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INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 225
DIALOGUE AVEC LE PASSÉ ET LE PRÉSENT
Réflexions d'un promeneur solitaire
(Deuxième partie)
Bruno Deshaies jeudi 6 octobre 2005
« Si rien n'est plus fort dans le monde qu’une idée
lorsque l'heure est venue,
encore faut-il que l’heure soit venue
pour qu'elle puisse faire son chemin. »
Dans cette deuxième partie, notre promeneur solitaire aborde la question délicate du parti et du mouvement souverainistes. Il souhaite un mouvement profond qui entraînerait à sa suite une majorité vraiment « majoritaire » d’hommes et de femmes capables d’adhérer en leur âme et conscience à l’indépendance parce qu’elle aura grandi en eux solidement. Le véhicule du parti devra suivre au moment opportun et sans réserve. Il faut le temps de semer pour entrevoir le temps de récolter. L’ordre ne peut pas et ne doit pas être inversé.
En bref, notre promeneur solitaire plaide pour un mode de raisonnement selon l’optique indépendantiste. Pour ce faire, il faut se libérer des sirènes du fédéralisme.
Les sirènes du fédéralisme
Il est bel et bien question ici de ces monstres marins qui, dans la légendaire Odyssée d’Homère, attirent par leurs mélodies envoûtantes les navigateurs sur des récifs et dévorent les naufragés. Cependant, les Argonautes et Ulysse réussissent à passer sans succomber à leur charme, grâce à Orphée qui vainc les sirènes au son de sa lyre et détourne ses compagnons du danger. Il est donc approprié de parler des sirènes fédéralistes !
Cette mission accomplie, il faut travailler à semer et à faire pousser l’indépendance. Le plus gros du travail reste à faire. Il faut que cesse, à l’égard de l’indépendance, la passivité par la fuite en avant dans la recherche du pouvoir et par la maladie de la bonne gouvernance à tout prix.
Un bond qualitatif s’impose depuis longtemps. Il n’est plus question de laisser entre les mains d’hommes et de femmes politiques l’exclusivité de cet ordre du jour national. Ils seront de la fête le jour où ils auront compris que l’indépendance est une affaire d’éducation, de formation et finalement de prise de conscience irréversible afin que l’objectif ou la fin soit atteints sans équivoque. Il faudra un jour une majorité « majoritaire » et un peuple majeur pour prendre cette décision capitale.
Les conséquences d’un tel geste feront qu’il ne s’agira plus pour le Québec de survivre, mais de vivre. (1) Un autre monde s’ouvrira sur notre peuple. Les Québécois et les Québécoises pris individuellement jouiront de cet avantage collectif pour eux-mêmes et pour elles-mêmes.
Ce sont là, dessinés à grands traits, les propos de notre promeneur solitaire.
Toutefois, une remarque additionnelle s’impose.
Le besoin de rallier des énergies à travers la population québécoise nécessite des moyens de communication qui dépassent les conversations interpersonnelles et les rencontres fortuites. Il ne suffit pas de se déclarer indépendantiste individuellement et même publiquement comme Guy A. Lepage pour que le Québec le devienne le lendemain matin. On doit mettre en place de puissants moyens.
Il est nécessaire de mettre sur pied au moins un centre névralgique de la défense de l’indépendance avec des moyens financiers appropriés. Des porte-paroles capables de discuter autre chose que de référendum, de stratégie référendaire et uniquement de la panacée de LA question référendaire, doivent véhiculer les idées fondamentales de l’indépendance au sein de la société tout entière. Un effort indispensable de coordination parmi les forces pro-indépendantistes dispersées s’impose de toute urgence.
Notre promeneur solitaire l’a très bien compris. Il propose que ceux qui sont convaincus de l’indépendance du Québec en convainquent d’autres un par un. L’intention est noble, mais il faudrait aussi que soit formé rapidement et parallèlement un noyau de chercheurs qui mettraient leurs connaissances à l’effort d’affirmation et de défense de l’optique indépendantiste pour combattre au moins la diffusion permanente intensive et extensive de l’idéologie fédéraliste. Enfin, cet effort collectif pourrait probablement sortir le Québec de sa déprime de deux échecs éprouvants.
