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INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 228
LE «QUÉBEC LUCIDE» FAIT JASER
Une occasion manquée pour aborder de front la question de l’indépendance du Québec
Bruno Deshaies jeudi 27 octobre 2005
« L'habitude de ramper nous est à ce point entrée dans le sang
que plus nous sommes rustres, idiots, insignifiants,
et plus nous nous admirons mutuellement. »
(Dans le Journal de Miguel Torga
cité par Gilles Archambault)
Le lancement du manifeste Pour un Québec lucide fait jaser au Québec depuis une semaine. L’émission de « Samedi et rien d’autre et pourquoi pas dimanche » à la radio de Radio-Canada a consacré deux billets au sujet.
Le samedi, 22 octobre 2005, l’humoriste François Parentaux y est allé d’un billet humoristique sous le titre :
« Pour un Québec docile »
Le regard d'un humoriste
François Parenteau
François Parenteau a été humoriste et imitateur. Il a travaillé comme concepteur publicitaire, il a écrit dans CROC et il a participé à La Course Destination Monde en 1994 -1995. Il est maintenant auteur pour la scène et la télévision (Radio-Enfer), parolier (Dan Bigras), scénariste et réalisateur. Il enseigne à l'École nationale de l'humour et fait partie du collectif des Zapartistes. Depuis 1997, il livre à la radio de Radio-Canada des billets d'humeur où il analyse l'actualité sociale et politique avec esprit, humour et fantaisie. De ces chroniques ont été tirés deux ouvrages : Réveils mutins (aux éditions Les Intouchables) et Réveils mutins II (Lanctôt Éditeur).
[Extrait du billet]
Le lancement du manifeste Pour un Québec lucide qui aurait dû s'appeler Pour un Québec docile, cette semaine, m'a pompé comme il y avait longtemps que je n'avais été pompé. Il y a tellement de choses qui me choquent et m'insultent dans ce torchon paternaliste que je vais devoir faire d'énormes efforts pour être drôle... (La suite en audio à l’adresse suivante : http://www.radio-canada.ca/radio/samedidimanche/billets.asp
Comme l’humoriste a traité le document de Lucien Bouchard de « torchon paternaliste », voici ce que nous aimerions ajouter pour faire comprendre ce qu’un petit démagogue de province peut faire pour alerter l’opinion publique et culpabiliser même le plus pauvre d’entre nous tous. Dans ce document idéologique qui empeste le plus mauvais libéralisme (car ce n’est même pas du conservatisme), on peut lire ceci :
« …IL FAUT ÊTRE RÉALISTE »
Les huissiers s’en viennent…
« Les Québécois travaillent moins que les autres Nord-Américains ; ils prennent leur retraite plus tôt; ils se paient des programmes sociaux plus généreux ; dans leur vie privée comme collective, ils s’endettent jusqu’à la limite de leur carte de crédit. Tout cela n’est qu’humain ; nous recherchons tous la vie la plus agréable possible. Mais il faut aussi être réaliste. D’ICI QUELQUES ANNÉES TOUT AU PLUS, NOS RÊVES – EN FAIT, PAS LES NÔTRES, MAIS CEUX DE NOS ENFANTS - SERONT BRUTALEMENT INTERROMPUS PAR DES COUPS SUR LA PORTE : LES HUISSIERS ! »
C’est ce que donne une société entretenue qui n’a d’intérêt que pour son niveau de vie économique et qui se laisse berner par des économistes et autres charlatans qui nous prédisent notre avenir. Pourraient-ils s’imaginer ce que cela donnerait de s’occuper nous-mêmes de nos affaires chez-nous ? Que pourrait offrir à l’humanité un peuple qui a son histoire, ses habitudes de vie, sa vision du monde et qui désire être pleinement maître chez lui ? Donc, une collectivité nationale qui saurait qu’elle a des enfants, des adolescents, des jeunes hommes et des jeunes femmes, des professionnels, des gérants, des hommes d’affaires, des institutions publiques, privées et autres, une économie à lui, une culture qu’elle entretient et protège solidement et un milieu politique qui peut avoir tous les moyens d’un État souverain pour agir librement aux plans local, régional, national et international en s’affirmant comme pays indépendant. QU’EST-CE QU’ON ATTEND POUR ABORDER DE FRONT L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC ? En lieu et place, nos démagogues à la petite semaine nous promettent l’arrivée des huissiers à notre porte. L’enfer est pavé de bonnes intentions !
