1) Voir Histoire de deux nationalismes au Canada, p. 43, n. 3. On lit à la note 3 ce qui suit : « Le manuscrit du cours télévisé nous a laissé des passages que Maurice Séguin a remaniés considérablement. Par exemple, en marge du texte, il y a des notes où Séguin indique que cet exode est un phénomène « secondaire, largement secondaire, accessoire ». L'explication est fournie dans son texte sur « Le Québec » de 1973 où il écrit : « N'importe quelle société victime d'un tel départ, surtout à l'échelon supérieur, subirait un dur coup. Mais là ne réside pas l'essentiel du drame du changement d'empire. Tous les dirigeants seraient demeurés dans la colonie, qu'il y aurait eu quand même changement d'organisation politique et économique. Conquête et cession signifient avant tout destruction des structures d’une autre colonisation. Ce n'est pas d'abord une question de décapitation sociale. Celle-ci n'est qu'un épiphénomène d'une transmutation coloniale. » (Dans Québec-Canada, Paris, Éditions du Burin, Coll. « L'Humanité en marche », 22 (1973).) « Ici, cependant, malgré cet exode, il reste dans la colonie un certain nombre de Canadiens marquants : un peu plus d'une centaine (seigneurs, officiers militaires, hommes de loi, etc.). Ces gens ne peuvent que faire pression pour continuer de vivre (sous le nouveau Régime) comme ils vivaient au temps du Régime français. (Restes d'une élite tronquée, d'un résidu de colonisation manquée.) L’intérêt personnel de ces gens [qui sont] restés les forcera à parler au nom du Canada-Français. (Une collectivité est toujours défendue par une minorité, une élite, une oligarchie, qui protège  à la fois  des intérêts individuels et des intérêts collectifs.) »

(2) Guy Frégault, La société canadienne sous le régime français, Ottawa, Les brochures de la Société historique du Canada, 1954, p. 15 (Brochure no 3).

(3) « L'expression de l'époque [voulant que les Canadiens soient] « agrégés sans retour à la nation anglaise » ne signifie pas qu'ils désirent s'assimiler complètement. Ils appellent la conquête : « Une révolution. » Mais devant la lenteur du peuplement anglais, les Canadiens ne peuvent prévoir... » ce qu’il leur adviendra. Dans Histoire de deux nationalismes au Canada, p. 44, n. 4.)

(4) « Le Québec est déjà séparé. » Dans Le Devoir, samedi et dimanche, 30 et 1er mai 2005, p. B4 (« Revue de presse »).

(5) « Unity : Don’t be scared, be creative. We can’t bring ourselves to admit it, but Quebec already has all but separated. » 29 avril 2005. Voir le résumé d’Antoine Robitaille (cf. NOTE no 3).