Le vrai combat doit se faire dans la tête des Québécois et des Québécoises. Le ménage dans nos idées doit s’accélérer. Ce n’est certainement pas la souveraineté assortie d’une annexion quelconque qui sortira le Québec de sa déprime. Il est grand temps de cesser de tourner autour du pot. Ou c’est l’indépendance ou c’est le fédéralisme.
Notre promeneur solitaire veut l’indépendance. Il appelle intelligemment le ralliement autour d’un éclaireur national, l’historien Maurice Séguin. Comme il l’a écrit dans sa chronique précédente : «... Il n'y avait rien à faire pour cet homme qui vous tenait la main à travers les Normes (édition Guérin, 1999) et L’idée d'indépendance au Québec, genèse et historique (édition Boréal Express, 1968), et qui s'était échappé avec ses histoires noires tandis qu'il vous disait, en substance, « bon travail, prenez soin des jeunes de 15 à 24 ans, à 90 ans » dans votre travail de sensibilisation, information, explication du pourquoi, même quand cela n'est pas possible, l'indépendance du Québec est et demeure nécessaire. » Il soutenait aussi des propos comparables à ceux-ci :
« Il faut d'abord refuser la fatalité, la fatalité de recommencer de la même manière faute d'avoir su tirer les leçons de nos actions, refuser la fatalité pour combattre la maladie.
Et rêver mieux. D’où l'intérêt, vu d'ici, avec les Normes, avec la Genèse de l'idée d'indépendance, avec l’Histoire de deux nationalismes au Canada (édition Guérin, 1997), (au Québec et au Canada-Anglais), de déterminer ce qui appartient au « naturel » et à « l'anormal », et ce qui appartient à l'humain dans cette catastrophe de 1980 et de 1995. »
Malgré son apparent pessimisme, notre promeneur solitaire désire, souhaite et appelle à une plus grande lucidité. C’est ce que pourrait enfin nous offrir un centre névralgique de la défense de l’indépendance du Québec à la fois pour la cause indépendantiste et contre les offensives fédéralistes massives en vue de maintenir l’état permanent de subordination et de provincialisation du Québec. Il n’est plus question de laisser entre les mains d’hommes ou de femmes politiques le soin de jongler, sondage après sondage, avec l’avenir du Québec et surtout de penser d’abord et avant tout à leur propre avenir politique personnel. Leur cause a été entendue et jugée.
Un lien étroit doit unir tous les Québécois et toutes les Québécoises. Ce lien peut s’établir par la force de l’union de tous les Québécois du Québec et par le désir très fort de faire l’unité québécoise. Cette union des esprits suppose un réseau de communication efficace et une volonté de concertation adaptée à la fin visée. Bref, il faut apprendre maintenant à agir collectivement et non seulement individuellement. Il n’est plus question de se mettre à la recherche d’un sauveur mythique. Il viendra à son heure et au bon moment.
Bruno Deshaies
P.-S. Les lecteurs et lectrices de cette chronique peuvent acheminer leurs réactions à l’adresse Internet Vigile.net.
– II –
L’incapacité des partis politiques souverainistes
L'autre facteur humain se trouve dans le choix de se transformer, trop tôt, de mouvement politique en parti politique, du Rassemblement pour l'indépendance nationale (R.I.N.) en 1963 (c'est le 3 mars 1963 que le RIN devient un parti politique), au mouvement souveraineté-association en 1968 (c'est le 21 avril 1968 que le MSA devient un parti politique, le Parti Québécois).
Le Parti Québécois en est un exemple parfait.