« DES HYSTÉRIQUES QUI NE SOUHAITENT SURTOUT PAS
QUE LA LUCIDITÉ PORTE SUR L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC. »
Les auteurs de ce brûlot ont tous une grandeur d’âme sans borne. Ils nous appellent à la lucidité, la responsabilité et la liberté. Rien de moins ! Qui sont-ils eux-mêmes ? Des hystériques qui ne souhaitent surtout pas que la lucidité porte sur l’indépendance du Québec. Ils espèrent résoudre un gros problème de société pour une petite communauté nationale provincialisée, subordonnée, annexée et jouissant seulement d’un demi-État tout au plus. Et quasi impuissant par-dessus le marché ! Ils sont très heureux de leur découverte. Ils nous lancent tout à coup le pavé, sans avertissement, comme si l’économie du Québec avait déjà cessé de tourner.
Tout ce que cette grappe d’individus à la remorque de Lucien Bouchard a à nous dire c’est « de remettre en cause le statu quo » jusqu’à nous faire avaler les vertus du partenariat public-privé si cher aux néoconservateurs ultracapitalistes. Que nous sachions, tous ces braves signataires du Manifeste vivent dans le statu quo : ils en profitent assez bien. Pourtant, ils savent que nous pourrions faire autre chose, mais ils évacuent la question nationale. C’est tabou l’indépendance.
La grand-messe d’« un esprit nouveau »
Pour défendre leur point de vue d’un « changement d’attitudes », ils organisent la grand-messe de la diversion en se réclamant d’« un esprit nouveau ». Parbleu ! Pourquoi cet esprit nouveau ne servirait-il pas à mettre ensemble, de façon cohérente et avec détermination, les moyens de conquérir l’indépendance du Québec ? Au lieu d’un site Internet « pourunquebeclucide.com », on aurait dû avoir « pourlindependanceduquebec.com » accompagné d’un manifeste pour l’indépendance clair et sans équivoque. Foin des programmes de gouvernement et des stratégies référendaires et de toutes ces fadaises politiciennes qui n’en finissent plus ni au PQ ni au BQ. Foin d’une pétition moralisatrice sur l’état du Québec et des solutions aussi incongrues les unes que les autres. Du travail à la pièce comme l’a toujours fait Lucien Bouchard le prophète de malheur. On aurait dû plutôt bénéficier d’une doctrine de l’indépendance compréhensible, accessible et séduisante. Non, ces messieurs dames ont préféré jouer les Cassandre (cf. NOTE no 2).
De toute façon, la vision d’une économie progressiste serait bien préférable à ce discours alarmiste. Au XIXe siècle, les Canadiens-Français ont dû vivre des moments intenses et très difficiles en ce qui concerne leur développement économique. Ils sont finalement sortis de l’agriculturisme pour cheminer vers l’industrialisation et l’urbanisation. Aujourd’hui comme hier, un développement économique intégral serait préférable à du rapiéçage continuel (voir RÉF., SÉGUIN).
Le Québec d’aujourd’hui est un produit historique de cette transformation d’il y a un siècle. Avant d’appeler les « huissiers », il serait préférable d’évaluer tous les moyens à notre disposition plutôt que proférer des menaces et de jeter un sort à toute une société qui a le désir d’ÊTRE plus que d’être à la remorque d’Ottawa, des multinationales ou des bailleurs de fonds internationaux. Être capable d’agir par soi collectivement nous permettrait certainement de sortir de l’ornière dans laquelle veulent nous faire vivre ad vitam aeternam les auteurs d’un Québec lucide. Laissons à Gilles Archambault le soin d’argumenter sur ce point.
Le billet de Gilles Archambault
Le texte suivant de Gilles Archambault, et daté du dimanche 23 octobre 2005 (cf. transcription libre du texte ci-dessous). Journaliste, animateur, essayiste, éditeur et romancier, il a commenté à sa façon le Québec lucide de Lucien Bouchard. Ce n’est pas la première fois que ce journaliste fait valoir son point de vue nationaliste. Il faut lire « La faute à qui ? » publiée dans le journal L’Action indépendantiste du Québec en juillet-août 2000 pour comprendre que des indépendantistes comme Gilles Archambault, il y en a un bon nombre qui pensent comme lui et qui se disent : « Mais cette idée à laquelle nous croyons, celle de l'avènement d'un Québec indépendant, ne se réalisera que si nous trouvons nous-mêmes la force de caractère nécessaire. » Il faut rejeter notre statut provincial. Or, avec le dernier brûlot de Lucien Bouchard, il constate qu’il a devant lui un provincial qui raisonne avec la collaboration « de dangereux gauchistes [il le dit avec ironie, cela va sans dire !] qui l’accompagnaient dans sa campagne pour une révolution non-tranquille ». Un pareil document ne peut que vous secouer les puces !