En cherchant à devenir un parti politique, – c’est facile à dire après coup : il fallait sans doute faire cette erreur, de bonne foi, et récolter les fruits de cette erreur, nos deux échecs référendaires, pour pouvoir analyser, juger et agir en conséquence – nous sommes tombés(es) graduellement mais inéluctablement, dans le piège de la passivité, de l'action à court terme, passivité sur l’indépendance parce que menottés(es) par la nécessité du travail, ordonné et sophistiqué, pour s'emparer du pouvoir, conserver le pouvoir, reprendre le pouvoir.
Je ne dis rien d’extraordinairement nouveau. Un des fondateurs du R.I.N., un penseur, André d’Allemagne, (il était rédacteur publicitaire) a défendu, en vain, cette thèse au R.I.N. contre Bourgault. René Lévesque, qui voulait à la fois d’un bon gouvernement – dans le sillage de la Révolution tranquille de 1960-1965-1970 – et de la souveraineté-association, un grand démocrate, un grand homme auquel nous nous sommes tous et toutes identifiés(es), nous a entraînés avec lui, élites et peuple, dans ce double objectif.
Dans le Québec provincial, étant imprégné de l’intérieur et entouré à l’extérieur, de forces d’opposition à l’indépendance très grandes, un parti politique souverainiste, qui est obligé par le force des choses de consacrer une part importante des ses efforts à l’objectif d’un bon gouvernement – s'emparer du pouvoir, le conserver, le reprendre et, au travail nécessairement à court terme que cela implique –, ne peut pas se consacrer efficacement, en même temps au travail en profondeur et à plus long terme, nécessaire à la transformation d’une mentalité (le culturel, le savoir...) fédéraliste, (incluant la réforme), en mentalité indépendantiste.
Ce double objectif, en effet, ne peut se vivre qu’en contradiction, et le premier ne peut-être travaillé qu’au détriment du deuxième.
Le travail que nécessite la réussite de l’indépendance, à court, à moyen, à long terme se retrouve alors bâclé. De plus, le gouvernement provincial, en attendant mieux, devient un prix de consolation qui occupe les dirigeants(es) et les militants(es).
Ce qui, finalement, se révèle, dans les faits, indépendamment de la bonne foi de chacun(e), une manière inconsciente de participer nous-mêmes aux difficultés ou aux obstacles à l'indépendance.
Cette problématique a pour conséquence que le véhicule, que le travail pour transformer une majorité de Québécois(es) qui ont découvert, compris et désiré un état de nation « normale », à savoir ne plus être une minorité, être une majorité, qui recherche, affirme et défend la maîtrise suffisante de sa vie économique, politique (autonomie interne et autonomie externe) et culturelle, à l'intérieur et à l'extérieur, sans aucune autre autorité interposée, sans aucun autre pouvoir interposé, sans collectivité interposée, est très mal choisi et pas naturel du tout pour semer et faire pousser l'indépendance, pour une majorité « majoritaire , pour après, récolter un pays qui aura déjà grandi dans nos âmes et dans nos consciences.
Or, le véhicule choisi par des hommes et des femmes très intelligents(es) soit dit en passant, qui se sont installés(es) dans le Parti à la fin des années 1965, 1988-1990, puis 1996-2005, au nom de la souveraineté a conduit à deux échecs éprouvants.
En somme, le travail pour semer et faire pousser est un travail, par nature, à long terme.
« Une fois […] qu’une majorité désire et veut récolter un pays
qui a déjà grandi dans leur âme et dans leur conscience,
on regarde alors qu’elle est la manière de faire la récolte… »
Il nécessite un mouvement politique, des mouvements politiques. Ce n’est qu’une fois que ce travail, sérieux, est suffisamment avancé, complété, que l’on envisage de récolter ce qu’on a semé.
Pas avant et pas dans l’ordre inverse : si rien n’est plus fort dans le monde qu’une idée lorsque l’heure est venue, encore faut-il que l’heure soit venue pour qu’elle puisse faire son chemin.
Le travail de la récolte, lui, est, par nature, un travail à court terme.