« …Lucien Bouchard, l’ex-tellement de fois et pour tellement de choses
qu’on ne sait plus à qui on a affaire ».
(Gilles Archambault)
« Le déficit zéro n'est qu'un moyen (discutable) d'arriver à ce qui constitue l'essentiel. » Et tout autant : « Le mythe du « bon gouvernement » ne sera pas suffisant aux yeux de l’Histoire. » (Voir NOTE no 1.) Les puissants sont habiles à jeter de la poudre aux yeux. La forme du MESSAGE a plus d’importance que son contenu. C’est un clip, mais sans effets spéciaux ! Il suffit de prouver qu’on veut faire quelque chose. Peu importe les conséquences, car l’autel de l’économie de marché et du rétrécissement de l’État mérite plus que toutes les autres idéologies. Sur ce point, tous les idéologues se valent qu’ils soient de droite ou de gauche. Quant à résoudre des problèmes de fond, ce n’est pas dans leurs cordes, il faudra repasser. Par conséquent, Gilles Archambault a bien raison de se préoccuper de comprendre « comment on pourrait à la fois se serrer la ceinture et faire des enfants ». Il répond : « Lucien Bouchard s’y connaît. » Avec ironie, il admet : « Un autre beau risque assurément. »
Gilles Archambault
Gilles Archambault a été réalisateur à Radio-Canada, de 1963 à 1992. Il a également animé des émissions sur le jazz et la littérature tout en poursuivant parallèlement une carrière de journaliste et d'écrivain.
Il a collaboré à différentes émissions de télévision et à deux longs métrages (dont une adaptation de l'un de ses romans). Il a créé les Éditions du Sentier avec Jacques Brault et François Ricard. Il a été chroniqueur à l'émission CBF Bonjour, de 1988 à 1997, et il se retrouve une fois de plus aux côtés de Joël Le Bigot, en tant que billettiste pour l'émission. Pourquoi pas dimanche.
[Transcription libre du billet]
« Lorsque Lucien Bouchard […] a parlé d’un Québec lucide cette semaine,
j’ai été secoué. » (Gilles Archambault)
Êtes-vous lucide, vous ? Moi, rarement. Sauf si je prends deux verres de vin. Mon Robert me dit qu'être lucide, « c'est être caractérisé par une raison saine et claire ». C'est souvent si embrouillé chez moi et je ne sais pas tellement ce que signifie être sain. Toutefois, il me semble que ceux dont on nous dit qu’ils mènent une vie saine n’en reviennent pas. Ils nous les cassent.
Donc, lorsque Lucien Bouchard, l’ex-tellement de fois et pour tellement de choses qu’on sait plus à qui on a affaire a parlé d’un Québec lucide cette semaine, j’ai été secoué. J’en ai même momentanément oublié l’aréopage de « dangereux gauchistes » qui l’accompagnaient dans sa campagne pour une révolution non-tranquille.
Je vous le dis, je me suis vu, je l’ai vu, lui, le Père, en pleine crise du verglas comme finira bien par l’écrire un éditorialiste du journal La Presse : « Il a montré beaucoup de courage en pourfendant, en pleine période de négociations, les syndicats qui ne pensent jamais aux générations futures et commandent des pancartes à tire-larigot. »
Quand je suis sorti de chez moi le lendemain, j’avais l’impression d’entrer dans une nouvelle ère. Je me sentais coupable. De toute évidence, j’étais un profiteur, un égoïste. Mais, pas seulement moi, nous étions tous des profiteurs. Par notre exemple, par notre laisser-aller, nous avions fait dévier de faibles hommes d’affaires, des fonctionnaires influençables, des politiciens crédules, nous les avions conduits ces pauvres diables à se compromettre dans des tractations aussi douteuses que lucratives dont le rapport Gomery demain nous dirait tout.
Je revoyais Lucien Bouchard au « Point », la veille, y faire l’apologie des politiciens, il m’avait presque fait pleurer. Il avait touché l’une de mes cordes sensibles, la plus grande, celle de gauche au fond du corridor en évoquant les sacrifices sans nombre que ces fantassins qui abandonnent en pleurant femmes et enfants, maîtresses et terrains de golf, pour aller s’enterrer à la Chambre des communes, à l’Assemblée législative et au Sénat afin de nous défendre, nous, les ingrats.
Je sortais de chez moi, ai-je dis, c’était pour me diriger vers le métro. J’ai dû croiser une bonne dizaine de mendiants. Il va falloir vous serrer la ceinture, ai-je été tenté de leur crier. Après tout, Lucien Bouchard veut un effort collectif, mais je n’ai rien dit. Après tout, ces gens ne paient probablement pas de factures d’électricité et ce sont des incapables peu soucieux de se préoccuper de démographie et qui ne vont jamais au Casino.
Trop préoccupé, je me demandais comment on pouvait à la fois serrer la ceinture et faire des enfants. J’ai failli être renversé par une automobile. Voilà où m’a mené ma tentative de lucidité.
Un autre beau risque assurément. Lucien Bouchard s’y connaît !
(Fin du billet.)
Morale : pour ne pas pleurer, il est parfois préférable de rire ou de faire de l’ironie. Mais surtout,
de TRAVAILLER à l’indépendance du Québec
Pendant combien de jours, de semaines, de mois et d’années les forces indépendantistes vont-elles travailler dans la dispersion et l’incohérence ? Gilles Archambault a payé le gros prix pour afficher ses couleurs indépendantistes. Doit-il lui aussi travailler dans l’ombre ? Son exclusion du quotidien Le Devoir ne peut pas être occultée impunément. Il faut lire sa dernière chronique du 13 décembre 1999 et intitulé : « Je prends congé. » Le chroniqueur écrit sous le règne de Lise Bissonnette. Il est bon de lire, par exemple, un passage comme celui-ci : « On traite d'enjeux importants avec la légèreté que l'on mettrait à commenter une quelconque joute sportive. L’éventuel troisième référendum à cette aune est aussi important qu'une défaite des Canadiens au Centre Molson. » Il note ce qui suit au sujet de son nationalisme. « M'a plutôt peiné l'attitude de certaines connaissances que sidéraient mon « nationalisme ». À leur attitude, on aurait juré que j'avais commis une série de textes prônant la pédophilie ou la xénophobie. » Mais il considère aussi qu’un individu « vit en société ». « Je pense, écrit-il, qu'un écrivain se doit à ses livres en premier lieu, mais j'accepte mal qu'il oublie qu'il vit en société. »
Combien sont-ils ces Québécois qui, comme Gilles Archambault, affirment et défendent lucidement un Québec indépendant ? Que faudrait-il faire pour les réunir ? Comment les unifier en un seul MOUVEMENT plus grand qu’un parti politique ? Comment travailler à la formation de formateurs de l’indépendance et à l’éducation de la population ? Comment parvenir à créer ce sentiment national qui ferait vivre les Québécois et les Québécoises autrement que comme sujet économique et comme objet de manipulations par un AUTRE gouvernement national que le sien propre ?
Comment ?
La réponse est finalement simple : il faut CHOISIR. Il faut cesser de toujours se positionner à la croisée des chemins. Il faut comprendre profondément que vivre, c’est agir par soi-même collectivement. Dans ce cas, il devient impossible d’éviter d’aborder de front la question de l’indépendance du Québec. Tous les esprits timorés devront se délester des dernières franges du fédéralisme et prendre définitivement conscience qu’ils défendent l’indépendance du Québec. S’il y a effort de courage à faire, c’est de se dire Québécois. N’est-ce pas un HONNEUR ?
Nous ne devons pas laisser des Gilles Archambault sur le carreau (et suite à l’ANNEXE au sujet de Raymond Lévesque).
Bruno Deshaies
RÉFÉRENCE
Maurice SÉGUIN, « Le développement économique intégral ». Extrait de « La nation "canadienne" et l'agriculture, 1760-1850 ».
NOTES
(1) Gilles Archambault, « Une responsabilité historique. » Dans Le Devoir, 18 janvier 1999. Il est évident que M. Bouchard porte sur ses épaules une immense responsabilité. Il a le devoir, pour peu qu'il y croit, d'aborder franchement et directement le sujet de l'indépendance.
(2) C'est-à-dire des personnes qui prédisent une issue défavorable aux événements, au risque de déplaire ou de ne pas être crue. Cette belle expression française nous vient d’une héroïne de l’Iliade fille de Priam et d’Hécube. Elle reçut d’Apollon le don de prédire l’avenir, mais elle se refusa à lui. Le dieu décréta alors que personne ne croirait à ses prédictions.