Une fois que le travail de semer et de faire pousser l’indépendance est accompli, pour une majorité « majoritaire », qu’une majorité désire et veut récolter un pays qui a déjà grandi dans leur âme et dans leur conscience, on regarde alors quelle est la manière de faire la récolte, comme dans toutes les récoltes, pour en échapper le moins possible.
C’est alors qu’on regarde sérieusement le comment et le quand. On regarde le terrain, le comment et le où cela a poussé, etc., et on regarde comment y effectuer efficacement la récolte. Et le quand, le « timing ». Mais pas avant et surtout pas dans l'ordre inverse.
Étant un travail de court terme, le moment du travail de la récolte et le travail de la récolte lui-même nécessitent un parti politique, qui par nature fonctionne à court terme. Travailler alors à conquérir le pouvoir prend alors tout son sens. Et l'exercice du pouvoir doit prendre aussi toute sa force afin de parachever le chemin qui mène à l’indépendance.
Parce que le travail de semer et de faire pousser est accompli, une majorité désire et veut l'indépendance ». Elle ne désire pas la réforme.
Alors là, l’indépendance devient possible. Pas certaine, mais suffisamment possible pour qu’on fasse le nécessaire pour la réaliser. On analyse et on choisit le véhicule, la ou les technique(s) pour réussir l'indépendance. Et on se met au travail pour la récolte, avec le(s) parti(s) politique(s). Bref, c’est la logique de la vie que l’on retrouve d’ailleurs, il y a de cela bien longtemps, dans l'Ecclésiaste : « Il y a un temps pour tout. Un temps pour semer, et un temps pour récolter... »
L'appui à l’indépendance, avec deux, trois périodes intensives, 15-16 ans, de 1958-1959 à 1974, six mois, de décembre 1979 au 20 mai 1980, un an, de 1994 au 31 octobre 1995 et grâce à l’observation et la réflexion personnelles qui s’en sont suivies, est rendu à peu près à 40-45 %, et le reste du travail à faire devra l’être alors que nous sommes et serons inondés(es) de propagande fédéraliste intensive qui vise et visera surtout :
l'identité, à peu près 63 % des Québécois(es) se disent à la fois Québécois(es) et
Canadiens(nes), etc.,
la peur de mettre en péril (de perdre) le niveau de vie, combinée à la mentalité d'être bien
entretenus(es) par le Canada (le fédéralisme, Ottawa, le Central, le Canada-Anglais),
éventuellement par la peur de troubles très graves,
éventuellement par des rêves de réforme,
éventuellement par des promesses de réforme,
et même des concessions qui confirment concrètement que la provincialisation offre quand
même des avantages ou assez d’avantages, qu’on peut se consoler avec un tiens tu l’as
plutôt que deux tu l’auras, et mieux, en échappant au chaos, etc.
Avec les partis, comme présentement, et la méthode actuelle, à cause des OUI tardifs, peu solides parce que insuffisamment travaillés(es), toute notre histoire, toute l’histoire du Québec est et aura été une lutte pour la survivance ; la réforme, la réforme du fédéralisme, triomphera, parce que dans la tempête qui suivra, ces OUI fléchiront et demanderont la réforme.
Qu’est-ce que la différence entre survivre et vivre ?
L'Indépendance c'est la différence entre survivre et vivre. Même si survivre n'est pas vivre, nous nous consolerons, un peu moins pas libres, dans notre milieu provincial, avec 1) une vie économique provinciale, 2) une vie politique (le pouvoir) provinciale, et 3) une vie culturelle (le savoir...) provinciale. Ce qui nous manquera alors, c'est la vie elle-même, laquelle est agir par soi.
En même temps, on aura suffisamment asséché les mouvements souverainistes, indépendantistes, autour de nous, et on aura coupé l’attrait qu’ils auraient pu représenter et leur capacité de communication de l’indépendance auprès de la majorité des Québécois(es). Entre-temps, ils n’auront pas eu la chance de guérir de cette blessure : ils sortiront et pleureront amèrement, mais ils devront se résigner au supplice de la survivance. Ils seront absorbés par l’ordre de facto de la dépendance et du remplacement, bref de l’annexion.