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ANNEXE
L’Académie de l’indépendance
Le prix de Raymond Lévesque
Documents
Après avoir accepté l’offre du Prix de la Gouverneure générale du Canada (DOC., no 2), le chansonnier Raymond Lévesque se désiste et proclame haut et fort qu’il est un indépendantiste (DOC., no 1). Il prétexte, entre autres, que la nouvelle gouverneure générale a renié « l’idée des deux nations au Canada ». Il conclut : « C’est grave. Toute notre histoire est là ! »
Si nous comprenons bien, Gilles Archambault ne veut pas s’incliner. Le 25 octobre de cette semaine, Raymond Lévesque ne veut pas lui non plus se prosterner devant le Canada impérialiste parce qu’il « a envoyé son armée au Québec en 1970 » et que « le référendum de 1995 a été volé ». Ils sont combien de Québécois et de Québécoises indépendantistes à dire à peu près la même chose. Pourquoi ne parviennent-ils pas à créer le MOUVEMENT qui sera capable de fonder un Québec indépendant et en mesure d’agir par lui-même collectivement tant à l’interne qu’à l’externe en politique, en économique et au culturel ?
Il ne s’agit plus de réécrire l’histoire en la déformant à la manière d’un Gérard Bouchard ou de proposer un « Québec lucide » qui n’est pas plus lucide que ce qu’a fait Lucien Bouchard depuis le premier gouvernement Lévesque en 1976 à titre de conseiller du gouvernement dans l’ordre des négociations collectives au Québec. Cet homme est tellement primaire qu’il ne s’est pas rendu compte depuis trente ans qu’il a abusé de la solidarité des Québécois au point de faire craquer notre tissu social québécois (par ex. : crise dans le système de santé, crise en éducation, crise surtout de l’État québécois lui-même, crise de direction au Parti québécois, crise encore et toujours… pour terminer avec sa démission spectaculaire !).
Nous lui demandons maintenant de se taire et de pratiquer son droit de réserve comme il nous l’a promis et répété si piteusement à plusieurs reprises. Pour un Québec lucide est un document pour brouiller les pistes qui devraient conduire à l’indépendance du Québec. C’est un document provincial écrit par des provinciaux fédéralistes qui, comme l’écrit Gilles Archambault « nous les cassent ». Si un sondage Léger et Léger voulait bien sonder l’écœurement profond des Québécois, il découvrirait autre chose que ces propositions d’un Québec lucide : le désir profond et toujours insatisfait d’un Québec indépendant. Les Québécois doivent s’atteler à une autre tâche que la bonne gouvernance du Québec sous la tutelle intransigeante d’un Canada-Anglais suspicieux et d’un gouvernement fédéral arrogant qui ne fera qu’accroître encore plus rapidement sa capacité centralisatrice.
Gilles Archambault a bien raison d’écrire : « … je ne sais pas tellement ce que signifie être sain. Toutefois, il me semble que ceux dont on nous dit qu’ils mènent une vie saine n’en reviennent pas. Ils nous les cassent. » Or, ceux qui prennent la défense de Lucien Bouchard en ce moment viennent principalement de la filière fédéraliste et de La Presse. Rendons-nous compte, un ex-premier ministre souverainiste du Québec qui n’a rien d’autres à nous proposer qu’un « Québec lucide » ! Croit-il que nous avons tous perdu la tête ?
Avec un peu de retard, Raymond Lévesque vient de découvrir la médecine du fédéralisme canadian. S’il veut « rester fidèle au Québec » comme il le dit, il doit lui aussi, malgré son âge, participer à ce MOUVEMENT général d’affirmation et de défense sans équivoque et sans demi-mesure de l’indépendance du Québec. Les indépendantistes sont-ils prêts à mettre la main à la pâte ? Cesseront-ils un jour de se contenter de faire des déclarations du bout des lèvres quant à leur adhésion à la cause de l’indépendance du Québec ? SERONT-ILS CAPABLES DE SE LIBÉRER DES OBSTACLES QUI LES EMPÊCHENT DE SE LIBÉRER DE L’IDÉOLOGIE FÉDÉRALISTE ?
Consulter : Bruno Deshaies, « LA PENSÉE DE MAURICE SÉGUIN SERAIT-ELLE ÉSOTÉRIQUE ? » Dans VIGILE.NET, chronique du jeudi 20 octobre 2005 - Une vieille marotte de certains universitaires au sujet de la « sociologie du national ».