Les mouvements politiques indépendantistes, en dehors des partis, indépendants des partis, qui se consacrent au travail nécessaire à l’indépendance – si ce qu’on veut c’est l’indépendance – sont donc vitaux. Or, ils ont été longtemps, et sont encore souvent, à la remorque du Parti.
Or, ils ne sont pas bien « riches », l’argent étant allé et continuant d’aller principalement au Parti Québécois et au Bloc Québécois. C’est un facteur négatif, indépendamment de la bonne volonté de chacun, qui ajoute aux difficultés ou aux obstacles à l'indépendance
Il m’apparaît que nous sommes toujours au lendemain de 1760 et de 1840. Une défaite qui, en dépit des apparences, n'a rien perdu de son intensité, dans nos psychés individuelles et dans notre psyché collective.
Peut-être sommes-nous aussi dans une sorte de névrose à répétition.
De toute évidence, nous vivons d’étranges illusions.
Alors que ce que nous voulions, et voulons, c'est tout simplement être membres d'une société que nous puissions accepter, c'est-à-dire d'une société qui offre à l’homme des instruments nouveaux d'épanouissement dont le premier est la liberté collective.
Il me semble, aussi, que nous n'avons pas fait le deuil du premier Canada, (le PREMIER Canada, de 1534, 1608-1760. En somme, celui de la Nouvelle-France.) En 1760-1763, c'est la naissance du DEUXIÈME Canada, le Canada-Anglais), de Gaspé aux Grands Lacs, au Manitoba, à la Saskatchewan, jusqu'aux basses Rocheuses, le Canada de l’Ouest... Ce qui expliquerait, en partie, qu’inconsciemment, nous ne vivons pas de « frontière » entre le Québec et le Canada de l’Ouest, le Canada-Anglais, qu'inconsciemment nous demeurons majoritairement, à 60-63 % attachés au Canada.
Devant l’impossible deuil, faute de travail sérieux de deuil, faute de pensée, de travail organisé pour réussir ce deuil, devant l’impossible indépendance, faute de travail sérieux et rigoureux, nécessaire dans une optique de long terme, après s'être remise à rêver d’indépendance, en 1958-1959 et après deux référendum éprouvants, notre société s'est retrouvée déprimée.
Comment vous sentiriez-vous si vous découvriez que ce que vous vivez n'est pas normal, si on vous avait fait rêver de normalité, et que vous sentiez que vous n'arriviez pas à être capable de la transformation qui vous permettrait d'arriver à la normalité parce que des forces à l’intérieur et à l'extérieur de vous, sont trop puissantes, au point de vous empêcher d’y arriver ? Si vos anciennes habitudes d’agir et de penser finissaient toujours par prendre le dessus ? etc. Vous vous sentiriez triste, déprimé, n’est-ce pas ?
Le Québec, selon moi, malgré les apparences, est en dépression. Il est entré dans un processus d'autodestruction. Cela, bien qu'il me soit impossible de le prouver, cela depuis qu’on lui a dit que la « normalité », le bon rêve, c'est l'indépendance et qu'il a senti que c'est « impossible l’indépendance ».
Mes indices, les symptômes. Depuis les années 1970-1980. Le refus de se reproduire (la natalité a connu une remontée quand Parizeau est arrivé aux affaires, et elle a rechuté après) ; le suicide endémique : le suicide est toujours un drame individuel, mais quand il devient endémique, il devient aussi un phénomène collectif ; chaque fois qu'un enfant, un « jeune », un « Québécois meurt, c'est un enfant, du Québec, qui meurt ; le décrochage scolaire, endémique ; phénomène lui aussi, individuel et collectif ; il y a là, consciemment ou inconsciemment, un refus de la culture du groupe. Ces trois indices, ces trois symptômes, sont des symptômes de dépression, d'un processus d'autodestruction.
Qu'est-ce qui relie ces trois phénomènes ? La vie.
Ne croyez-vous pas, qu’il y a un temps pour chaque chose, qu’il est nécessaire et urgent, encore aujourd’hui, de s'attaquer aux racines de notre mal, sans quoi le parti et les mouvements qui s’y arriment, ou s’y arrimeront, nous feront vivre un autre, un troisième désastre majeur.
Et peut-être, cette fois-là, au mieux, une réforme du fédéralisme, remède partiel à un mal incurable, la subordination, l'annexion. Au pire, je n'ose m’y attarder. Il sera bien suffisant, pour moi, et pour bien d'autres, d'avoir à subir, à souffrir, ce « mieux » ou ce pire : l'impossible indépendance, l'inévitable médiocrité de la provincialisation.
Cette semaine, il m’apparaît bien illusoire que des experts, qui désirent et veulent l’indépendance, aient la capacité de nous informer des risques que nous courons, ou d’influencer le cours des choses.
On ne refera pas l'histoire du développement du PREMIER Canada, 1534-1608-1760, du DEUXIÈME Canada, le Canada-Anglais, celui qui est né en 1760-1763, du Canada-Anglais et du Québec annexé, minorisé, subordonné, provincialisé, et de son effet profond sur les habitudes d'agir et de penser. Il importe de comprendre qu'on ne change pas facilement et magiquement, en criant lapin, sans travail et sans effort, une pensée, des attitudes et des comportements qui habitent les personnes et qui se sont ancrés dans notre conscience collective. Par exemple, depuis un peu plus d'une génération (1974 à nos jours, 31 ans pour le référendum et l'idée de la suffisance d'un travail à court terme) et depuis huit générations (1840 à nos jours, 165 ans) pour l'idéologie fédéraliste. Or, cette idéologie dominante nous a amenés à considérer comme une chose « normale » l'annexion et à ne pas voir les conséquences négatives du fait d'être remplacée dans son agir collectif.
Il est toujours relativement facile d’expliquer les catastrophes après coup. C'est vrai. Et, malgré tout, le Parti Québécois, l’État québécois, tous ses chefs et tous ses états-majors, ont tenté de prendre plusieurs mesures au fil des ans.
Mais ne peut-on pas dire que depuis 1760 – et 1840 – rien, fondamentalement, au politique, n'a changé. Voilà pourquoi vous avez raison de me rappeler que mon histoire, celle que je vous ai racontée, est noire, trop noire à votre goût. Car elle ne partage pas la vision des fédéralistes optimistes, non plus que celle des indépendantistes optimistes : celle de la souveraineté tranquille.
Nous avons vécu, en 1995 et en 1980, deux défaites majeures. Défaites qui, pour le moment, n’ont rien construit. Elles nous ont défaits (pour toujours ?) si nous n'arrivons pas à constater que nous avons commis une erreur d'orientation, individuellement, collectivement et majoritairement. Nous avons vécu une défaite qui a atteint, et continue d'atteindre, organiquement, notre société.
Mais pour la suite des choses, peut-on, au moins, espérer que l’on prenne au sérieux ceux et celles qui nous disent et nous diront qu’ici comme ailleurs, les changements fondamentaux qu’implique l’émancipation d'une nation sont aussi une menace de mort lente ou rapide pour la collectivité et que la recherche et la sauvegarde de la vie, de l'agir par soi, au politique (autonomie interne et externe) est un enjeu qui ne concerne pas que quelques apprentis(es) sorcier(ères) ?
Conduire un peuple à la « guerre » sans l'avoir instruit, c'est le mener à sa perte. La seule façon de le changer, c'est ce qu'on dit individuellement, ce qu'on fait. Ne mettons pas cela sur le dos des autres, c’est nous, (c’est vous), qui avons, (qui avez), à changer cette situation déplorable
Voilà, en résumé, le fond de ma pensée sur cette « lutte ».nécessaire pour la réalisation le l’indépendance du Québec.
Le promeneur solitaire (48 ans)
NOTE
(1) François Robichaud, « Vivre, c’est agir. » Dans Le Rond-Point des sciences humaines.
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