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DOCUMENT No 1
« Je suis indépendantiste depuis toujours »
(Raymond Lévesque)
Raymond Lévesque Photo Armand Trottier, La Presse
« En refusant ce prix, je reste fidèle au Québec, à son peuple, à ses lois et à son avenir. »
Le Devoir , 25 octobre 2005
Journal de Montréal
Mardi, 25 octobre 2005
Lettre - Bozo les culottes ne s’inclinera pas devant la gouverneure générale du Canada
Je suis indépendantiste depuis toujours. Quand on m’a proposé le prix du gouverneur général, j’ai accepté car j’ai vu là, de la part du Canada anglais, un hommage rendu à mon œuvre. Je lui en sais gré.
Mais, depuis, des choses se sont produites qui changent la situation, et qui me conduisent aujourd’hui à refuser ce prix.
a) Dans son discours inaugural, la nouvelle gouverneure générale a renié l’idée des deux nations au Canada. C’est grave. Toute notre histoire est là !
b) La gouverneure générale s’est d’abord présentée à nous comme commandante en chef de l’armée canadienne, titre qu’elle a mis de l’avant pour renoncer à sa double nationalité. Le Canada a envoyé son armée au Québec en 1970 et emprisonné plus de 450 de nos compatriotes sans mandat, sans porter d’accusations, sans faire d’excuses. Ayant écrit la chanson Bozo les culottes, je trouve incorrect de ma part, à l’endroit des gens ayant souffert des mesures de guerre, d’accepter ce prix et de m’incliner devant la commandante en chef de l’armée.
c) Le référendum de 1995 a été volé ! Le gouvernement du Canada a violé les lois du Québec et le droit du peuple québécois de disposer de lui-même.
En refusant ce prix, je reste fidèle au Québec, à son peuple, à ses lois et à son avenir.
Raymond Lévesque auteur compositeur
Longueuil
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DOCUMENT No 2
CANADA - Lauréats des prix du Gouverneur général du Canada pour les arts de la scène
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
LES NOMS DES LAURÉATS DES PRIX
DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL POUR LES ARTS DE LA SCÈNE 2005 SONT DÉVOILÉS
Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène couronnant une carrière exceptionnelle dans le domaine artistique : Peter Boneham, Jackie Burroughs, Marcel Dubé, Oliver Jones, Raymond Lévesque, Moses Znaimer
MONTRÉAL, le 29 septembre 2005 – Un groupe d’artistes éminents, qui ont consacré leurs efforts à enrichir la vie culturelle du Canada, recevront les Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène 2005 (PGGAS). […]
Raymond Lévesque, chansonnier, compositeur, dramaturge, monologuiste et poète, est l’auteur de Quand les hommes vivront d’amour, l'une des plus belles chansons françaises du siècle. Depuis près de 60 ans, ce pionnier de la chanson québécoise et artiste engagé se distingue par une œuvre qui témoigne d’une profonde humanité et dont les mots expriment avec poésie toute l’intelligence du cœur, une grande conscience sociale et politique, la fougue de la révolte et toujours, un rêve inassouvissable de fraternité.
NDLR.– À lire ce texte, personne ne peut soupçonner que Raymond Lévesque est un indépendantiste. C’est un canadien doté d’une « profonde humanité » tout en étant un « artiste engagé ». Bien entendu, on ne précise pas en quoi il est très engagé. Ce comportement du Canada-Anglais nous est connu depuis plusieurs générations. Ce pays sait qu’il a annexé le Canada-Français et il le traite comme tel. Quant aux Québécois annexés, ils ont de la difficulté à créer l’unité québécoise qui serait un véritable rempart contre le Canada-Anglais, mais surtout un atout formidable de défense de l’indépendance du Québec.
Le Canada est littéralement obsédé par son unité nationale. Il faut aussi que la nôtre devienne d'urgence une réalité. L'UNITÉ NATIONALE DU QUÉBEC EST INDISPENSABLE À LA CONQUÊTE DE L'INDÉPENDANCE. DIVISÉS NOUS NE SOMMES RIEN. UNIS NOUS SOMMES TOUT. Le virage de Raymond Lévesque au sujet du Prix de la gouverneure générale nous rappelle la nécessité d’un grand MOUVEMENT national qui regrouperait et unifierait toutes les forces indépendantistes actuellement dispersées, dans un Front commun prônant, affirmant et défendant la même doctrine de l’indépendance du Québec. Il est odieux de faire porter le chapeau de Bozo à Raymond Lévesque tout seul, alors que les troupes indépendantistes voguent tout azimut sans cohérence et sans cohésion collective.
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